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MALAISE POST-EFFORT

12 sept. 2025
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août


Après une activité physique, intellectuelle ou parfois émotionnelle, certaines personnes décrivent une aggravation importante de leurs symptômes qui dépasse largement la fatigue habituelle attendue après un effort.


Douleur, épuisement, brouillard cérébral, troubles du sommeil ou sensation de malaise peuvent augmenter et la récupération peut être particulièrement longue.


On parle alors parfois de malaise post-effort (MPE).

Mais ce terme doit être utilisé avec précision.


Le malaise post-effort est surtout caractéristique de l’EM/SFC


Le malaise post-effort constitue aujourd’hui l’une des caractéristiques centrales de l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC).


Le Conseil Supérieur de la Santé belge le décrit comme une aggravation des symptômes après un effort et considère qu’il occupe une place centrale dans le tableau clinique de l’EM/SFC.


Le KCE le rappelle également dans ses travaux récents consacrés à cette maladie.

(Conseil Supérieur de la Santé, Belgique, avis n°9508 ; KCE, 2026)


Le MPE peut apparaître après :

  • une activité physique ;

  • une activité intellectuelle importante ;

  • parfois une sollicitation émotionnelle ou sociale.


L’aggravation peut être retardée et ne pas apparaître immédiatement après l’effort.


Et dans la fibromyalgie ?


La situation est plus nuancée.

Le malaise post-effort ne fait pas partie des critères diagnostiques de la fibromyalgie.


Le Dr Étienne Masquelier, du CHU UCL Namur et de l’UCLouvain, rappelle d’ailleurs dans un avis du Conseil Supérieur de la Santé que la fibromyalgie et l’EM/SFC sont deux entités cliniques distinctes, même si elles peuvent se chevaucher.


Dans la fibromyalgie, la douleur chronique diffuse constitue le symptôme central.

Dans l’EM/SFC, l’intolérance à l’effort et le malaise post-effort occupent une place beaucoup plus caractéristique.


Cela n’empêche cependant pas certaines personnes atteintes de fibromyalgie de présenter une aggravation importante de leurs symptômes après une activité.


Que montre la recherche ?


Une revue systématique et méta-analyse publiée dans Pain Medicine a analysé 15 études comprenant plus de 300 patients atteints de fibromyalgie ou d’EM/SFC.

Les chercheurs ont observé une augmentation plus importante de la douleur après un exercice chez les patients que chez les personnes témoins.

Un élément particulièrement intéressant est que l’augmentation de la douleur était plus marquée lorsqu’elle était évaluée 8 à 72 heures après l’effort que dans les deux premières heures.

Cela confirme qu’une aggravation retardée après l’exercice peut être observée dans ces populations.

(Barhorst et al., Pain Medicine, 2022)


Mais ces résultats ne signifient pas que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie présentent un MPE comparable à celui de l’EM/SFC.


Une recherche belge s’est également intéressée à la question


À l’UCLouvain, un mémoire de médecine réalisé sous la direction du Pr Étienne Masquelier s’est spécifiquement intéressé à la perception du malaise post-effort chez des personnes atteintes de fibromyalgie.


Ce travail qualitatif montre que certains patients décrivent effectivement :

  • une aggravation de la douleur ;

  • une fatigue importante ;

  • un besoin prolongé de récupération ;

  • ainsi que des difficultés à prévoir les conséquences d’une activité.


Il s’agit d’un travail exploratoire et non d’une étude permettant de déterminer la fréquence du phénomène.

Il montre cependant que la question mérite d’être étudiée davantage chez les personnes atteintes de fibromyalgie.


L’Italie s’intéresse également à ce chevauchement


En 2025, des rhumatologues de l’Université et de l’Hôpital de Padoue, en Italie, ont publié une communication scientifique attirant précisément l’attention sur la place possible de la fibromyalgie dans les recherches sur le malaise post-effort.


Cette publication témoigne d’un intérêt croissant pour les zones de chevauchement entre :

  • fibromyalgie ;

  • EM/SFC ;

  • COVID long ;

  • et autres maladies accompagnées d’intolérance à l’effort.

Mais là encore, la recherche est encore en évolution.


Aggravation après l’effort et MPE ne sont pas toujours synonymes


C’est une distinction importante.


Une personne atteinte de fibromyalgie peut avoir davantage mal ou être plus fatiguée après une activité inhabituelle ou trop intense.

Cela ne correspond pas forcément à un véritable MPE.


Le malaise post-effort décrit dans l’EM/SFC se caractérise plutôt par une aggravation disproportionnée et globale de plusieurs symptômes, pouvant être retardée et nécessiter une récupération prolongée.


Par exemple, une personne peut présenter après l’effort :

  • une augmentation majeure de la fatigue ;

  • davantage de douleurs ;

  • un brouillard cérébral accentué ;

  • des troubles du sommeil ;

  • une sensation générale de maladie ;

  • ou une aggravation de plusieurs symptômes simultanément.


Il existe donc probablement un continuum de réactions à l’effort, et il reste encore difficile de tracer une frontière nette entre fatigabilité liée à la fibromyalgie, aggravation des symptômes après exercice et véritable MPE.


Fibromyalgie et EM/SFC peuvent coexister


C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles cette distinction est si importante.


Le Conseil Supérieur de la Santé belge souligne que fibromyalgie et EM/SFC sont deux affections distinctes pouvant néanmoins se chevaucher.

Une personne peut donc répondre aux critères de fibromyalgie et présenter également une EM/SFC.


Dans ce cas, le MPE peut devenir une manifestation particulièrement importante.

Lorsqu’une personne atteinte de fibromyalgie observe régulièrement une aggravation globale, retardée et prolongée de ses symptômes après des efforts relativement modestes, il peut être utile d’en parler avec le médecin.


Pourquoi cette distinction compte-t-elle pour l’activité physique ?


Parce que les recommandations concernant l’activité physique ne sont pas exactement les mêmes selon la situation.


Dans la fibromyalgie, l’activité physique adaptée fait partie des interventions disposant du meilleur niveau de preuve.


Le Dr Étienne Masquelier et Jacques D’Haeyere rappellent que les programmes adaptés d’exercices aérobies ou de renforcement peuvent :

  • diminuer la douleur ;

  • améliorer la qualité de vie ;

  • améliorer les capacités physiques ;

  • et contribuer à une meilleure participation aux activités quotidiennes.

(Masquelier & D’Haeyere, 2021)


Mais « activité physique recommandée » ne signifie pas forcer jusqu’à l’épuisement.

La progression doit rester individualisée et tenir compte de la tolérance réelle de la personne.


Et si un véritable MPE est présent ?


Lorsque chaque augmentation d’activité provoque de manière répétée une aggravation importante, globale et prolongée des symptômes, appliquer mécaniquement un programme d’exercice avec augmentation systématique de l’intensité peut devenir problématique.


Dans ce contexte, il faut d’abord essayer de comprendre :

  • s’agit-il d’une aggravation habituelle de la fibromyalgie après un effort trop important ?

  • existe-t-il une intolérance à l’effort plus marquée ?

  • existe-t-il une EM/SFC associée ?

  • d’autres problèmes contribuent-ils à cette mauvaise récupération ?

Une évaluation médicale peut être utile avant de chercher simplement à « pousser davantage ».


Le pacing peut-il aider ?


Le pacing consiste à adapter les activités aux ressources disponibles afin d’éviter autant que possible les alternances entre :

suractivité → aggravation majeure → récupération forcée.


Cela peut impliquer :

  • fractionner les activités ;

  • alterner tâches exigeantes et récupération ;

  • éviter d’accumuler plusieurs grosses activités le même jour ;

  • observer ce qui provoque régulièrement une aggravation ;

  • ajuster temporairement son programme lorsque les symptômes augmentent.

Le pacing est particulièrement utilisé dans l’EM/SFC.


Chez une personne atteinte de fibromyalgie, certaines de ces stratégies peuvent également être utiles pour mieux gérer les fluctuations et éviter des excès d’activité.

Mais elles ne doivent pas conduire à supprimer systématiquement toute activité physique.


Ce que nous ne savons pas encore


Les chercheurs étudient différents mécanismes pouvant contribuer à l’intolérance à l’effort :

  • métabolisme énergétique ;

  • système nerveux autonome ;

  • système immunitaire ;

  • régulation de la douleur ;

  • récupération musculaire.

Mais les connaissances actuelles ne permettent pas d’affirmer que le MPE de la fibromyalgie est causé par un dysfonctionnement mitochondrial précis, une surproduction de cytokines ou une inflammation particulière.


Une petite étude expérimentale a par exemple observé une réponse anti-inflammatoire différente après un exercice intense chez des femmes atteintes de fibromyalgie, mais les modifications des cytokines n’expliquaient pas directement l’aggravation des symptômes.

Ces résultats sont donc des pistes de recherche, pas des mécanismes diagnostiques établis.


À retenir


Le malaise post-effort est avant tout un symptôme caractéristique de l’EM/SFC. Il ne fait pas partie des critères diagnostiques de la fibromyalgie.


Cependant, certaines personnes atteintes de fibromyalgie présentent une aggravation importante et parfois retardée de leurs symptômes après l’effort.

La recherche montre notamment que la douleur peut augmenter davantage plusieurs heures après un exercice chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie.


Fibromyalgie et EM/SFC peuvent aussi coexister.


Il est donc particulièrement utile de reconnaître un schéma répétitif dans lequel une activité physique ou cognitive relativement modeste entraîne une aggravation globale, retardée et prolongée des symptômes.


Dans la fibromyalgie, l’activité physique adaptée reste une composante importante de la prise en charge.


Mais elle doit être individualisée et ne jamais se résumer à forcer une personne au-delà de ce qu’elle peut réellement tolérer.


Sources


  • Conseil Supérieur de la Santé, Belgique – Avis n°9508, Encéphalomyélite myalgique / Syndrome de fatigue chronique, 2020. Annexe du Dr Étienne Masquelier : « Syndrome de fatigue chronique et fibromyalgie : deux entités cliniques différenciées mais qui peuvent se chevaucher ».

  • KCE – Centre fédéral d’expertise des soins de santé, Belgique – travaux 2026 sur l’organisation des soins pour l’EM/SFC.

  • Masquelier E., D’Haeyere J. – Activité physique dans la prise en charge de la fibromyalgie, Revue du Rhumatisme Monographies, 2021. CHU UCL Namur / UCLouvain, Belgique.

  • Barhorst E.E. et al. – Pain-Related Post-Exertional Malaise in Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome and Fibromyalgia: A Systematic Review and Three-Level Meta-Analysis, Pain Medicine, 2022.

  • Giollo A., Salvato M. – Recognizing the role of fibromyalgia in post-exertional malaise, Trends in Endocrinology & Metabolism, 2025. Université et Hôpital de Padoue, Italie.

  • Alji O. – Le Post-Exertional Malaise dans la Fibromyalgie : un signe clinique important ?, mémoire de médecine, UCLouvain, sous la direction du Pr Étienne Masquelier.


 
 
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