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HYPERSENSIBILITE SENSORIELLE

1 mai 2024
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours


Quand le monde devient parfois « trop »


Lumière trop vive, bruit qui devient vite insupportable, odeur qui prend toute la place, contact d’un vêtement ou d’une main qui paraît disproportionné…


De nombreuses personnes atteintes de fibromyalgie décrivent une hypersensibilité à différents stimuli sensoriels, et pas uniquement à la douleur.


Je le constate moi-même.

Je supporte difficilement les néons. Malheureusement, la classe où j’enseigne en est pourvue… Je préfère largement les lumières indirectes et, chez moi, tout le monde sait qu’il faut y être attentif.


Le simple frôlement d’un tissu n’est pas particulièrement problématique pour moi. En revanche, le poids d’une main posée sur mon bras peut devenir très désagréable : j’ai parfois l’impression qu’elle est extrêmement lourde et qu’elle m’écrase. Ce n’est donc pas mon mari qui pose sa main sur la mienne… mais plutôt l’inverse !


Et puis il y a le bruit.

Les lieux où beaucoup de personnes parlent en même temps sont particulièrement difficiles à supporter. Salle des profs, grands rassemblements, réunions de travail ou de famille où plusieurs conversations se superposent peuvent rapidement devenir épuisants.


Longtemps, ce type de ressenti a pu paraître difficile à expliquer.

Pourtant, la recherche montre aujourd’hui que cette hypersensibilité sensorielle existe réellement chez une partie des personnes atteintes de fibromyalgie.


Pas seulement une hypersensibilité à la douleur


La fibromyalgie est principalement connue pour la douleur.

Mais notre système sensoriel ne traite évidemment pas uniquement les informations douloureuses.


Il reçoit en permanence des informations provenant :

  • de la vue ;

  • de l’ouïe ;

  • du toucher ;

  • de l’odorat ;

  • du goût ;

  • de notre position et de nos mouvements dans l’espace.


Certaines personnes atteintes de fibromyalgie semblent ressentir plusieurs de ces informations de manière particulièrement intense ou désagréable.


Une étude publiée en 2024 a comparé la sensibilité sensorielle de personnes atteintes de fibromyalgie à celle de personnes sans fibromyalgie à l’aide d’un questionnaire portant sur différentes modalités sensorielles.

Les personnes fibromyalgiques présentaient nettement davantage d’hypersensibilité sensorielle, et cette différence concernait plusieurs sens.


Parmi les situations rapportées figuraient notamment :

  • certains sons ou certaines fréquences sonores difficiles à supporter ;

  • la lumière ou certains environnements visuellement chargés ;

  • des sensations tactiles désagréables ;

  • certaines odeurs ;

  • mais aussi des difficultés liées au mouvement ou à la perception du corps dans l’espace.


Les chercheurs parlent donc d’une hypersensibilité multisensorielle.


Le cerveau traite-t-il différemment ces informations ?


Une étude antérieure, publiée en 2014, avait déjà exploré cette question à l’aide de l’IRM fonctionnelle.


Des femmes atteintes de fibromyalgie et des femmes sans fibromyalgie avaient été exposées à différents stimuli auditifs, visuels et tactiles non douloureux.


Les chercheurs avaient observé des différences dans l’activité de plusieurs régions cérébrales impliquées dans le traitement et l’intégration des informations sensorielles.

Ces résultats sont intéressants, mais il faut les interpréter avec prudence.

Ils ne signifient pas que l’on peut aujourd’hui « voir la fibromyalgie dans le cerveau » d’une personne grâce à une IRM, ni utiliser ces anomalies pour poser un diagnostic individuel.


Ils montrent plutôt que le traitement de stimuli pourtant non douloureux peut différer, en moyenne, entre des groupes de personnes atteintes ou non de fibromyalgie.


Quel rapport avec la douleur nociplastique ?


En Belgique, le Pr Étienne Masquelier (UCLouvain) rappelle que la fibromyalgie constitue l’un des exemples de douleur nociplastique.

Dans ce type de douleur, le fonctionnement du système qui traite et module la douleur est modifié, avec notamment une hypersensibilité et une amplification de certaines informations.


La recherche actuelle va cependant plus loin : elle s’interroge sur la possibilité que cette hypersensibilité ne concerne pas uniquement la douleur, mais s’inscrive chez certaines personnes dans une sensibilité sensorielle plus globale.

C’est une piste importante, mais les mécanismes précis ne sont pas encore complètement compris.


Lumière, sons, odeurs… mais pas forcément chez tout le monde


Il faut également éviter un nouveau piège : considérer que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie doivent présenter toutes ces hypersensibilités.

Ce n’est pas le cas.


Une personne pourra être extrêmement sensible au bruit mais peu gênée par la lumière.

Une autre supportera difficilement certaines odeurs.

Une autre encore sera surtout gênée par le toucher, certaines textures ou les endroits très chargés en stimulations.

Et certaines personnes ne ressentiront presque aucune de ces difficultés.


La fibromyalgie est une maladie très hétérogène.


Quand plusieurs stimulations arrivent en même temps


Le problème n’est d’ailleurs pas toujours l’intensité d’un seul stimulus.

Cela peut être leur accumulation.


Imaginez :

un restaurant très éclairé, plusieurs conversations autour de vous, de la musique, des personnes qui se déplacent, des odeurs de cuisine, quelqu’un qui vous touche le bras pour attirer votre attention…

Pris séparément, chacun de ces stimuli peut être supportable.

Ensemble, ils peuvent devenir épuisants.


Cela permet peut-être de mieux comprendre pourquoi certaines personnes atteintes de fibromyalgie évitent spontanément les grands magasins, les restaurants bruyants, les fêtes, certaines réunions ou les lieux très fréquentés.

Ce n’est pas nécessairement « ne plus aimer sortir ».


Parfois, le cerveau reçoit simplement beaucoup trop d’informations à traiter en même temps.


Quelques adaptations toutes simples


Lorsqu’une hypersensibilité est identifiée, il peut être utile d’agir sur l’environnement lorsque cela est possible :

  • privilégier un éclairage moins agressif ;

  • diminuer les bruits de fond ;

  • choisir une place plus calme dans un restaurant ou lors d’une réunion ;

  • prévoir des moments de pause dans un environnement moins stimulant ;

  • éviter certains parfums ou odeurs particulièrement difficiles à supporter ;

  • choisir des vêtements et matières mieux tolérés ;

  • expliquer à l’entourage que certaines stimulations deviennent réellement pénibles.


Il ne s’agit pas nécessairement de supprimer toute stimulation ni de s’isoler progressivement du monde.

L’objectif est plutôt de mieux connaître ses propres sensibilités et d’aménager certaines situations lorsqu’elles deviennent trop coûteuses.


Ne pas tout attribuer à la fibromyalgie


Une hypersensibilité sensorielle peut accompagner la fibromyalgie, mais elle n’explique pas automatiquement tous les nouveaux symptômes.


Une photophobie importante qui apparaît brutalement, une modification de l’audition, des acouphènes nouveaux, des vertiges inhabituels ou toute autre modification sensorielle persistante peuvent avoir d’autres causes.

Ils méritent donc, si nécessaire, une évaluation médicale.


Comme souvent avec la fibromyalgie :

tout peut être lié… mais tout ne doit pas automatiquement lui être attribué.


À retenir


L’hypersensibilité sensorielle n’est pas simplement une impression rapportée par quelques personnes atteintes de fibromyalgie.


Des travaux scientifiques montrent aujourd’hui une sensibilité subjective accrue à plusieurs types de stimuli chez les personnes fibromyalgiques, notamment au bruit, à la lumière et au toucher.


Des études d’imagerie ont également mis en évidence des différences dans la manière dont certaines régions cérébrales répondent à des stimulations non douloureuses.


Nous ne savons cependant pas encore exactement pourquoi cette hypersensibilité apparaît ni pourquoi elle est très importante chez certaines personnes et presque absente chez d’autres.


Alors, lorsque quelqu’un vous dit :

« Mais enfin, ce n’est qu’une lumière ! »« Il n’y a pourtant pas tant de bruit ! »

« Je t’ai à peine touché(e) ! »

Peut-être que pour lui, c’est effectivement peu.

Mais notre cerveau, lui, ne reçoit pas toujours le message avec la même intensité.


Sources


  • Masquelier E. — UCLouvain / Louvain Médical, La douleur nociplastique, 2023. Présentation des mécanismes de la douleur nociplastique, dont la fibromyalgie constitue un exemple.

  • Rafferty C., Ward J., Fibromyalgia is linked to increased subjective sensory sensitivity across multiple senses, Perception, 2024.

  • López-Solà M. et coll., Altered fMRI responses to non-painful sensory stimulation in fibromyalgia patients, Arthritis & Rheumatology, 2014.

  • Fitzcharles M.-A. et coll. / travaux récents sur la douleur nociplastique, concernant notamment l’association entre douleur généralisée et hypersensibilité à des stimuli non douloureux.

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