LA PERSONNALITE DE TYPE D
Dernière mise à jour : 5 sept.

Lorsque l’on parle de fibromyalgie, il faut être particulièrement prudent avec tout ce qui touche à la personnalité.
Pendant trop longtemps, cette maladie a été psychologisée, parfois au point de laisser entendre que certaines personnes développeraient une fibromyalgie parce qu’elles seraient trop anxieuses, trop sensibles, trop perfectionnistes ou incapables de gérer leurs émotions.
Il n’existe pas de “personnalité fibromyalgique”.
Mais certains traits psychologiques peuvent influencer la manière dont chacun vit avec une maladie chronique, demande de l’aide, exprime ses émotions ou fait face au stress.
C’est dans ce contexte que l’on rencontre parfois la notion de personnalité de type D.
Qu’est-ce que la personnalité de type D ?
Le concept a été développé dans les années 1990 par le psychologue belge Johan Denollet, initialement dans le domaine des maladies cardiovasculaires.
La lettre D vient de l’anglais distressed, que l’on pourrait traduire par « en détresse ».
La personnalité de type D associe deux tendances :
une affectivité négative élevée : tendance à ressentir plus fréquemment inquiétude, tristesse, irritabilité, tension ou découragement ;
une inhibition sociale élevée : tendance à retenir l’expression de ses émotions et à se montrer réservé dans les relations sociales, notamment par peur du jugement, du rejet ou de la désapprobation.
Il ne s’agit ni d’une maladie psychiatrique ni d’un diagnostic médical.
Il s’agit d’un concept utilisé en recherche pour étudier certaines caractéristiques psychologiques.
Et dans la fibromyalgie ?
Plusieurs études ont constaté une proportion importante de personnes présentant ces caractéristiques parmi les patients atteints de fibromyalgie.
Une étude portant sur 558 personnes atteintes de fibromyalgie retrouvait, selon le questionnaire utilisé, un profil de type D chez environ 56 % des participants.
Une étude plus récente publiée en 2024, portant sur 50 patients fibromyalgiques et 50 personnes sans fibromyalgie, retrouvait également davantage de profils de type D dans le groupe fibromyalgie.
Et des recherches publiées en 2025 et 2026 continuent à s’intéresser à cette association.
Ces chiffres peuvent impressionner.
Mais ils doivent être interprétés avec énormément de prudence.
Cela ne signifie pas que le type D provoque la fibromyalgie
C’est essentiel.
Ces études montrent principalement des associations.
Elles ne démontrent absolument pas que certaines caractéristiques de personnalité seraient responsables de la fibromyalgie.
Une revue systématique consacrée aux traits de personnalité dans la fibromyalgie a d’ailleurs montré que les résultats deviennent beaucoup moins nets lorsque l’on tient compte de facteurs comme la dépression.
Autrement dit, certaines caractéristiques attribuées à une supposée « personnalité fibromyalgique » peuvent en réalité refléter :
la détresse liée à la douleur chronique ;
l’anxiété ;
la dépression ;
l’isolement ;
des expériences répétées d’incompréhension ;
ou tout simplement les conséquences psychologiques de vivre depuis longtemps avec une maladie difficile.
Cela change complètement la manière de lire ces résultats.
Qu’est-ce qui vient en premier ?
C’est une question à laquelle les études transversales ne peuvent pas répondre.
Une personne ressent-elle davantage d’émotions négatives parce qu’elle possède certains traits de personnalité ?
Ou parce qu’elle vit depuis des années avec des douleurs, de la fatigue, des limitations et parfois une absence de reconnaissance ?
Une personne exprime-t-elle peu ses émotions parce qu’elle est naturellement réservée ?
Ou parce qu’elle a appris, après de nombreuses expériences négatives, que parler de sa douleur provoquait parfois incompréhension, scepticisme ou conseils non sollicités ?
Les deux peuvent évidemment coexister.
Mais cette distinction est essentielle pour éviter de transformer les conséquences possibles de la maladie en explication de sa cause.
Que montrent les études récentes ?
En 2024, une étude menée auprès de personnes atteintes de fibromyalgie a observé que celles présentant un profil de type D rapportaient davantage d’anxiété et de dépression ainsi qu’une moins bonne qualité de vie dans certaines dimensions.
Une étude publiée en 2025 retrouve également davantage de symptômes dépressifs, d’anxiété et d’« amplification somatosensorielle » chez les patients fibromyalgiques présentant ce profil.
Et une étude de 2026 s’intéresse aux relations entre personnalité de type D, peur du mouvement et sensibilisation centrale.
Ces recherches peuvent être utiles pour identifier certaines personnes qui auraient besoin de davantage de soutien psychologique ou social.
Mais elles ne permettent toujours pas de dire :
« Vous avez une fibromyalgie parce que vous avez une personnalité de type D. »
Ni même :
« Les personnes fibromyalgiques ont une personnalité de type D. »
Attention à l’étiquette
C’est probablement le principal problème de ce type de classification.
Lire :
« Je suis une personnalité de type D »
peut rapidement devenir :
« Voilà pourquoi je suis malade. »
Ou :
« C’est ma personnalité qui pose problème. »
Ce n’est pas ce que montrent les recherches.
Un questionnaire psychologique décrit certaines tendances observées à un moment donné.
Il ne résume pas une personne.
Et notre manière de réagir aux événements n’est pas nécessairement figée pour toute la vie.
Garder ses émotions pour soi
La notion d’inhibition sociale est néanmoins intéressante dans le contexte d’une maladie chronique.
Certaines personnes ont beaucoup de difficulté à parler de ce qu’elles vivent.
Elles peuvent :
minimiser leur douleur devant leurs proches ;
ne pas demander d’aide ;
éviter de montrer leur fatigue ;
avoir peur d’être considérées comme faibles ou plaintives ;
ou continuer à répondre :
« Ça va »
alors que cela ne va pas du tout.
À la longue, cela peut devenir lourd à porter.
L’objectif n’est évidemment pas de devoir raconter ses émotions à tout le monde.
Chacun a le droit d’être réservé.
Mais pouvoir disposer d’au moins un espace dans lequel il est possible de parler sans devoir se justifier peut être précieux.
Un proche.
Un professionnel.
Un groupe de parole.
Ou simplement une personne de confiance.
Ressentir des émotions négatives n’est pas anormal
L’autre composante du type D est l’« affectivité négative ».
L’expression peut elle-même sembler culpabilisante.
Pourtant, ressentir de la tristesse, de la peur, de la colère, de la frustration ou du découragement lorsqu’on vit avec une maladie chronique n’a rien d’anormal.
La question n’est pas de supprimer ces émotions.
Elle est plutôt de savoir si elles deviennent tellement envahissantes qu’elles augmentent encore la souffrance ou empêchent progressivement de faire ce qui compte pour nous.
Dans ce cas, un accompagnement peut être utile.
Pas pour « corriger notre personnalité ».
Mais pour nous aider à vivre avec ce que nous traversons.
Une personnalité n’est pas un destin
Certains traits sont relativement stables.
Mais nos comportements, notre façon d’exprimer nos émotions, notre capacité à demander de l’aide ou nos stratégies face au stress peuvent évoluer.
Nous pouvons apprendre à :
mieux reconnaître nos émotions ;
les exprimer lorsque cela nous aide ;
poser des limites ;
demander du soutien ;
repérer certaines pensées qui nous font souffrir davantage ;
ou développer de nouvelles stratégies d’adaptation.
Il ne s’agit pas de devenir une autre personne.
Il s’agit éventuellement d’ajouter quelques outils supplémentaires à ceux que nous possédons déjà.
Chez MY FIBRO
Cette réflexion fait aussi écho à ce que nous observons dans les groupes de parole.
Certaines personnes parlent immédiatement.
D’autres écoutent pendant plusieurs rencontres avant de commencer à raconter leur vécu.
Certaines ont besoin d’exprimer beaucoup de choses.
D’autres beaucoup moins.
Il n’y a pas une bonne manière d’être malade.
Et il n’y a certainement pas une personnalité type de la personne fibromyalgique.
L’essentiel est que chacun puisse trouver la manière de vivre, de communiquer et de demander du soutien qui lui convient.
À retenir
La personnalité de type D est un concept développé par le psychologue belge Johan Denollet. Elle associe une tendance à ressentir davantage d’émotions négatives et une tendance à inhiber leur expression dans les relations sociales.
Plusieurs études retrouvent ces caractéristiques chez une proportion importante de personnes atteintes de fibromyalgie et montrent des associations avec l’anxiété, la dépression ou une moins bonne qualité de vie.
Mais cela ne démontre ni l’existence d’une “personnalité fibromyalgique”, ni que la personnalité de type D provoque la maladie.
Ces recherches peuvent surtout nous rappeler l’importance de prendre en compte la détresse psychologique, l’expression des émotions et le soutien social dans l’accompagnement d’une maladie chronique.
Nous sommes bien davantage qu’un score obtenu à un questionnaire.
Et notre personnalité ne doit jamais devenir une nouvelle façon de nous rendre responsables de notre maladie.
Sources
Denollet J. Personality as independent predictor of long-term mortality in patients with coronary heart disease. The Lancet, 1996;347:417-421. Travail fondateur du psychologue belge Johan Denollet sur le concept de personnalité de type D, développé initialement dans le contexte cardiovasculaire.
Denollet J. DS14: Standard assessment of negative affectivity, social inhibition, and Type D personality. Psychosomatic Medicine, 2005;67(1):89-97. Présentation de l’échelle DS14 utilisée pour évaluer les deux dimensions du type D : affectivité négative et inhibition sociale. DOI : 10.1097/01.psy.0000149256.81953.49.
De Fruyt F., Denollet J. Type D Personality: A Five-Factor Model Perspective. Psychology & Health, 2002;17(5):671-683. Étude réalisée notamment au Département de psychologie de l’Université de Gand, examinant la place du type D parmi les grands traits de personnalité. DOI : 10.1080/08870440290025858.
Conversano C., Marchi L., Ciacchini R. et al. Personality Traits in Fibromyalgia (FM): Does FM Personality Exist? A Systematic Review. Clinical Practice & Epidemiology in Mental Health, 2018;14:223-232. Revue systématique de 21 études. Les auteurs soulignent l’inconstance des résultats et montrent notamment que certaines différences concernant le type D et l’alexithymie s’atténuent lorsque la dépression est prise en compte. DOI : 10.2174/1745017901814010223. PMID : 30294356.
van Middendorp H., Kool M. B., van Beugen S. et al. Prevalence and relevance of Type D personality in fibromyalgia. General Hospital Psychiatry, 2016;39:66-72. Étude portant sur 558 personnes atteintes de fibromyalgie ; 56,5 % répondaient aux critères du type D selon la DS14. Les associations concernaient surtout la santé mentale et l’affectivité négative. DOI : 10.1016/j.genhosppsych.2015.11.006. PMID : 26804772.
Topal İ. et al. The Impact of Type D Personality Traits on Quality of Life, Sleep, Anxiety, and Depression in Fibromyalgia Patients: A Comparative Study with Healthy Controls. Medical Science Monitor, 2024. Étude comparant 50 patients atteints de fibromyalgie à 50 témoins ; le profil de type D était plus fréquent dans le groupe fibromyalgie et associé notamment à davantage d’anxiété et de dépression et à une moins bonne santé mentale. PMID : 38238996.
Şimşek M. H., Korkmaz U., Helvacı Çelik F. G. et al. Investigation of the Relationship Between Type D Personality and Depression, Anxiety and Somatosensory Amplification in Patients With Fibromyalgia. Pain Research and Management, 2025;2025:5315083. Étude transversale montrant des associations entre type D, anxiété, dépression et amplification somatosensorielle, sans permettre d’établir de relation causale. DOI : 10.1155/prm/5315083. PMID : 40406046.
