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ET LES HOMMES ?

6 mai 2024
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 sept.


La fibromyalgie touche aussi les hommes


La fibromyalgie est encore très souvent présentée comme une « maladie de femmes ».


Il est vrai que les femmes sont plus nombreuses parmi les personnes diagnostiquées. Mais l’image d’une maladie touchant presque exclusivement les femmes mérite aujourd’hui d’être nuancée.


Les hommes peuvent eux aussi être atteints de fibromyalgie. Et ils sont probablement moins bien repérés qu’ils ne devraient l’être.


9 patients sur 10 seraient des femmes ?


Ce chiffre a longtemps été largement diffusé.


Il vient notamment des anciennes cohortes cliniques, dans lesquelles 80 à 90 % des personnes diagnostiquées étaient effectivement des femmes.


Mais ces chiffres ne disent pas nécessairement combien de femmes et d’hommes sont réellement atteints dans la population.


Lorsque des chercheurs recherchent systématiquement la fibromyalgie à l’aide de critères diagnostiques, sans sélectionner uniquement des personnes ayant déjà reçu le diagnostic, l’écart entre les sexes se réduit considérablement.


Une étude importante publiée en 2018 a ainsi montré que plus de 90 % des patients adressés en consultation avec un diagnostic de fibromyalgie étaient des femmes. Mais lorsque les chercheurs recherchaient la fibromyalgie à partir de critères standardisés dans une population non sélectionnée sur ce diagnostic, la proportion d’hommes devenait beaucoup plus importante.


Autrement dit :

être plus souvent diagnostiquée chez les femmes ne signifie pas forcément que la maladie est neuf fois plus fréquente chez elles.


Les femmes restent-elles davantage concernées ?


Probablement oui.


La plupart des études épidémiologiques retrouvent malgré tout une prévalence plus importante chez les femmes.


Mais l'ampleur de cette différence varie fortement selon :

  • les critères diagnostiques utilisés ;

  • la population étudiée ;

  • la manière dont les personnes sont recrutées ;

  • et le fait que l'on étudie des diagnostics déjà posés ou que l'on recherche activement la fibromyalgie dans la population.


L'expertise collective de l'Inserm souligne elle aussi que les estimations du rapport femmes-hommes varient considérablement selon les études.


Nous sommes donc loin d'un simple « 90 % de femmes, 10 % d'hommes ».


Pourquoi les hommes pourraient-ils être sous-diagnostiqués ?


Plusieurs facteurs peuvent intervenir.


D'abord, la fibromyalgie reste fortement associée aux femmes dans l'imaginaire collectif… et parfois encore dans celui des professionnels de santé.


Lorsqu'un homme se présente avec des douleurs diffuses, de la fatigue, des troubles du sommeil ou des difficultés cognitives, la fibromyalgie peut donc être envisagée moins spontanément.


Des travaux ont d'ailleurs mis en évidence un biais diagnostique : dans certaines situations expérimentales, les médecins demandaient davantage de signes physiques objectifs avant d'accepter l'hypothèse d'une fibromyalgie chez un homme.


Mais le problème ne vient pas uniquement des professionnels.


Certaines études qualitatives montrent également que des hommes peuvent attendre longtemps avant de consulter ou éprouver des difficultés à parler de douleur, de fatigue ou de perte de capacités lorsque celles-ci entrent en conflit avec l'image sociale de ce qu'un homme est supposé être : fort, autonome, résistant ou capable de « tenir ».


Bien entendu, tous les hommes ne réagissent pas de cette manière. Il s'agit de facteurs sociaux susceptibles d'influencer certains parcours, pas d'un comportement masculin universel.


La fibromyalgie est-elle différente chez les hommes ?


La réponse est loin d'être simple.


Douleurs diffuses, fatigue, sommeil non réparateur, difficultés cognitives et autres symptômes centraux de la fibromyalgie peuvent être présents aussi bien chez les hommes que chez les femmes.


Certaines études retrouvent des différences dans l'intensité de certains symptômes, le vécu de la douleur ou les stratégies d'adaptation.


D'autres ne retrouvent aucune différence clinique majeure permettant de définir une “fibromyalgie masculine” et une “fibromyalgie féminine”.


Et il existe un problème important : puisque les hommes diagnostiqués sont beaucoup moins nombreux, ils ont également été beaucoup moins représentés dans la recherche sur la fibromyalgie.


Une revue publiée en 2026 souligne justement que les connaissances concernant la fibromyalgie masculine restent limitées par de petits échantillons et des études très hétérogènes.


Il serait donc prématuré d'affirmer que les hommes présentent une forme particulière de la maladie ou qu'ils devraient recevoir un traitement différent.


Et les hormones ?


Les hormones sexuelles peuvent influencer les mécanismes de la douleur et constituent un domaine de recherche intéressant.


Mais résumer la situation en disant que les œstrogènes augmentent la douleur chez les femmes tandis que la testostérone protège les hommes, comme on pouvait le lire autrefois, serait beaucoup trop simpliste.


La perception de la douleur dépend de nombreux facteurs biologiques, neurologiques, hormonaux, psychologiques et sociaux qui interagissent entre eux.


À ce jour, les différences entre hommes et femmes ne permettent donc pas d'expliquer à elles seules pourquoi davantage de femmes reçoivent un diagnostic de fibromyalgie.


Une double invisibilité pour certains hommes


La fibromyalgie est déjà une maladie invisible.


Pour un homme atteint d'une maladie encore perçue comme essentiellement féminine, une seconde forme d'invisibilité peut parfois s'ajouter.


Des études qualitatives rapportent des expériences de :

  • difficulté à faire reconnaître leurs symptômes ;

  • sentiment de ne pas correspondre au « profil » attendu du patient fibromyalgique ;

  • incompréhension de l'entourage ;

  • difficulté à accepter la perte de certaines capacités physiques ;

  • isolement ou réticence à demander de l'aide.


Cela ne signifie évidemment pas que les hommes souffrent davantage que les femmes, ni que leur parcours est systématiquement plus difficile.

Les femmes atteintes de fibromyalgie sont elles-mêmes confrontées à d'importants biais et à une longue histoire de minimisation de leurs symptômes.


Les préjugés liés au genre peuvent donc fonctionner dans les deux sens : ils ont contribué historiquement à psychologiser la douleur des femmes et peuvent aujourd'hui contribuer à rendre certains hommes atteints de fibromyalgie moins visibles.


Et en Belgique ?


Nous ne disposons pas d'une grande étude épidémiologique belge récente permettant de connaître précisément le nombre d'hommes et de femmes atteints de fibromyalgie dans notre pays.


Les chiffres belges fréquemment cités sur la fibromyalgie sont essentiellement des estimations extrapolées à partir d'études réalisées dans d'autres pays.

Il serait donc particulièrement hasardeux d'affirmer qu'en Belgique neuf patients sur dix sont des femmes.


Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que le sexe ne fait pas partie des critères diagnostiques de la fibromyalgie.

Un homme présentant des douleurs diffuses persistantes accompagnées notamment de fatigue, d'un sommeil non réparateur ou de difficultés cognitives mérite donc la même attention diagnostique qu'une femme présentant ces symptômes.


À retenir


Oui, la fibromyalgie est diagnostiquée plus souvent chez les femmes.

Mais « maladie de femmes » ne signifie pas « maladie réservée aux femmes ».


Les études modernes suggèrent que l'écart réel entre femmes et hommes est probablement beaucoup moins spectaculaire que ne le laissaient penser les anciennes statistiques issues des consultations spécialisées.


Les hommes restent sous-représentés dans les études et probablement, au moins en partie, dans les diagnostics.


Cela doit nous rappeler une chose essentielle :

la fibromyalgie doit être recherchée à partir des symptômes et des critères diagnostiques, pas à partir du sexe de la personne qui se trouve devant nous.


Sources


  • Chambre des représentants de Belgique — travaux parlementaires consacrés à la reconnaissance de la fibromyalgie. Ils soulignaient déjà l'absence de données épidémiologiques propres à la Belgique et le recours à des estimations provenant d'autres pays.

  • Inserm — Fibromyalgie, Expertise collective, 2020. Données épidémiologiques et analyse des différences de prévalence selon le sexe.

  • Wolfe F., Walitt B., Perrot S. et coll. — Fibromyalgia diagnosis and biased assessment: Sex, prevalence and bias, PLOS ONE, 2018.

  • Fibromyalgia Syndrome Pain in Men and Women: A Scoping Review, Healthcare, 2023.

  • Fibromyalgia in men: beyond invisibility — a biopsychosocial and clinical perspective in rheumatology, Clinical Rheumatology, 2026.

 
 
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