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DIAPHRAGME

  • Photo du rédacteur: Violaine Desmette
    Violaine Desmette
  • 9 janv.
  • 3 min de lecture

La fibromyalgie est aujourd’hui reconnue comme un syndrome de la douleur chronique complexe, impliquant des interactions étroites entre le système nerveux, le stress, la perception douloureuse et les fonctions physiologiques de base.


Dans ce contexte, le diaphragme, souvent réduit à son rôle de muscle respiratoire, apparaît comme un acteur clé, notamment dans le lien entre stress chronique et amplification de la douleur.


De plus en plus de praticiens (ostéopathes, kinésithérapeutes, algologues) s’intéressent à son rôle dans la fibromyalgie, en cohérence avec les données actuelles sur la dysrégulation du système nerveux autonome observée chez les patients fibromyalgiques.


1. Le diaphragme : un muscle au carrefour de plusieurs systèmes


Le diaphragme est le principal muscle de la respiration. Il sépare la cavité thoracique de la cavité abdominale et intervient à chaque cycle respiratoire. Cependant, son rôle dépasse largement la simple mécanique ventilatoire.


Sur le plan physiologique, le diaphragme est en lien direct avec :

  • le système nerveux autonome (sympathique et parasympathique),

  • le nerf vague, impliqué dans la régulation du stress et des réponses émotionnelles,

  • les fascias, réseaux conjonctifs qui transmettent les tensions mécaniques dans tout le corps,

  • les fonctions digestives, circulatoires et posturales.


Cette position stratégique explique pourquoi une altération de sa mobilité ou de son tonus peut avoir des répercussions systémiques.


2. Fibromyalgie et dérégulation du système nerveux autonome


Les données scientifiques convergent vers l’idée que la fibromyalgie est associée à une hyperactivation chronique du système nerveux sympathique, responsable de la réponse de stress (« fuite ou combat »), et à une insuffisance de l’activation parasympathique, liée au repos et à la récupération.


Cette dérégulation se manifeste notamment par :

  • une hypersensibilité à la douleur (sensibilisation centrale),

  • des troubles du sommeil,

  • une fatigue persistante,

  • des troubles digestifs fonctionnels,

  • une intolérance au stress physique et émotionnel.


Or, la respiration — et en particulier la respiration diaphragmatique — est l’un des rares leviers physiologiques capables d’influencer volontairement le système nerveux autonome.


3. Stress chronique et dysfonction diaphragmatique


En situation de stress prolongé, la respiration tend à devenir :

  • plus rapide,

  • plus superficielle,

  • principalement thoracique.


Ce schéma respiratoire entraîne une diminution de la mobilité du diaphragme, qui peut progressivement se rigidifier. Chez les personnes atteintes de fibromyalgie, ce phénomène est fréquemment observé, en lien avec l’état d’alerte neurovégétatif constant.


Un diaphragme peu mobile peut alors :

  • maintenir une stimulation excessive du système sympathique,

  • limiter l’activation du nerf vague,

  • entretenir des tensions musculaires et fasciales à distance (cervicales, dorsales, lombaires),

  • contribuer aux troubles digestifs fonctionnels fréquemment associés à la fibromyalgie.


4. Diaphragme et perception de la douleur


La douleur fibromyalgique n’est pas liée à une lésion tissulaire identifiable, mais à une amplification des signaux douloureux par le système nerveux central.


Un diaphragme tendu peut jouer un rôle indirect mais significatif dans ce processus :

  • il génère des signaux proprioceptifs continus de tension,

  • il participe à un climat physiologique perçu comme « non sécurisé » par le cerveau,

  • il entretient l’état d’hypervigilance neuronale.


Ainsi, le corps reste dans un état propice à l’amplification de la douleur, même en l’absence de stimulus nociceptif majeur.


5. Intérêt thérapeutique du travail diaphragmatique


Les approches visant à restaurer une respiration diaphragmatique lente et ample ont montré des effets bénéfiques sur :

  • la modulation du stress,

  • la réduction de l’anxiété,

  • l’amélioration du sommeil,

  • la diminution de l’intensité perçue de la douleur.


Ces effets sont cohérents avec les recommandations actuelles en fibromyalgie, qui insistent sur les approches non médicamenteuses intégrées, telles que :

  • l’éducation thérapeutique,

  • la respiration contrôlée,

  • les techniques de relaxation,

  • les thérapies corporelles douces,

  • certaines approches manuelles (dont l’ostéopathie).


Il est important de souligner que le travail sur le diaphragme ne constitue pas un traitement curatif, mais un outil complémentaire pertinent, agissant sur les mécanismes neurophysiologiques impliqués dans la fibromyalgie.


Dans la fibromyalgie, le diaphragme n’est ni une cause unique ni un simple muscle accessoire. Il représente un véritable carrefour fonctionnel entre respiration, stress, système nerveux et douleur.


Comprendre et prendre en compte son rôle permet :

  • de mieux appréhender l’impact du stress chronique sur la maladie,

  • d’intégrer des stratégies corporelles ciblées,

  • d’agir sur la régulation neurovégétative, élément central de la fibromyalgie.


Cette approche s’inscrit pleinement dans une vision moderne, globale et individualisée de la prise en charge des personnes vivant avec la fibromyalgie.

 
 
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