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LE MORAL

  • 13 nov. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures


Le moral est un pneu.


Gonflé à bloc, trop parfois, il réduit notre adhérence à la réalité, nous fait prendre des risques inconsidérés, nous pousse à rouler plus vite que nous ne le devrions.

Sous-gonflé, il rend chaque trajet plus difficile.

Et complètement à plat… il devient parfois impossible d’avancer.


Avec la fibromyalgie, la pression peut varier souvent.

Un jour, nous nous sentons capables de reprendre des projets, de sortir, de voir du monde, de nous remettre en mouvement.


Le lendemain, la douleur, la fatigue, une mauvaise nuit, une déception, une décision administrative ou une remarque de trop peuvent suffire à faire retomber la pression.


Alors, quelle est la bonne pression ?

Probablement celle qui nous permet d’avancer tout en gardant suffisamment d’adhérence avec la réalité de ce que nous vivons.


Trop gonflé : quand le moral nous fait dépasser nos limites


Avoir le moral est précieux.

L’espoir aussi.

Mais vouloir absolument être positif peut parfois nous jouer des tours.

Un jour où nous nous sentons mieux, nous pouvons avoir envie de rattraper tout ce que nous n’avons pas pu faire :

les courses ;

le ménage ;

une sortie ;

le jardin ;

un repas en famille ;

une promenade plus longue…

Notre pneu est gonflé à bloc.

Nous roulons.

Et parfois, nous roulons trop vite.


Le problème n’est évidemment pas d’avoir envie de profiter d’une bonne journée.

Le problème apparaît lorsque l’enthousiasme nous fait oublier la route que notre corps est réellement capable de parcourir aujourd’hui.


Avec une maladie fluctuante, se sentir mieux ne signifie pas nécessairement avoir retrouvé toutes ses capacités.

Le moral peut nous porter.

Mais il ne devrait pas nous faire perdre l’adhérence avec nos limites.


Sous-gonflé : quand tout demande davantage d’effort


À l’inverse, il existe des périodes où le moral baisse.

Tout paraît plus lourd.

Un rendez-vous devient une montagne.

Répondre à un message demande un effort.

Un projet qui nous faisait plaisir ne nous attire plus autant.


Nous nous demandons :

« À quoi bon ? »

« Pourquoi encore essayer ? »

« Je suis fatiguée de devoir toujours recommencer. »


Avec la fibromyalgie, il n’est pas étonnant que le pneu perde parfois un peu de pression.

La douleur chronique.

La fatigue.

Les nuits non réparatrices.

Les projets annulés.

Les limitations.

Le travail que l’on ne peut plus exercer comme avant.

Les difficultés financières.

L’incompréhension.

Les démarches administratives.

Le sentiment de devoir continuellement expliquer une maladie que les autres ne voient pas.


La route est parfois réellement mauvaise.

Ce n’est donc pas nécessairement notre pneu qui est défectueux.


Une baisse de moral n’est pas forcément une dépression


Nous utilisons facilement les mêmes mots pour parler de réalités différentes :

« Je n’ai plus le moral. »

« Je suis découragée. »

« Je suis déprimée. »


Pourtant, une baisse de moral, une période de démoralisation et une dépression ne sont pas exactement la même chose.


Un pneu peut perdre un peu de pression sans être crevé.

Une mauvaise journée peut passer.

Une période difficile peut durer quelque temps puis s’alléger lorsque les circonstances changent ou qu’un peu d’espoir revient.


La démoralisation correspond davantage à un sentiment durable d’impuissance, de découragement ou de perte de sens : on ne sait plus très bien comment avancer ni si les efforts servent encore à quelque chose.

Elle peut accompagner une maladie chronique.


La dépression, elle, est un véritable trouble de santé qui peut notamment entraîner une tristesse persistante, une perte importante d’intérêt ou de plaisir, un désespoir profond et des difficultés majeures dans la vie quotidienne.

Les deux peuvent parfois se rencontrer ou se ressembler.

Et il n’est pas toujours possible de faire soi-même la différence.


Parfois, le problème est aussi la route


Cette distinction me paraît essentielle avec la fibromyalgie.


Lorsque nous n’avons plus le moral, nous cherchons parfois immédiatement ce qui ne va pas en nous.

Pourquoi suis-je devenue si négative ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à faire face ?

Pourquoi les autres semblent-ils mieux gérer ?


Mais regardons aussi la route.

Si elle est pleine de nids-de-poule, si nous devons sans cesse freiner, contourner des obstacles et repartir après chaque arrêt, il est normal que le trajet soit fatigant.

Une personne peut être découragée parce que sa situation est réellement difficile.


Le moral n’est pas indépendant de ce que nous vivons.

Et la fibromyalgie n’est certainement pas causée par un manque de moral.

La HAS rappelle d’ailleurs que l’anxiété ou la dépression peuvent être associées à la fibromyalgie sans impliquer une cause psychologique aux douleurs.


Regonfler le pneu


Quand la pression baisse, nous entendons parfois :

« Allez, courage ! »

« Pense positif ! »

« Il faut te secouer un peu ! »

Si seulement une pompe fonctionnait aussi facilement…


Ce qui peut redonner un peu de pression au moral est différent pour chacun.

Parfois, ce sont de toutes petites choses :

un rayon de soleil ;

un café avec quelqu’un ;

un message inattendu ;

un moment avec les enfants ou les petits-enfants ;

un animal qui vient se blottir contre nous ;

une promenade ;

une activité créative ;

un projet ;

une musique ;

un groupe de parole ;

un repas partagé ;

quelque chose à attendre avec plaisir.


Aucune de ces choses ne soigne la fibromyalgie.

Mais elles peuvent remettre un peu de vie dans la vie.

Et certains jours, quelques bars de pression supplémentaires suffisent pour reprendre doucement la route.


Ce qui compte pour nous peut servir de direction


Dans l’article LES VALEURS, nous pouvons voir qu’une valeur ressemble davantage à une direction qu’à un objectif à atteindre.


Cette idée peut également nous aider lorsque le moral baisse.

Lorsque la route devient difficile, nous pouvons parfois nous demander :

« Vers quoi ai-je encore envie d’aller ? »


Pas forcément très loin.

Pas forcément aujourd’hui.

Mais qu’est-ce qui mérite encore que je garde un peu d’air dans mes pneus ?

Un lien.

Un projet.

Une personne.

Une activité.

Une cause.

Une curiosité.

Un plaisir.

Quelque chose qui compte.


Et si le trajet que nous empruntions autrefois est devenu impraticable, peut-être faudra-t-il chercher une autre route vers ce qui reste important pour nous.


Vérifier la pression sans devenir obsédé par le manomètre


Il est utile de prêter attention à notre moral.


Mais nous n’avons pas non plus besoin de vérifier en permanence :

« Est-ce que je vais bien aujourd’hui ? »

« Est-ce que je suis suffisamment positive ? »

« Pourquoi mon moral est-il moins bon qu’hier ? »


Nos émotions fluctuent.

Le moral aussi.

La santé psychologique ne consiste pas à maintenir constamment l’aiguille dans la zone “bonne humeur”.


Nous avons le droit d’être tristes.

En colère.

Découragés.

Fatigués de la maladie.


Nous avons même le droit, parfois, de trouver la route franchement mauvaise.

Il ne faut pas confondre accepter une émotion avec s’y installer définitivement.


Rouler ensemble


Un pneu peut être solide…

mais une voiture ne roule pas très bien avec une seule roue.


Le lien social compte.

Pouvoir parler à une personne qui comprend.

Ne pas devoir constamment justifier ses symptômes.

Pouvoir dire :

« Aujourd’hui, ça ne va pas. »

sans recevoir immédiatement une solution ou une leçon de courage.


C’est aussi ce qui se passe parfois dans nos groupes de parole MY FIBRO.

Une personne raconte une journée difficile.

Une autre répond :

« Je comprends. »

Et soudain, la route n’est plus tout à fait aussi solitaire.


Nous ne pouvons pas rouler à la place de quelqu’un.

Mais nous pouvons parfois faire un bout de chemin à ses côtés.


Et si le pneu reste à plat ?


Il existe cependant des moments où attendre que la pression remonte spontanément ne suffit plus.


Si, pendant une période prolongée :

plus rien ou presque ne procure de plaisir ;

la tristesse ou le désespoir deviennent envahissants ;

tout paraît insurmontable ;

nous nous isolons de plus en plus ;

nous nous sentons inutiles ou profondément coupables ;

ou apparaissent des pensées autour de la mort ou de l’envie de ne plus être là,

il faut demander de l’aide.


Continuer à rouler sur un pneu complètement à plat risque simplement de l’abîmer davantage.

Demander l’aide d’un médecin, d’un psychologue ou d’un autre professionnel n’est pas reconnaître que nous avons « mal géré » notre maladie.

C’est reconnaître qu’à ce moment-là, il ne suffit peut-être plus de remettre un peu d’air : il faut regarder ce qui se passe et réparer ce qui peut l’être.


La HAS recommande d’ailleurs de repérer, d’évaluer et de prendre en charge les éventuels troubles anxieux, dépressifs ou idées suicidaires tout au long du suivi des personnes atteintes de fibromyalgie.


Et parfois… laisser la voiture au garage


Il existe enfin une possibilité que nous oublions souvent.


Ne pas rouler.

Pas définitivement.

Juste aujourd’hui.

Parce que nous sommes épuisés.

Parce que nous avons besoin de repos.

Parce que notre corps et notre esprit ont atteint leur limite.

S’arrêter n’est pas forcément tomber en panne.


Cela peut simplement être une manière de préserver ce qui nous permettra de repartir.

Nous le disons souvent chez MY FIBRO :

adapter le rythme ne signifie pas abandonner le chemin.


À retenir


Le moral est un pneu.

Trop gonflé, il peut parfois nous faire perdre l’adhérence avec nos limites.

Sous-gonflé, chaque kilomètre devient plus difficile.

À plat, il peut devenir impossible d’avancer seul.

Et sa pression n’est pas constante.

La fibromyalgie nous impose parfois des routes que nous n’avons pas choisies.

Certaines sont longues.

Certaines sont cabossées.

Certaines nous obligent à faire un détour.

Nous pouvons essayer de préserver notre moral, de nourrir ce qui nous donne envie d’avancer et de rester attentifs aux signes qu’il nous envoie.

Mais nous n’avons pas à être gonflés à bloc en permanence.

Parfois, il faut remettre un peu d’air.

Parfois, il faut réparer.

Parfois, il faut demander de l’aide.

Et parfois…

il faut simplement accepter de laisser la voiture au garage avant de reprendre la route.


Sources


  • Haute Autorité de santé (HAS). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, 2025.

  • Robinson S. et al. Mental state of demoralisation across diverse clinical settings: A systematic review, meta-analysis and proposal for its use as a “specifier” in mental illness. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 2022;56(9):1104-1119.

  • Tecuta L. et al. Demoralization: a systematic review on its clinical characterization. Psychological Medicine, 2015;45(4):673-691.

 
 
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