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HORMONES

  • 5 févr. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 août


Les hormones jouent-elles un rôle dans la fibromyalgie ?


Les hormones participent à de très nombreuses fonctions de l’organisme : réponse au stress, sommeil, métabolisme, reproduction, croissance, immunité ou encore régulation énergétique.

Il est donc logique que les chercheurs se soient demandé si certaines modifications hormonales pouvaient contribuer à la fibromyalgie.


Plusieurs différences ont effectivement été observées, notamment au niveau du système de réponse au stress.


Mais une distinction est essentielle :

il n’existe actuellement aucun déséquilibre hormonal unique permettant d’expliquer, de diagnostiquer ou de traiter la fibromyalgie.

Les anomalies rapportées sont variables d’une étude à l’autre et pourraient intervenir différemment selon les personnes.


L’axe du stress : la piste la mieux étudiée


Le système hormonal le plus étudié dans la fibromyalgie est l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, souvent abrégé HHS ou HPA.

Il relie :

  • l’hypothalamus dans le cerveau ;

  • l’hypophyse ;

  • les glandes surrénales.


Lorsqu’un stress physique ou psychologique survient, l’hypothalamus libère notamment de la CRH.

Celle-ci stimule l’hypophyse, qui libère de l’ACTH.

L’ACTH agit ensuite sur les glandes surrénales, qui produisent notamment du cortisol.


Le cortisol n’est donc pas simplement « l’hormone du stress ».

Il joue aussi un rôle normal dans :

  • le métabolisme ;

  • la pression artérielle ;

  • les rythmes biologiques ;

  • certaines réponses immunitaires ;

  • l’adaptation de l’organisme à différentes sollicitations.


Le cortisol est-il trop élevé dans la fibromyalgie ?


Pas nécessairement.


C’est même l’une des corrections importantes à apporter aux idées souvent véhiculées sur la fibromyalgie.

Près d’une trentaine d’études analysées par l’Inserm ont étudié le cortisol chez les personnes atteintes de fibromyalgie.

Plusieurs ont retrouvé :

  • des concentrations plus faibles dans certaines situations ;

  • une modification du rythme quotidien du cortisol ;

  • ou une réponse moins importante lorsque l’axe hormonal est stimulé.

D’autres études ont retrouvé des résultats différents, voire opposés.

L’expertise Inserm conclut donc que les résultats sont variables et que les mesures de cortisol au repos sont difficiles à interpréter.


L’idée selon laquelle les personnes fibromyalgiques auraient simplement « trop de cortisol à cause du stress » est donc incorrecte.

La recherche s’oriente plutôt vers une modification de la régulation et de la réactivité du système de réponse au stress chez certains patients.


Un système moins adaptable ?


C’est peut-être l’élément le plus intéressant.


Le problème ne serait pas nécessairement la quantité de cortisol à un moment donné, mais la manière dont l’organisme adapte sa réponse lorsqu’il est sollicité.

L’Inserm décrit notamment une moindre réactivité de l’axe HHS et du système sympathique à différents stress physiques ou psychologiques chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.


Ces systèmes sont étroitement reliés aux régions cérébrales impliquées dans la perception et la modulation de la douleur.

Une altération de cette capacité d’adaptation pourrait donc participer, chez certains patients, à la modulation de la douleur, de la fatigue ou d’autres symptômes.


Mais ces anomalies :

  • ne sont pas retrouvées chez tous les patients ;

  • ne sont pas spécifiques de la fibromyalgie ;

  • et leur rôle causal reste incertain.


Cortisol, système autonome et douleur


Le système hormonal du stress ne fonctionne pas isolément.

Il est étroitement lié au système nerveux autonome, notamment au système sympathique.


Des chercheurs belges de la VUB et de la KU Leuven ont publié en 2025 une revue systématique consacrée aux marqueurs adrénergiques dans la fibromyalgie et l’EM/SFC.


Dans la fibromyalgie, ils n’ont pas trouvé de preuve simple d’un excès permanent d’adrénaline au repos.

Ils ont notamment observé une réponse de l’adrénaline moins importante après l’exercice dans les études disponibles.


Cela renforce l’idée d’un problème de régulation et d’adaptation, plutôt que celle d’un organisme simplement « surchargé d’hormones du stress ».


Pourquoi le stress peut-il malgré tout aggraver les symptômes ?


Parce qu’un événement stressant mobilise simultanément de nombreux systèmes :

  • cerveau ;

  • système autonome ;

  • hormones ;

  • sommeil ;

  • immunité ;

  • attention ;

  • muscles ;

  • perception de la douleur.


Une période de stress importante peut donc favoriser une poussée de symptômes chez certaines personnes.


Mais cela ne signifie pas :

« le stress provoque la fibromyalgie parce qu’il augmente le cortisol ».

La relation est beaucoup plus complexe.


La maladie elle-même constitue aussi une importante source de stress : douleurs, fatigue, incertitude, difficultés professionnelles, incompréhension ou perte d’autonomie peuvent à leur tour modifier les systèmes de régulation.


Et les hormones sexuelles ?


La fibromyalgie est diagnostiquée plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes.


Cela a naturellement conduit les chercheurs à s’intéresser :

  • aux œstrogènes ;

  • à la progestérone ;

  • à la testostérone ;

  • aux variations du cycle menstruel ;

  • à la grossesse ;

  • et à la ménopause.

Les hormones sexuelles peuvent effectivement influencer la sensibilité à la douleur et différents neurotransmetteurs.


Certaines personnes remarquent également des variations de leurs symptômes au cours de leur cycle ou autour de la ménopause.

Mais les études ne montrent pas de manière constante que les femmes atteintes de fibromyalgie présentent des concentrations anormales d’œstrogènes ou de progestérone par rapport aux femmes sans fibromyalgie.

Les hormones sexuelles pourraient donc moduler certains symptômes, sans constituer une explication suffisante de la maladie.


La plus grande fréquence de la fibromyalgie chez les femmes ne peut pas non plus être attribuée aux seules hormones : facteurs biologiques, sociaux et diagnostiques peuvent tous intervenir.


Une piste récente : les neurostéroïdes


La recherche neuroendocrinienne continue d’évoluer.


Une équipe italienne a proposé en 2024 un modèle théorique reliant :

  • l’axe du stress ;

  • les hormones sexuelles ;

  • certains neurostéroïdes comme l’alloprégnanolone ;

  • et les systèmes GABA et glutamate impliqués dans l’excitabilité cérébrale.


Ce modèle pourrait contribuer à expliquer certaines interactions entre stress, sexe biologique et traitement de la douleur.

Il est scientifiquement intéressant.

Mais il s’agit actuellement d’un modèle théorique, et non d’un mécanisme démontré chez tous les patients ou d’un outil diagnostique.


Et la sérotonine ?


La sérotonine est souvent présentée comme « l’hormone du bonheur ».

Dans le système nerveux, il est plus juste de parler principalement d’un neurotransmetteur.


Elle intervient notamment dans :

  • la modulation de la douleur ;

  • l’humeur ;

  • le sommeil ;

  • différentes fonctions cérébrales.

Des anomalies des systèmes sérotoninergiques ont été étudiées dans la fibromyalgie.


Mais on ne peut pas résumer la maladie à :

« les personnes fibromyalgiques manquent de sérotonine ».

Il n’existe pas non plus de dosage sanguin de sérotonine permettant de diagnostiquer la fibromyalgie.


Et la mélatonine ?


La mélatonine est une véritable hormone produite principalement pendant la nuit.

Elle participe à la régulation du rythme veille-sommeil.


Comme les troubles du sommeil sont très fréquents dans la fibromyalgie, elle a fait l’objet de plusieurs recherches.


Certaines petites études suggèrent un intérêt potentiel d’une supplémentation en mélatonine sur certains symptômes.

Les données restent toutefois insuffisantes pour considérer un manque de mélatonine comme une cause générale de la fibromyalgie ou la supplémentation comme un traitement spécifique de la maladie.


Hormone de croissance


L’hormone de croissance a elle aussi été étudiée.

Sa sécrétion est notamment favorisée pendant certaines phases du sommeil profond.

Des anomalies de sa sécrétion ont été décrites dans certaines études anciennes sur la fibromyalgie.

Mais il est difficile de distinguer :

  • une anomalie hormonale primaire ;

  • d’une conséquence des perturbations du sommeil, de l’activité physique ou d’autres facteurs.

Ces résultats n’ont pas conduit à considérer le déficit en hormone de croissance comme une cause générale de la fibromyalgie.


Et la thyroïde ?


Les maladies de la thyroïde peuvent provoquer des symptômes qui ressemblent parfois à ceux de la fibromyalgie :

  • fatigue ;

  • douleurs musculaires ;

  • ralentissement ;

  • difficultés cognitives ;

  • variations de poids ;

  • sensibilité au froid.

Une maladie thyroïdienne peut aussi coexister avec une fibromyalgie.


C’est pourquoi la fonction thyroïdienne peut être contrôlée lors du bilan lorsqu’elle est cliniquement pertinente.

Mais :

une hypothyroïdie et une fibromyalgie sont deux diagnostics distincts.

La fibromyalgie n’est pas considérée comme la conséquence habituelle d’un déficit en hormones thyroïdiennes.


Faut-il réaliser un « bilan hormonal complet » lorsqu’on a une fibromyalgie ?


Pas systématiquement.

Il n’existe actuellement aucun profil hormonal permettant de confirmer une fibromyalgie.


Les examens endocriniens doivent être demandés lorsqu’un symptôme, un antécédent ou l’examen clinique fait suspecter un trouble particulier :

  • problème thyroïdien ;

  • trouble menstruel inhabituel ;

  • symptômes de ménopause ;

  • anomalie surrénalienne ;

  • autre trouble endocrinien.

Multiplier les dosages sans indication peut au contraire mettre en évidence de petites variations difficiles à interpréter.


Attention à la « fatigue surrénalienne »


On rencontre parfois sur Internet le concept de « fatigue surrénalienne », selon lequel un stress chronique épuiserait progressivement les glandes surrénales et provoquerait fatigue, douleur et brouillard cérébral.

Ce concept ne correspond pas à une maladie endocrinienne reconnue.


Il existe de véritables insuffisances surrénaliennes, qui sont des maladies médicales précises pouvant être diagnostiquées par des examens adaptés.

Elles ne doivent pas être confondues avec une supposée « fatigue des surrénales ».

Les anomalies de régulation du cortisol étudiées dans la fibromyalgie ne signifient donc pas que les glandes surrénales seraient « épuisées ».


Les traitements hormonaux peuvent-ils traiter la fibromyalgie ?


À l’heure actuelle, aucun traitement hormonal n’est recommandé comme traitement spécifique de la fibromyalgie.


En Belgique, les documents institutionnels disponibles n’intègrent pas de stratégie hormonale spécifique dans la prise en charge de la fibromyalgie. Les recherches sur le cortisol, les hormones sexuelles ou d’autres systèmes neuroendocriniens permettent d’explorer certains mécanismes possibles de la maladie, mais elles n’ont pas conduit à identifier un traitement hormonal validé pour la fibromyalgie.


En France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé publiées en 2025 ne proposent pas non plus de traitement hormonal parmi les stratégies thérapeutiques spécifiques de la fibromyalgie.


Cela n’empêche évidemment pas de traiter une affection hormonale lorsqu’elle existe réellement.

Une personne atteinte de fibromyalgie peut également présenter, par exemple :

  • une hypothyroïdie ;

  • une autre maladie endocrinienne ;

  • des troubles hormonaux liés au cycle menstruel ;

  • ou des symptômes importants liés à la périménopause ou à la ménopause.


Ces situations doivent être évaluées et traitées selon leurs indications propres.

Une femme peut ainsi bénéficier d’un traitement hormonal de la ménopause lorsque celui-ci est médicalement indiqué, après évaluation individuelle de ses bénéfices et de ses risques.


Mais il faut distinguer :

traiter un trouble hormonal chez une personne atteinte de fibromyalgie

et

traiter la fibromyalgie par des hormones.


À ce jour, nous ne disposons pas de preuves suffisantes pour considérer qu’une « correction hormonale » permettrait de traiter la fibromyalgie elle-même.



À retenir


Les hormones constituent une vraie piste de recherche dans la fibromyalgie.

Le domaine le mieux étudié concerne l’axe de réponse au stress reliant :

hypothalamus → hypophyse → glandes surrénales → cortisol.


Des différences de fonctionnement ont été retrouvées chez certains patients, notamment dans la manière dont ce système réagit aux sollicitations.

Mais :

  • il n’existe pas un taux de cortisol typique de la fibromyalgie ;

  • les personnes atteintes n’ont pas simplement « trop de cortisol » ;

  • les hormones sexuelles peuvent moduler la douleur mais n’expliquent pas à elles seules la prédominance féminine ;

  • la sérotonine est principalement un neurotransmetteur et non une « hormone déficiente » caractéristique ;

  • aucun profil hormonal ne permet de diagnostiquer la fibromyalgie ;

  • aucun traitement hormonal n’est actuellement reconnu comme traitement spécifique de la maladie.


La recherche actuelle s’oriente donc davantage vers une modification complexe des systèmes neuroendocriniens et de leur capacité d’adaptation, en interaction avec le système nerveux autonome, le sommeil, l’immunité et les mécanismes de la douleur.


Sources francophones


  • Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020, notamment le chapitre consacré à la neurobiologie de la douleur chronique et à l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.

  • Haute Autorité de Santé – Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, 2025.

  • Léger D. et coll. Anomalies endocriniennes au cours de la fibromyalgie et du syndrome de fatigue chronique, Médecine & Longévité, 2011 – revue française historique à interpréter à la lumière des données plus récentes.


Sources belges et internationales complémentaires


  • Hendrix J. et al. – Adrenergic dysfunction in patients with ME/CFS and fibromyalgia: a systematic review and meta-analysis, European Journal of Clinical Investigation, 2025 – VUB/KU Leuven et collaborateurs.

  • Iannuccelli C. et al. Fibromyalgia: one year in review 2025, Clinical and Experimental Rheumatology, 2025 – consortium principalement italien.

  • Demori I. et al. – Fibromyalgia pathogenesis explained by a neuroendocrine multistable model, 2024 – modèle théorique sur les interactions entre axes du stress et hormones gonadique.


Pour aller plus loin


Carenity Fibromyalgie et hormones : comprendre l’impact pour améliorer sa qualité de vie, 2025 - Article de vulgarisation destiné aux patients, à lire en complément des sources scientifiques citées ci-dessus.

 
 
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