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GUERISON

  • 2 juin 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


La question revient souvent :

Peut-on guérir de la fibromyalgie ?


Sur internet, les réponses sont parfois radicalement opposées.

D’un côté :

« La fibromyalgie est chronique, on n’en guérit pas. »

De l’autre :

« J’ai guéri de la fibromyalgie. »

« Cette méthode guérit la fibromyalgie. »

« Il suffit de changer son alimentation, de gérer ses émotions ou de rééquilibrer son organisme. »


Entre ces discours, il peut être difficile de savoir ce que l’on peut réellement espérer.

La réponse scientifique actuelle demande un peu plus de nuance.


Aujourd’hui, il n’existe pas de traitement curatif démontré


La fibromyalgie est une maladie chronique.


Les recommandations actuelles proposent différentes stratégies pour diminuer les symptômes, améliorer les capacités fonctionnelles et la qualité de vie : activité physique adaptée et progressive, stratégies d’autogestion, éducation thérapeutique, traitements de certains symptômes, accompagnement psychologique lorsqu’il est pertinent, prise en charge des troubles du sommeil ou d’autres problèmes associés…


Ces approches peuvent apporter une amélioration parfois importante.

Mais aucune n’a aujourd’hui démontré qu’elle faisait disparaître définitivement la fibromyalgie chez l’ensemble des personnes traitées.


Cela ne signifie donc pas :

« Il n’y a rien à faire. »


Il existe une différence essentielle entre :

ne pas disposer d’un traitement curatif

et

ne pas disposer de traitements ou de stratégies permettant d’aller mieux.


Peut-on aller beaucoup mieux ?


Oui.

L’évolution de la fibromyalgie est très variable d’une personne à l’autre.

Certaines connaissent des symptômes relativement stables.

D’autres traversent des périodes d’aggravation et d’amélioration.

Certaines parviennent progressivement à retrouver davantage d’activités et une meilleure qualité de vie.

Et chez une partie des personnes, l’amélioration peut être importante.


Une grande étude longitudinale ayant suivi 1 555 personnes atteintes de fibromyalgie pendant plusieurs années montre bien cette diversité.

Environ un quart des participants ont connu au moins une amélioration modérée de leur douleur au cours du suivi.


Plus intéressant encore : 44 % des participants ne remplissaient plus les critères de fibromyalgie lors d’au moins une évaluation.

Mais certains les remplissaient à nouveau ultérieurement.

Cela montre à quel point la maladie peut fluctuer dans le temps.


Alors, peut-on parler de rémission ?


Le mot peut être utile, à condition de savoir ce qu’il signifie.


Dans certaines maladies, la rémission possède une définition médicale très précise.

Pour la fibromyalgie, il n’existe pas aujourd’hui de définition universelle permettant d’affirmer :

« À partir de ce seuil, cette personne est officiellement en rémission. »


Une personne peut néanmoins connaître une période durant laquelle :

  • ses douleurs deviennent beaucoup moins importantes ;

  • sa fatigue diminue ;

  • son sommeil s’améliore ;

  • elle retrouve des activités abandonnées ;

  • son fonctionnement quotidien s’améliore considérablement ;

  • voire elle ne remplit momentanément plus les critères diagnostiques utilisés pour la fibromyalgie.


Dans le langage courant, certaines personnes pourront appeler cela une rémission.

D’autres diront tout simplement :

« Je vais beaucoup mieux. »

Et d’autres encore :

« Je me considère comme guérie. »

Le vécu de cette amélioration leur appartient.


Scientifiquement, en revanche, il faut être prudent avant de conclure qu’une disparition durable et définitive de la maladie a été démontrée.


Ne plus remplir les critères signifie-t-il être guéri ?


Pas nécessairement.


Les critères diagnostiques de la fibromyalgie reposent notamment sur l’étendue des douleurs et l’importance de différents symptômes.

Si ces symptômes diminuent suffisamment, une personne peut donc ne plus atteindre le seuil requis à un moment donné.

C’est évidemment une très bonne nouvelle.


Mais cela ne permet pas de savoir avec certitude si :

  • l’amélioration sera définitive ;

  • les symptômes pourront réapparaître ;

  • ou certains mécanismes associés à la maladie restent présents malgré une amélioration clinique.


Les études à long terme montrent justement que des personnes peuvent passer d’un état où elles remplissent les critères à un état où elles ne les remplissent plus, puis parfois les remplir à nouveau.


C’est pourquoi il est préférable de distinguer :

amélioration importante,

absence actuelle de certains critères diagnostiques,

rémission,

et guérison définitive démontrée.

Ces notions ne sont pas nécessairement équivalentes.


Le diagnostic n’est pas posé “par défaut”


Un autre point mérite d’être clarifié.

On entend encore parfois :

« On vous diagnostique fibromyalgique parce que tous vos examens sont normaux. »

Ce n’est pas ainsi que le diagnostic devrait être posé.


Il n’existe actuellement aucun biomarqueur ou examen permettant à lui seul de confirmer la fibromyalgie.

Mais cela ne signifie pas que le diagnostic est posé simplement parce que les médecins n’ont rien trouvé d’autre.


Le diagnostic est clinique.

Il repose sur un ensemble caractéristique de symptômes, leur durée, leur répartition et leur retentissement, ainsi que sur l’évaluation médicale permettant de rechercher d’autres problèmes de santé susceptibles d’expliquer tout ou partie des symptômes.


Les recommandations de la Haute Autorité de Santé publiées en 2025 insistent précisément sur ce point.

L’absence d’un test biologique spécifique n’empêche pas d’établir un diagnostic médical.


Et les personnes qui disent avoir guéri ?


Leur témoignage ne doit pas être méprisé.

Si une personne qui souffrait énormément retrouve une vie dans laquelle les symptômes deviennent minimes ou ne constituent plus un problème important, son amélioration est bien réelle et mérite d’être entendue.


Mais un témoignage individuel ne permet pas, à lui seul, de démontrer qu’une méthode constitue un traitement curatif.


Pour pouvoir affirmer scientifiquement :

« Cette méthode guérit la fibromyalgie »

il faudrait notamment montrer, dans des études correctement réalisées, que l’amélioration :

  • est réellement liée au traitement ;

  • se reproduit chez suffisamment de personnes ;

  • dépasse ce qui peut se produire spontanément ou avec d’autres prises en charge ;

  • persiste dans le temps ;

  • et présente un rapport bénéfices-risques acceptable.


À ce jour, aucune méthode n’a apporté ce niveau de preuve pour une guérison de la fibromyalgie.


Attention aux promesses de guérison


Cette distinction est particulièrement importante parce que les personnes vivant avec une maladie chronique peuvent être très vulnérables aux promesses de guérison.


Lorsqu’on souffre depuis des années, il est compréhensible de vouloir essayer ce qui pourrait enfin permettre d’aller mieux.


Mais il faut être particulièrement prudent lorsqu’une personne ou une entreprise affirme pouvoir :

« guérir la fibromyalgie »,

« éliminer la cause profonde »,

« réinitialiser le système nerveux »,

ou obtenir une guérison garantie grâce à une méthode exclusive.


D’autant plus lorsque cette promesse s’accompagne :

  • d’un programme très coûteux ;

  • de compléments alimentaires nombreux ;

  • de restrictions alimentaires importantes ;

  • de l’abandon des traitements ou du suivi médical ;

  • ou de l’idée que l’échec serait dû au fait que la personne n’a pas suffisamment suivi la méthode, pensé positivement ou « travaillé sur elle-même ».


L’espoir ne devrait jamais être utilisé comme argument commercial.


Changer son mode de vie peut-il aider ?


Oui, certains changements peuvent véritablement améliorer les symptômes.


L’activité physique adaptée, progressive et individualisée occupe aujourd’hui une place centrale dans les recommandations.


Améliorer son sommeil, apprendre à mieux répartir ses activités, identifier certains facteurs aggravants, prendre en charge des problèmes de santé associés ou trouver des stratégies permettant de mieux vivre avec la douleur peuvent également être utiles.


Selon les besoins, un accompagnement psychologique peut aider à faire face aux conséquences d’une maladie chronique et à développer certaines stratégies de gestion de la douleur.


Mais cela ne signifie pas que la personne a développé une fibromyalgie parce qu’elle :

  • mangeait mal ;

  • gérait mal ses émotions ;

  • ne faisait pas assez d’exercice ;

  • était trop stressée ;

  • ou avait un mauvais état d’esprit.


Et cela ne signifie pas davantage que modifier ces éléments garantira une guérison.


Espérer sans promettre


Dire qu’il n’existe actuellement aucun traitement curatif démontré peut sembler décourageant.

Mais la réalité scientifique ne condamne pas à l’immobilisme.


Une maladie chronique peut évoluer.

Les symptômes peuvent fluctuer.

Ils peuvent diminuer.

Les capacités peuvent s’améliorer.

Une personne peut retrouver des activités qu’elle pensait perdues.


Et la recherche continue de progresser dans la compréhension des mécanismes de la fibromyalgie et dans l’évaluation de nouvelles approches thérapeutiques.

Il est donc parfaitement légitime d’espérer aller mieux.


Ce qui serait problématique serait de transformer cet espoir en certitude :

« Si vous faites exactement ceci, vous guérirez. »

Personne ne peut aujourd’hui faire cette promesse de manière scientifiquement fondée.


À retenir


À l’heure actuelle :

  • la fibromyalgie est considérée comme une maladie chronique ;

  • il n’existe pas de traitement dont il soit démontré qu’il la guérit définitivement ;

  • cela ne signifie absolument pas qu’aucune amélioration n’est possible ;

  • certaines personnes connaissent une amélioration importante et durable ;

  • certaines peuvent ne plus remplir les critères diagnostiques pendant une période ;

  • l’évolution est très variable d’une personne à l’autre ;

  • aucune méthode ne peut actuellement garantir une guérison.


Entre :

« Vous ne pourrez jamais aller mieux »

et

« Je peux vous guérir »,

il existe donc une troisième voie, beaucoup plus conforme aux connaissances actuelles :

on peut chercher à améliorer les symptômes, les capacités et la qualité de vie, parfois de manière considérable, tout en restant prudent sur la notion de guérison.


L’espoir a toute sa place.

La promesse, elle, doit être démontrée.


Sources scientifiques


  • Haute Autorité de Santé (HAS) (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. Recommandations françaises de bonne pratique. La HAS rappelle notamment que le diagnostic est clinique en l’absence de biomarqueur spécifique et recommande une prise en charge graduée, personnalisée et suivie au long cours.

  • Inserm (2020). Fibromyalgie. Expertise collective. EDP Sciences. Expertise scientifique francophone de référence portant sur les connaissances disponibles concernant la fibromyalgie, ses mécanismes et les différentes approches de prise en charge.

  • Wolfe F., Walitt B. T., Katz R. S., Häuser W. (2011). The longitudinal outcome of fibromyalgia: a study of 1555 patients. The Journal of Rheumatology, 38(10), 2238-2246. DOI : 10.3899/jrheum.110026. Étude longitudinale montrant une évolution variable : certains patients connaissent une amélioration importante et 44 % ne remplissent plus les critères de fibromyalgie lors d’au moins une évaluation, sans que cela corresponde nécessairement à une disparition définitive de la maladie.

  • Bergenheim N., Malmgren-Olsson E.-B. et al. (2019). Stress levels predict substantial improvement in pain intensity after 10 to 12 years in women with fibromyalgia and chronic widespread pain: a cohort study. BMC Rheumatology, 3, 21. Étude de suivi à long terme montrant que, malgré le caractère chronique de la fibromyalgie, certaines personnes connaissent une amélioration substantielle de la douleur au fil des années.

 
 
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