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CAUSES

6 mai 2024
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août



Pourquoi développe-t-on une fibromyalgie ?


À l’heure actuelle, il n’existe pas une cause unique identifiée de la fibromyalgie.


La recherche montre plutôt une maladie multifactorielle et hétérogène, dans laquelle plusieurs mécanismes biologiques et différents facteurs de vulnérabilité peuvent probablement se combiner de manière différente selon les personnes.


C’est pourquoi il est plus juste aujourd’hui de parler des mécanismes de la fibromyalgie que de rechercher « la cause » de la maladie.


Cause, mécanisme et facteur de risque : quelle différence ?


Ces termes sont souvent mélangés.


Une cause serait un élément permettant d’expliquer directement pourquoi la maladie apparaît.

Un mécanisme décrit ce qui fonctionne différemment dans l’organisme lorsqu’une personne présente la maladie.

Un facteur de risque ou de vulnérabilité est un élément associé à une probabilité plus importante de développer la maladie, sans être suffisant pour la provoquer.


Par exemple, constater que certaines personnes rapportent un événement traumatique avant l’apparition de leurs symptômes ne permet pas d’affirmer que le traumatisme est la cause de la fibromyalgie.

De même, observer une anomalie biologique chez des patients ne signifie pas nécessairement que cette anomalie est à l’origine de la maladie : elle peut en être une conséquence ou participer à son maintien.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la recherche actuelle.


Un mécanisme central : la douleur nociplastique


Une grande partie des douleurs de la fibromyalgie est aujourd’hui considérée comme relevant de mécanismes nociplastiques.


La douleur nociplastique est différente :

  • de la douleur nociceptive, liée par exemple à une lésion ou une inflammation des tissus ;

  • et de la douleur neuropathique, liée à une lésion ou une maladie identifiable du système nerveux somatosensoriel.


Dans la douleur nociplastique, c’est notamment la manière dont le système nerveux traite et module les informations douloureuses qui est modifiée.


Le Pr Étienne Masquelier, de l’UCLouvain, décrit notamment dans la fibromyalgie :

  • une amplification de la douleur ;

  • une hypersensibilité ;

  • de l’allodynie ;

  • de l’hyperalgésie ;

  • et une altération des systèmes qui régulent normalement la transmission des messages douloureux.


La sensibilisation centrale constitue donc un mécanisme important de la fibromyalgie.

Mais elle n’est probablement pas le seul.


Le cerveau et la modulation de la douleur


Différentes techniques de recherche ont montré que les personnes atteintes de fibromyalgie peuvent présenter des particularités dans les réseaux cérébraux participant notamment :

  • à la perception de la douleur ;

  • à l’attention portée aux stimuli ;

  • à la modulation de la douleur ;

  • aux émotions ;

  • et au traitement sensoriel.


Les études d’imagerie cérébrale ou d’électroencéphalographie contribuent à comprendre ces mécanismes.

Elles ne permettent cependant pas de dire :

« voici l’image d’un cerveau fibromyalgique ».

Les différences sont observées statistiquement entre des groupes.

Elles ne sont ni constantes ni suffisamment spécifiques pour permettre de diagnostiquer individuellement une fibromyalgie par IRM, PET-scan ou EEG.


Les systèmes naturels qui freinent la douleur peuvent fonctionner différemment


Notre système nerveux ne fait pas que transmettre la douleur.


Il dispose également de mécanismes capables de l’inhiber ou de l’amplifier.

L’expertise collective de l’Inserm décrit notamment dans la fibromyalgie une diminution de l’efficacité de certains mécanismes descendants qui contribuent normalement à inhiber les messages douloureux.


Cela peut contribuer à comprendre pourquoi :

  • la douleur devient plus diffuse ;

  • une stimulation est ressentie plus intensément ;

  • ou une stimulation normalement indolore peut devenir douloureuse.


L’origine exacte de ces modifications reste cependant encore étudiée.


Le système nerveux périphérique et les petites fibres


Pendant longtemps, la recherche sur la fibromyalgie s’est concentrée presque exclusivement sur le cerveau et la moelle épinière.


Les recherches plus récentes montrent que le système nerveux périphérique pourrait également participer à la maladie chez certains patients.


Plusieurs études utilisant notamment :

  • des biopsies cutanées ;

  • des examens de la cornée ;

  • ou différents tests sensoriels ;

ont retrouvé des anomalies des petites fibres nerveuses chez une proportion importante des personnes atteintes de fibromyalgie étudiées.


Une revue publiée en 2025 conclut qu'environ la moitié des patients étudiés dans certains travaux présentent des anomalies des petites fibres.

Mais cela demande une précision essentielle :

anomalies des petites fibres dans la fibromyalgie ≠ neuropathie des petites fibres chez tous les patients.

Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie ne présentent pas ces anomalies et leur rôle exact dans l’apparition ou le maintien de la maladie reste débattu.


Ces découvertes pourraient surtout permettre d’identifier différents sous-groupes de patients.


Le système nerveux autonome


Le système nerveux autonome contrôle automatiquement des fonctions comme :

  • le rythme cardiaque ;

  • la pression artérielle ;

  • la digestion ;

  • la transpiration ;

  • ou la réponse à la station debout.

Des différences de fonctionnement de ce système sont retrouvées dans plusieurs études sur la fibromyalgie.


Chez certains patients, elles pourraient participer à des manifestations telles que :

  • palpitations ;

  • vertiges ;

  • troubles digestifs ;

  • mauvaise tolérance à la chaleur ;

  • ou intolérance orthostatique.


Mais, là encore : fibromyalgie ne signifie pas automatiquement dysautonomie.

Les recherches récentes suggèrent plutôt que les manifestations autonomes pourraient être plus importantes chez certains profils de patients que chez d’autres.


Les cellules gliales et les mécanismes neuro-immunitaires


Les cellules gliales entourent, nourrissent et régulent les neurones.

Elles participent également à la réponse immunitaire du système nerveux et aux mécanismes de sensibilisation à la douleur.

Des études ont observé chez des personnes atteintes de fibromyalgie des éléments compatibles avec une activation accrue de certaines cellules gliales.


Les chercheurs étudient donc l’hypothèse d’une neuro-inflammation de faible intensité pouvant participer à la sensibilisation du système nerveux.

C’est une piste importante.

Mais il faut éviter de la traduire trop rapidement par :

« la fibromyalgie est une maladie inflammatoire du cerveau ».

Les recherches restent en cours et les résultats ne permettent pas encore d’établir un mécanisme unique et universel.


Le système immunitaire : une piste en pleine évolution


Le rôle du système immunitaire est également étudié.


Plusieurs travaux se sont intéressés :

  • aux cytokines ;

  • aux auto-anticorps ;

  • aux interactions entre système immunitaire et système nerveux ;

  • et aux réponses inflammatoires de faible intensité.


Des expériences animales particulièrement médiatisées ont montré que certains anticorps provenant de personnes atteintes de fibromyalgie pouvaient transmettre à des souris certains phénomènes d’hypersensibilité douloureuse.


Ces travaux ont ouvert une piste de recherche importante.

Mais ils ne permettent pas actuellement d’affirmer que :

la fibromyalgie est une maladie auto-immune.

Aucun auto-anticorps suffisamment spécifique n’est actuellement utilisé pour diagnostiquer la fibromyalgie.

Le rôle exact de l’immunité reste donc à préciser.


La fibromyalgie est-elle une maladie musculaire ?


Les douleurs sont très souvent ressenties dans les muscles.

Cela explique pourquoi la fibromyalgie a longtemps été considérée comme une affection essentiellement musculaire.


Différents travaux ont étudié :

  • le métabolisme musculaire ;

  • l’oxygénation ;

  • le lactate ;

  • les mitochondries ;

  • la production d’énergie ;

  • le stress oxydatif.


Certaines études observent des différences chez des groupes de patients.

Mais les résultats sont hétérogènes et la fibromyalgie n’est actuellement pas considérée comme une maladie musculaire primaire.

Il n’est notamment pas justifié d’expliquer les douleurs par une « accumulation de toxines dans les muscles ».


De même, l’existence de recherches sur les mitochondries ou le coenzyme Q10 ne signifie pas qu’une déficience mitochondriale généralisée constitue la cause démontrée de la fibromyalgie ou qu’une supplémentation en coenzyme Q10 permette de corriger la maladie.


Les hormones et le système de réponse au stress


Les chercheurs étudient depuis longtemps l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, qui participe notamment à la régulation du cortisol et de la réponse de l’organisme au stress.

Des modifications ont été observées chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.


D’autres travaux s’intéressent :

  • aux hormones sexuelles ;

  • à la ménopause ;

  • aux hormones thyroïdiennes ;

  • et à différents systèmes neuroendocriniens.


Ces recherches peuvent aider à comprendre certaines variations des symptômes.

Mais il n’existe actuellement aucun déséquilibre hormonal unique permettant d’expliquer ou de diagnostiquer la fibromyalgie.


Le microbiote intestinal


Le microbiote constitue aujourd’hui l’un des domaines de recherche les plus dynamiques.


Plusieurs équipes ont observé chez des personnes atteintes de fibromyalgie des différences dans :

  • la composition du microbiote intestinal ;

  • certains métabolites produits par les bactéries ;

  • et certaines interactions entre intestin, système immunitaire et système nerveux.


Des travaux expérimentaux récents ont même montré que le transfert du microbiote de personnes atteintes de fibromyalgie vers des souris pouvait provoquer chez celles-ci certains changements liés à la douleur et au système immunitaire.

Ces résultats sont particulièrement intéressants.

Ils ne permettent cependant pas encore d’affirmer que :

« un mauvais microbiote provoque la fibromyalgie ».


Le microbiote peut être influencé par énormément de facteurs :

  • alimentation ;

  • médicaments ;

  • activité physique ;

  • sommeil ;

  • stress ;

  • environnement ;

  • autres maladies.

Il faut donc encore déterminer ce qui relève de la cause, de la conséquence ou du maintien de certains symptômes.


Génétique et épigénétique


La fibromyalgie semble se regrouper davantage dans certaines familles.

Cela suggère l’existence d’une vulnérabilité génétique.

Mais il n’existe pas un « gène de la fibromyalgie ».


Plusieurs variations génétiques pourraient influencer :

  • la sensibilité à la douleur ;

  • le fonctionnement de certains neurotransmetteurs ;

  • la réponse au stress ;

  • ou d’autres mécanismes biologiques.


L’épigénétique est également étudiée.

Elle s’intéresse à la manière dont l’environnement et les expériences de vie peuvent modifier l’activité de certains gènes sans modifier la séquence de l’ADN elle-même.

La recherche s’oriente donc davantage vers une susceptibilité biologique complexe que vers une transmission génétique simple.


Une infection peut-elle déclencher une fibromyalgie ?


Certaines personnes décrivent le début de leurs symptômes après :

  • une infection ;

  • une maladie virale ;

  • une intervention chirurgicale ;

  • un accident ;

  • ou un autre événement physique important.


Depuis la pandémie de Covid-19, les ressemblances entre certains tableaux de Covid long, d’EM/SFC et de fibromyalgie ont renforcé la recherche sur les mécanismes post-infectieux.

Une infection pourrait donc constituer un facteur déclenchant chez certaines personnes.

Mais toutes les fibromyalgies ne commencent pas après une infection.

La fibromyalgie ne peut donc pas, à l’heure actuelle, être définie dans son ensemble comme une maladie post-infectieuse.


Et le stress, les traumatismes ou les violences ?


Des études montrent que les personnes atteintes de fibromyalgie rapportent plus souvent certains événements difficiles :

  • traumatismes ;

  • violences ;

  • accidents ;

  • stress chronique ;

  • adversité pendant l’enfance.

Ces associations méritent d’être étudiées.

Mais elles nécessitent une grande prudence.


Beaucoup de personnes atteintes de fibromyalgie n’ont pas vécu de traumatisme particulier.

Et beaucoup de personnes ayant subi de graves traumatismes ne développent jamais de fibromyalgie.

On ne peut donc pas conclure : traumatisme = fibromyalgie.


Les événements stressants pourraient plutôt agir comme des facteurs de vulnérabilité ou des déclencheurs chez certaines personnes, en interaction avec des mécanismes biologiques et environnementaux.


Existe-t-il une personnalité fibromyalgique ?


Non.


La recherche ne permet pas d’identifier un profil de personnalité spécifique qui provoquerait la fibromyalgie.


La manière de faire face à la douleur, le catastrophisme, l’anxiété, les ressources sociales ou certaines stratégies d’adaptation peuvent influencer :

  • la perception de la douleur ;

  • le handicap ;

  • la qualité de vie ;

  • ou la manière de vivre avec la maladie.

Mais cela ne signifie pas qu’un type de personnalité serait responsable de son apparition.


La fibromyalgie ne résulte pas d’une personnalité fragile, perfectionniste, anxieuse ou « trop sensible ».


Et les métaux lourds ?


Différentes hypothèses ont cherché à associer fibromyalgie et exposition aux métaux lourds.


À l’heure actuelle, les données disponibles ne permettent pas de considérer une intoxication aux métaux lourds comme une cause établie de la fibromyalgie.


Une véritable intoxication au plomb, mercure ou à un autre métal constitue un problème médical distinct qui nécessite un diagnostic spécifique.

Il faut donc être particulièrement prudent face aux tests non validés et aux traitements de « détoxification » proposés comme solution à la fibromyalgie.


Pourquoi autant de mécanismes différents ?


Parce qu’il est très possible que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie n’aient pas exactement la même combinaison de mécanismes.


Chez une personne, certaines anomalies périphériques pourraient être plus importantes.

Chez une autre, ce pourrait être la modulation centrale de la douleur.

Chez d’autres encore, les manifestations autonomes, immunitaires, métaboliques ou post-infectieuses pourraient occuper davantage de place.


La fibromyalgie pourrait donc correspondre à plusieurs chemins biologiques différents aboutissant à un tableau clinique similaire.


C’est l’une des grandes orientations actuelles de la recherche : identifier différents profils afin de pouvoir proposer, à terme, des prises en charge davantage individualisées.


Il n’existe toujours pas de biomarqueur unique


Malgré toutes ces avancées, il n’existe actuellement :

  • aucun test sanguin ;

  • aucun auto-anticorps ;

  • aucune biopsie ;

  • aucun examen du microbiote ;

  • aucune IRM cérébrale ;

  • aucun EEG ;

  • aucun Sudoscan ;

  • ni aucun test génétique ;

permettant à lui seul de confirmer ou d’exclure une fibromyalgie.


Le diagnostic reste clinique.

La recherche biologique ne doit donc pas être confondue avec des examens diagnostiques déjà validés.


À retenir


Nous ne connaissons pas encore « la cause » de la fibromyalgie.


Les recherches actuelles décrivent plutôt une maladie multifactorielle et hétérogène, dans laquelle peuvent intervenir plusieurs mécanismes :


  • douleur nociplastique et sensibilisation centrale ;

  • modification de la modulation de la douleur ;

  • système nerveux périphérique et petites fibres chez certains patients ;

  • système nerveux autonome ;

  • mécanismes neuro-immunitaires et cellules gliales ;

  • facteurs immunitaires ;

  • facteurs génétiques et épigénétiques ;

  • microbiote ;

  • facteurs neuroendocriniens et métaboliques ;

  • éventuellement certains facteurs déclenchants environnementaux ou infectieux.


Les facteurs psychologiques et sociaux peuvent également influencer la vulnérabilité, les symptômes et leur retentissement, sans faire de la fibromyalgie une maladie psychologique.


La question scientifique n’est donc probablement plus :

« Quelle est LA cause de la fibromyalgie ? »

mais plutôt :

« Quels mécanismes sont impliqués chez cette personne, comment interagissent-ils et comment peut-on agir sur eux ? »


Sources


  • Masquelier E. – La douleur nociplastique, Louvain Médical, UCLouvain, 2023.

  • Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020, notamment les chapitres consacrés à la neurobiologie, aux mécanismes périphériques et aux biomarqueurs.

  • Iannuccelli C. et al. – Fibromyalgia: one year in review 2025, Clinical and Experimental Rheumatology, 2025. Revue menée principalement par des équipes universitaires italiennes.

  • Marshall A. et al. – Small Fibre Pathology in Fibromyalgia: A Review, Pain and Therapy, 2025.

  • Sociedad Española de Reumatología (SER) – Recomendaciones sobre el manejo de los pacientes con fibromialgia, 2020.

 
 
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