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DISCRIMINATION

29 sept. 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 août


Fibromyalgie et discrimination : quand la maladie invisible devient un obstacle


Vivre avec une fibromyalgie ne signifie pas seulement composer avec la douleur, la fatigue ou les autres symptômes.


Certaines personnes doivent également faire face :

  • à l’incrédulité ;

  • à des préjugés ;

  • à des difficultés dans leur emploi ;

  • à l’absence d’adaptations ;

  • ou à des traitements défavorables liés à leur état de santé ou à leur handicap.

Toutes ces expériences peuvent être profondément blessantes.


Mais toutes ne constituent pas nécessairement une discrimination au sens juridique.

Comprendre cette différence permet aussi de mieux connaître ses droits.


Qu’est-ce qu’une discrimination ?


En Belgique, la législation protège notamment contre les différences de traitement fondées sur :

  • le handicap ;

  • l’état de santé actuel ou futur ;

  • l’âge ;

  • le sexe ;

  • l’origine ;

  • et plusieurs autres critères protégés.


Une discrimination peut être directe : une personne est traitée moins favorablement en raison d’un critère protégé.

Elle peut aussi être indirecte : une règle apparemment identique pour tout le monde désavantage particulièrement certaines personnes sans justification suffisante.

Mais toute différence de traitement n’est pas automatiquement illégale.


Selon le contexte, certaines différences peuvent être justifiées par un objectif légitime et des moyens appropriés et nécessaires.

Il faut donc toujours examiner la situation concrète.


Fibromyalgie et handicap : ce n’est pas seulement une question de reconnaissance administrative


Une personne ne doit pas nécessairement posséder une reconnaissance officielle de handicap pour pouvoir, dans certaines circonstances, être considérée comme une personne en situation de handicap au regard du droit antidiscrimination.


La jurisprudence européenne retient une conception large du handicap : une maladie peut relever de cette notion lorsqu’elle entraîne des limitations durables qui, en interaction avec différentes barrières, empêchent une participation pleine et effective à la vie professionnelle sur un pied d’égalité avec les autres.

Une fibromyalgie entraînant des limitations durables peut donc, selon la situation individuelle, entrer dans cette conception du handicap.


Cela ne signifie pas pour autant que :

toute personne atteinte de fibromyalgie est juridiquement reconnue comme handicapée dans toutes les situations.

L’analyse reste individuelle.


Le poids du handicap invisible


L’invisibilité de la fibromyalgie peut favoriser les incompréhensions.


Une personne peut :

  • marcher ;

  • sourire ;

  • travailler certains jours ;

  • participer à une activité ;

et pourtant présenter des limitations importantes.


Unia rappelle que la majorité des handicaps sont invisibles. En 2024, l’institution a reçu 1 267 signalements liés au handicap, qui ont donné lieu à l’ouverture de 582 dossiers. Les dossiers liés au handicap représentaient alors plus d’un quart de l’ensemble des dossiers ouverts par Unia.

Ces chiffres concernent tous les handicaps et non spécifiquement la fibromyalgie.

Ils montrent néanmoins que les difficultés d’inclusion et de discrimination liées au handicap restent très présentes en Belgique.


Au travail


La fibromyalgie peut rendre certaines conditions de travail difficiles :

  • horaires rigides ;

  • station debout prolongée ;

  • manutention ;

  • déplacements fréquents ;

  • bruit ou surcharge sensorielle ;

  • rythme soutenu ;

  • absence de pauses ;

  • fatigue cognitive.

Certaines personnes peuvent avoir besoin d’aménagements pour continuer à exercer leur emploi.


Selon la fonction et les besoins individuels, cela peut par exemple concerner :

  • l’organisation des horaires ;

  • certaines pauses ;

  • le télétravail lorsque la fonction le permet ;

  • l’ergonomie du poste ;

  • la répartition de certaines tâches ;

  • l’accessibilité ;

  • ou d’autres adaptations.


Les aménagements raisonnables sont un droit


Lorsqu’une personne se trouve en situation de handicap au sens de la législation antidiscrimination, elle peut avoir droit à des aménagements raisonnables.

Unia rappelle clairement qu’un aménagement raisonnable n’est pas une faveur mais une obligation légale lorsqu’il répond aux conditions prévues.


Son caractère raisonnable est apprécié notamment en fonction :

  • de son coût ;

  • de son impact sur l’organisation ;

  • de sa fréquence et de sa durée d’utilisation ;

  • de son effet sur l’autonomie de la personne ;

  • de l’existence éventuelle d’alternatives ;

  • et des possibilités financières ou organisationnelles de la structure concernée.

Cela signifie également que toute demande précise n’est pas automatiquement due.

Le besoin doit être examiné individuellement et une solution raisonnable recherchée.


Refuser un aménagement peut constituer une discrimination


Un refus d’aménagement raisonnable peut constituer une discrimination fondée sur le handicap.


La jurisprudence belge récente le confirme.

En 2025, la Cour du travail de Liège a notamment considéré que des manquements dans un trajet de réintégration pouvaient constituer un défaut d’aménagement raisonnable.

En février 2026, le Conseil d’État a également constaté une violation de la législation antidiscrimination dans une affaire où une incapacité de longue durée avait empêché un stagiaire de terminer son stage dans le délai prévu.

Ces décisions ne concernaient pas la fibromyalgie, mais elles illustrent concrètement la portée du droit aux aménagements.


Mais un licenciement d’une personne malade n’est pas automatiquement discriminatoire


Cette nuance est importante.


Un jugement belge concerne directement une travailleuse atteinte de fibromyalgie.

Elle travaillait dans une maison de repos et avait connu de très longues périodes d’absence pour maladie. Après son diagnostic de fibromyalgie en 2020, elle avait été licenciée, l’employeur invoquant les problèmes organisationnels provoqués par ses absences.

Le tribunal du travail de Verviers, puis la Cour du travail de Liège en appel en 2023, ont considéré dans cette situation particulière que le licenciement poursuivait un objectif légitime et était justifié.


Autrement dit :

être licencié alors que l’on est atteint de fibromyalgie ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une discrimination.

Il faut examiner pourquoi la décision a été prise, comment elle a été justifiée et si les obligations légales ont été respectées.

Cette nuance est importante pour donner une information correcte sur les droits.


Être mal compris par un professionnel de santé est-il une discrimination ?


Pas nécessairement.


Une personne atteinte de fibromyalgie peut malheureusement entendre :

  • « c’est dans votre tête » ;

  • « vous devez simplement faire plus d’efforts » ;

  • « vous avez l’air en bonne santé » ;

  • ou voir ses symptômes minimisés.

Ces comportements peuvent être extrêmement difficiles à vivre.


Ils peuvent relever :

  • d’un manque de connaissance ;

  • d’un défaut d’écoute ;

  • d’une mauvaise communication ;

  • éventuellement d’un non-respect des droits du patient ;

  • et, dans certaines circonstances précises, d’une discrimination.

Mais tout mauvais accueil ou toute minimisation médicale n’est pas juridiquement une discrimination.

C’est pourquoi nous traitons séparément sur le site la question du gaslighting médical.


Les droits du patient


En Belgique, le patient dispose notamment du droit :

  • à des prestations de qualité ;

  • au libre choix du professionnel, dans certaines limites ;

  • à recevoir les informations nécessaires ;

  • au consentement libre et éclairé ;

  • à l’accès à son dossier ;

  • au respect de son intimité et de sa vie privée.


Lorsqu’une personne estime que ses droits en tant que patient n’ont pas été respectés, elle peut faire appel à une fonction de médiation.

Dans un hôpital, il s’agit du service de médiation de l’établissement.

Pour les soins dispensés en dehors d’un hôpital, d’autres dispositifs de médiation peuvent être compétents.


Cette voie est différente d’un signalement pour discrimination auprès d’Unia.


Et lorsqu’il s’agit réellement d’une discrimination ?


Unia est l’institution publique indépendante compétente en matière de discrimination pour de nombreux critères, notamment :

  • le handicap ;

  • l’état de santé ;

  • l’âge ;

  • l’origine ;

  • et plusieurs autres critères protégés.


Une personne qui pense avoir été discriminée peut effectuer un signalement gratuitement auprès d’Unia.


Unia peut :

  • écouter la situation ;

  • informer sur la législation ;

  • examiner si les faits peuvent relever d’une discrimination ;

  • conseiller la personne ;

  • et, dans certaines situations, intervenir ou accompagner des démarches.


Unia peut être contacté via son formulaire de signalement ou au 0800 12 800, les jours ouvrables.


Quelques situations qui peuvent poser question


Une discrimination pourrait par exemple être envisagée si une personne :

  • est écartée d’un emploi uniquement parce qu’elle annonce être atteinte de fibromyalgie ;

  • se voit refuser sans examen réel une adaptation raisonnable liée à un handicap durable ;

  • subit une règle apparemment neutre qui la désavantage particulièrement en raison de son handicap sans justification suffisante ;

  • se voit refuser l’accès à un bien ou à un service uniquement en raison de son état de santé ou de son handicap.

Mais seule l’analyse précise des faits permet de déterminer s’il existe juridiquement une discrimination.


Ne pas tout qualifier de discrimination protège aussi la notion


Il peut être tentant d’utiliser le mot « discrimination » pour décrire toute situation injuste.


Pour MY FIBRO, il est important de rester précis.


Une remarque blessante, un manque d’empathie ou une mauvaise connaissance de la fibromyalgie sont des problèmes réels.

Mais ils ne correspondent pas toujours à la définition légale de la discrimination.

À l’inverse, certaines situations que l’on finit par considérer comme « normales » peuvent réellement porter atteinte aux droits d’une personne.


Connaître les différences permet donc :

de nommer correctement ce qui se passe et d’utiliser le recours adapté.


À retenir


Les personnes atteintes de fibromyalgie peuvent rencontrer :

  • incompréhension ;

  • stigmatisation ;

  • difficultés professionnelles ;

  • défaut d’aménagement ;

  • atteinte aux droits du patient ;

  • et parfois de véritables discriminations.

Mais ces notions ne sont pas interchangeables.


En Belgique :

l’état de santé et le handicap font partie des critères protégés par la législation antidiscrimination.

Une maladie chronique entraînant des limitations durables peut, selon la situation, correspondre à la notion juridique de handicap.

Dans ce cas, la personne peut notamment bénéficier d’un droit aux aménagements raisonnables.

Le refus d’un aménagement raisonnable peut constituer une discrimination.

Mais chaque situation doit être évaluée individuellement.


En cas de doute :

  • Unia peut informer et examiner une situation de discrimination ;

  • un service de médiation des droits du patient peut intervenir lorsqu’un problème concerne le respect des droits dans les soins ;

  • dans le domaine professionnel, le syndicat, le médecin du travail, le Contrôle des lois sociales ou un conseiller juridique peuvent également être utiles selon la situation.


Une fibromyalgie invisible ne rend pas les limitations invisibles au droit.

Mais connaître précisément ses droits permet de les défendre sans promettre une reconnaissance automatique qui n’existe pas.


Sources belges


  • Unia – informations sur la discrimination fondée sur le handicap et l’état de santé.

  • Unia – Travailler avec un handicap : les aménagements raisonnables dans l’emploi, 2025.

  • SPF Emploi – principes généraux de la législation antidiscrimination et droit aux aménagements raisonnables.

  • SPF Santé publique – droits du patient et procédures de médiation.

  • Unia – jurisprudence belge : Cour du travail de Liège, 28 novembre 2023 ; Cour du travail de Liège, division Namur, 13 mai 2025 ; Conseil d’État, 17 février 2026.

 
 
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