MEDICAMENTS
- 4 mai 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Existe-t-il un médicament contre la fibromyalgie ?
Pas vraiment.
Il n’existe actuellement aucun médicament capable de guérir la fibromyalgie ou d’agir sur l’ensemble de ses manifestations.
Certains médicaments peuvent cependant être proposés pour tenter de diminuer certains symptômes, notamment la douleur ou les troubles du sommeil.
Et parfois, ils aident réellement.
Mais pas chez tout le monde.
En Belgique : pas de « médicament de la fibromyalgie »
C’est un point important.
En Belgique, les médicaments les plus souvent envisagés dans la fibromyalgie — notamment amitriptyline, duloxétine et prégabaline — n’ont pas la fibromyalgie comme indication officielle dans leur Résumé des Caractéristiques du Produit.
Ils peuvent néanmoins être prescrits hors indication officielle, ce que l’on appelle une prescription « off-label », lorsqu’un médecin estime que cela peut être utile pour son patient.
Une prescription off-label n’est pas une prescription illégale.
Elle signifie simplement que le médicament a été autorisé pour d’autres indications, mais que des données scientifiques ou l’expérience clinique peuvent justifier son utilisation dans une autre situation.
Le CBIP rappelle cependant que les bénéfices des médicaments dans la fibromyalgie restent globalement modestes et concernent seulement une partie des patients.
Un médicament qui aide beaucoup une personne peut ne rien apporter à une autre.
Pourquoi des antidépresseurs ?
Voir apparaître un antidépresseur sur une ordonnance peut parfois être mal vécu :
« On pense donc encore que ma douleur est dans ma tête ? »
Non.
Certains antidépresseurs agissent également sur des systèmes impliqués dans la modulation de la douleur.
Ils peuvent donc être prescrits pour leur effet potentiel sur la douleur ou le sommeil, même chez une personne qui n’est pas dépressive.
L’amitriptyline
L’amitriptyline est un antidépresseur ancien, souvent utilisé à des doses plus faibles dans la douleur chronique que dans le traitement de la dépression.
Dans la fibromyalgie, elle peut être envisagée notamment lorsque les troubles du sommeil sont importants.
Elle peut cependant provoquer somnolence, sécheresse de la bouche, constipation, prise de poids, hypotension ou autres effets indésirables.
La duloxétine
La duloxétine agit sur la sérotonine et la noradrénaline.
Elle peut apporter un oulagement de la douleur schez certaines personnes et peut être particulièrement intéressante lorsqu’un trouble dépressif est également présent.
Mais, là encore, la majorité des patients n’obtient pas une disparition importante de la douleur et des effets indésirables sont possibles : nausées, troubles digestifs, somnolence ou insomnie, par exemple.
Le CBIP rappelle également que les données concernant son efficacité à long terme dans la douleur chronique restent limitées.
Pourquoi un antiépileptique ?
Même principe.
La prescription d’un médicament classé parmi les antiépileptiques ne signifie évidemment pas que la personne atteinte de fibromyalgie souffre d’épilepsie.
La prégabaline agit sur la transmission de certains signaux nerveux et est parfois utilisée off-label dans la fibromyalgie.
Elle peut diminuer la douleur chez une minorité de patients et parfois améliorer le sommeil.
Ses effets indésirables peuvent notamment comprendre :
vertiges ;
somnolence ;
fatigue ;
œdèmes ;
prise de poids.
Le CBIP attire aussi l’attention sur un risque de mésusage et de dépendance avec la prégabaline, ainsi que sur une augmentation de la sédation et du risque de dépression respiratoire lorsqu’elle est associée à des opioïdes.
Elle mérite donc, elle aussi, une prescription et un suivi adaptés.
Et le paracétamol ou les anti-inflammatoires ?
La douleur de la fibromyalgie n’est pas principalement une douleur provoquée par une inflammation des muscles ou des articulations
.
C’est pourquoi les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) n’ont pas démontré d’efficacité particulière sur la fibromyalgie elle-même.
Le paracétamol n’a pas non plus de preuve solide d’efficacité spécifique dans cette maladie.
Cela ne signifie pas qu’ils ne puissent jamais être utiles.
Une personne atteinte de fibromyalgie peut aussi avoir :
une arthrose ;
une tendinite ;
une migraine ;
une douleur dentaire ;
une blessure ;
ou une autre affection douloureuse.
Toutes les douleurs d’une personne atteinte de fibromyalgie ne sont pas nécessairement dues à sa fibromyalgie.
Un médicament peut donc être pertinent pour une autre cause de douleur, même s’il agit peu sur la douleur fibromyalgique elle-même.
Et les opioïdes ?
La prudence est beaucoup plus importante.
Le CBIP ne propose pas les opioïdes dans le traitement des douleurs nociplastiques, auxquelles appartient la fibromyalgie.
Leur efficacité à long terme dans cette maladie n’est pas suffisamment démontrée, tandis que leurs risques sont bien connus :
constipation ;
somnolence et diminution de la vigilance ;
tolérance ;
dépendance ;
risque de surdosage ;
et, chez certaines personnes, augmentation paradoxale de la sensibilité à la douleur.
👉 Nous expliquons ce dernier phénomène dans notre article consacré à l’hyperalgésie médicamenteuse.
Les opioïdes forts ne constituent donc pas un traitement de référence de la fibromyalgie.
Le tramadol peut parfois être utilisé dans certaines situations particulières, mais son utilisation prolongée doit rester prudente et régulièrement réévaluée.
Un traitement doit apporter quelque chose
Lorsqu’un médicament est essayé, la question ne devrait pas seulement être :
« Est-ce que je le supporte ? »
mais aussi :
« Est-ce qu’il m’aide suffisamment pour justifier de continuer à le prendre ? »
Le bénéfice peut concerner la douleur, mais aussi le sommeil ou le fonctionnement quotidien.
À l’inverse, si les effets indésirables deviennent plus gênants que le bénéfice obtenu, il est légitime d’en reparler avec le médecin.
La stratégie médicamenteuse peut nécessiter plusieurs essais avant de trouver quelque chose d’utile.
Et parfois, aucun médicament n’apporte un bénéfice suffisant.
Ce n’est ni un échec du patient ni la preuve que sa douleur n’est pas réelle.
Ne pas arrêter brutalement
Certains médicaments utilisés dans la fibromyalgie ne doivent pas être arrêtés soudainement après une utilisation régulière.
C’est notamment le cas de plusieurs antidépresseurs, de la prégabaline et des opioïdes.
Un arrêt brutal peut entraîner des symptômes de sevrage ou une aggravation transitoire des symptômes.
Toute diminution importante ou tout arrêt devrait donc être discuté avec le médecin ou le pharmacien et, lorsque nécessaire, réalisé progressivement.
Le médicament : un outil parmi d’autres
En Belgique, comme dans les recommandations internationales récentes, la prise en charge de la douleur chronique ne repose plus sur l’idée de trouver la bonne pilule qui fera disparaître le problème.
Le KCE insiste en 2026 sur une prise en charge multimodale, associant selon les besoins différentes interventions.
Dans la fibromyalgie, les médicaments peuvent donc avoir une place.
Mais ils s’intègrent généralement à une prise en charge plus large comprenant notamment activité physique adaptée, revalidation, information, gestion des activités et autres approches individualisées.
Un médicament peut aider à ouvrir une porte. Il ne doit pas forcément porter toute la maison.
À retenir
Il n’existe actuellement pas de médicament capable de guérir la fibromyalgie.
En Belgique, certains médicaments sont utilisés off-label, principalement :
l’amitriptyline ;
la duloxétine ;
la prégabaline.
Ils peuvent apporter un bénéfice à certaines personnes, mais leur effet moyen reste modeste et leurs effets indésirables doivent être pris en compte.
Le paracétamol et les anti-inflammatoires n’ont pas démontré une efficacité particulière sur la douleur fibromyalgique elle-même.
Les opioïdes, en particulier au long cours, ne constituent pas une réponse adaptée à la douleur nociplastique et demandent une grande prudence.
Finalement, le bon traitement médicamenteux n’est pas celui qui figure sur une liste.
C’est celui qui apporte à une personne donnée un bénéfice réel, suffisant et régulièrement réévalué.
Sources
CBIP – Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique. Approche médicamenteuse de la douleur nociplastique et Répertoire Commenté des Médicaments. Le CBIP cite l’amitriptyline, la duloxétine et la prégabaline parmi les traitements pouvant être envisagés dans la fibromyalgie et ne propose pas les opioïdes pour les douleurs nociplastiques.
CBIP – Belgique (2024). Antidépresseurs dans la douleur chronique : une nouvelle revue Cochrane. Analyse des bénéfices et limites des antidépresseurs dans la douleur chronique et rappel de la nécessité d’une approche individualisée.
KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé, Belgique (2026). Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique. KCE Reports 414B.
Haute Autorité de Santé – France (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. Évaluation de la place de l’amitriptyline, de la duloxétine, de la prégabaline et des antalgiques dans la fibromyalgie.
