Les malades de longue durée
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Depuis plusieurs années, la Belgique réforme progressivement sa politique concernant les personnes en incapacité de travail de longue durée.
L’objectif annoncé par le gouvernement fédéral est de permettre aux personnes qui disposent encore d’une capacité de travail de reprendre une activité, éventuellement de manière progressive ou adaptée.
Depuis le 1er janvier 2026, plusieurs nouvelles mesures sont effectivement entrées en vigueur.
Pour les personnes vivant avec une maladie chronique comme la fibromyalgie, il est important de savoir précisément ce qui a changé… mais aussi ce qui n’a pas changé.
Qui appelle-t-on « malade de longue durée » ?
Dans le langage courant, on parle généralement de « malade de longue durée » lorsqu’une incapacité de travail se prolonge.
Dans l’assurance maladie-invalidité belge, il faut toutefois distinguer deux périodes.
Pendant la première année, on parle d’incapacité primaire.
À partir de la deuxième année, si les conditions restent remplies, la personne entre en invalidité.
Le passage en invalidité ne signifie pas que l’état est nécessairement définitif.
L’incapacité peut continuer à être réévaluée.
Plus de 500 000 personnes concernées
Dans son avis du 7 août 2026, l’Observatoire des maladies chroniques indique que plus de 537 000 travailleurs salariés et chômeurs sont en incapacité de travail de longue durée en Belgique.
Le nombre a doublé en une vingtaine d’années.
La réduction de l’incapacité de longue durée est donc devenue une priorité importante de la politique fédérale.
Mais l’Observatoire rappelle aussi que la situation ne peut pas être réduite à une opposition entre :
« remettre les gens au travail »
et
« protéger les personnes malades ».
Il considère que les deux objectifs doivent être conciliés avec le rétablissement, la sécurité d’existence et la réalité des maladies chroniques.
Ce qui a réellement changé depuis le 1er janvier 2026
Plusieurs mesures sont maintenant en vigueur.
Les certificats sont limités à trois mois pendant la première année
Depuis le 1er janvier 2026, un certificat d’incapacité de travail ne peut plus couvrir plus de trois mois à la fois pendant la première année d’incapacité.
Si l’incapacité se poursuit, le médecin peut évidemment la prolonger, mais un nouveau certificat doit alors être établi.
Le diagnostic ne doit donc pas être « redémontré » tous les trois mois : il s’agit d’une nouvelle évaluation de la capacité de travail.
Pour les personnes atteintes d’une maladie chronique stable ou durable, cette mesure entraîne néanmoins davantage de démarches administratives, ce que l’Observatoire des maladies chroniques a également souligné.
Après dix semaines : un questionnaire
Après environ dix semaines d’incapacité, la mutualité envoie un questionnaire.
Celui-ci doit être renvoyé complété dans les deux semaines.
Il sert au médecin-conseil ou à l’équipe multidisciplinaire à évaluer ce que la réglementation appelle le « potentiel de travail ».
Selon le résultat, une personne peut notamment être orientée vers un Coordinateur Retour Au Travail.
Avoir un « potentiel de travail » ne signifie pas nécessairement être capable de reprendre son ancien emploi, à temps plein et sans adaptation.
Il peut s’agir de capacités permettant éventuellement d’envisager :
un travail adapté ;
une reprise progressive ;
un autre poste ;
une formation ;
ou une réorientation.
Des contacts auxquels il faut répondre
Les personnes en incapacité ont certaines obligations administratives.
Lorsqu’une personne ne fournit pas les informations nécessaires, elle peut être invitée à un contact physique.
Une absence injustifiée entraîne d’abord un avertissement.
En cas de nouvelles absences injustifiées, l’INAMI prévoit actuellement une réduction de 2,5 % du montant journalier de l’indemnité pendant la période définie par la réglementation.
Il est donc important de ne jamais ignorer un courrier de la mutualité.
Si votre état de santé vous empêche de vous rendre à une convocation, contactez rapidement l’organisme concerné et expliquez la situation.
Chez l’employeur aussi, les règles ont changé
Depuis le 1er janvier 2026, la réglementation relative à la réintégration professionnelle a également été profondément modifiée.
On parle de Réintégration 3.0.
L’objectif est notamment d’intervenir plus tôt pendant l’incapacité et de rechercher plus rapidement les possibilités éventuelles de travail adapté.
Pour les personnes dont l’incapacité a débuté après le 1er janvier 2026, une estimation du potentiel de travail doit être demandée au service de prévention après au moins huit semaines d’incapacité.
Pour les employeurs occupant 20 travailleurs ou plus, lorsqu’un potentiel de travail est identifié, un trajet de réintégration doit, dans certaines situations, être lancé au plus tard dans les six mois suivant le début de l’incapacité.
Cela ne signifie pas que la personne doit reprendre son travail à cette échéance.
Il s’agit de l’ouverture d’un processus destiné à examiner ce qui est éventuellement possible.
Le salaire garanti en cas de rechute : huit semaines
Autre changement important depuis 2026.
Auparavant, lorsqu’un travailleur reprenait le travail puis rechutait, un nouveau droit au salaire garanti pouvait s’ouvrir après une période beaucoup plus courte.
Le délai de rechute est désormais passé de 14 jours à huit semaines.
Si une nouvelle incapacité survient dans les huit semaines suivant la précédente, l’employeur ne doit normalement pas recommencer une nouvelle période complète de salaire garanti.
Le travailleur conserve toutefois le solde éventuel de la période précédente.
Et si la nouvelle incapacité résulte d’une autre maladie ou d’un autre accident, un nouveau salaire garanti peut être dû sur présentation d’un certificat médical.
Et pendant une reprise progressive ?
Une autre modification concerne les personnes qui ont repris un travail adapté ou partiel avec l’autorisation de leur mutualité.
Depuis le 1er janvier 2026, si elles retombent en incapacité pendant cette période de reprise adaptée, l’employeur n’est plus tenu de payer un nouveau salaire garanti.
La mutualité intervient selon les règles de l’assurance maladie-invalidité.
Cette règle mérite d’être connue avant une reprise progressive afin d’éviter de découvrir ses conséquences financières au moment d’une rechute.
Et les reconnaissances « à vie » ?
Des réformes visant à limiter la durée de certaines décisions de reconnaissance et à renforcer les réévaluations ont été annoncées dans les différentes vagues de mesures gouvernementales.
Mais en 2026, toutes les réformes annoncées ne sont pas encore nécessairement applicables de la même manière.
L’Observatoire des maladies chroniques distingue d’ailleurs explicitement les mesures déjà entrées en vigueur en 2026 de celles qui sont encore en cours d’introduction.
Nous préférons donc ne pas présenter comme une règle générale déjà applicable ce qui dépend encore de dispositions précises ou de mesures à venir.
Une incapacité reconnue peut toujours être réévaluée
En revanche, un principe n’est pas nouveau :
une reconnaissance d’incapacité ou d’invalidité n’est pas nécessairement définitive.
Le médecin-conseil de la mutualité ou les instances compétentes peuvent réévaluer la capacité de travail.
L’INAMI le rappelle clairement : être reconnu en incapacité à un moment donné ne signifie pas automatiquement rester reconnu sans nouvelle évaluation.
Cela était déjà vrai avant les réformes de 2026.
Et la fibromyalgie ?
Aucune règle particulière ne prévoit qu’une personne atteinte de fibromyalgie doit automatiquement :
travailler ;
rester en incapacité ;
être reconnue invalide ;
ou reprendre progressivement.
L’évaluation doit porter sur la capacité réelle de la personne à travailler.
Or la fibromyalgie pose une difficulté particulière : ses conséquences peuvent être très variables.
Une personne peut parfois être capable d'effectuer une tâche pendant quelques heures tout en étant incapable de :
la répéter quotidiennement ;
respecter un rythme fixe ;
assurer des déplacements réguliers ;
maintenir une concentration prolongée ;
ou récupérer suffisamment pour recommencer le lendemain.
C’est pourquoi une évaluation pertinente ne devrait pas uniquement demander :
« Que pouvez-vous faire aujourd’hui ? »
mais aussi :
« Pouvez-vous le faire régulièrement et durablement ? »
Vouloir travailler et pouvoir travailler ne sont pas la même chose
Cette distinction ressort également des travaux de l’Observatoire des maladies chroniques.
Celui-ci cite une étude selon laquelle 65 % des personnes atteintes d’une maladie grave ou de longue durée souhaitent travailler.
Le problème ne peut donc pas être réduit à un manque de volonté.
Pour certaines personnes, reprendre une activité peut être réellement bénéfique.
Pour d’autres, cela ne sera possible qu’avec :
un temps partiel ;
des horaires adaptés ;
du télétravail ;
des pauses ;
un autre poste ;
une diminution des contraintes physiques ;
ou une réorientation.
Et certaines personnes ne disposent simplement pas, à un moment donné ou durablement, d’une capacité suffisante pour exercer une activité professionnelle.
Ce que dit l’Observatoire des maladies chroniques en 2026
Le 7 août 2026, l’Observatoire des maladies chroniques a publié un avis consacré précisément à l’incapacité de travail et au renforcement de la politique de retour au travail.
Il ne rejette pas le principe d’accompagner vers l’emploi les personnes qui disposent encore de capacités professionnelles.
Mais il attire l’attention sur plusieurs risques :
une place croissante accordée aux sanctions ;
une augmentation de la charge administrative ;
la complexité du système ;
la pression financière sur certaines personnes ;
le manque de prévention ;
et l’insuffisance d’un marché du travail réellement inclusif.
L’Observatoire demande notamment que l’accompagnement et le soutien précèdent les sanctions, que les procédures soient simplifiées et que les personnes en incapacité disposent d’une information claire sur leurs droits et leurs obligations.
Nous consacrons un article spécifique à cet avis : « Incapacité de travail ».
Le patient n’est pas le seul responsable du retour au travail
C’est aussi un point important du débat actuel.
Une reprise durable ne dépend pas uniquement des efforts de la personne malade.
Elle dépend également :
de la possibilité d’adapter le poste ;
de l’attitude de l’employeur ;
de l’accompagnement médical ;
de la coordination entre professionnels ;
des possibilités de formation ;
du marché de l’emploi ;
et de l’existence de fonctions compatibles avec les capacités de la personne.
L’Observatoire appelle donc à une responsabilisation équilibrée de tous les acteurs, et pas uniquement de la personne en incapacité.
La position de MY FIBRO
MY FIBRO soutient le principe d’un retour au travail lorsqu’il est possible, adapté et durable.
De nombreuses personnes atteintes de fibromyalgie souhaitent conserver leur emploi ou reprendre une activité.
Mais l’association demande que les politiques de retour au travail tiennent réellement compte :
du caractère fluctuant de la maladie ;
de la fatigabilité ;
des troubles cognitifs ;
du temps de récupération ;
des limitations fonctionnelles ;
et des contraintes du poste occupé.
MY FIBRO demande également que les personnes qui ne disposent pas d’une capacité de travail suffisante ne soient pas assimilées à des personnes refusant de travailler.
Notre enquête menée auprès de 287 personnes vivant avec la fibromyalgie montre d’ailleurs la grande diversité des situations professionnelles rencontrées.
Une obligation administrative n’est pas une obligation de guérir
Répondre à un questionnaire.
Se présenter à une convocation.
Participer à l’évaluation de ses capacités.
Examiner une possibilité d’adaptation.
Toutes ces démarches peuvent faire partie du système.
Mais elles ne signifient pas qu’une personne doit être médicalement capable de reprendre son travail simplement parce qu’une procédure a commencé.
La capacité de travail doit rester une question médicale et fonctionnelle, évaluée individuellement.
À retenir
Depuis le 1er janvier 2026, plusieurs règles concernant l’incapacité de travail ont changé en Belgique.
Parmi les principales :
les certificats sont limités à trois mois à la fois pendant la première année ;
un questionnaire est envoyé après environ dix semaines d’incapacité ;
certaines absences injustifiées aux contacts obligatoires peuvent entraîner une réduction temporaire des indemnités ;
la Réintégration 3.0 intervient plus précocement dans certaines situations ;
le délai de rechute pour un nouveau salaire garanti est passé de 14 jours à huit semaines ;
les règles concernant le salaire garanti pendant une reprise progressive ont également changé.
Mais aucune de ces mesures ne signifie que toute personne malade de longue durée doit être capable de retravailler.
L’enjeu reste de distinguer :
ce qui est administrativement demandé
de
ce qui est médicalement et humainement possible.
Sources
INAMI – incapacité de travail, reconnaissance, questionnaire après dix semaines, obligations et Trajets Retour Au Travail.
SPF Emploi, Travail et Concertation sociale – Réintégration 3.0 et nouvelles règles applicables depuis le 1er janvier 2026.
Observatoire des maladies chroniques – avis du 7 août 2026 sur l’incapacité de travail et le renforcement de la politique de retour au travail.
MY FIBRO – enquête “Travailler avec la fibromyalgie”, 287 répondants.
