FASCIATHERAPIE
- 6 juin 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

On parle de plus en plus des fascias lorsqu’il est question de douleurs, de tensions musculaires ou de thérapies manuelles. Mais que sont-ils réellement, et quelle place peuvent-ils avoir dans la fibromyalgie ?
Les fascias sont des tissus conjonctifs qui forment un vaste réseau dans tout le corps. Ils entourent et relient de nombreuses structures — muscles, tendons, nerfs, vaisseaux, organes — et participent notamment au mouvement, à la transmission des forces et aux informations sensorielles.
Leur implication dans certains mécanismes douloureux intéresse aujourd’hui la recherche. Dans la fibromyalgie, leur rôle éventuel reste cependant à préciser et ne permet pas d’en faire une explication de la maladie.
C’est dans ce contexte que différentes techniques manuelles se sont développées pour agir sur les tissus myofasciaux et tenter de diminuer certaines tensions ou douleurs.
Fascias et fasciathérapie : de quoi parle-t-on ?
Sous le terme fasciathérapie, on retrouve en réalité plusieurs approches.
La plus connue dans le monde francophone est la fasciathérapie méthode Danis Bois, développée à partir des années 1980. Elle utilise notamment des pressions et des mobilisations manuelles très lentes et douces.
Mais d’autres techniques travaillent également sur les tissus myofasciaux, par exemple le relâchement myofascial (myofascial release).
Ces méthodes ne sont pas identiques.
C’est important lorsqu’on examine les études : un résultat obtenu avec une technique de relâchement myofascial ne permet pas automatiquement de conclure à l’efficacité de toutes les pratiques appelées « fasciathérapie ».
Et ces fameux « nœuds » ?
Beaucoup de personnes atteintes de fibromyalgie décrivent des zones qui semblent dures, tendues, contractées, parfois comme de véritables « nœuds » sous les doigts.
Ce vocabulaire n’est pas un diagnostic anatomique précis.
Mais la sensation, elle, est bien réelle.
Le travail manuel, le massage ou certaines techniques myofasciales peuvent apporter à certaines personnes une diminution des tensions ressenties, davantage de mobilité ou simplement un soulagement suffisamment important pour permettre ensuite de bouger plus facilement.
Il n’est donc pas nécessaire d’opposer systématiquement traitement manuel et mouvement.
Dénouer d’abord ce qui fait mal peut permettre de recommencer à bouger ensuite. L’un peut préparer l’autre.
Que dit la recherche ?
Les recherches consacrées aux techniques agissant sur les tissus myofasciaux sont encore limitées, mais elles donnent des résultats intéressants dans la fibromyalgie.
Une revue systématique publiée en 2021, qui rassemblait plusieurs études consacrées au relâchement myofascial, retrouvait notamment des améliorations de la douleur ainsi que des effets possibles sur le sommeil et la qualité de vie.
Un essai clinique plus récent a également observé une diminution plus importante de la douleur après plusieurs séances de relâchement myofascial que dans les groupes comparateurs.
Ces résultats suggèrent donc qu’un travail manuel sur les tissus myofasciaux peut apporter un soulagement à certaines personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais il faut garder une nuance importante : les études concernent surtout le myofascial release, une technique de relâchement myofascial. Elles ne permettent pas de conclure automatiquement que toutes les méthodes regroupées sous le terme de « fasciathérapie » ont la même efficacité.
Et la fasciathérapie méthode Danis Bois ?
La méthode Danis Bois utilise notamment un toucher lent, des pressions douces et des mobilisations des tissus.
Elle a également fait l’objet de quelques travaux, dont une étude exploratoire chez des personnes atteintes de fibromyalgie. Les résultats étaient encourageants, mais les recherches restent aujourd’hui beaucoup moins nombreuses que pour les techniques de relâchement myofascial.
Nous pouvons donc retenir que le travail manuel sur les tissus myofasciaux mérite de l’intérêt dans la fibromyalgie, notamment pour le soulagement de certaines douleurs et tensions.
En revanche, les données disponibles ne permettent pas encore d’affirmer que la fasciathérapie constitue, en elle-même, un traitement démontré de la maladie.
Et en Belgique ?
La fasciathérapie n’est pas une profession de santé distincte reconnue en Belgique.
La kinésithérapie, en revanche, est une profession de santé réglementée. Le SPF Santé publique reconnaît également plusieurs titres professionnels particuliers en kinésithérapie, dont la thérapie manuelle ; la « fasciathérapie » ne figure pas parmi ces titres officiels.
Cela mérite d’être vérifié lorsqu’on choisit un praticien.
On peut notamment se demander :
quelle est sa profession de santé de base et est-elle reconnue en Belgique ?
quelle formation a-t-il suivie en fasciathérapie ou thérapie manuelle ?
adapte-t-il les pressions à la fibromyalgie et à l’allodynie ?
présente-t-il cette pratique comme un outil possible de soulagement ou promet-il de traiter « la cause » de la maladie ?
travaille-t-il, si nécessaire, en lien avec les autres professionnels qui vous accompagnent ?
Lorsqu’une technique manuelle est intégrée à une séance réalisée par un kinésithérapeute habilité, c’est la prestation de kinésithérapie qui peut relever de la nomenclature et des règles de remboursement de l’INAMI.
La fasciathérapie ne possède pas, en elle-même, un remboursement spécifique.
Manuel ou actif ? Pourquoi choisir un camp ?
Dans la douleur chronique, on entend parfois que les techniques passives seraient inutiles et qu’il faudrait uniquement rendre le patient actif.
C’est trop simpliste.
Le mouvement et l’activité physique adaptée occupent une place importante dans la prise en charge de la fibromyalgie.
Mais lorsqu’une personne est très douloureuse, contractée ou ne supporte presque plus certains mouvements, un travail manuel qui procure un soulagement peut avoir sa place.
Il ne s’agit pas nécessairement de choisir entre :
être massé
ou
bouger.
Le premier peut parfois rendre le second plus accessible.
Et si une séance manuelle apporte quelques heures ou quelques jours de mieux-être, ce bénéfice peut déjà avoir une réelle valeur pour la personne qui le ressent.
Il n’est simplement pas nécessaire de lui expliquer que l’on est en train de « réparer ses fascias » pour reconnaître ce bénéfice.
À retenir
Les fascias sont de véritables tissus anatomiques impliqués dans le mouvement, les informations sensorielles et certains mécanismes douloureux.
Des techniques de relâchement myofascial ont montré des résultats encourageants dans la fibromyalgie, notamment sur la douleur, mais les études restent encore peu nombreuses.
Ces résultats ne peuvent pas être étendus automatiquement à toutes les pratiques regroupées sous le terme de fasciathérapie.
Pour certaines personnes, un travail manuel doux peut néanmoins diminuer les tensions ressenties, apporter un soulagement temporaire et faciliter ensuite le mouvement.
Les fascias ne nous donnent donc probablement pas la clé unique de la fibromyalgie.
Mais si un travail manuel bien adapté aide certains corps à se sentir un peu moins noués, un peu moins tendus et un peu plus disponibles pour bouger…
c’est déjà une raison suffisante pour s’y intéresser, sans lui demander d’expliquer toute la maladie.
Sources
Ughreja R.A. et al. (2021). Effectiveness of myofascial release on pain, sleep, and quality of life in patients with fibromyalgia syndrome: A systematic review. Complementary Therapies in Clinical Practice, 45, 101477. Six études, 279 participants ; résultats favorables avec un niveau de preuve modéré, mais besoin d’essais de meilleure qualité.
Schulze N.B.B. et al. (2024). The effect of myofascial release of the physiological chains on the pain and health status in patients with fibromyalgia, compared to passive muscle stretching and a control group: a randomized controlled clinical trial. Disability and Rehabilitation, 46(16), 3629–3642. Petit essai randomisé suggérant un effet favorable sur la douleur.
Dupuis C. (2016). Étude exploratoire des effets de la fasciathérapie sur la douleur de patients fibromyalgiques. Mains Libres. Étude exploratoire concernant spécifiquement la fasciathérapie, à interpréter avec prudence compte tenu de son niveau de preuve.
SPF Santé publique – Belgique. Kinésithérapeutes et Professions de soins de santé reconnues. Informations sur la reconnaissance de la kinésithérapie et des titres professionnels particuliers en Belgique.
INAMI – Belgique. Kinésithérapeutes : prestations, honoraires et remboursements. La fasciathérapie ne constitue pas une prestation de remboursement distincte ; lorsqu’elle est intégrée à une prise en charge kinésithérapeutique, les règles de la nomenclature de kinésithérapie s’appliquent.
