COVID
- 14 mai 2024
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 août

Fibromyalgie et COVID : existe-t-il un lien ?
Depuis la pandémie de COVID-19, de nombreuses personnes ont développé, après l’infection aiguë, des symptômes persistants tels que :
fatigue importante ;
douleurs diffuses ;
troubles du sommeil ;
difficultés de concentration et de mémoire ;
malaise après l’effort ;
palpitations ;
vertiges ;
troubles du système nerveux autonome.
Cette constellation de symptômes peut parfois ressembler à celle observée dans la fibromyalgie, l’EM/SFC ou certaines dysautonomies.
Des personnes rapportent également avoir développé une fibromyalgie après une infection par le SARS-CoV-2.
Cela pose une question importante : le COVID peut-il déclencher une fibromyalgie ?
Les recherches actuelles montrent qu’un lien est possible chez certaines personnes, mais elles ne permettent pas d’affirmer que le COVID constitue une cause générale de la fibromyalgie.
COVID long et fibromyalgie : des symptômes qui se chevauchent
Le COVID long et la fibromyalgie sont deux affections distinctes.
Elles peuvent cependant partager plusieurs manifestations :
douleurs musculosquelettiques ;
fatigue ;
sommeil non réparateur ;
brouillard cérébral ;
hypersensibilités ;
troubles autonomes ;
limitations importantes dans les activités quotidiennes.
Cela ne signifie pas qu’il s’agit de la même maladie.
Une personne peut présenter :
une fibromyalgie sans avoir eu de COVID long ;
un COVID long sans fibromyalgie ;
ou parfois les deux simultanément.
Le chevauchement clinique complique parfois le diagnostic et constitue aujourd’hui un domaine important de recherche.
Une étude belge sur la sensibilisation centrale
Une équipe de l’UZ Brussel et de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) s’est intéressée très tôt à cette question.
En 2021, Lisa Goudman, Ann De Smedt, Marc Noppen et Maarten Moens ont interrogé 567 personnes présentant des symptômes persistants après une infection par le COVID-19.
Les participants ont notamment complété le Central Sensitisation Inventory ou CSI.
Plus de 70 % obtenaient un score supérieur ou égal au seuil utilisé dans ce questionnaire.
Ce résultat a conduit les chercheurs à proposer que des phénomènes compatibles avec une sensibilisation centrale puissent intervenir chez une partie des personnes présentant des symptômes persistants après le COVID.
Mais une nuance est essentielle.
Le CSI est un questionnaire de symptômes.
Un score élevé ne prouve pas biologiquement qu’une personne présente une sensibilisation centrale et ne permet pas non plus de diagnostiquer une fibromyalgie.
Cette étude suggère donc un chevauchement intéressant entre certains mécanismes ou symptômes du COVID long et ceux observés dans les douleurs nociplastiques.
Elle ne démontre pas que 70 % des personnes atteintes de COVID long ont une fibromyalgie.
Une infection peut-elle déclencher une fibromyalgie ?
La question ne concerne pas uniquement le SARS-CoV-2.
Depuis longtemps, certaines personnes atteintes de fibromyalgie décrivent le début de leur maladie après :
une infection virale ou bactérienne ;
une intervention chirurgicale ;
un accident ;
ou un autre événement physique important.
Le COVID a donné aux chercheurs une occasion exceptionnelle d’étudier de manière beaucoup plus large ce qui peut se produire après une infection.
Une revue scientifique publiée en 2026 a analysé la littérature consacrée à l'apparition de manifestations fibromyalgiques après un COVID.
Elle confirme qu’un certain nombre de personnes développent après l’infection :
douleurs généralisées ;
fatigue persistante ;
troubles cognitifs ;
troubles du sommeil ;
et que certaines remplissent ensuite les critères utilisés pour la fibromyalgie.
Cependant, les études disponibles utilisent des méthodes très différentes.
Certaines reposent sur des questionnaires en ligne, d’autres sur des critères diagnostiques, et les populations étudiées ne sont pas toujours comparables.
Les auteurs concluent donc qu’un chevauchement entre COVID long et fibromyalgie existe, mais que l’on ne connaît pas encore précisément les mécanismes moléculaires qui les relient.
Des mécanismes post-infectieux sont étudiés
Plusieurs hypothèses sont actuellement explorées pour comprendre pourquoi une infection pourrait entraîner des symptômes persistants chez certaines personnes.
Parmi elles :
dérégulation du système immunitaire ;
persistance de certains antigènes ou composants viraux ;
production d’auto-anticorps ;
activation neuro-immunitaire ;
modifications du système nerveux autonome ;
atteinte ou dysfonctionnement des petites fibres nerveuses ;
perturbations métaboliques ;
modifications de la modulation de la douleur ;
sensibilisation nociplastique.
Aucune de ces hypothèses ne permet aujourd’hui, à elle seule, d’expliquer tous les cas.
Il est possible que plusieurs mécanismes interviennent simultanément et différemment selon les patients.
PAIS : les syndromes persistants après une infection
La recherche utilise de plus en plus le terme PAIS, pour Post-Acute Infection Syndromes.
Il désigne un ensemble de syndromes persistants pouvant apparaître après certaines infections.
Le COVID long constitue l’un des exemples les plus étudiés.
Cette notion est intéressante parce qu’elle permet d’étudier ensemble certains mécanismes post-infectieux retrouvés dans différentes maladies.
Mais elle ne signifie pas que toute fibromyalgie est un PAIS.
Chez certaines personnes, une infection semble avoir précédé l’apparition de la fibromyalgie.
Chez beaucoup d’autres, aucun événement infectieux particulier n’est identifiable.
La fibromyalgie ne peut donc pas actuellement être définie dans son ensemble comme un syndrome post-infectieux.
Fibromyalgie, COVID long et EM/SFC : attention aux confusions
Ces affections peuvent présenter des symptômes communs mais elles ne sont pas interchangeables.
La fibromyalgie est principalement caractérisée par :
une douleur chronique généralisée ;
une hypersensibilité ;
une fatigue ;
des troubles du sommeil ;
des troubles cognitifs.
Dans l’EM/SFC, le malaise post-effort constitue une caractéristique centrale.
Dans le COVID long, les manifestations peuvent être extrêmement diverses et peuvent également inclure des séquelles respiratoires, cardiovasculaires, neurologiques ou d’autres atteintes d’organes.
Une personne peut aussi remplir les critères de plusieurs de ces affections.
L’objectif n’est donc pas de choisir arbitrairement une étiquette, mais d’identifier les manifestations et les mécanismes pertinents chez chaque patient.
Et les dysautonomies ?
Le COVID long a également attiré davantage l’attention sur les troubles du système nerveux autonome.
Certains patients présentent notamment :
tachycardie en position debout ;
vertiges ;
malaises ;
palpitations ;
intolérance à la chaleur ;
troubles digestifs.
Dans certains cas, un POTS peut être diagnostiqué.
Des manifestations autonomes sont également retrouvées chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.
Là encore, cela peut révéler des mécanismes communs ou des sous-groupes particuliers de patients.
Mais :
fibromyalgie ≠ dysautonomie ≠ POTS ≠ COVID long.
Ces affections peuvent se chevaucher sans être identiques.
Le COVID peut-il aggraver une fibromyalgie déjà présente ?
Oui, cela est possible.
Une infection aiguë constitue une sollicitation importante pour l’organisme.
Chez une personne déjà atteinte de fibromyalgie, elle peut être suivie d’une augmentation temporaire ou parfois prolongée :
de la douleur ;
de la fatigue ;
des troubles du sommeil ;
des difficultés cognitives ;
ou d’autres symptômes.
Cela ne signifie pas nécessairement que la fibromyalgie elle-même s’est biologiquement « aggravée ».
Il peut s’agir d’une poussée, d’une récupération prolongée après l’infection ou de l’apparition simultanée d’un syndrome post-COVID.
Lorsque de nouveaux symptômes persistent après une infection, il est donc utile de les évaluer plutôt que de les attribuer automatiquement à la fibromyalgie.
Existe-t-il un test sanguin permettant de distinguer fibromyalgie et COVID long ?
Pas actuellement dans la pratique clinique.
Des équipes américaines, avec notamment des chercheurs de l’Ohio State University et de l’Université du Texas, ont publié plusieurs études utilisant des techniques de spectroscopie pour analyser de petites molécules présentes dans le sang.
Dans certains échantillons étudiés, des modèles mathématiques ont réussi à distinguer les prélèvements provenant de personnes atteintes de fibromyalgie de ceux provenant de personnes atteintes de COVID long avec des performances très élevées.
Ces résultats sont prometteurs.
Mais ils ne signifient pas qu’un test sanguin diagnostique fiable à 100 % soit actuellement disponible.
Les travaux doivent encore :
être reproduits sur des populations beaucoup plus importantes ;
être testés dans différents centres ;
être comparés à d’autres maladies ;
et faire l’objet d’une véritable validation clinique indépendante.
À ce jour, le diagnostic de fibromyalgie reste clinique.
Pourquoi ces recherches sont-elles importantes pour la fibromyalgie ?
L’étude du COVID long a considérablement accéléré les recherches sur :
les syndromes post-infectieux ;
le système immunitaire ;
les petites fibres nerveuses ;
la dysautonomie ;
le malaise post-effort ;
le métabolisme énergétique ;
la neuro-inflammation ;
et les mécanismes de douleur persistante.
Ces recherches peuvent donc indirectement faire progresser la compréhension de la fibromyalgie.
Inversement, plusieurs décennies de recherche sur la fibromyalgie peuvent aider les chercheurs à mieux comprendre certaines formes de COVID long.
Cette rencontre entre différents domaines de recherche est scientifiquement intéressante.
Elle ne doit cependant pas conduire à considérer toutes ces maladies comme une seule et même affection.
En Belgique
Le COVID long bénéficie actuellement d’une convention spécifique de l’INAMI permettant, sous certaines conditions, le remboursement d’une prise en charge multidisciplinaire.
Cette convention est prolongée jusqu’au 31 décembre 2026.
À partir de 2027, une nouvelle organisation des soins pour plusieurs maladies et syndromes persistants est en préparation. Il s'agit du projet transversal P7.
Le rapprochement de différentes affections dans un même dispositif de soins traduit l’existence de besoins et parfois de manifestations communes.
Il ne constitue cependant pas une preuve scientifique qu’elles possèdent toutes la même origine ou les mêmes mécanismes.
Pour MY FIBRO, cette distinction reste essentielle.
À retenir
Le COVID-19 a mis en évidence des ressemblances importantes entre certains syndromes post-infectieux et la fibromyalgie.
Les études montrent que :
certaines personnes développent après un COVID des douleurs diffuses, de la fatigue, des troubles cognitifs et du sommeil proches du tableau fibromyalgique ;
certaines remplissent ensuite les critères de fibromyalgie ;
des mécanismes tels que la sensibilisation nociplastique, la dysautonomie, les petites fibres ou les interactions neuro-immunitaires sont étudiés dans les deux affections.
Mais nous ne pouvons pas en conclure que le COVID est la cause de la fibromyalgie.
Une infection par le SARS-CoV-2 pourrait constituer un facteur déclenchant chez certaines personnes prédisposées.
Pour d’autres personnes atteintes de fibromyalgie, aucune infection particulière n’est retrouvée.
La recherche actuelle suggère donc une nouvelle fois qu’il existe probablement plusieurs chemins différents pouvant conduire à un tableau clinique de fibromyalgie.
Sources
Goudman L., De Smedt A., Noppen M., Moens M. – Is Central Sensitisation the Missing Link of Persisting Symptoms after COVID-19 Infection?, Journal of Clinical Medicine, 2021 – UZ Brussel / Vrije Universiteit Brussel.
Plaut S. – A systematic scoping review and conceptual analysis of new-onset fibromyalgia manifestations after non-hospitalized COVID-19, Journal of Translational Medicine, 2026.
Nuguri S.M. et al. – Metabolic Fingerprinting for the Diagnosis of Clinically Similar Long COVID and Fibromyalgia, Biomedicines, 2023 – Ohio State University / University of Texas / Universitat Rovira i Virgili.
Nuguri S.M. et al. – Surface-Enhanced Raman Spectroscopy Combined with Multivariate Analysis for Fingerprinting Clinically Similar Fibromyalgia and Long COVID Syndromes, Biomedicines, 2024.
INAMI – COVID long : remboursement des soins en cas de symptômes COVID-19 persistants, convention en vigueur jusqu'au 31 décembre 2026.
