HYPNOSE
Dernière mise à jour : 5 sept.

L’hypnose intrigue.
Certains l’associent aux spectacles où une personne semble perdre tout contrôle.
D’autres y voient une méthode presque magique capable de faire disparaître la douleur.
L’hypnose thérapeutique n’est ni l’un ni l’autre.
Dans le domaine de la douleur chronique, elle est utilisée comme un outil complémentaire pouvant aider certaines personnes à modifier leur expérience de la douleur, à diminuer sa place dans l’attention ou à développer des stratégies qu’elles pourront ensuite réutiliser grâce à l’autohypnose.
Et dans la fibromyalgie ?
Les résultats sont encourageants, mais les preuves restent encore limitées.
Qu’est-ce que l’hypnose ?
L’hypnose correspond à un état particulier d’attention et de conscience, généralement induit à l’aide de la parole, dans lequel la personne peut devenir plus réceptive à certaines suggestions.
Ce n’est pas du sommeil.
Et contrairement à une idée largement répandue, la personne hypnotisée ne devient pas inconsciente ni privée de volonté.
L’hypnose mobilise notamment :
l’attention ;
l’imagination ;
les perceptions corporelles ;
les attentes ;
et les suggestions proposées pendant la séance.
On compare parfois cet état à certains moments de forte absorption que nous connaissons spontanément : être plongé dans un livre, conduire sur un trajet familier ou être tellement absorbé par une activité que l’on prête moins attention à ce qui nous entoure.
Cette comparaison permet de rendre l’idée plus accessible, mais l’hypnose thérapeutique est une démarche structurée, guidée par un professionnel formé.
Hypnose, hypnothérapie, hypnosédation… ce n’est pas exactement la même chose
Le mot « hypnose » recouvre différentes utilisations.
L’hypnose thérapeutique utilise l’état hypnotique dans un objectif de soin, par exemple pour travailler sur la douleur, l’anxiété ou certaines réactions face à une situation.
L’hypnosédation associe l’hypnose à des techniques médicales d’anesthésie ou de sédation lors de certaines interventions.
L’hypnose conversationnelle utilise certaines formes de langage et de communication sans forcément passer par une induction hypnotique formelle.
Et l’autohypnose consiste à apprendre à provoquer soi-même un état hypnotique et à utiliser certaines suggestions ou exercices de manière autonome.
Dans la fibromyalgie et la douleur chronique, l’autohypnose est particulièrement intéressante parce qu’elle donne au patient un outil qu’il peut réutiliser lui-même après apprentissage.
Comment l’hypnose peut-elle agir sur la douleur ?
La douleur n’est pas un simple signal qui voyagerait passivement du corps vers le cerveau.
Notre expérience douloureuse dépend de nombreux processus : les informations provenant du corps, bien sûr, mais aussi l’attention, le contexte, les attentes, les émotions et les mécanismes cérébraux de modulation de la douleur.
L’hypnose peut agir sur certains de ces processus.
Les recherches en neurosciences montrent qu’elle peut modifier l’activité de réseaux cérébraux impliqués notamment dans l’attention, la perception et la dimension désagréable de la douleur.
La Belgique a d’ailleurs joué un rôle important dans ces recherches.
À l’Université de Liège et au CHU de Liège, les équipes de Marie-Élisabeth Faymonville, Audrey Vanhaudenhuyse et leurs collaborateurs étudient depuis de nombreuses années les mécanismes de l’hypnose et son utilisation dans la douleur.
Mais il faut rester prudent avec les explications neuroscientifiques.
Observer des modifications de l’activité cérébrale pendant l’hypnose ne signifie pas que l’on sait précisément comment elle agit chez chaque personne ni qu’elle “répare” le cerveau de la fibromyalgie.
Il n’est notamment pas démontré que l’hypnose « réduise l’inflammation du cerveau » ou corrige directement un mécanisme biologique responsable de la fibromyalgie.
La fibromyalgie n’est pas la conséquence de traumatismes non exprimés
Cette précision est importante.
On trouve encore parfois dans certains textes consacrés à l’hypnose l’idée que les douleurs de la fibromyalgie seraient l’expression corporelle de traumatismes anciens, d’émotions refoulées ou de souffrances qui n’auraient pas été « symbolisées ».
Ce modèle ne correspond pas aux connaissances actuelles sur la fibromyalgie.
Des expériences difficiles ou traumatiques peuvent faire partie de l’histoire de certaines personnes atteintes de fibromyalgie, comme elles peuvent faire partie de la vie de personnes qui ne développeront jamais cette maladie.
Elles peuvent aussi influencer la santé et l’expérience de la douleur.
Mais elles ne permettent pas d’expliquer à elles seules pourquoi une personne développe une fibromyalgie.
L’hypnose n’a donc pas pour fonction de découvrir une cause psychologique cachée derrière la douleur.
Que fait-on pendant une séance ?
Une séance commence généralement par un échange avec le praticien.
Celui-ci cherche à comprendre ce que la personne souhaite travailler et lui explique le déroulement de la séance.
L’entrée en hypnose peut ensuite se faire par différents moyens : focalisation de l’attention, respiration, perceptions corporelles, imagination ou évocation d’une situation particulière.
Le professionnel peut alors utiliser des suggestions adaptées à la personne.
Pour la douleur, elles peuvent par exemple consister à modifier mentalement certaines caractéristiques de la sensation : température, intensité, localisation, forme ou distance.
D’autres exercices utilisent des images ou des métaphores choisies avec la personne.
L’objectif n’est pas de faire croire que la douleur n’existe pas.
Il s’agit plutôt d’explorer si notre manière de la percevoir ou de diriger notre attention peut être modifiée.
Une personne hypnotisée garde-t-elle le contrôle ?
Oui.
L’hypnose thérapeutique repose sur la collaboration.
La personne entend généralement ce qui se passe et peut interrompre la séance.
Elle ne devrait jamais être poussée à accepter une suggestion qui ne lui convient pas.
Les scènes spectaculaires de l’hypnose de spectacle donnent donc une image très particulière de ce phénomène.
Dans un contexte thérapeutique, le patient reste un participant actif du processus.
Tout le monde est-il hypnotisable ?
Nous n’avons pas tous la même facilité à entrer dans une expérience hypnotique.
Certaines personnes ressentent rapidement une immersion importante.
D’autres beaucoup moins.
Cela ne signifie pas que les premières seraient plus faibles ou influençables.
Et cela ne signifie pas davantage que les secondes « résistent » volontairement.
La réponse à l’hypnose varie simplement d’une personne à l’autre.
Comme pour beaucoup d’approches, ce qui aide une personne peut avoir peu d’effet chez une autre.
Que montrent les études dans la fibromyalgie ?
Les recherches spécifiques à la fibromyalgie existent, mais elles restent relativement peu nombreuses.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée dans l’European Journal of Pain a rassemblé sept essais randomisés et 387 participants comparant hypnose ou imagerie guidée à différentes conditions témoins.
À la fin du traitement, les chercheurs retrouvaient un bénéfice concernant notamment la proportion de personnes obtenant une diminution importante de leur douleur et une amélioration de la détresse psychologique.
Mais les études étaient petites et hétérogènes, et les données de suivi à long terme étaient limitées.
Les résultats suggèrent donc un intérêt possible de l’hypnose dans une prise en charge multimodale, mais ils ne permettent pas d’en faire un traitement de référence de la fibromyalgie.
Une étude plus récente
Un essai randomisé publié en 2024 a étudié 49 personnes atteintes de fibromyalgie avec douleur chronique modérée à sévère.
Les participants du groupe hypnose ont suivi huit séances hebdomadaires d’une heure.
Les chercheurs ont observé des améliorations de la douleur ainsi que de plusieurs autres dimensions, notamment le sommeil, l’anxiété, la dépression, le catastrophisme et la qualité de vie. Une partie des effets était encore observée trois mois après l’intervention.
C’est intéressant.
Mais 49 participants restent un petit effectif.
Cette étude apporte donc un signal supplémentaire en faveur de l’hypnose, sans suffire à elle seule à établir son efficacité avec certitude.
Que dit la HAS en 2025 ?
Les nouvelles recommandations françaises sur la fibromyalgie consacrent une section spécifique à l’hypnose.
La Haute Autorité de santé conclut que :
l’hypnose peut être envisagée dans la fibromyalgie lorsqu’elle est délivrée par un professionnel de santé ou un psychologue formé à cette approche.
La HAS souligne notamment son intérêt potentiel pour aider le patient à modifier son rapport à la douleur et à développer des ressources permettant d’y faire face.
Elle met également en avant l’apprentissage de l’autohypnose afin que la personne puisse ensuite utiliser l’outil de manière autonome.
Mais cette recommandation repose sur un accord d’experts, car les données scientifiques spécifiques à la fibromyalgie ne sont pas encore suffisamment solides pour établir un niveau de preuve élevé.
L’autohypnose : apprendre à disposer soi-même de l’outil
L’autohypnose ne consiste pas simplement à écouter n’importe quel enregistrement trouvé sur Internet.
Idéalement, elle s’apprend d’abord auprès d’un professionnel.
La personne peut ensuite utiliser certains exercices seule :
pour détourner momentanément son attention de la douleur ;
favoriser un état d’apaisement ;
préparer une activité ou une situation difficile ;
ou simplement s’accorder un moment pendant lequel la douleur occupe moins toute la scène.
L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître la douleur, mais parfois de réduire la place qu’elle prend dans notre expérience.
Cette autonomie est probablement l’un des aspects les plus intéressants de l’approche.
Une expertise belge particulièrement intéressante
L’hypnose n’est pas seulement une pratique proposée dans des cabinets privés.
Elle est aussi utilisée et étudiée dans plusieurs hôpitaux belges.
Le Centre interdisciplinaire d’algologie du CHU de Liège propose notamment aux personnes vivant avec une douleur chronique un programme d’autohypnose et d’autobienveillance, organisé en petits groupes.
Les patients y apprennent progressivement des outils qu’ils peuvent ensuite réutiliser à domicile.
Des recherches menées au CHU et à l’Université de Liège ont également étudié l’autohypnose associée à des stratégies d’autosoins chez des personnes souffrant de douleurs chroniques.
Ces études ne portent pas toutes spécifiquement sur la fibromyalgie, mais elles montrent que l’hypnose possède une vraie place dans certaines prises en charge hospitalières belges de la douleur chronique.
Les Cliniques universitaires Saint-Luc utilisent elles aussi l’hypnose dans plusieurs services médicaux.
Une méthode complémentaire, pas une alternative aux soins
C’est un point essentiel.
L’hypnose ne doit pas remplacer le diagnostic, le suivi médical, l’activité physique adaptée, la réadaptation ou les autres prises en charge dont une personne a besoin.
Elle peut éventuellement trouver sa place à côté de ces interventions.
La HAS recommande d’ailleurs qu’elle soit intégrée à une prise en charge conventionnelle de la douleur plutôt qu’utilisée comme une solution isolée supposée tout régler.
Méfions-nous donc des personnes qui promettent :
une guérison de la fibromyalgie ;
la disparition garantie de la douleur ;
la découverte d’un traumatisme caché responsable de la maladie ;
ou l’arrêt des autres traitements.
Ce sont des signaux qui doivent inciter à la prudence.
Notre article CHARLATANS peut également aider à repérer certaines promesses problématiques.
Qui peut pratiquer l’hypnose en Belgique ?
C’est ici qu’il faut être vigilant.
« Hypnothérapeute » n’est pas, en soi, un titre professionnel de santé réglementé garantissant une qualification particulière.
Une personne peut donc se présenter comme praticien en hypnose avec des formations très différentes.
Pour une utilisation thérapeutique auprès d’une personne souffrant d’une maladie chronique, il est préférable de choisir un professionnel de santé ou un psychologue disposant d’une véritable formation à l’hypnose clinique.
On peut tout à fait lui demander :
Quelle est votre profession de base ?
Quelle formation en hypnose avez-vous suivie ?
Avez-vous l’habitude d’accompagner des personnes souffrant de douleur chronique ?
Connaissez-vous la fibromyalgie ?
Travaillez-vous en lien avec les autres soignants lorsque cela est nécessaire ?
La qualité de la formation et le cadre dans lequel l’hypnose est utilisée comptent au moins autant que la technique elle-même.
Et le remboursement en Belgique ?
Il faut ici corriger une idée parfois relayée.
Il n’existe pas de remboursement INAMI spécifique d’une prestation appelée simplement « hypnose ».
En revanche, l’hypnose peut parfois être utilisée au cours d’un soin qui, lui, bénéficie d’un remboursement ou d’un financement.
Par exemple :
dans certains services hospitaliers ;
dans un programme multidisciplinaire de prise en charge de la douleur ;
ou éventuellement dans le cadre d’une consultation psychologique répondant aux conditions de remboursement de l’INAMI.
Le remboursement dépend donc du professionnel, du cadre de soins et de la prestation facturée, et non du seul fait que de l’hypnose soit utilisée.
Certaines mutualités peuvent également prévoir des avantages complémentaires : il est préférable de se renseigner directement auprès de la sienne.
Et les vidéos ou applications d’autohypnose ?
Il existe aujourd’hui une multitude de vidéos, podcasts et applications.
Certains peuvent constituer des supports agréables de relaxation ou d’entraînement.
Mais leur qualité est extrêmement variable.
Un enregistrement générique ne constitue pas nécessairement une prise en charge thérapeutique.
Pour une personne qui souhaite réellement utiliser l’autohypnose dans la gestion de sa douleur chronique, un apprentissage initial personnalisé auprès d’un professionnel formé reste préférable.
Une fois la méthode comprise, les enregistrements peuvent devenir un support intéressant pour pratiquer régulièrement.
À retenir
L’hypnose est un outil complémentaire qui peut être envisagé dans la fibromyalgie, mais son niveau de preuve reste limité.
Elle ne consiste ni à dormir ni à perdre le contrôle.
Les recherches suggèrent qu’elle peut, chez certaines personnes, agir sur différentes dimensions de l’expérience douloureuse et éventuellement améliorer certains symptômes associés.
Elle ne guérit pas la fibromyalgie et ne démontre pas que la douleur aurait une origine psychologique ou traumatique.
La HAS recommande, lorsqu’elle est envisagée, qu’elle soit proposée par un professionnel de santé ou un psychologue formé, et souligne l’intérêt d’apprendre ensuite l’autohypnose.
La Belgique dispose par ailleurs d’une expertise reconnue dans ce domaine, notamment à l’Université et au CHU de Liège, où l’autohypnose fait partie de certaines prises en charge de la douleur chronique.
Et peut-être est-ce là son intérêt principal :
ne pas promettre de faire disparaître la douleur, mais nous apprendre parfois à lui laisser un peu moins de place.
Sources
Haute Autorité de santé (HAS), France. Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. Recommandations et argumentaire, 2025. La HAS indique que l’hypnose peut être envisagée dans la fibromyalgie lorsqu’elle est délivrée par un professionnel de santé ou un psychologue formé, et souligne l’intérêt de l’apprentissage de l’autohypnose.
CHU de Liège, Belgique. Centre interdisciplinaire d’algologie – Autohypnose / autobienveillance. Programme proposé aux personnes vivant avec une douleur chronique sous la forme de séances en petits groupes, avec apprentissage progressif de l’autohypnose.
Vanhaudenhuyse A., Gillet A., Malaise N. et al., Belgique. Complementary treatment comparison for chronic pain management: A randomized longitudinal study. PLOS ONE, 2021;16(8). Étude randomisée menée au CHU de Liège comparant notamment un programme d’autohypnose et d’autosoins à d’autres interventions chez des personnes souffrant de douleur chronique. PMID : 34358272.
Vanhaudenhuyse A., Laureys S., Faymonville M.-E., Belgique. Neurophysiology of hypnosis. Neurophysiologie Clinique / Clinical Neurophysiology, 2014;44(4):343-353. Revue des travaux consacrés notamment aux mécanismes cérébraux de l’hypnose et à la modulation de la douleur. DOI : 10.1016/j.neucli.2013.09.006. PMID : 25306075.
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Dorta D. C., Colavolpe P. O., Lauria P. S. S. et al. Multimodal benefits of hypnosis on pain, mental health, sleep, and quality of life in patients with chronic pain related to fibromyalgia: A randomized, controlled, blindly-evaluated trial. Explore, 2024;20(6):103016. Essai randomisé portant sur 49 personnes atteintes de fibromyalgie ayant suivi huit séances hebdomadaires d’hypnose. DOI : 10.1016/j.explore.2024.103016. PMID : 38879420.
SPF Santé publique, Belgique. Gestion de la douleur à l’hôpital. Présentation des équipes multidisciplinaires d’algologie et des Centres multidisciplinaires de traitement de la douleur chronique en Belgique.
INAMI, Belgique. Soins psychologiques de première ligne remboursés via les réseaux de santé mentale. Informations officielles sur les conditions de remboursement des soins psychologiques ; il n’existe pas de prestation INAMI autonome spécifiquement intitulée « hypnose ».
Cliniques universitaires Saint-Luc, Belgique. Hypnose. Présentation de l’utilisation clinique de l’hypnose dans différents services hospitaliers et de la formation spécifique des professionnels qui la pratiquent.
