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FRANCE vs BELGIQUE

21 sept. 2025
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours


La fibromyalgie est prise en charge de manière très différente selon les pays.

La comparaison entre la France et la Belgique est particulièrement intéressante : les patients vivent avec la même maladie, les connaissances scientifiques circulent au-delà des frontières… mais les systèmes de santé, les recommandations et les remboursements ne sont pas organisés de la même manière.


Depuis 2025, la France dispose de recommandations nationales spécifiquement consacrées à la fibromyalgie.


En Belgique, nous n’avons toujours pas d’équivalent.

Mais cela ne signifie pas pour autant que tout est réglé en France ni que rien n’existe chez nous.


Faisons le point.


En France : enfin des recommandations nationales spécifiques


En juillet 2025, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié ses premières recommandations de bonne pratique spécifiquement consacrées à :

« Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique ».

C’est une avancée importante.


Pour la première fois, les professionnels français disposent d’un document national de référence qui précise notamment :

  • la démarche diagnostique ;

  • les outils pouvant aider au diagnostic ;

  • la place du médecin généraliste ;

  • les situations nécessitant un recours spécialisé ;

  • l’information à donner au patient ;

  • la stratégie thérapeutique graduée ;

  • la place de l’activité physique ;

  • l’éducation thérapeutique ;

  • les traitements médicamenteux et non médicamenteux ;

  • la coordination et le suivi à long terme.


La HAS insiste aussi sur un élément essentiel :

la reconnaissance de la souffrance et l’écoute du patient constituent un préalable à son engagement dans les soins.


Elle met également à disposition des professionnels différents outils pratiques : critères diagnostiques, questionnaire FIRST, questionnaire d’impact, algorithmes et documents consacrés à l’activité physique ou à l’éducation thérapeutique.


Pour les patients français, disposer d’un cadre national commun est une réelle avancée.


Mais attention : recommandations ne signifie pas remboursement intégral


Il serait cependant faux de penser que les recommandations de la HAS ont réglé toutes les difficultés rencontrées en France.


La fibromyalgie ne fait toujours pas partie des 30 affections de longue durée dites “ALD de liste” ouvrant automatiquement les droits associés à ce statut.


Dans certaines situations sévères, une reconnaissance en ALD hors liste peut être envisagée lorsque les conditions sont remplies, mais elle n’est pas automatique du seul fait du diagnostic de fibromyalgie.


La publication des recommandations de la HAS constitue donc surtout une avancée en matière de :

  • reconnaissance médicale ;

  • harmonisation des pratiques ;

  • diagnostic ;

  • stratégie thérapeutique ;

  • information des professionnels et des patients.


Elle ne signifie pas que tous les soins recommandés sont automatiquement accessibles, disponibles ou intégralement remboursés.


Et en Belgique ?


La Belgique ne possède pas une institution ayant exactement le même rôle que la Haute Autorité de Santé française.


Les responsabilités sont réparties entre plusieurs organismes.


Le KCE


Le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) analyse les données scientifiques et l’organisation des soins afin d’éclairer les politiques de santé.

À ce jour, il n’existe toutefois pas de recommandation belge de bonne pratique consacrée spécifiquement au diagnostic et à la prise en charge de la fibromyalgie comparable au document publié par la HAS.


En janvier 2026, le KCE a cependant publié un important rapport consacré à la prise en charge multimodale de la douleur en Belgique.


Ce rapport dépasse largement la seule fibromyalgie, mais il est intéressant pour nous car il insiste notamment sur la nécessité d’améliorer :

  • la coordination des soins ;

  • l’approche multimodale ;

  • la formation des professionnels ;

  • l’accès aux soins ;

  • l’information des patients ;

  • et l’organisation de la prise en charge de la douleur chronique.


La Belgique ne part donc pas de zéro.

Mais nous n’avons toujours pas de recommandations nationales spécifiques à la fibromyalgie.


L’INAMI


L’INAMI intervient notamment dans le financement et le remboursement des soins.

Pour la kinésithérapie, la fibromyalgie peut relever de la liste Fb des pathologies chroniques, sous certaines conditions.


Le diagnostic doit notamment être établi après examen clinique et selon les critères internationaux récents par un spécialiste en :

  • rhumatologie ;

  • médecine physique et réadaptation ;

  • neurologie ;

  • ou médecine interne.


Dans le régime Fb, jusqu’à 60 séances par année civile peuvent bénéficier du meilleur niveau de remboursement prévu pour cette catégorie.

La kinésithérapie peut se poursuivre au-delà de ces 60 séances, mais le remboursement devient progressivement moins favorable : d’abord pour les 20 séances suivantes, puis à nouveau à partir de la 81e séance.

Il est donc inexact de présenter simplement le système comme « 60 séances + 20 séances supplémentaires » sans préciser que les conditions de remboursement évoluent.


Et le statut “affection chronique” ?


La fibromyalgie n’entraîne pas automatiquement l’octroi du statut de personne atteinte d’une affection chronique de l’INAMI.


Ce statut répond à des critères administratifs, notamment liés aux dépenses de santé ou à certaines situations particulières.


En 2026, le seuil de dépenses utilisé dans l’un des critères est de 411,09 € par trimestre, durant huit trimestres consécutifs.


Une personne fibromyalgique peut donc obtenir ce statut si elle répond aux conditions prévues, mais le diagnostic de fibromyalgie ne suffit pas à lui seul.

C’est une nuance importante.


Un trajet de soins spécifique en Belgique ?


À ce jour, la Belgique ne dispose toujours pas d’un trajet de soins spécifique à la fibromyalgie comparable aux trajets organisés pour certaines autres maladies.


Une proposition de résolution visant notamment à promouvoir une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie et la mise en place d’un trajet spécifique avait été déposée à la Chambre.

Elle a été rejetée le 16 juillet 2026.


En parallèle, l’INAMI développe un autre projet : le trajet transversal P7, dont le démarrage est prévu en 2027.

La fibromyalgie y a été intégrée avec plusieurs autres affections complexes.

MY FIBRO a participé aux travaux concernant ce projet.

Mais notre réflexion a évolué.


P7 : transversal ne signifie pas forcément adapté


Certaines pathologies regroupées dans le projet P7 peuvent partager :

  • fatigue ;

  • douleur ;

  • troubles cognitifs ;

  • limitations fonctionnelles ;

  • difficultés sociales et professionnelles


Mais partager certains symptômes ne signifie pas nécessairement partager :

  • les mêmes mécanismes ;

  • les mêmes critères diagnostiques ;

  • les mêmes besoins thérapeutiques ;

  • les mêmes risques ;

  • ni les mêmes priorités de recherche.


C’est aujourd’hui une question centrale pour MY FIBRO.

Nous ne demandons pas simplement qu’un parcours existe.

Nous voulons savoir :

ce parcours sera-t-il réellement adapté à la fibromyalgie ?


Un dispositif transversal peut avoir de l’intérêt pour la coordination ou certains besoins communs.

Mais il ne doit pas conduire à diluer les spécificités d’une maladie au prétexte que plusieurs pathologies produisent des limitations similaires.


France – Belgique : qui est vraiment “en avance” ?


La réponse est finalement plus nuancée qu’un simple classement.


La France possède aujourd’hui un avantage important


Elle dispose de recommandations nationales spécifiquement consacrées à la fibromyalgie, validées par une autorité publique de santé.

Cela donne aux médecins, soignants et patients une référence commune.

Sur ce point, nous aimerions clairement disposer d’un équivalent en Belgique.


Mais la France n’a pas tout résolu


La fibromyalgie n’y est toujours pas une ALD de liste.

Les recommandations ne garantissent ni l’accès uniforme aux professionnels ni le remboursement de toutes les prises en charge proposées.


La Belgique possède certains dispositifs spécifiques


Chez nous, la fibromyalgie est notamment identifiée dans la nomenclature de kinésithérapie Fb et bénéficie donc de modalités particulières de remboursement sous certaines conditions.


La Belgique dispose aussi de structures spécialisées dans la douleur chronique et développe actuellement de nouveaux modèles d’organisation des soins.

Mais elle manque toujours d’un cadre national clinique spécifiquement consacré à la fibromyalgie.


Ce que MY FIBRO souhaiterait voir en Belgique


L’exemple français nous intéresse particulièrement sur un point :

avant de construire un parcours, il faut savoir sur quelles recommandations cliniques il repose.


MY FIBRO souhaite donc notamment :

  • des recommandations belges actualisées consacrées spécifiquement à la fibromyalgie ;

  • une définition claire du parcours diagnostique ;

  • une meilleure formation des professionnels ;

  • une prise en charge fondée sur les connaissances scientifiques actuelles ;

  • une articulation cohérente entre médecine générale, spécialistes, kinésithérapie, activité physique adaptée, éducation thérapeutique et autres interventions pertinentes ;

  • une meilleure évaluation des limitations fonctionnelles ;

  • une accessibilité géographique et financière suffisante ;

  • une véritable participation des patients et de leurs associations ;

  • et une organisation des soins qui préserve les spécificités de la fibromyalgie, même lorsqu’elle s’inscrit dans un dispositif plus transversal.


Copier la France ? Non. S’en inspirer ? Oui.


Les systèmes de santé belge et français sont différents.


Il ne s’agit donc pas de copier purement et simplement le modèle français.

Mais la publication par la HAS d’une recommandation nationale consacrée entièrement à la fibromyalgie montre qu’il est possible de réunir les connaissances disponibles et d’en faire un cadre de référence destiné aux professionnels et aux patients.


C’est probablement ce qui nous manque aujourd’hui le plus en Belgique.

Avant de demander aux patients de suivre un parcours, encore faut-il que nous sachions collectivement :

quel diagnostic, quels soins, pour quels patients, avec quels objectifs et sur quelles preuves ?

C’est là que le travail doit commencer.


Sources


  • Haute Autorité de Santé (France), Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, recommandations de bonne pratique, juillet 2025.

  • Haute Autorité de Santé, Fibromyalgie : aider les personnes à mieux vivre avec la douleur, juillet 2025.

  • Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE), Multimodal management of pain in Belgium: nine domains of intervention, KCE Reports 414C, janvier 2026.

  • INAMI, Remboursement de la kinésithérapie pour les pathologies des listes Fa et Fb.

  • INAMI, Adaptation de la nomenclature pour les patients atteints de fibromyalgie et du syndrome de fatigue chronique.

  • INAMI, Statut de personne atteinte d’une affection chronique.

  • Chambre des représentants de Belgique, dossier 56K1254 – proposition de résolution visant à promouvoir une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie et un trajet de soins spécifique, rejetée le 16 juillet 2026.

  • Assurance Maladie française / ameli, informations relatives à la prise en charge de la fibromyalgie.

 
 
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