top of page

MEDECINE FONCTIONNELLE

11 juin 2024
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 sept.


Quand on vit avec une fibromyalgie, il est fréquent d’avoir l’impression que chaque symptôme est regardé séparément.

La douleur d’un côté.

Le sommeil ailleurs.

Les troubles digestifs chez un autre spécialiste.

La fatigue encore ailleurs.


La médecine fonctionnelle attire justement parce qu’elle propose de regarder la personne dans son ensemble et de rechercher les facteurs susceptibles d’entretenir ses difficultés : alimentation, sommeil, digestion, activité physique, stress, carences, environnement, fonctionnement métabolique…


Cette vision globale peut être particulièrement séduisante dans une maladie aussi complexe que la fibromyalgie.

Et plusieurs questions qu’elle soulève intéressent aujourd’hui réellement la recherche.


Chercher ce qui peut être amélioré


L’un des intérêts de cette approche est de ne pas s’arrêter nécessairement au diagnostic.


Une personne peut être atteinte de fibromyalgie et, en même temps, présenter :

  • une véritable carence ;

  • un trouble du sommeil ;

  • une maladie thyroïdienne ;

  • un syndrome de l’intestin irritable ;

  • des habitudes alimentaires qui lui conviennent mal ;

  • une sédentarité importante ;

  • ou d’autres problèmes de santé susceptibles d’aggraver son état général.

Les rechercher et les traiter lorsqu’ils existent est évidemment pertinent.


Cette attention globale ne devrait d’ailleurs pas appartenir exclusivement à la médecine fonctionnelle. En Belgique, le médecin généraliste a précisément pour mission de garder une vue d’ensemble sur l’état de santé de son patient et de coordonner ses soins.


Mais dans la réalité, le temps disponible et l’organisation très spécialisée des soins peuvent parfois laisser aux patients le sentiment que personne ne rassemble toutes les pièces du puzzle.

C’est aussi ce qui explique l’intérêt pour des approches qui prennent davantage de temps pour explorer l’ensemble.


Le microbiote : une vraie piste de recherche


Le microbiote intestinal occupe aujourd’hui une place importante dans les recherches sur la fibromyalgie.


Des études ont observé des différences dans la composition du microbiote intestinal de certaines personnes atteintes de fibromyalgie. Des travaux récents explorent également les liens possibles entre microbiote, métabolites, perméabilité intestinale, système immunitaire et axe intestin-cerveau.

C’est donc loin d’être une idée fantaisiste.


Mais la recherche n’a pas encore établi qu’un type précis de « dysbiose » serait à l’origine de la fibromyalgie, ni qu’un test commercial du microbiote permettrait aujourd’hui de choisir un traitement personnalisé efficace.


Les interventions visant le microbiote — probiotiques, prébiotiques ou autres stratégies — restent elles aussi encore à étudier plus solidement dans la fibromyalgie.


Nous sommes donc devant une piste sérieuse et passionnante, mais encore en construction.


Et les mitochondries ?


Autre sujet souvent abordé en médecine fonctionnelle : les mitochondries, ces structures cellulaires qui participent à la production d’énergie.


Elles sont effectivement étudiées dans la fibromyalgie.

Des travaux récents décrivent des anomalies possibles du métabolisme énergétique, du stress oxydatif et du fonctionnement mitochondrial chez certains patients.

Là encore, la recherche est intéressante.


Mais elle n’a pas encore débouché sur un bilan mitochondrial de routine permettant de déterminer chez chaque patient quels compléments ou traitements corrigeraient précisément son problème.


Il faut donc laisser à ces recherches leur place réelle : elles peuvent nous aider à mieux comprendre la maladie, sans avoir encore fourni toutes les solutions pratiques que certains discours commerciaux leur attribuent déjà.


Là où il faut rester plus prudent


Toutes les notions regroupées sous l’étiquette « médecine fonctionnelle » n’ont pas le même niveau de crédibilité.


La « fatigue surrénalienne », par exemple, est souvent présentée comme la conséquence d’un stress chronique qui finirait par épuiser les glandes surrénales.

Cette entité n’est pas reconnue par les sociétés scientifiques d’endocrinologie et une revue systématique n’a pas trouvé de preuves permettant d’en confirmer l’existence comme maladie distincte.


Cela ne signifie évidemment pas que la fatigue ressentie par la personne n’existe pas.

Cela signifie que l’explication proposée n’est pas démontrée.


L’insuffisance surrénalienne, en revanche, est une véritable maladie endocrinienne qui répond à des critères diagnostiques précis.

Même prudence avec certaines notions de « thyroïde sub-optimale » lorsque les évaluations médicales reconnues sont normales : avant d’envisager des traitements hormonaux, il faut pouvoir s’appuyer sur un diagnostic établi.


Alimentation : individualiser sans tout interdire


L’alimentation est un autre domaine très présent en médecine fonctionnelle.

Et il est logique de s’y intéresser.


Une alimentation équilibrée, adaptée aux goûts, aux éventuels troubles digestifs et aux autres problèmes de santé fait partie d’une prise en charge globale.

Chez une personne qui souffre réellement de maladie cœliaque, d’intolérance au lactose ou d’une autre pathologie digestive, une adaptation ciblée peut évidemment être très utile.


En revanche, les recommandations actuelles ne montrent pas de bénéfice spécifique à imposer systématiquement aux personnes atteintes de fibromyalgie des régimes sans gluten, sans lactose ou une série de compléments en l’absence de trouble diagnostiqué ou de carence documentée.


L’enjeu n’est donc pas d’opposer alimentation conventionnelle et alimentation fonctionnelle.

Il est plutôt d’éviter qu’une recherche légitime de mieux-être se transforme en une succession d’interdictions, de culpabilité alimentaire ou de dépenses importantes sans bénéfice clair.


Une approche personnalisée, oui… mais réellement personnalisée


Le mot « personnalisé » est très attractif.

Mais personnaliser ne devrait pas signifier multiplier automatiquement les analyses, les panels biologiques ou les compléments.


Cela peut aussi vouloir dire :

observer ce qui aggrave réellement les symptômes ;

corriger une carence confirmée ;

adapter progressivement son alimentation ;

travailler le sommeil ;

prendre en compte les troubles digestifs ;

chercher une activité physique mieux tolérée ;

et revoir régulièrement ce qui apporte réellement quelque chose.


C’est d’ailleurs assez proche de la définition belge de l’Evidence-Based Practice : associer les meilleures données scientifiques disponibles, l’expérience clinique du professionnel et les valeurs et préférences du patient.

Autrement dit, une médecine fondée sur les preuves n’a pas vocation à traiter tout le monde exactement de la même manière.


Et en Belgique ?


La médecine fonctionnelle n’est pas, en Belgique, l’une des spécialités médicales officiellement reconnues. Le SPF Santé publique reconnaît actuellement 59 titres professionnels particuliers ou spécialités pour les médecins, et cette appellation n’en fait pas partie.


Cela ne signifie pas qu’un médecin qui s’intéresse à la médecine fonctionnelle ne soit pas compétent.


Il faut simplement distinguer son titre médical reconnu de la formation complémentaire ou de l’orientation qu’il choisit ensuite de développer.

Cette nuance est utile, surtout lorsque des consultations très spécialisées ou des bilans coûteux sont proposés.


Ce que cette approche nous rappelle surtout


Peut-être que l’un des apports les plus intéressants de la médecine fonctionnelle est de rappeler quelque chose de finalement assez simple :

un patient n’est pas une collection de symptômes indépendants.


L’alimentation influence le sommeil.

Le sommeil influence la douleur.

La douleur influence l’activité.

L’activité influence le fonctionnement général.

Les troubles digestifs, les autres maladies, l’environnement et le vécu quotidien peuvent eux aussi intervenir.


La médecine moderne reconnaît de plus en plus cette complexité.

La fibromyalgie elle-même fait aujourd’hui l’objet de recherches sur le microbiote, le métabolisme, les mitochondries, le système immunitaire, le système nerveux autonome et bien d’autres mécanismes.

La prudence devient nécessaire lorsque des hypothèses de recherche encore ouvertes sont transformées trop rapidement en diagnostics certains et traitements coûteux.


À retenir


La médecine fonctionnelle peut répondre à un besoin réel : être écouté plus longuement, chercher des problèmes associés et considérer la personne dans sa globalité.


Plusieurs domaines qu’elle explore — microbiote, métabolisme, alimentation ou fonctionnement mitochondrial — font effectivement l’objet de recherches sérieuses dans la fibromyalgie.

Mais toutes les hypothèses proposées sous cette appellation n’ont pas le même niveau de preuve.


Garder ce regard global tout en conservant un esprit critique permet probablement de profiter du meilleur des deux mondes : chercher davantage, sans être obligé de croire que chaque déséquilibre supposé est déjà une explication démontrée.


Sources


  • INAMI – Belgique. Information EBM et EBP. La pratique fondée sur les preuves associe données scientifiques, expertise clinique et préférences du patient.

  • SPF Santé publique – Belgique. Médecin spécialiste. Informations sur les titres professionnels particuliers et spécialités médicales reconnus en Belgique.

  • Shtrozberg S. et al. (2025). Is the gut microbiome of importance in fibromyalgia? A critical review of emerging evidence. Clinical and Experimental Rheumatology, 43(6), 990–998.

  • Fibromyalgia: one year in review 2025. Synthèse des recherches récentes portant notamment sur microbiote, métabolisme et fonctionnement mitochondrial.

  • Haute Autorité de Santé (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique.

 
 
bottom of page