CYCLES MENSTRUELS
Dernière mise à jour : 29 août

Certaines femmes atteintes de fibromyalgie remarquent que leurs douleurs, leur fatigue ou d’autres symptômes varient au cours de leur cycle menstruel.
Ce vécu mérite d’être reconnu.
Mais les recherches scientifiques ne montrent pas que toutes les femmes atteintes de fibromyalgie connaissent une aggravation au même moment du cycle, ni que les variations des œstrogènes expliquent à elles seules ces fluctuations.
Le lien entre cycle menstruel, hormones et fibromyalgie est donc plus complexe qu’on ne l’a parfois présenté.
Le cycle peut-il modifier les symptômes de la fibromyalgie ?
Chez certaines femmes, oui.
Des études ont observé des variations de la douleur, de la fatigue ou du bien-être au cours du cycle.
Mais les résultats ne sont pas toujours concordants.
Une étude suivant 80 femmes préménopausées atteintes de fibromyalgie a observé chez une partie d’entre elles une augmentation de la douleur et de la fatigue pendant certaines phases du cycle.
À l’inverse, une autre étude portant sur 57 femmes atteintes de fibromyalgie n’a pas retrouvé de variation significative de la douleur fibromyalgique entre les phases folliculaire et lutéale.
Elle a cependant montré que les femmes atteintes de fibromyalgie rapportaient davantage de symptômes menstruels que les femmes témoins.
Ces résultats montrent surtout une grande variabilité individuelle.
Les œstrogènes expliquent-ils ces variations ?
La question a beaucoup intéressé les chercheurs, notamment parce que la fibromyalgie est plus souvent diagnostiquée chez les femmes.
Mais les données disponibles ne permettent pas de conclure que les fluctuations des œstrogènes constituent une cause directe des variations de la douleur.
Une étude ayant mesuré les hormones sexuelles chez 74 femmes atteintes de fibromyalgie et 74 femmes témoins à différents moments du cycle n’a pas retrouvé de fluctuation particulière des principales hormones chez les femmes fibromyalgiques.
Les personnes atteintes de fibromyalgie présentaient bien une sensibilité à la douleur plus élevée que les témoins, mais cette différence était présente tout au long du cycle.
Les auteurs concluaient donc que le rôle des hormones sexuelles dans l’hypersensibilité douloureuse de la fibromyalgie semblait limité.
Cela ne signifie pas que les hormones n’ont aucun effet sur la douleur.
Cela signifie qu’il est trop simpliste d’affirmer : « les œstrogènes baissent, donc la fibromyalgie s’aggrave ».
Il n’existe pas une seule « phase sensible »
Les données scientifiques ne permettent pas d'affirmer que l’aggravation se produirait surtout pendant la phase folliculaire.
La phase folliculaire commence au premier jour des règles, mais les concentrations d’œstrogènes augmentent progressivement au cours de cette phase et deviennent élevées avant l’ovulation.
Chez certaines femmes, les symptômes semblent plus marqués pendant les règles.
Chez d’autres, ils peuvent augmenter avant les règles ou à d’autres moments.
Et certaines ne constatent pratiquement aucune variation liée au cycle.
L’expérience individuelle reste donc importante.
Les règles elles-mêmes peuvent être douloureuses
Il faut également distinguer :
une aggravation de la fibromyalgie
et
une douleur menstruelle qui s’ajoute aux symptômes de fibromyalgie.
La dysménorrhée désigne des règles douloureuses.
Une étude comparative a retrouvé davantage de dysménorrhée et de syndrome prémenstruel chez les femmes atteintes de fibromyalgie que chez les témoins.
Une personne déjà hypersensible à la douleur peut également ressentir plus fortement une douleur menstruelle.
Cela ne signifie cependant pas que toute douleur pelvienne pendant les règles est due à la fibromyalgie.
Une douleur menstruelle importante mérite d’être évaluée
Des règles extrêmement douloureuses ne doivent pas être automatiquement considérées comme « normales » ou comme une manifestation de la fibromyalgie.
Des pathologies comme l’endométriose ou l’adénomyose peuvent notamment provoquer des douleurs menstruelles importantes et des douleurs pelviennes chroniques.
La recherche espagnole récente sur la santé menstruelle rappelle également l’association entre dysménorrhée et différents syndromes douloureux chroniques, parmi lesquels la fibromyalgie.
Il peut donc y avoir coexistence et interaction entre plusieurs problèmes, sans que l’un explique nécessairement l’autre.
Et le syndrome prémenstruel ?
Les jours précédant les règles peuvent s’accompagner chez certaines personnes de : fatigue, irritabilité, troubles du sommeil, tension mammaire, ballonnements, maux de tête ou modification de l’humeur.
Ces manifestations peuvent se superposer à certains symptômes de la fibromyalgie et donner l’impression d’une aggravation globale.
Il peut être difficile de savoir quelle part est liée au syndrome prémenstruel et quelle part correspond à une véritable exacerbation de la fibromyalgie.
Dans la pratique, cette distinction importe parfois moins que le retentissement réel de l’ensemble des symptômes.
Tenir un journal peut être utile
Lorsqu’une personne a l’impression qu’un schéma se répète, noter ses symptômes pendant plusieurs cycles peut aider à vérifier cette impression.
Il est possible de noter simplement : la date des règles, le niveau de douleur, la fatigue, le sommeil et éventuellement les symptômes pelviens ou les migraines.
Cette observation permet parfois de constater qu’une aggravation revient régulièrement.
Elle peut aussi montrer qu’il n’existe pas de relation aussi systématique qu’on le pensait.
Ces informations peuvent ensuite être utiles lors d’une consultation médicale ou gynécologique.
Que peut-on faire pendant les périodes plus difficiles ?
Lorsqu’une aggravation récurrente est identifiée, le plus utile est généralement d’adapter temporairement le rythme des activités et d’utiliser les stratégies déjà efficaces pour la personne.
La chaleur peut notamment soulager certaines douleurs menstruelles.
Une activité physique douce peut également convenir à certaines personnes, mais elle doit rester adaptée aux capacités du moment.
Si les règles sont particulièrement douloureuses, abondantes ou invalidantes, il est préférable d’en parler avec le médecin ou le gynécologue plutôt que d’essayer de traiter uniquement ce symptôme comme une poussée de fibromyalgie.
Un traitement hormonal peut être indiqué pour différentes raisons gynécologiques.
Mais il ne constitue pas actuellement un traitement établi de la fibromyalgie.
Les recherches sur hormones sexuelles et fibromyalgie restent insuffisantes et parfois contradictoires.
Un traitement contraceptif ou hormonal doit donc être envisagé en fonction de la situation gynécologique individuelle et discuté avec le médecin.
Il ne doit pas être présenté comme une manière générale de contrôler la fibromyalgie.
À retenir
Certaines femmes atteintes de fibromyalgie ressentent une variation de leurs symptômes au cours du cycle menstruel.
Ce phénomène est plausible et rapporté dans plusieurs études, mais il n’est ni systématique ni identique pour toutes.
Les recherches ne permettent pas d’affirmer qu’une phase précise du cycle — notamment la phase folliculaire — provoque systématiquement une aggravation de la fibromyalgie.
Elles ne permettent pas non plus d’expliquer ces variations par une simple baisse des œstrogènes.
Le plus utile est donc de reconnaître les variations individuelles, d’observer éventuellement leur répétition au fil des cycles et de ne pas attribuer automatiquement toute douleur menstruelle à la fibromyalgie.
Sources
Pamuk O.N., Cakir N. – The variation in chronic widespread pain and other symptoms in fibromyalgia patients. The effects of menses and menopause, Clinical and Experimental Rheumatology, 2005.
Alonso C. et al. – Menstrual cycle influences on pain and emotion in women with fibromyalgia, Journal of Psychosomatic Research, 2004.
Okifuji A., Turk D.C. – Sex hormones and pain in regularly menstruating women with fibromyalgia syndrome, Journal of Pain, 2006.
Tander B. et al. – étude comparative sur syndrome prémenstruel et dysménorrhée chez des femmes atteintes de fibromyalgie, 2015.
Étude espagnole sur la santé menstruelle et les douleurs chroniques, Frontiers in Public Health, 2025.
