DIAPHRAGME
- 9 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Le diaphragme est le principal muscle de la respiration. Il travaille sans relâche, le plus souvent sans que nous y pensions.
Mais depuis quelques années, son rôle suscite aussi de l’intérêt dans la fibromyalgie.
Respiration plus rapide, mobilité thoracique réduite, force des muscles respiratoires parfois diminuée… plusieurs études ont observé des différences chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.
Alors, le diaphragme aurait-il quelque chose à nous dire ?
Respiration et fibromyalgie : il existe bien un lien
Une méta-analyse publiée en 2021 a regroupé six études comparant des personnes atteintes de fibromyalgie à des personnes sans fibromyalgie. Elle a retrouvé, en moyenne, une diminution de certaines mesures de force des muscles respiratoires, de ventilation et de mobilité thoracique.
Plus récemment, une étude publiée en 2025 auprès de 38 femmes atteintes de fibromyalgie et 44 femmes témoins a observé une respiration plus rapide, un volume d’air inspiré à chaque cycle plus faible et une mobilité thoracique réduite.
Cela ne signifie pas que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie souffrent d’un « diaphragme bloqué », ni qu’une anomalie du diaphragme serait à l’origine de la maladie.
Mais la respiration mérite certainement davantage d’attention.
Le diaphragme, carrefour de plusieurs fonctions ?
Une revue scientifique publiée en 2024 par Bordoni et Escher — qui a notamment inspiré cet article — propose d’examiner davantage les liens entre respiration, diaphragme, posture, système nerveux autonome et difficultés motrices dans la fibromyalgie.
L’hypothèse est intéressante.
Le diaphragme intervient évidemment dans la respiration, mais il participe aussi à la mécanique du tronc et travaille en interaction avec de nombreuses structures nerveuses et musculaires.
Les auteurs envisagent notamment que certaines modifications de son fonctionnement puissent participer à des perturbations plus larges.
Mais il s’agit bien, pour une partie de ces mécanismes, d’hypothèses.
Nous ne pouvons donc pas affirmer aujourd’hui qu’un diaphragme trop tendu entretiendrait directement la sensibilisation centrale, empêcherait le nerf vague de fonctionner correctement ou serait responsable des douleurs digestives, dorsales ou cervicales rencontrées dans la fibromyalgie.
Ces pistes sont intéressantes, mais elles ne permettent pas encore de parler de mécanismes démontrés.
Et le système nerveux autonome ?
La respiration est particulière : elle fonctionne automatiquement… mais nous pouvons aussi volontairement modifier son rythme.
Une respiration lente peut influencer certains paramètres physiologiques associés au système nerveux autonome et favoriser une sensation de calme ou de relaxation.
Cela a parfois conduit à présenter la respiration diaphragmatique comme une manière « d’activer le nerf vague ».
Dans la fibromyalgie, il faut être plus prudent.
Un essai randomisé portant sur 116 personnes a comparé notamment une respiration diaphragmatique méditative et une stimulation transcutanée du nerf vague à leurs interventions témoins.
Les chercheurs n’ont pas démontré l’augmentation spécifique attendue de la variabilité cardiaque vagale, ni de lien entre celle-ci et l’amélioration de la douleur.
Autrement dit :
Respirer lentement peut être bénéfique, mais cela ne permet pas d’affirmer que ces effets passent spécifiquement par une activation du nerf vague.
Les exercices respiratoires peuvent-ils aider ?
C’est ici que les recherches deviennent particulièrement intéressantes.
Plusieurs petites études ont testé des exercices respiratoires ou un véritable entraînement des muscles respiratoires chez des personnes atteintes de fibromyalgie.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2026 retrouve des améliorations possibles de la douleur, de la fatigue, du sommeil, de l’anxiété, de la qualité de vie et de certaines performances respiratoires.
Mais seulement quatre études ont pu être incluses et les auteurs évaluent la certitude des preuves comme très faible.
Ils concluent donc que les résultats sont prometteurs, mais encore insuffisants pour recommander formellement l’entraînement respiratoire comme traitement spécifique de la fibromyalgie.
Attention également à ne pas tout mélanger : un entraînement des muscles respiratoires avec un protocole précis n’est pas exactement la même chose que prendre quelques minutes pour respirer lentement avec le ventre.
Alors, pourquoi essayer ?
Parce qu’une pratique respiratoire douce peut être :
simple ;
gratuite ;
réalisable chez soi ;
adaptée aux capacités de chacun ;
utilisée lors d’un moment de tension ou de relaxation ;
intégrée à d’autres pratiques corporelles.
Il n’est pas nécessaire de chercher une respiration extrêmement profonde.
Le but est plutôt de respirer lentement et confortablement, sans forcer.
Et si l’exercice provoque étourdissements ou malaise, on revient simplement à une respiration naturelle.
Et « libérer le diaphragme » ?
Certaines techniques manuelles, ostéopathiques ou fasciales proposent de travailler directement sur le diaphragme.
Elles peuvent être ressenties comme agréables ou relaxantes par certaines personnes.
En revanche, les données disponibles ne permettent pas actuellement d’affirmer qu’une manipulation du diaphragme corrige un mécanisme démontré de la fibromyalgie ou « rééquilibre » à elle seule le système nerveux autonome.
Comme souvent :
ressentir un bienfait est parfaitement valable.
En expliquer le mécanisme demande davantage de preuves.
À retenir
Le diaphragme n’est probablement pas la clé cachée de la fibromyalgie.
Mais il ne mérite pas non plus d’être oublié.
Des différences dans la respiration, la mobilité thoracique et la fonction des muscles respiratoires ont été observées chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.
Les exercices respiratoires et l’entraînement des muscles respiratoires constituent également une piste intéressante, avec des premiers résultats encourageants mais encore trop peu solides pour en faire un traitement spécifique.
La respiration peut donc trouver sa place parmi les approches complémentaires, sans promesse excessive et sans prétendre guérir la fibromyalgie.
Après tout, dans une maladie qui nous coupe parfois le souffle…
apprendre à le reprendre peut déjà avoir du sens.
Sources
Bordoni B., Escher A.R. (2024). Motor Dysfunctions in Fibromyalgia Patients: The Importance of Breathing. Open Access Rheumatology, 16, 55–66. Revue narrative proposant notamment d’explorer davantage les relations entre diaphragme, respiration, posture et fibromyalgie.
Ortiz-Rubio A. et al. (2021). Respiratory disturbances in fibromyalgia: A systematic review and meta-analysis of case control studies. Expert Review of Respiratory Medicine, 15(9), 1217–1227.
Jonsson K. et al. (2025). Altered breathing pattern and thoracic mobility in women with fibromyalgia: A case-control study. The Journal of Pain, 35, 105508.
Paccione C.E. et al. (2022). Meditative-based diaphragmatic breathing vs. vagus nerve stimulation in the treatment of fibromyalgia – A randomized controlled trial. Frontiers in Neurology, 13, 1030927.
Torres Pontes A. et al. (2026). Effect of respiratory muscle training on symptoms of fibromyalgia: a systematic review with meta-analysis. Pain Management, 16(4), 351–362. Résultats encourageants, mais certitude des preuves jugée très faible.
