INFLAMMATION
Dernière mise à jour : 29 août

La fibromyalgie provoque des douleurs musculaires et articulaires parfois très intenses. Il est donc naturel de se demander si ces douleurs sont dues à une inflammation.
La réponse demande un peu de nuance.
La fibromyalgie n’est pas considérée comme une maladie inflammatoire au sens classique du terme.
Cependant, la recherche étudie depuis plusieurs années le rôle éventuel de mécanismes immunitaires et de phénomènes dits de neuro-inflammation dans certains processus impliqués dans la douleur.
Ces pistes sont intéressantes, mais elles ne permettent pas aujourd’hui de reclasser la fibromyalgie comme une maladie inflammatoire.
(Inserm, Expertise collective Fibromyalgie, 2020)
Une maladie différente des rhumatismes inflammatoires
Dans des maladies comme la polyarthrite rhumatoïde ou certaines maladies auto-immunes, une inflammation des tissus peut être objectivée par différents éléments :
examen clinique ;
analyses sanguines ;
imagerie ;
ou autres examens spécifiques.
Ce n’est généralement pas ce que l’on observe dans la fibromyalgie.
Le CHU de Liège rappelle que le diagnostic de fibromyalgie reste clinique et qu’il n’existe pas d’anomalie biologique spécifique permettant de confirmer la maladie.
Lors du bilan diagnostique, des analyses comme la CRP ou la vitesse de sédimentation peuvent justement être réalisées afin de rechercher une autre affection, notamment inflammatoire.
(Gos et al., Revue Médicale de Liège, 2023)
Une CRP normale n’invalide donc absolument pas les douleurs ressenties : elle indique simplement qu’on ne retrouve pas le type d’inflammation systémique recherché par cet examen.
Pourquoi parle-t-on malgré tout d’inflammation dans la recherche ?
Parce que le système immunitaire et le système nerveux communiquent en permanence.
Certaines molécules impliquées dans les réactions immunitaires, notamment les cytokines, peuvent également influencer les mécanismes de la douleur.
Des chercheurs ont donc étudié différentes cytokines dans le sang, la peau ou d’autres tissus de personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais les résultats ne sont pas simples.
L’expertise collective de l’Inserm souligne que :
certaines études ont retrouvé des différences ;
d’autres n’ont pas retrouvé ces résultats ;
la qualité méthodologique de nombreux travaux est insuffisante ;
les résultats sont trop peu concordants pour tirer des conclusions solides.
Il serait donc prématuré d’affirmer qu’une « inflammation chronique généralisée » expliquerait la fibromyalgie.
Et la neuro-inflammation ?
La neuro-inflammation désigne des mécanismes inflammatoires ou immunitaires se produisant au sein du système nerveux.
Elle est différente de l’inflammation classique que l’on associe à une articulation rouge, chaude et gonflée.
Certaines recherches suggèrent que des interactions entre cellules nerveuses, cellules gliales et système immunitaire pourraient participer à la sensibilisation du système de la douleur.
L’Inserm considère ces mécanismes neuro-immunitaires comme une hypothèse physiopathologique possible, mais souligne que les connaissances restent insuffisantes pour en faire une explication établie de la fibromyalgie.
Des recherches par imagerie cérébrale ont également observé chez certains patients des éléments compatibles avec une activation gliale. Ces travaux renforcent l’intérêt de cette piste, mais ne permettent pas encore de savoir précisément quelle place elle occupe dans la maladie.
Inflammation et sensibilisation à la douleur ne sont pas la même chose
Cette distinction est importante.
La fibromyalgie est notamment caractérisée par une modification du traitement et de la modulation de la douleur.
Le système nerveux peut devenir plus sensible aux signaux reçus :
un stimulus normalement peu douloureux peut être ressenti beaucoup plus intensément ;
un contact normalement indolore peut devenir douloureux ;
la douleur peut persister alors qu’aucune lésion tissulaire ou inflammation classique ne suffit à l’expliquer.
Ces mécanismes de sensibilisation ne nécessitent donc pas obligatoirement la présence d’une inflammation des muscles ou des articulations.
Une douleur intense ne signifie pas que les muscles sont inflammés
Les personnes atteintes de fibromyalgie peuvent ressentir des muscles :
douloureux ;
tendus ;
raides ;
sensibles à la pression ;
ou donnant l’impression d’être « enflammés ».
La sensation est réelle.
Mais ressentir une douleur ressemblant à une inflammation ne signifie pas nécessairement que le muscle est réellement le siège d’une inflammation.
C’est précisément l’une des particularités des douleurs liées à la fibromyalgie : l’intensité de la douleur ne correspond pas nécessairement à une lésion visible dans la zone douloureuse.
Et si les marqueurs inflammatoires sont élevés ?
Une personne atteinte de fibromyalgie peut évidemment présenter parallèlement une infection, une maladie inflammatoire, une maladie auto-immune ou une autre affection susceptible d’augmenter les marqueurs inflammatoires.
La fibromyalgie n’empêche pas de développer une autre maladie.
Une CRP ou une vitesse de sédimentation anormalement élevée ne doit donc pas être automatiquement attribuée à la fibromyalgie : elle doit être interprétée par le médecin en fonction de la situation clinique.
Pourquoi cette recherche reste-t-elle importante ?
Comprendre les relations entre :
système nerveux ;
système immunitaire ;
cellules gliales ;
sensibilisation à la douleur ;
pourrait permettre de mieux comprendre les différents mécanismes biologiques impliqués dans la fibromyalgie.
Il est également possible que tous les patients ne présentent pas exactement les mêmes mécanismes.
Mais il faut distinguer ce que la recherche explore de ce qui est déjà suffisamment démontré pour être utilisé dans le diagnostic ou le traitement.
À l’heure actuelle, aucun marqueur inflammatoire ou immunitaire ne permet de diagnostiquer la fibromyalgie.
À retenir
La fibromyalgie n’est pas classée comme une maladie inflammatoire classique.
Les marqueurs habituels de l’inflammation ne sont généralement pas caractéristiques de la maladie.
Des recherches explorent néanmoins le rôle possible de mécanismes immunitaires, de cytokines et de neuro-inflammation dans la sensibilisation du système de la douleur.
Ces travaux sont intéressants, mais leurs résultats restent encore insuffisants pour affirmer qu’une inflammation est la cause de la fibromyalgie.
La réalité biologique de la fibromyalgie ne dépend d’ailleurs pas de la présence d’une inflammation : une douleur peut être extrêmement réelle et invalidante sans lésion inflammatoire visible.
Sources
Gos L., Staquet C., Libbrecht D., Bonhomme V. – Fibromyalgie, où en est-on en 2023 ?, Revue Médicale de Liège, CHU de Liège / ULiège, 2023.
Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020, notamment le chapitre 17 « Neurobiologie de la douleur chronique dans la fibromyalgie et biomarqueurs ».
