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KINESITHERAPIE

21 août 2025
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 oct.


Bien plus que des massages


La kinésithérapie peut occuper une place importante dans la prise en charge de la fibromyalgie.


Mais que signifie réellement « faire de la kiné » lorsqu’on vit avec cette maladie ?


Massage ? Étirements ? Renforcement musculaire ? Exercices dans l’eau ? Travail de l’endurance ? Relaxation ?


En réalité, il n’existe pas une seule kinésithérapie de la fibromyalgie.


La prise en charge devrait être adaptée aux symptômes, aux capacités, aux difficultés et aux objectifs de chaque personne.


Son but n’est pas de « guérir » la fibromyalgie ni nécessairement de faire disparaître la douleur après chaque séance. Elle peut notamment aider à :

  • préserver ou retrouver de la mobilité ;

  • améliorer progressivement la force et l’endurance ;

  • faciliter certains gestes du quotidien ;

  • limiter le déconditionnement physique ;

  • diminuer certaines tensions ou douleurs ;

  • retrouver davantage de confiance dans le mouvement ;

  • apprendre à mieux connaître ses capacités et ses limites ;

  • favoriser progressivement une activité physique réalisable dans la vie quotidienne.


L’exercice physique adapté occupe aujourd’hui une place centrale dans les recommandations concernant la fibromyalgie. Il doit cependant être progressif, individualisé et compatible avec la tolérance et la récupération de la personne.


Quand bouger fait mal…


Lorsque chaque mouvement peut entraîner des douleurs, de la fatigue ou la crainte d'une aggravation, il est compréhensible d’avoir tendance à moins bouger.


Mais une diminution prolongée de l’activité peut également entraîner une perte progressive d’endurance, de force et de mobilité.

L’objectif n’est donc pas de choisir entre :

« ne plus bouger pour ne pas avoir mal »

et

« se forcer malgré la douleur ».


Il s’agit plutôt de rechercher, avec le kinésithérapeute, la quantité et le type de mouvement que le corps peut tolérer aujourd’hui, puis de les faire évoluer lorsque cela est possible.


Dans la fibromyalgie, davantage n’est pas forcément mieux.

Une progression trop rapide peut au contraire rendre le programme difficile à poursuivre.


Plusieurs formes de kinésithérapie peuvent être utiles


1. L’exercice d’endurance ou travail aérobie


Marcher, pédaler, nager ou réaliser des mouvements continus sollicitant progressivement le cœur et les muscles fait partie du travail dit « aérobie ».

L’objectif n’est pas de devenir sportif.


Il peut simplement s’agir de retrouver progressivement la capacité à marcher quelques minutes de plus, monter un escalier plus facilement ou réaliser certaines activités avec moins d’essoufflement et de fatigue.


Les exercices d’endurance font partie des approches les mieux étudiées dans la fibromyalgie. Ils peuvent contribuer à améliorer la condition physique, la fonction et, chez certaines personnes, la douleur et la qualité de vie.


Le point essentiel reste l’adaptation.

Commencer trop fort parce que l’on « devrait être capable de le faire » n’est pas une bonne stratégie.


2. Le renforcement musculaire


La fibromyalgie ne signifie pas nécessairement que les muscles sont malades.

Mais la douleur, la fatigue et la diminution des activités peuvent progressivement réduire la force musculaire.

Le renforcement peut donc faire partie de la kinésithérapie.


Cela ne signifie pas soulever de lourdes charges.

Il peut s’agir d’exercices très simples, parfois réalisés au départ avec le poids du corps, un élastique ou une faible résistance.


L’objectif est fonctionnel : se relever plus facilement d’une chaise, porter un sac, utiliser les escaliers, rester debout plus longtemps ou accomplir plus facilement certains gestes du quotidien.


Les exercices de renforcement font partie, avec le travail aérobie, des approches pour lesquelles les recommandations disposent des données les plus solides.


3. Mobilité et assouplissements


Des douleurs répétées peuvent progressivement conduire à éviter certains mouvements.


Le kinésithérapeute peut travailler la mobilité des articulations, la souplesse et l’amplitude des mouvements afin d’entretenir ou de récupérer certaines capacités.

Les étirements peuvent être intégrés au programme, mais ils ne constituent pas à eux seuls « le traitement » de la fibromyalgie.


Les études suggèrent des bénéfices possibles, notamment sur la douleur et le fonctionnement, mais le niveau de preuve est moins solide que pour l’exercice physique dans son ensemble.


4. La kinésithérapie en piscine


Pour certaines personnes, bouger dans l’eau est plus facile que bouger à sec.

La portance diminue la charge exercée sur le corps et une eau suffisamment chaude peut favoriser le relâchement et rendre certains mouvements plus confortables.


La kinésithérapie en milieu aquatique peut associer :

  • mobilité ;

  • marche dans l’eau ;

  • exercices d’endurance ;

  • équilibre ;

  • renforcement musculaire ;

  • mouvements globaux.


Les études retrouvent des bénéfices possibles sur la douleur, la fatigue, la fonction physique et la qualité de vie. Cela ne signifie cependant pas que la piscine est systématiquement supérieure aux exercices réalisés à sec : elle constitue surtout une autre façon de rendre le mouvement accessible et tolérable.


5. Les techniques manuelles


Massages, mobilisations, travail des tissus mous ou certaines techniques myofasciales peuvent également être utilisés.


Beaucoup de personnes atteintes de fibromyalgie décrivent des zones extrêmement tendues, douloureuses ou l’impression d’avoir des « nœuds » musculaires.


Les techniques manuelles peuvent apporter à certaines personnes :

  • une diminution temporaire de la douleur ;

  • une sensation de relâchement ;

  • davantage de mobilité ;

  • un meilleur confort permettant ensuite de bouger plus facilement.


Les données scientifiques concernant certaines techniques manuelles sont encourageantes, mais elles restent moins solides et plus hétérogènes que celles concernant l’exercice.


Il serait donc trop simple d’affirmer que :

« le passif ne sert à rien et seul l’exercice est utile ».

Chez certaines personnes, soulager suffisamment une zone douloureuse peut justement permettre de recommencer à la mobiliser.


En revanche, si les séances se limitent durablement à des techniques passives sans objectif fonctionnel ni réflexion sur le mouvement, il peut être utile d’en discuter avec le kinésithérapeute.


6. Respiration, relaxation et conscience corporelle


Selon sa formation et les besoins du patient, le kinésithérapeute peut également intégrer des exercices de respiration, de relâchement, d’équilibre ou de conscience corporelle.


Ils peuvent notamment aider certaines personnes à diminuer les tensions, mieux percevoir leur corps et retrouver progressivement un mouvement plus confortable.

Ils viennent généralement compléter la prise en charge plutôt que la remplacer.


Une bonne séance doit-elle faire mal ?


Pas nécessairement.

La célèbre idée du « no pain, no gain » n’est pas un principe adapté à la fibromyalgie.


Lorsqu’on recommence à solliciter des muscles ou à réaliser des mouvements peu utilisés, une augmentation légère et transitoire de certains symptômes peut survenir.

Mais une séance ne devrait pas devenir une épreuve à supporter coûte que coûte.


Si après chaque séance vous êtes nettement plus mal pendant plusieurs jours, si la douleur devient difficilement supportable ou si vous n’arrivez jamais à récupérer avant la séance suivante, il faut en parler au kinésithérapeute.


Le programme peut être modifié :

  • moins longtemps ;

  • moins intensément ;

  • avec moins de répétitions ;

  • avec davantage de pauses ;

  • en changeant certains exercices ;

  • en alternant travail actif et techniques de soulagement ;

  • ou en choisissant une autre approche.


La fatigabilité, la tolérance à l’effort, la récupération et la persistance éventuelle des douleurs entre les séances font précisément partie des éléments qui doivent être pris en compte.


« Cette méthode ne me convient pas »


Il est important de pouvoir le dire.


Une technique qui aide une personne atteinte de fibromyalgie peut être inefficace, désagréable ou trop intense pour une autre.


Vous pouvez dire à votre kinésithérapeute :

« Cet exercice augmente vraiment trop mes douleurs. »

« Je mets plusieurs jours à récupérer après cette séance. »

« Cette manipulation ne me convient pas. »

« Je ne comprends pas l’objectif de cet exercice. »

« Est-ce que nous pouvons essayer autrement ? »


La prise en charge devrait pouvoir évoluer à partir de ce que vous ressentez.

Le patient n’est pas simplement la personne sur laquelle le traitement est appliqué : il fait partie des décisions concernant sa prise en charge.


Et si le kinésithérapeute ne me convient pas ?


La relation thérapeutique compte également.


Un bon accompagnement ne repose pas seulement sur une technique.

Il suppose notamment de pouvoir :

  • expliquer ce que l’on ressent ;

  • être entendu lorsque les symptômes changent ;

  • comprendre ce que l’on travaille et pourquoi ;

  • fixer des objectifs réalistes ;

  • adapter le programme lorsqu’il devient trop difficile ou insuffisant ;

  • faire part de ses craintes ou de ses préférences.


Si la méthode proposée ne vous convient pas, commencez par en parler.


Mais si, malgré le dialogue, vous ne vous sentez pas entendu, si les séances aggravent systématiquement votre état sans adaptation ou si l’approche ne correspond pas à vos besoins, vous pouvez choisir un autre kinésithérapeute.


Changer de professionnel ne signifie pas avoir « échoué » sa kiné.

Cela signifie chercher une prise en charge qui vous corresponde davantage.


Comment savoir si la kiné m’aide ?


La douleur n’est pas le seul indicateur.


On peut également observer des progrès tels que :

  • marcher un peu plus facilement ;

  • récupérer plus rapidement après une activité ;

  • avoir davantage d’amplitude dans certains mouvements ;

  • pouvoir réaliser une tâche devenue difficile ;

  • avoir davantage de force ;

  • reprendre progressivement une activité abandonnée ;

  • se sentir moins inquiet à l’idée de bouger ;

  • mieux connaître ses limites et savoir adapter son effort.


Dans une maladie chronique, un progrès fonctionnel peut être important même si les douleurs n’ont pas disparu.


En Belgique : la fibromyalgie relève de la liste Fb


La fibromyalgie fait partie des situations dites Fb dans la nomenclature INAMI.


Cette catégorie concerne des pathologies pour lesquelles un traitement régulier de kinésithérapie peut être nécessaire pendant plusieurs années.


Pour une pathologie Fb, le patient peut actuellement bénéficier de maximum 60 séances par année civile au meilleur niveau de remboursement prévu pour cette catégorie.


Après ces 60 séances, la kinésithérapie peut continuer si elle reste nécessaire. Le remboursement devient cependant moins important pour les 20 séances suivantes, puis diminue une nouvelle fois à partir de la 81e séance.


Qui doit prescrire la kiné ?


C’est un point qui prête souvent à confusion.


La première prescription


Pour entrer dans la prise en charge Fb liée à la fibromyalgie, la prescription initiale mentionnant le diagnostic doit être établie par un médecin spécialiste en :

  • rhumatologie ;

  • médecine physique et réadaptation ;

  • neurologie ;

  • ou médecine interne.


Le diagnostic doit avoir été établi après examen clinique et conformément aux critères internationaux applicables.


Et les prescriptions suivantes ?


Vous ne devez pas nécessairement retourner chez ce spécialiste chaque fois qu’une nouvelle prescription de kinésithérapie est nécessaire.

La nomenclature réserve l’exigence du spécialiste à la prescription initiale mentionnant le diagnostic.


Les prescriptions suivantes peuvent donc être établies par le médecin traitant selon les règles habituelles de prescription de la kinésithérapie.


Faut-il tout de même retourner chez le spécialiste ?


Oui, à un moment précis.


Avant la fin de l’année civile qui suit celle durant laquelle la première séance a été réalisée, un des spécialistes cités plus haut doit réévaluer l’évolution des symptômes et confirmer la nécessité de poursuivre la prise en charge dans le cadre Fb.


Cette confirmation doit être signée et conservée dans le dossier individuel du kinésithérapeute.


Un exemple


Si votre première séance Fb a lieu en octobre 2026, la réévaluation spécialisée devra avoir eu lieu au plus tard le 31 décembre 2027.


Cela ne signifie pas que toutes les prescriptions intermédiaires doivent être faites par le spécialiste.


Combien de temps la reconnaissance Fb est-elle valable ?


Pour une pathologie Fb, la période débute à la première séance et se poursuit jusqu’au 31 décembre de la deuxième année civile qui suit l’année de cette première séance.


Un exemple :


Première séance en octobre 2026 → période Fb jusqu’au 31 décembre 2028.

Si la kinésithérapie reste nécessaire ensuite, la prise en charge Fb peut être renouvelée.


Qui introduit ou renouvelle la notification Fb ?


C’est généralement le kinésithérapeute qui effectue la notification du traitement Fb auprès du médecin-conseil de la mutualité, au moyen du formulaire prévu par l’INAMI.


Ce même formulaire prévoit également le renouvellement de la notification.


Il faut donc distinguer trois choses :


1. La prescription de kinésithérapie


Elle permet de réaliser les séances.


2. La notification Fb


Elle permet d’appliquer le régime de remboursement correspondant à cette situation pathologique.


3. La réévaluation par le spécialiste


Elle confirme, dans le délai prévu par l’INAMI, que la poursuite du traitement reste nécessaire.


Ces démarches sont liées, mais ce ne sont pas les mêmes documents ni les mêmes intervenants.


En cas de doute sur votre dossier, votre kinésithérapeute et votre mutualité peuvent vérifier votre situation précise.


À retenir


La kinésithérapie dans la fibromyalgie ne se résume ni aux massages ni à une série d’exercices identiques pour tout le monde.


Elle peut associer travail de l’endurance, renforcement, mobilité, exercices aquatiques, techniques manuelles et apprentissage d’un mouvement mieux adapté.


L’objectif est de construire progressivement une prise en charge utile dans votre vie quotidienne et soutenable dans la durée.


Et surtout :

une méthode ne doit pas être poursuivie simplement parce qu’elle est prescrite si elle ne vous convient pas.


Parlez-en avec votre kinésithérapeute.

Adaptez.

Testez autrement.

Et si la relation ou l’approche ne vous convient réellement pas, il est possible de changer de professionnel.


La bonne kiné n’est pas celle qui vous fait souffrir pour vous prouver qu’elle fonctionne.

C’est celle qui vous aide progressivement à mieux bouger, mieux fonctionner et mieux connaître ce que votre corps peut faire.


Sources


  • INAMI – Nomenclature de kinésithérapie, article 7.

  • INAMI – Remboursement de la kinésithérapie pour les pathologies des listes Fa et Fb.

  • INAMI – Adaptation de la nomenclature pour les patients atteints de fibromyalgie.

  • Haute Autorité de Santé – Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, 2025.

  • EULAR – Recommandations pour la prise en charge de la fibromyalgie.

  • González-Sánchez M. et al. – revue des traitements de physiothérapie dans la fibromyalgie, 2024.

  • Rodríguez-Huguet M. et al. – revue systématique de l’exercice aquatique, 2024.

 
 
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