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MEMOIRE DE TRAVAIL

20 juin 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août


Retenir un numéro le temps de le composer, garder en tête plusieurs consignes, suivre le fil d’une conversation, calculer mentalement, reprendre une tâche après avoir été interrompu…


Toutes ces activités sollicitent notre mémoire de travail.


Chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie, cette fonction peut être perturbée. Elle participe à ce que l’on appelle couramment le « brouillard cérébral » ou fibro-fog.


Ces difficultés ne sont pas seulement rapportées par les patients : elles ont également été mises en évidence dans des études utilisant des tests neuropsychologiques et, plus récemment, dans une méta-analyse consacrée spécifiquement à la mémoire de travail.


Qu’est-ce que la mémoire de travail ?


La mémoire de travail est la capacité à maintenir temporairement une information en tête tout en l’utilisant.


Elle intervient par exemple lorsqu’il faut :

  • retenir quelques informations le temps de les noter ;

  • suivre plusieurs étapes d’une tâche ;

  • comprendre une phrase longue ;

  • effectuer un calcul mental ;

  • comparer plusieurs informations ;

  • suivre une conversation ;

  • organiser mentalement ce que l’on doit faire ;

  • reprendre une activité après avoir été interrompu.


Elle est étroitement liée à l’attention et aux fonctions exécutives, c’est-à-dire aux capacités qui nous permettent notamment d’organiser une tâche, de résister aux distractions et de passer d’une information à une autre.


La mémoire de travail est-elle réellement perturbée dans la fibromyalgie ?


Les recherches montrent que cela peut être le cas.


Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025, réunissant 29 études de qualité jugée bonne à forte, s’est intéressée spécifiquement à la mémoire de travail chez les personnes atteintes de fibromyalgie.


Elle met en évidence une diminution significative des performances de mémoire de travail verbale, d’ampleur modérée par rapport aux personnes ne souffrant pas de fibromyalgie.


Les résultats sont en revanche moins nets pour la mémoire de travail visuelle.


Cela montre une réalité importante : toutes les fonctions cognitives ne sont pas nécessairement perturbées de la même manière ni avec la même intensité.

(Nicholls & Kelly, 2025)


Ce qu’ont montré les chercheurs espagnols


Une équipe de l’Université Rey Juan Carlos de Madrid a étudié plus précisément le fonctionnement de la mémoire de travail chez des femmes atteintes de fibromyalgie.


Les participantes devaient effectuer une tâche demandant de mémoriser continuellement des informations et de les comparer avec celles présentées quelques instants auparavant.


Les chercheurs ont enregistré à la fois leurs réponses et l’activité électrique cérébrale.


Les résultats suggèrent que certains processus nécessaires à la mémoire de travail fonctionnent différemment dans la fibromyalgie, notamment lorsque la tâche demande de maintenir et de mettre à jour continuellement les informations.

(Mercado et al., Pain Medicine, 2022 – Universidad Rey Juan Carlos, Madrid)


Cette étude est de petite taille et ne doit donc pas être interprétée seule, mais elle apporte des éléments intéressants sur les mécanismes pouvant contribuer au fibro-fog.


Des résultats similaires en Italie


Des chercheurs de l’Université de Turin et de la Città della Salute e della Scienza ont également réalisé une évaluation neuropsychologique détaillée de personnes atteintes de fibromyalgie.


Ils ont étudié :

  • l’attention ;

  • la mémoire à court terme ;

  • la mémoire à long terme ;

  • la mémoire de travail ;

  • la flexibilité mentale ;

  • la capacité à inhiber les informations inutiles ;

  • et la capacité à mettre à jour les informations en mémoire.


Ils ont objectivé des difficultés notamment au niveau de l’attention, de la mémoire de travail et de certaines fonctions exécutives.


Un résultat particulièrement intéressant est que ces différences ne s’expliquaient pas simplement par la présence de symptômes dépressifs.

(Tesio et al., Université de Turin, 2015)


Le fibro-fog ne peut donc pas être réduit à un manque de motivation, à de la distraction ou à une dépression.


Pourquoi est-il parfois si difficile de reprendre une tâche après une interruption ?

La mémoire de travail dispose d’une capacité limitée.


Lorsqu’une personne est en train de suivre plusieurs informations et qu’une nouvelle stimulation intervient — quelqu’un qui parle, une notification, du bruit, une douleur qui s’intensifie — elle doit à la fois conserver l’information précédente et traiter la nouvelle.


Chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie, cette capacité à maintenir et mettre à jour les informations tout en résistant aux interférences semble particulièrement fragile.


Cela peut donner cette expérience très familière :

« Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? »


Les environnements riches en stimulations peuvent alors devenir particulièrement fatigants :

  • conversations à plusieurs ;

  • bureaux bruyants ;

  • réunions longues ;

  • téléphone qui sonne pendant une tâche ;

  • succession rapide de demandes ;

  • travail nécessitant de passer constamment d’une activité à une autre.


Quel rôle joue la douleur ?


La douleur elle-même mobilise de l’attention.


Lorsqu’elle est persistante, le cerveau doit continuellement traiter des informations liées au corps et à la douleur.


Une partie des ressources attentionnelles disponibles peut donc être occupée par ces signaux, ce qui peut rendre une tâche cognitive plus coûteuse.


La douleur n’est probablement pas la seule explication.


La fatigue, le sommeil non réparateur, la charge mentale, certains médicaments ainsi que d’autres facteurs peuvent également influencer les performances cognitives.


C’est probablement leur interaction qui explique en partie pourquoi les capacités peuvent


Ce n’est pas une perte générale de la mémoire


Une personne peut parfaitement savoir quelque chose mais avoir momentanément du mal à retrouver ou maintenir l’information au moment où elle en a besoin.


Par exemple :

  • oublier momentanément ce que l’on voulait dire ;

  • perdre le fil d’une phrase ;

  • ne plus savoir quelle étape d’une tâche on venait d’effectuer ;

  • devoir relire plusieurs fois une consigne ;

  • ne plus retenir une série d’informations données oralement.


Cela ne signifie pas que les connaissances ont disparu.


Les recherches actuelles parlent de difficultés cognitives spécifiques, et non d’une amnésie générale.


Des conséquences importantes dans la vie quotidienne et professionnelle


La mémoire de travail intervient dans énormément d’activités.


Une difficulté dans ce domaine peut donc compliquer :

  • la lecture d’un texte complexe ;

  • la rédaction ou la correction d’un document ;

  • une réunion ;

  • une conversation longue ;

  • les démarches administratives ;

  • l’apprentissage de nouvelles informations ;

  • l’utilisation simultanée de plusieurs outils ;

  • la gestion de plusieurs demandes ;

  • ou un travail nécessitant beaucoup de concentration.


Une personne peut ainsi conserver ses compétences et son expérience tout en ayant besoin de davantage de temps et d’énergie pour accomplir certaines tâches.


C’est un aspect important à comprendre lorsqu’on évoque le maintien ou le retour au travail des personnes atteintes de fibromyalgie.


Quelques stratégies pour soulager la mémoire de travail


On ne peut pas toujours empêcher le fibro-fog, mais on peut parfois diminuer la charge imposée à la mémoire de travail.


Quelques stratégies peuvent aider :

  • noter immédiatement les informations importantes ;

  • utiliser un agenda, des rappels ou des listes ;

  • demander des consignes écrites lorsqu’elles sont nombreuses ;

  • effectuer autant que possible une tâche à la fois ;

  • fractionner une activité complexe en plusieurs étapes ;

  • réduire les distractions pour les tâches nécessitant beaucoup de concentration ;

  • éviter, lorsque c’est possible, de multiplier les interruptions ;

  • laisser une indication de l’endroit où l’on s’est arrêté avant de changer de tâche ;

  • prévoir les activités intellectuellement exigeantes aux moments où l’on dispose généralement de davantage d’énergie ;

  • alterner tâches exigeantes et périodes de récupération.


Ces adaptations ne compensent pas un « manque d’effort ».


Elles permettent de réduire la quantité d’informations que le cerveau doit maintenir et gérer simultanément.


Faut-il faire une évaluation neuropsychologique ?


Pas systématiquement.


Mais lorsque les troubles cognitifs deviennent particulièrement importants ou ont des conséquences majeures sur le travail, les études, l’autonomie ou la vie quotidienne, une évaluation neuropsychologique peut parfois être utile.


Elle permet d’identifier plus précisément les fonctions fragilisées, mais également celles qui restent préservées, et d’envisager des stratégies adaptées.


À retenir


La mémoire de travail peut être réellement perturbée dans la fibromyalgie.


Les recherches menées notamment en Espagne et en Italie, ainsi qu’une méta-analyse récente, ont objectivé des difficultés dans ce domaine.


Les données les plus récentes suggèrent notamment une atteinte plus nette de la mémoire de travail verbale, tandis que les résultats concernant la mémoire de travail visuelle sont moins constants.


Ces difficultés peuvent être aggravées par la douleur, la fatigue, le sommeil non réparateur et les nombreuses sollicitations simultanées.


Elles ne traduisent ni un manque d’intelligence, ni un manque de volonté, ni nécessairement une perte définitive des connaissances.


Reconnaître ces difficultés permet surtout de mieux comprendre leur retentissement et de mettre en place des adaptations concrètes au quotidien.


Sources


  • Nicholls T., Kelly K. – Assessing working memory function in individuals with fibromyalgia: A systematic review and meta-analysis, Applied Neuropsychology: Adult, 2025. Revue systématique et méta-analyse de 29 études.

  • Mercado F., Ferrera D., Fernandes-Magalhaes R., Peláez I., Barjola P. – Altered Subprocesses of Working Memory in Patients with Fibromyalgia: An Event-Related Potential Study Using N-Back Task, Pain Medicine, 2022. Universidad Rey Juan Carlos, Madrid, Espagne.

  • Tesio V. et al. – Are fibromyalgia patients cognitively impaired? Objective and subjective neuropsychological evidence, Arthritis Care & Research, 2015. Città della Salute e della Scienza / Université de Turin, Italie.

  • Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020, chapitre consacré à l’atteinte cognitive.

 
 
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