DOULEUR
Dernière mise à jour : 13 sept.

Comprendre la douleur pour mieux comprendre la fibromyalgie
La douleur est au cœur de la fibromyalgie.
Elle peut être diffuse, fluctuante, profonde, brûlante, lancinante… Elle peut changer d’endroit, varier d’un jour à l’autre et parfois devenir très intense alors qu’une radiographie, une IRM ou une prise de sang ne montre aucune lésion proportionnelle à ce que nous ressentons.
Et c’est précisément ce qui a longtemps rendu la fibromyalgie si difficile à comprendre.
Une douleur peut être parfaitement réelle sans être proportionnelle à une lésion visible.
Pour y voir plus clair, il faut distinguer deux choses que l’on mélange souvent :
douleur aiguë ou douleur chronique : cela décrit principalement son évolution dans le temps ;
douleur nociceptive, neuropathique ou nociplastique : cela décrit le mécanisme qui produit ou entretient la douleur.
Une douleur peut donc être, par exemple, chronique et nociplastique. C’est notamment le cas de la fibromyalgie.
Douleur aiguë et douleur chronique : quelle différence ?
La douleur aiguë : une alarme utile
La douleur aiguë est une douleur récente, généralement liée à une lésion, une inflammation ou une menace pour les tissus.
Une brûlure, une entorse, une fracture ou une douleur après une intervention chirurgicale en sont des exemples.
Dans ce contexte, la douleur joue souvent un rôle de protection : elle nous alerte et nous incite à protéger la zone concernée pendant la guérison.
Le raisonnement est alors souvent assez logique :
il existe un problème → on traite le problème → la guérison progresse → la douleur diminue.
Attention toutefois : « aiguë » ne signifie pas « très douloureuse ».
Une douleur aiguë peut être légère. Une douleur chronique peut être extrêmement intense.
La douleur chronique : quand la douleur s’installe
Selon la classification internationale actuelle, une douleur est considérée comme chronique lorsqu’elle persiste ou se répète pendant plus de trois mois.
Mais la différence avec la douleur aiguë ne se résume pas à une date sur un calendrier.
Lorsque la douleur dure, elle peut progressivement devenir un problème de santé à part entière. Les mécanismes qui la maintiennent peuvent évoluer et ses conséquences s’étendre bien au-delà de la zone douloureuse.
Elle peut perturber :
le sommeil ;
le mouvement ;
les activités quotidiennes ;
la concentration ;
le travail ;
la vie familiale et sociale ;
l’autonomie ;
le moral et la qualité de vie.
La douleur chronique peut être permanente, mais elle peut aussi fluctuer ou évoluer par périodes.
La fibromyalgie est une maladie caractérisée notamment par une douleur chronique.
Chronique ne veut pas dire psychologique
C’est important de le rappeler.
La douleur est une expérience complexe influencée par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.
C’est ce que l’on appelle le modèle biopsychosocial.
Cela ne signifie absolument pas que la douleur est « dans la tête ».
Cela signifie qu’une douleur persistante interagit avec l’ensemble de notre vie : notre organisme, notre sommeil, nos activités, notre environnement, nos émotions, notre situation professionnelle ou sociale…
Et toutes ces dimensions peuvent, à leur tour, influencer la façon dont la douleur est vécue.
Nociceptive, neuropathique ou nociplastique ?
Cette fois, nous ne parlons plus de la durée de la douleur, mais de son mécanisme.
La douleur nociceptive
La douleur nociceptive apparaît lorsque des tissus sont lésés ou menacés de l’être et que les récepteurs chargés de détecter ces agressions — les nocicepteurs — sont activés.
C’est notamment le cas lors :
d’une brûlure ;
d’une entorse ;
d’une fracture ;
d’une inflammation ;
de certaines douleurs liées à l’arthrose.
Elle joue généralement un rôle protecteur.
Cela ne signifie toutefois pas que la cause d’une douleur nociceptive est toujours visible sur une radiographie ou une IRM.
La douleur neuropathique
La douleur neuropathique est provoquée par une lésion ou une maladie du système nerveux somatosensoriel.
Elle peut notamment apparaître dans certaines neuropathies diabétiques, après un zona ou lorsqu’un nerf est lésé.
Elle est souvent décrite comme :
une brûlure ;
des décharges électriques ;
des fourmillements ;
des engourdissements ;
des sensations anormales ou douloureuses.
Là encore, toutes les lésions nerveuses ne sont pas nécessairement visibles sur une imagerie classique.
La douleur nociplastique
Et puis il existe un troisième mécanisme.
En 2017, l’International Association for the Study of Pain (IASP) a introduit le terme de douleur nociplastique.
Elle correspond à une douleur liée à une nociception altérée, alors qu’il n’existe pas de preuve claire d’une lésion tissulaire suffisante pour expliquer cette douleur ni d’une lésion ou maladie du système somatosensoriel permettant de la qualifier de neuropathique.
La fibromyalgie constitue l’un des exemples les plus connus de douleur nociplastique.
En Belgique, le Pr Étienne Masquelier, de l’UCLouvain, décrit notamment dans la douleur nociplastique :
une amplification de la douleur ;
une hyperalgésie ;
une allodynie ;
une altération des mécanismes qui modulent normalement la douleur.
Une alarme devenue trop sensible ?
Pour comprendre simplement la douleur nociplastique, on peut imaginer notre système de la douleur comme une alarme.
Normalement, elle se déclenche lorsqu’un danger est détecté.
Dans la douleur nociplastique, ce système fonctionne différemment : la nociception est altérée et le système devient beaucoup plus sensible.
Deux phénomènes sont particulièrement parlants.
L’hyperalgésie
Un stimulus déjà douloureux provoque une douleur plus importante que ce à quoi on pourrait normalement s’attendre.
L’allodynie
Un stimulus normalement non douloureux devient douloureux.
Le contact d’un vêtement, un effleurement ou une pression légère peuvent, par exemple, faire mal.
Cela ne signifie surtout pas que le cerveau « invente » la douleur.
La douleur ressentie est réelle.
C’est la manière dont les informations sont détectées, transmises, traitées et modulées par notre système nerveux qui est différente.
La fibromyalgie n’est pas simplement « un cerveau qui amplifie tout »
Pendant longtemps, on a beaucoup parlé de sensibilisation centrale pour expliquer la fibromyalgie.
Cette notion reste importante, mais la recherche actuelle est plus complexe.
Plusieurs mécanismes centraux et périphériques sont étudiés et beaucoup de questions restent ouvertes.
C’est pourquoi parler uniquement d’un cerveau qui « amplifie » la douleur serait aujourd’hui trop simpliste.
La notion de douleur nociplastique permet de reconnaître l’existence d’une modification de la nociception sans prétendre que nous en connaissons déjà tous les mécanismes.
Nous développons ces différentes pistes dans la rubrique Mécanismes du site.
Plusieurs types de douleur peuvent coexister
C’est particulièrement important pour les personnes atteintes de fibromyalgie.
Avoir une fibromyalgie ne signifie pas que toutes nos douleurs sont dues à la fibromyalgie.
Une même personne peut présenter :
une douleur nociplastique liée à la fibromyalgie ;
une douleur nociceptive provoquée, par exemple, par une entorse ou une arthrose ;
une douleur neuropathique liée à une atteinte nerveuse.
Ces mécanismes peuvent même se combiner.
C’est pourquoi une nouvelle douleur, surtout si elle est différente de ce que l’on connaît habituellement, ne devrait pas être automatiquement rangée dans la case : « C’est encore ma fibro. »
Et cela rappelle aussi une chose essentielle : un traitement efficace pour un mécanisme de douleur ne l’est pas nécessairement pour un autre.
Comprendre le mécanisme est donc une étape importante avant de choisir comment traiter la douleur.
Pourquoi les examens peuvent-ils être normaux alors que j’ai si mal ?
C’est probablement l’une des expériences les plus difficiles à vivre avec la fibromyalgie.
Nous avons tendance à penser :
plus la lésion est importante → plus la douleur doit être importante.
Mais douleur et lésion ne sont pas synonymes.
L’IASP définit aujourd’hui la douleur comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée — ou ressemblant à celle associée — à une lésion tissulaire réelle ou potentielle.
Elle précise également que douleur et nociception sont deux phénomènes différents et que l’expérience douloureuse d’une personne doit être respectée.
On peut donc ressentir une douleur très importante sans qu’une IRM ou une prise de sang montre une lésion proportionnelle à cette douleur.
Et l’inverse existe également : certaines personnes présentent des anomalies importantes à l’imagerie sans ressentir beaucoup de douleur.
Un examen normal ne signifie donc pas que la douleur n’existe pas.
Peut-on voir la douleur nociplastique ?
Pas actuellement dans la pratique clinique courante.
De nombreux chercheurs étudient notamment :
l’IRM fonctionnelle ;
les tests sensoriels quantitatifs ;
les mécanismes de modulation de la douleur ;
différents biomarqueurs ;
les modifications du fonctionnement du système nerveux.
Ces travaux nous permettent progressivement de mieux comprendre la fibromyalgie.
Mais aujourd’hui, aucune prise de sang, IRM ou autre examen ne permet, à lui seul, de diagnostiquer une fibromyalgie ou de démontrer individuellement une douleur nociplastique.
Le diagnostic reste clinique.
Cela ne veut pas dire que « rien ne se passe ».
Cela signifie que nous ne disposons pas encore du biomarqueur individuel fiable que beaucoup de patients espèrent.
Et la prise en charge ?
Une douleur aiguë et une douleur chronique ne peuvent pas toujours être abordées de la même manière.
En janvier 2026, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) a consacré un rapport à la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique.
Son message est important : la complexité de la douleur chronique nécessite souvent de combiner plusieurs interventions plutôt que de rechercher une solution unique.
Selon la situation, la prise en charge peut associer :
information et compréhension de la douleur ;
activité physique adaptée ;
kinésithérapie et réadaptation ;
adaptation des activités quotidiennes ;
traitements médicamenteux lorsqu’ils sont indiqués ;
travail sur le sommeil ;
ergothérapie ;
accompagnement psychologique lorsqu’il est utile ;
prise en compte des conséquences professionnelles et sociales.
Il ne s’agit donc pas d’opposer le « physique » et le « psychologique ».
Il s’agit de traiter une personne dans son ensemble face à une douleur devenue complexe.
Et les centres de la douleur en Belgique ?
La situation belge mérite un article à elle seule.
Il existe des équipes multidisciplinaires d’algologie dans les hôpitaux et 35 Centres multidisciplinaires de traitement de la douleur chronique (CMC) disposant d’un contrat avec le SPF Santé publique.
Mais l’appellation courante « centre de la douleur » peut recouvrir des réalités et des pratiques différentes.
Et surtout, prendre en charge une douleur chronique ne devrait pas consister à traiter indéfiniment celle-ci comme une succession de douleurs aiguës localisées.
C’est particulièrement important dans la fibromyalgie et les douleurs nociplastiques.
Nous développons cette question, les différents types de structures existant en Belgique et les évolutions prévues de l’organisation des soins dans notre article consacré aux centres de la douleur.
À retenir
Une douleur aiguë est une douleur récente, généralement liée à une menace ou une atteinte de l’organisme et qui joue souvent un rôle d’alarme.
Une douleur chronique persiste ou se répète pendant plus de trois mois et peut devenir un problème de santé complexe à part entière.
Mais aiguë ou chronique ne nous dit pas comment la douleur est produite.
Pour cela, on distingue notamment :
la douleur nociceptive ;
la douleur neuropathique ;
la douleur nociplastique.
La douleur liée à la fibromyalgie est aujourd’hui principalement considérée comme nociplastique.
Elle est réelle, même lorsqu’aucune lésion visible ne permet d’expliquer son intensité.
Et une personne atteinte de fibromyalgie peut évidemment souffrir en même temps d’une douleur nociceptive ou neuropathique qui, elle, nécessitera une autre prise en charge.
Comprendre le mécanisme de la douleur est donc essentiel avant de choisir comment la traiter.
Parce que finalement, la question ne devrait peut-être pas être seulement :
« Où avez-vous mal ? »
mais aussi :
« Pourquoi avez-vous mal et quel mécanisme essayons-nous de traiter ? »
Sources
Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) — Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique, KCE Reports 414B, janvier 2026.
Masquelier E. – UCLouvain / Louvain Médical — La douleur nociplastique, Louvain Médical, 2023.
SPF Santé publique — Gestion de la douleur à l’hôpital : équipes multidisciplinaires d’algologie et Centres multidisciplinaires de traitement de la douleur chronique en Belgique.
International Association for the Study of Pain (IASP) — définition de la douleur et terminologie officielle des douleurs nociceptive, neuropathique et nociplastique ; classification de la douleur chronique.
