DEPRESSION
Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Fibromyalgie et dépression sont souvent associées. À tel point que certains patients entendent encore que leur maladie serait « psychologique » ou que leurs douleurs seraient la conséquence d’un état dépressif.
Pourtant, les deux ne doivent pas être confondues.
La fibromyalgie n’est pas une dépression.
Mais vivre avec une douleur chronique, de la fatigue, un sommeil perturbé, des limitations ou de l’incompréhension peut peser lourdement sur le moral.
Et lorsqu’une dépression est présente, elle peut à son tour influencer la manière dont la douleur est vécue.
Alors, quels liens existent réellement entre fibromyalgie et dépression ?
Fibromyalgie et dépression : deux maladies différentes
Commençons par un point essentiel :
la fibromyalgie n’est pas une maladie psychiatrique.
Une personne peut être atteinte de fibromyalgie sans souffrir de dépression.
Et une personne souffrant de dépression ne développera pas nécessairement une fibromyalgie.
En revanche, les symptômes anxieux et dépressifs sont plus fréquents chez les personnes atteintes de fibromyalgie que dans la population générale.
L’expertise collective de l’Inserm consacrée à la fibromyalgie souligne toutefois une distinction importante : un questionnaire peut repérer des signes de dépression ou d’anxiété, mais il ne permet pas à lui seul de poser un diagnostic de trouble dépressif.
Ce diagnostic nécessite une véritable évaluation clinique.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les pourcentages de dépression retrouvés dans les études varient beaucoup.
Pourquoi la dépression est-elle plus fréquente ?
Il n’existe probablement pas une seule explication.
Vivre durablement avec :
des douleurs ;
une fatigue importante ;
un sommeil non réparateur ;
des capacités qui diminuent ou fluctuent ;
des difficultés professionnelles ;
une diminution des revenus ;
de l’isolement ;
de l’incompréhension ;
ou une incertitude face à l’avenir
peut évidemment affecter la santé psychologique.
Une dépression peut donc apparaître dans le contexte d’une vie devenue particulièrement difficile, comme cela peut se produire dans de nombreuses autres maladies chroniques.
Mais la relation est plus complexe qu’un simple :
douleur → dépression.
Douleur, sommeil et dépression : des interactions
Douleur, sommeil, fatigue et humeur peuvent s’influencer mutuellement.
La douleur peut perturber le sommeil.
Un sommeil de mauvaise qualité peut accentuer la fatigue et augmenter la sensibilité à la douleur.
Les troubles du sommeil peuvent également favoriser ou aggraver certains symptômes dépressifs.
Et lorsqu’une dépression est présente, elle peut à son tour influencer l’énergie, le sommeil, l’activité et la manière dont une personne vit sa douleur.
Il s’agit donc plutôt d’un ensemble d’interactions que d’une relation simple de cause à effet.
La dépression provoque-t-elle la fibromyalgie ?
Nous n’avons pas de preuve permettant de l’affirmer.
Pendant longtemps, certaines conceptions ont associé étroitement fibromyalgie, dépression et troubles psychologiques.
Les connaissances ont évolué.
La fibromyalgie est aujourd’hui considérée comme une affection complexe et multifactorielle dont les mécanismes impliquent notamment le traitement et la modulation de la douleur.
Les recherches explorent de nombreuses pistes :
le système nerveux ;
le sommeil ;
le système nerveux autonome ;
certains mécanismes neuro-immunitaires ;
les facteurs génétiques ;
le métabolisme ;
le microbiote ;
ainsi que différents facteurs environnementaux, psychologiques et sociaux susceptibles d’influencer l’évolution de la maladie.
Une dépression peut donc coexister avec une fibromyalgie et modifier la manière dont les symptômes sont vécus.
Mais elle n’est pas considérée comme la cause de la fibromyalgie.
Et l’inverse ?
La fibromyalgie peut, chez certaines personnes, contribuer à l’apparition d’un état dépressif.
Mais là encore, il ne faut pas généraliser.
Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie ne deviennent pas dépressives.
Certaines peuvent traverser des périodes de :
tristesse ;
colère ;
frustration ;
découragement ;
sentiment d’injustice ;
ou épuisement moral
sans pour autant présenter une véritable dépression.
Être découragé parce que l’on souffre depuis longtemps ou parce que l’on a perdu certaines capacités ne signifie pas automatiquement que l’on souffre d’un trouble dépressif.
Découragement ou dépression ?
Nous connaissons tous des périodes où le moral baisse.
Dans une maladie chronique, elles peuvent être plus fréquentes.
Mais une dépression est autre chose qu’un mauvais jour ou qu’une période de lassitude.
Elle peut notamment associer, pendant une période prolongée :
une tristesse persistante ;
une perte d’intérêt ou de plaisir ;
une diminution importante de l’énergie ;
des troubles du sommeil ;
des difficultés de concentration ;
un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité ;
une perte d’espoir ;
et parfois des idées de mort ou des pensées suicidaires.
Certains de ces symptômes peuvent se confondre avec ceux de la fibromyalgie, notamment la fatigue, le sommeil perturbé ou les difficultés cognitives.
C’est pourquoi le diagnostic doit être posé avec prudence par un professionnel de santé, en tenant compte de l’ensemble de la situation.
Alors pourquoi prescrit-on parfois des antidépresseurs ?
C’est une question fréquente.
Le fait qu’un médecin prescrive un médicament appartenant à la famille des antidépresseurs ne signifie pas qu’il considère que la fibromyalgie est une dépression.
Certains de ces médicaments agissent sur des neurotransmetteurs qui interviennent également dans les mécanismes de modulation de la douleur.
Ils peuvent donc parfois être utilisés dans certaines douleurs chroniques chez des personnes qui ne sont pas dépressives.
Le nom de la famille du médicament correspond à son utilisation historique principale, mais pas nécessairement à la raison pour laquelle il est prescrit dans une situation donnée.
Leur efficacité dans la fibromyalgie reste variable et leur utilisation doit toujours être discutée individuellement avec le médecin.
Et les traumatismes ?
C’est un sujet qui demande beaucoup de prudence.
Certaines études ont retrouvé davantage d’événements de vie difficiles, d’adversités ou de traumatismes dans l’histoire de certains groupes de patients atteints de fibromyalgie.
Mais une association statistique ne démontre pas une relation de cause à effet.
Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie n’ont pas vécu de traumatisme.
Et toutes les personnes ayant vécu un traumatisme ne développent évidemment pas une fibromyalgie.
Il serait donc incorrect de rechercher systématiquement chez un patient un « traumatisme caché » qui expliquerait sa maladie.
Les histoires de vie sont différentes.
Les mécanismes de la fibromyalgie aussi.
Et la psychothérapie ?
Un accompagnement psychologique peut être utile lorsqu’une personne :
souffre de dépression ;
présente un trouble anxieux ;
vit difficilement avec sa maladie ;
traverse un deuil ;
souffre des conséquences d’un traumatisme ;
rencontre des difficultés relationnelles ;
ou souhaite simplement disposer d’un espace pour parler et développer de nouvelles stratégies d’adaptation.
Les thérapies cognitivo-comportementales font notamment partie des approches pouvant être proposées dans une prise en charge multimodale de la fibromyalgie.
Mais consulter un psychologue ou un psychiatre ne signifie absolument pas que la fibromyalgie serait « dans la tête ».
Prendre soin de sa santé psychologique fait partie des soins de santé.
Et l’EMDR ?
L’EMDR peut être utilisée notamment dans la prise en charge de certains traumatismes psychiques et du trouble de stress post-traumatique.
Si une personne atteinte de fibromyalgie présente également un traumatisme qui continue à la faire souffrir, celui-ci mérite évidemment d’être pris en charge.
Mais il serait incorrect de considérer qu’une psychothérapie ou l’EMDR devrait permettre de « traiter un traumatisme responsable de la fibromyalgie ».
Nous ne disposons pas de preuves permettant de présenter les choses ainsi.
Un traumatisme doit être pris en charge parce qu’il fait souffrir la personne, et non parce qu’on suppose qu’il constitue forcément l’origine de sa fibromyalgie.
Une dépression mérite d’être soignée
À force de devoir rappeler que la fibromyalgie n’est pas une maladie psychologique, on pourrait presque tomber dans l’excès inverse et hésiter à parler de dépression lorsqu’elle existe réellement.
Ce serait dommage.
On peut avoir :
une fibromyalgie ET une dépression.
Comme on peut avoir une fibromyalgie et n’importe quelle autre maladie.
L’une n’annule pas l’autre.
Reconnaître une dépression ne remet pas en cause la réalité de la douleur ni celle de la fibromyalgie.
Au contraire, une dépression est une maladie qui mérite elle aussi d’être reconnue, accompagnée et soignée.
Quand la souffrance devient trop importante
La douleur chronique, l’épuisement, l’isolement ou la perte de certaines capacités peuvent parfois conduire à une souffrance psychologique très importante.
Les études montrent notamment un risque accru d’idées suicidaires chez les personnes atteintes de fibromyalgie par rapport à la population générale.
Cela ne signifie évidemment pas que toute personne atteinte de fibromyalgie est suicidaire.
Mais lorsqu’une personne exprime des idées de mort, dit qu’elle ne veut plus vivre ou semble en danger, il ne faut jamais banaliser ces paroles.
En Belgique francophone, le Centre de Prévention du Suicide propose une ligne d’écoute gratuite et anonyme :
0800 32 123
Elle est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
En cas de danger immédiat, il faut appeler le 112.
Ne pas choisir entre le corps et l’esprit
Pendant longtemps, certaines conceptions de la maladie ont opposé deux possibilités :
soit c’est physique, soit c’est psychologique.
Cette séparation est trop simpliste.
Notre organisme fonctionne comme un ensemble.
La douleur influence le sommeil.
Le sommeil influence l’énergie.
La fatigue peut influencer l’humeur.
L’humeur peut modifier la manière dont nous vivons une douleur déjà présente.
Notre environnement, nos relations, notre situation professionnelle et financière et notre état physique interagissent également.
Reconnaître ces interactions ne signifie absolument pas que la fibromyalgie est « dans la tête ».
Cela signifie simplement que la santé physique, la santé psychologique et notre environnement ne vivent pas dans des compartiments séparés.
À retenir
La fibromyalgie et la dépression sont deux maladies différentes.
Les symptômes anxieux et dépressifs sont plus fréquents chez les personnes atteintes de fibromyalgie, mais toutes ne souffrent pas de dépression.
La dépression n’est pas la cause démontrée de la fibromyalgie.
Douleur, mauvais sommeil, fatigue et humeur peuvent néanmoins s’influencer mutuellement.
La prescription d’un médicament antidépresseur ne signifie pas que le médecin considère la fibromyalgie comme une maladie psychiatrique : certains de ces médicaments sont également utilisés pour agir sur les mécanismes de la douleur.
Un traumatisme ne doit pas non plus être recherché systématiquement pour « expliquer » une fibromyalgie.
Mais lorsqu’une dépression, une anxiété ou un traumatisme existe réellement, il mérite d’être pris en charge pour lui-même.
Et surtout :
prendre soin de sa santé mentale ne remet jamais en cause la réalité de sa maladie.
Sources
CHU de Liège – Centre interdisciplinaire d’algologie, Fibromyalgie, où en est-on en 2023 ? : présentation belge de la fibromyalgie, de ses comorbidités et de sa prise en charge multidisciplinaire.
Centre de Prévention du Suicide – Belgique francophone : informations et ligne d’écoute 0800 32 123.
Inserm – Expertise collective Fibromyalgie (2020) : analyse des connaissances sur les relations entre fibromyalgie, douleur, sommeil, anxiété, dépression et qualité de vie.
