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FAIRE LES COURSES

3 déc. 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours


Quand une activité banale devient une succession d’efforts


Faire ses courses paraît être une activité ordinaire.


Pour certaines personnes atteintes de fibromyalgie, elle peut pourtant demander une quantité importante d’énergie et solliciter simultanément :

  • la marche ;

  • la station debout ;

  • le port de charges ;

  • les bras et les épaules ;

  • l’attention ;

  • la mémoire ;

  • la gestion du bruit, de la lumière et de la foule ;

  • puis encore le transport, le rangement et parfois la préparation des repas.

Ce n’est donc pas simplement « aller au magasin ».


C’est souvent une succession de petites tâches qui s’additionnent.


Les recommandations françaises de 2025 reconnaissent d’ailleurs que la fibromyalgie peut altérer la réalisation des activités de la vie quotidienne et recommandent, lorsque cela est nécessaire, de simplifier et fractionner les activités afin de mieux les adapter aux capacités de la personne.


Pourquoi les courses peuvent-elles être difficiles ?


Plusieurs symptômes peuvent intervenir en même temps.


La douleur

Marcher dans les rayons, pousser un chariot, porter un panier, se pencher pour atteindre un produit ou soulever des sacs peuvent solliciter :

  • le dos ;

  • la nuque ;

  • les épaules ;

  • les bras ;

  • les mains ;

  • les jambes.

La difficulté dépend évidemment de l’intensité des symptômes et varie beaucoup d’une personne à l’autre.


La fatigue

Une personne peut réussir à faire ses courses, mais constater ensuite qu’elle a consacré une part importante de son énergie à cette seule activité.

La difficulté ne se mesure donc pas seulement à la question :

« Avez-vous réussi à faire les courses ? »

Il faut aussi considérer :

combien d’effort cela a demandé et ce qu’il reste possible de faire ensuite.


Rester debout et attendre

La file à la caisse peut parfois être plus difficile que la marche elle-même.

Rester immobile en position debout sollicite différemment l’organisme.

Certaines personnes atteintes de fibromyalgie rapportent :

  • augmentation de la douleur ;

  • fatigue des jambes ;

  • besoin de changer fréquemment de position.


Et lorsque la fibromyalgie est associée à une intolérance orthostatique ou à une dysautonomie, la station debout prolongée peut également entraîner :

  • vertiges ;

  • palpitations ;

  • faiblesse ;

  • sensation de malaise.


Ces manifestations ne concernent pas toutes les personnes atteintes de fibromyalgie et ne doivent pas être automatiquement attribuées à la maladie.


Porter les sacs

Le port des courses est une difficulté bien reconnue dans les questionnaires évaluant l’impact fonctionnel de la fibromyalgie.


Le Fibromyalgia Impact Questionnaire Revised (FIQR) demande notamment à la personne d’évaluer sa difficulté à :

  • faire ses courses ;

  • soulever et transporter un sac rempli de provisions.


Ces activités font partie des neuf tâches utilisées pour apprécier le retentissement fonctionnel de la maladie.

Autrement dit, les difficultés rencontrées lors des courses ne relèvent pas seulement du témoignage individuel : elles font partie des activités utilisées dans la recherche clinique pour mesurer l’impact fonctionnel de la fibromyalgie.


Les mains aussi peuvent limiter

Les douleurs, raideurs ou sensations inhabituelles dans les mains peuvent compliquer :

  • le port d’un panier ;

  • la prise d’un produit lourd ;

  • l’ouverture d’un sac ;

  • la manipulation d’une monnaie ou d’une carte ;

  • le chargement et le déchargement du chariot.


Il peut donc être plus facile pour certaines personnes de :

  • utiliser un chariot plutôt qu’un panier ;

  • répartir le poids dans plusieurs sacs ;

  • utiliser des sacs faciles à porter ;

  • éviter de concentrer les achats lourds lors d’une seule sortie.


Et le brouillard cérébral ?

Les courses ne sont pas uniquement une activité physique.

Elles demandent également :

  • de préparer une liste ;

  • de se souvenir de ce dont on a besoin ;

  • de comparer les produits ;

  • de prendre des décisions ;

  • de suivre un budget ;

  • parfois de modifier son programme lorsqu’un produit manque.


Lorsque le brouillard cérébral est important, cette partie de l’activité peut devenir elle aussi fatigante.


Quelques adaptations simples peuvent aider :

  • préparer une liste avant de partir ;

  • classer les produits par rayon ;

  • utiliser une liste sur téléphone ;

  • prévoir les menus avant de faire les achats ;

  • éviter, lorsque cela est possible, les moments où la fatigue cognitive est la plus forte.


Le bruit, la lumière et la foule

Certaines personnes atteintes de fibromyalgie présentent une hypersensibilité sensorielle.


Un supermarché peut réunir simultanément :

  • éclairage intense ;

  • musique ;

  • annonces ;

  • conversations ;

  • bruits de chariots ;

  • mouvements permanents ;

  • odeurs ;

  • foule.


Cette accumulation peut devenir inconfortable ou épuisante chez certaines personnes.

Là encore, il ne s’agit pas d’une caractéristique universelle.

Lorsque cette difficulté existe, choisir un moment plus calme ou un magasin plus petit peut parfois rendre l’activité beaucoup plus supportable.


Faire les courses ne s’arrête pas à la caisse

C’est un élément souvent oublié.


Une fois les achats terminés, il faut encore :

  • transporter les sacs jusqu’à la voiture ou au domicile ;

  • les charger et les décharger ;

  • monter éventuellement des escaliers ;

  • ranger les aliments ;

  • parfois préparer immédiatement certains produits.


Une sortie qui semblait relativement bien tolérée dans le magasin peut donc devenir beaucoup plus coûteuse lorsque toute la chaîne de l’activité est prise en compte.


Des études récentes décrivent ces adaptations


Une étude espagnole publiée en 2025 a interrogé 25 femmes atteintes de fibromyalgie sur leur manière de réaliser les activités quotidiennes.


Les chercheurs ont distingué :

  • les activités de base, comme se laver et s’habiller ;

  • les activités instrumentales, comme le ménage et les courses ;

  • les activités avancées, comme le travail.


Les participantes décrivaient différentes stratégies :

  • modifier la manière de réaliser une tâche ;

  • utiliser des aides ;

  • fractionner les activités ;

  • recevoir de l’aide ;

  • adapter l’environnement.


L’objectif n’était pas de devenir moins active.

Au contraire, le titre de l’étude reprend précisément cette volonté :

« Je veux rester active ».

L’adaptation permet alors de préserver l’autonomie plutôt que d’abandonner l’activité.


Adapter les courses


Il n’existe pas une seule bonne manière de faire.


Selon les difficultés rencontrées, il peut être utile de :

  • établir une liste avant de partir ;

  • éviter de faire plusieurs magasins le même jour ;

  • choisir un moment moins fréquenté ;

  • utiliser un chariot plutôt qu’un panier ;

  • fractionner les achats ;

  • répartir les produits lourds dans plusieurs sacs ;

  • faire une pause si nécessaire ;

  • demander de l’aide pour porter les charges ;

  • prévoir un temps plus calme après les courses.


Les recommandations de la HAS consacrées à l’autogestion de la fibromyalgie encouragent justement à simplifier les activités de la vie quotidienne, les fractionner si nécessaire et alterner activité et récupération, tout en maintenant autant que possible les activités habituelles.


Livraison et courses en ligne : une aide, pas un échec


Pour certaines personnes, faire livrer les courses ou utiliser un service de retrait peut permettre d’économiser une énergie importante.

Cela ne signifie pas qu’elles sont incapables de sortir ou qu’elles « cèdent » à la maladie.


Cela peut simplement leur permettre de consacrer leurs capacités disponibles à :

  • préparer un repas ;

  • travailler ;

  • voir leurs proches ;

  • faire une activité physique ;

  • ou participer à une activité qui compte davantage pour elles.


Préserver son énergie est aussi une manière de préserver son autonomie.


Demander de l’aide


Certaines personnes préfèrent continuer à choisir elles-mêmes leurs produits mais demandent à un proche de :

  • porter les sacs ;

  • conduire ;

  • ranger les courses ;

  • accompagner la sortie.

L’aide peut donc être partielle.


L’autonomie ne signifie pas nécessairement tout faire seul.

Elle consiste aussi à pouvoir organiser sa vie et choisir les aides qui permettent de continuer à faire ce qui est important.


L’ergothérapie peut être utile


Lorsqu’une activité quotidienne devient particulièrement difficile, un ergothérapeute peut aider à analyser :

  • quels gestes coûtent le plus d’énergie ;

  • quelles tâches peuvent être simplifiées ;

  • quels équipements peuvent aider ;

  • comment organiser l’environnement ;

  • comment préserver au mieux l’autonomie.


L’objectif n’est pas d’apprendre à « moins vivre ».

Il est de rechercher une manière plus efficace et moins coûteuse de réaliser les activités nécessaires ou importantes.


En Belgique : des services d’accompagnement existent


En Wallonie, les services d’accompagnement agréés par l’AVIQ peuvent aider des adultes en situation de handicap à développer ou préserver leur autonomie.


L’AVIQ cite explicitement parmi les apprentissages possibles :

faire des courses, utiliser les transports, cuisiner ou accomplir différentes démarches de la vie quotidienne.


Ces services ne s’adressent pas automatiquement à toute personne atteinte de fibromyalgie : l’accès dépend de la situation de handicap et des conditions propres au service.


Mais leur existence rappelle que faire ses courses est bien considéré comme une activité pouvant nécessiter un accompagnement lorsqu’une limitation fonctionnelle est importante.


Faire ses courses peut aussi rester une activité importante


Adapter ne signifie pas nécessairement remplacer systématiquement les courses par une livraison.


Pour certaines personnes, aller au magasin permet aussi :

  • de sortir de chez soi ;

  • de marcher ;

  • de rencontrer d’autres personnes ;

  • de conserver des habitudes ;

  • de choisir soi-même ses produits.


L’objectif reste donc individualisé.

Pour l’une, la livraison sera une aide essentielle.

Pour une autre, continuer à aller au magasin en adaptant la durée et le poids transporté sera préférable.

La meilleure solution est celle qui préserve au mieux l’autonomie et la qualité de vie de la personne.


À retenir


Faire les courses est une activité instrumentale de la vie quotidienne.


Chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie, elle peut être rendue difficile par la combinaison de :

  • douleur ;

  • fatigue ;

  • limitation du port de charges ;

  • difficultés dans les mains ;

  • station debout prolongée ;

  • brouillard cérébral ;

  • hypersensibilité sensorielle ;

  • éventuellement vertiges ou troubles autonomes associés.


Les difficultés à faire les courses sont d’ailleurs intégrées dans des outils scientifiques comme le FIQR, qui mesure le retentissement fonctionnel de la fibromyalgie.


Des adaptations simples peuvent aider :

fractionner, anticiper, alléger les charges, utiliser un chariot, choisir un moment calme, demander de l’aide ou recourir ponctuellement à la livraison.

Il ne s’agit pas de renoncer à l’autonomie.

Au contraire : adapter une activité peut permettre de continuer à la réaliser, ou de préserver de l’énergie pour d’autres dimensions importantes de la vie.


Ressources francophones


  • Haute Autorité de Santé Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, 2025 : adaptation et simplification des activités de la vie quotidienne.

  • AVIQ – Services d’accompagnement pour adultes : soutien à l’autonomie, notamment pour apprendre à faire les courses et accomplir différentes activités quotidiennes.


Sources scientifiques complémentaires


  • Sanjuan-Sánchez D. et al. – « I want to remain active »: Women suffering from fibromyalgia strategies to conduct basic, instrumental, and advanced daily activities, 2025 – Universitat de Lleida, Espagne.

  • Bennett R.M. et al. – Fibromyalgia Impact Questionnaire Revised (FIQR) : évaluation notamment de la difficulté à faire ses courses et à transporter un sac de provisions.

 
 
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