ALCOOL
Dernière mise à jour : 31 août

En 2013, une étude consacrée à 946 personnes atteintes de fibromyalgie a produit un résultat pour le moins… à boire avec modération.
Les personnes déclarant une consommation faible ou modérée d’alcool présentaient, en moyenne, de meilleurs scores pour certains symptômes et certaines dimensions de la qualité de vie que celles qui ne buvaient pas.
Quelques années plus tard, une petite étude retrouvait également, chez des participants consommant de faibles quantités d’alcool, une douleur moins importante et une meilleure qualité du sommeil.
Alors, faut-il lever son verre à la fibromyalgie ?
Pas si vite.
Un lien observé n’est pas une preuve d’efficacité
Le premier point essentiel est que ces études ne démontrent pas que boire de l’alcool améliore la fibromyalgie.
L’étude de 2013 était observationnelle.
Les chercheurs ont constaté que les personnes qui buvaient peu ou modérément présentaient, en moyenne, certains résultats plus favorables.
Mais ces personnes étaient également différentes des abstinents sur plusieurs autres aspects : elles avaient notamment un indice de masse corporelle plus faible, étaient davantage en emploi, avaient un niveau d’éducation plus élevé et utilisaient moins souvent des opioïdes.
Les chercheurs ont essayé de tenir compte statistiquement de plusieurs de ces différences, mais ce type d’étude ne peut jamais exclure tous les facteurs susceptibles d’expliquer les résultats.
Autrement dit :
on observe un lien, pas la preuve que l’alcool améliore les symptômes.
Et les auteurs eux-mêmes précisaient qu’ils ne recommandaient pas aux personnes atteintes de fibromyalgie de commencer à boire ou d’augmenter leur consommation pour soulager leurs symptômes.
Et cette histoire de GABA ?
L’alcool agit sur plusieurs messagers chimiques du cerveau qui participent notamment à la relaxation, à l’excitabilité nerveuse, au sommeil et à la perception de la douleur.
Parmi eux figurent le GABA, qui a globalement un effet freinant sur l’activité du système nerveux, et le glutamate, qui joue plutôt un rôle stimulant.
C’est à partir de ces mécanismes que certains chercheurs ont émis l’hypothèse que l’alcool pourrait modifier temporairement la perception de certains symptômes.
Mais il s’agit d’une hypothèse sur le fonctionnement du cerveau, pas de la preuve que l’alcool corrige un mécanisme de la fibromyalgie ni qu’il constitue un traitement.
Douleur et alcool : pourquoi peut-on avoir l’impression que cela aide ?
Lorsqu’on souffre depuis longtemps, il est compréhensible de chercher quelque chose qui permette, ne serait-ce qu’un moment, de relâcher la pression.
L’alcool peut temporairement :
modifier la perception de la douleur ;
provoquer une sensation de détente ;
diminuer certaines inhibitions ;
modifier l’humeur ;
ou détourner momentanément l’attention de ce que l’on ressent.
C’est précisément ce qui peut rendre son utilisation séduisante lorsqu’on a mal.
Le site belge Aide-Alcool souligne d’ailleurs que certaines personnes vivant avec une douleur chronique utilisent l’alcool pour tenter de soulager leur douleur ou leur anxiété.
Le problème apparaît lorsque le verre devient progressivement :
« ce qui me permet de supporter ma douleur » ou « ce dont j’ai besoin pour me détendre ».
À ce moment-là, ce qui ressemblait à une petite béquille peut finir par devenir… un verre de trop dans l’équilibre déjà fragile du quotidien.
L’alcool n’est pas un antidouleur
Même lorsqu’un soulagement est ressenti à court terme, l’alcool n’agit pas sur les mécanismes de la fibromyalgie de manière à constituer un traitement.
Une utilisation répétée pour diminuer la douleur ou l’angoisse expose notamment au développement d’une tolérance : il faut progressivement davantage de produit pour obtenir le même effet.
La consommation peut alors s’installer dans un cercle difficile :
j’ai mal → je bois pour soulager → l’effet disparaît → je recommence.
Avec le temps, une consommation importante ou régulière peut elle-même avoir des conséquences sur :
le sommeil ;
l’humeur ;
les capacités cognitives ;
l’équilibre ;
la santé cardiovasculaire ;
le foie ;
certains cancers ;
et le risque de dépendance.
Autant de problèmes dont une personne vivant déjà avec une maladie chronique se passerait volontiers.
En Belgique, les recommandations ont évolué
Pendant longtemps, on a beaucoup parlé d’une consommation « modérée » qui pourrait éventuellement être bénéfique pour la santé.
Les connaissances ont évolué.
Le Conseil Supérieur de la Santé belge considère aujourd’hui qu’aucun niveau de consommation d’alcool n’est totalement dépourvu de risque pour la santé.
Les recommandations alimentaires belges publiées en 2025 vont même plus loin : elles conseillent aux adultes de ne pas consommer de boissons alcoolisées.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne qui boit occasionnellement un verre met immédiatement sa santé en danger.
Cela signifie plutôt qu’on ne peut plus présenter une quantité d’alcool comme étant bonne pour la santé ou recommander de commencer à boire pour obtenir un éventuel bénéfice.
Moins on boit, plus on réduit les risques liés à l’alcool.
Et avec les médicaments ?
Pour les personnes atteintes de fibromyalgie, cette question est particulièrement importante.
De nombreux médicaments susceptibles d’être prescrits pour la douleur, le sommeil ou certains symptômes associés agissent sur le système nerveux central.
L’alcool peut renforcer leur effet sédatif et provoquer davantage :
de somnolence ;
de vertiges ;
de troubles de l’équilibre ;
de ralentissement des réflexes ;
ou de diminution de la vigilance.
Certaines associations avec des médicaments peuvent présenter d’autres risques.
Il est donc important de lire la notice et de demander conseil au médecin ou au pharmacien lorsqu’un traitement est pris régulièrement.
Un verre que l’on supportait parfaitement auparavant n’a pas nécessairement les mêmes effets une fois associé à un médicament.
Et si l’on remarque que l’on boit pour supporter la douleur ?
Il n’y a aucune honte à en parler.
Vivre quotidiennement avec une douleur chronique peut user les ressources physiques et psychologiques.
Constater que l’alcool commence à prendre davantage de place ne signifie pas manquer de volonté.
Mais cela mérite d’être pris au sérieux, notamment si l’on remarque que :
on boit principalement pour diminuer la douleur ou se détendre ;
les quantités augmentent progressivement ;
il devient difficile de passer plusieurs jours sans alcool ;
on boit seul plus souvent qu’avant ;
l’alcool interfère avec les médicaments ;
ou l’entourage commence à s’inquiéter.
En Belgique, le médecin généraliste peut être un premier interlocuteur.
Le service Aide-Alcool propose également des informations, une auto-évaluation et un accompagnement en ligne.
Demander de l’aide avant que la consommation ne devienne un problème important est justement une manière de reprendre le verre en main… plutôt que de le laisser prendre la main.
À retenir
Quelques études ont observé une association entre une faible consommation d’alcool et des symptômes moins importants chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais :
ces études ne prouvent pas que l’alcool améliore la fibromyalgie ;
elles ne permettent pas de recommander l’alcool comme traitement ;
les mécanismes proposés restent hypothétiques ;
l’alcool peut interagir avec plusieurs médicaments ;
une consommation utilisée pour gérer régulièrement la douleur expose à des risques ;
et les recommandations belges actuelles rappellent qu’il n’existe pas de consommation d’alcool totalement sans risque pour la santé.
De là à se précipiter sur la bouteille, il y a donc plus qu’une marge : il y a un bouchon qu’il vaut mieux ne pas faire sauter au nom de la fibromyalgie.
Sources
Conseil Supérieur de la Santé – Belgique (2025). Recommandations alimentaires pour la population belge. Les recommandations actualisées rappellent qu’il n’existe pas de seuil de consommation d’alcool sans risque pour la santé et recommandent aux adultes de ne pas consommer de boissons alcoolisées.
SPF Santé publique – Belgique. Alcool : comprendre les risques et les règles en Belgique. Informations sur les effets de l’alcool sur la santé et les recommandations belges.
Antigifcentrum / Centre Antipoisons belge (mise à jour 2026). Médicaments et alcool. Informations concernant notamment la majoration de la somnolence et la diminution des réflexes lors de l’association de l’alcool avec certains médicaments.
Aide-Alcool Belgique (mise à jour 2024). Alcool et douleur chronique. Informations sur l’utilisation de l’alcool pour tenter de gérer la douleur chronique, les risques de tolérance et de consommation problématique.
Kim C. H., Vincent A., Clauw D. J. et al. (2013). Association between alcohol consumption and symptom severity and quality of life in patients with fibromyalgia. Arthritis Research & Therapy, 15, R42. DOI : 10.1186/ar4200. Étude observationnelle portant sur 946 personnes atteintes de fibromyalgie, montrant une association entre consommation faible ou modérée et certains indicateurs plus favorables, sans démontrer de lien causal.
Boissoneault J., Vatthauer K., O’Shea A. et al. (2017). Low-to-Moderate Alcohol Consumption is Associated With Hippocampal Volume in Fibromyalgia and Insomnia. Behavioral Sleep Medicine, 15(6), 473-483. DOI : 10.1080/15402002.2016.1150279. Petite étude exploratoire montrant certaines associations entre consommation d’alcool, douleur, sommeil et volume hippocampique, sans permettre de conclure à un effet thérapeutique.
