LES CELLULES GLIALES
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Cellules gliales : une nouvelle clé pour comprendre la fibromyalgie
Pendant longtemps, la fibromyalgie a été difficile à comprendre. Les examens médicaux sont souvent normaux, aucune lésion ne permet d’expliquer les douleurs, et beaucoup de patients se sont entendus dire que “tout allait bien”.
Aujourd’hui, les connaissances évoluent, et elles permettent de proposer une explication plus cohérente. Au cœur de cette nouvelle compréhension : des cellules du système nerveux longtemps négligées, appelées cellules gliales.
On a longtemps considéré que le cerveau fonctionnait essentiellement grâce aux neurones. Pourtant, ces cellules ne représentent qu’une partie du système. Les cellules gliales — qui constituent environ 70 % des cellules du système nerveux — jouent un rôle fondamental dans la régulation de l’activité cérébrale.
Parmi elles, deux types sont particulièrement étudiés : la microglie et les astrocytes. La microglie correspond aux cellules immunitaires du système nerveux central. Elle surveille l’environnement cérébral, détecte les agressions et libère des molécules inflammatoires appelées cytokines. Les astrocytes, quant à eux, participent à la régulation de la transmission entre neurones, notamment en contrôlant la concentration de neurotransmetteurs comme le glutamate.
Dans des conditions normales, ces cellules assurent un équilibre fin entre activation et régulation. Mais dans certaines situations, comme la fibromyalgie, cet équilibre semble rompu. Les cellules gliales entrent alors dans un état d’activation persistante, conduisant à ce que l’on appelle une neuro-inflammation.
Cette neuro-inflammation est différente de l’inflammation classique. Elle ne s’accompagne pas de signes visibles comme une rougeur ou un gonflement, mais correspond à une activation prolongée des cellules gliales dans le cerveau et la moelle épinière. Ces cellules libèrent alors des substances pro-inflammatoires (comme certaines interleukines ou le TNF) qui modifient la transmission du signal douloureux.
Un des mécanismes clés concerne l’équilibre entre deux neurotransmetteurs : le glutamate, qui est excitateur, et le GABA, qui est inhibiteur. Les astrocytes jouent un rôle essentiel dans la régulation du glutamate. Lorsqu’ils fonctionnent mal, le glutamate peut s’accumuler, ce qui favorise une hyperexcitabilité des neurones et une amplification de la douleur.
Ce phénomène contribue à ce que l’on appelle la sensibilisation centrale : le système nerveux devient plus réactif, et des stimuli normalement non douloureux peuvent être perçus comme douloureux. C’est ce type de mécanisme qui est aujourd’hui décrit comme une douleur nociplastique.
La microglie joue également un rôle important. Elle peut adopter différents états fonctionnels : un état pro-inflammatoire (souvent appelé M1) ou un état plus régulateur et protecteur (M2). Dans les situations de douleur chronique, il semble exister un déséquilibre en faveur de l’état pro-inflammatoire, ce qui entretient la douleur.
Plusieurs facteurs peuvent favoriser cette activation des cellules gliales. Le manque de sommeil, par exemple, perturbe les mécanismes de récupération du cerveau et peut favoriser un état inflammatoire. Le stress chronique agit via des mécanismes neuroendocriniens et peut amplifier la réponse inflammatoire. Certaines infections, comme le COVID long, sont également associées à des symptômes proches de la fibromyalgie, suggérant des mécanismes communs impliquant la neuro-inflammation.
Un concept utile pour comprendre ces interactions est celui de la charge allostatique. Il désigne l’ensemble des adaptations que le corps met en place face aux stress répétés. Lorsque ces sollicitations deviennent trop importantes ou trop prolongées, les mécanismes d’adaptation s’épuisent et peuvent conduire à des dysfonctionnements durables du système nerveux.
Ces éléments permettent aussi de mieux comprendre certains symptômes caractéristiques. Par exemple, l’aggravation des douleurs après un effort — souvent décrite comme un “flare” — pourrait correspondre à une réactivation transitoire des mécanismes inflammatoires au niveau du système nerveux central.
Les traitements actuels restent encore imparfaits, notamment parce qu’ils ciblent principalement les neurones et peu les cellules gliales. Cela explique en partie leur efficacité limitée. Par ailleurs, certaines approches, comme l’utilisation prolongée d’opioïdes, peuvent paradoxalement aggraver la sensibilité à la douleur en favorisant des mécanismes d’hyperalgésie liés à l’activation gliale.
La recherche progresse, notamment grâce à des techniques d’imagerie comme la tomographie par émission de positons (TEP), qui permet d’observer indirectement l’activation des cellules gliales via des marqueurs comme la TSPO. Ces approches montrent que des phénomènes de neuro-inflammation existent probablement chez l’humain, même si beaucoup reste à explorer.
Ainsi, la fibromyalgie apparaît de plus en plus comme une maladie liée à un dysfonctionnement du système nerveux central, impliquant des interactions complexes entre neurones, cellules gliales et facteurs environnementaux.
Cette vision ne simplifie pas la maladie, mais elle la rend plus compréhensible. Elle permet surtout de reconnaître que la douleur ressentie est réelle, qu’elle repose sur des mécanismes biologiques identifiables, et qu’elle mérite une prise en charge adaptée, globale et individualisée.
Texte écrit à partir du webinaire du Pr Etienne Masquelier pour CBX Medical du 08.04.26
Le prochain webinaire du 12.05.26 abordera les moyens thérapeutiques.
Le Pr Etienne Masquelier sortira un livre prochainement...
