MUSICOTHERAPIE
Dernière mise à jour : 4 sept.

La musique n’adoucit peut-être pas seulement les mœurs.
Elle peut modifier notre humeur, attirer notre attention ailleurs que sur la douleur, favoriser la détente, réveiller des souvenirs, accompagner le mouvement… et parfois simplement nous offrir quelques minutes pendant lesquelles la maladie prend un peu moins de place.
Mais écouter une musique que l’on aime et suivre une véritable musicothérapie ne sont pas exactement la même chose.
Qu’est-ce que la musicothérapie ?
La musicothérapie utilise la musique et le son dans une démarche thérapeutique adaptée à la personne.
Elle peut prendre différentes formes.
La musicothérapie réceptive repose principalement sur l’écoute de musiques choisies dans un objectif précis : relaxation, expression émotionnelle, diminution de l’anxiété, travail autour de la douleur…
La musicothérapie active implique davantage la personne : utilisation de la voix, d’instruments, improvisation, rythme ou création musicale.
Il n’est pas nécessaire de savoir chanter ou de jouer d’un instrument.
Dans une véritable démarche de musicothérapie, la musique n’est pas simplement diffusée : elle est utilisée comme un outil dans le cadre d’une relation thérapeutique.
En Belgique, la Beroepsvereniging van Muziektherapeuten (BMT), association professionnelle belge de musicothérapeutes, insiste notamment sur cette dimension thérapeutique et relationnelle.
Musique et douleur
La douleur n’est pas uniquement un signal provenant du corps.
Notre attention, nos émotions, notre niveau de stress, notre environnement ou encore nos expériences antérieures peuvent influencer la manière dont elle est perçue.
La musique peut agir sur plusieurs de ces dimensions.
Elle peut notamment :
détourner momentanément une partie de l’attention portée à la douleur ;
favoriser la relaxation ;
diminuer l’anxiété chez certaines personnes ;
susciter des émotions positives ;
faciliter le mouvement ou l’activité physique ;
créer un sentiment de plaisir ou de sécurité.
Les mécanismes sont complexes et il serait trop simpliste d’affirmer que la musique « libère des hormones du bonheur » qui feraient disparaître la douleur.
L’effet dépend aussi énormément de la personne, du contexte et de la musique choisie.
Et dans la fibromyalgie ?
Plusieurs petites études ont spécifiquement évalué l’utilisation de la musique chez des personnes atteintes de fibromyalgie.
Une étude randomisée publiée en 2016 a, par exemple, observé une diminution de la douleur chez des patients qui écoutaient régulièrement de la musique ou des sons relaxants.
Une autre étude menée en Espagne a étudié une méthode associant musique, relaxation et imagination guidée chez des femmes atteintes de fibromyalgie. Des améliorations du bien-être et de l’anxiété ont notamment été observées, tandis que les résultats concernant la douleur étaient plus difficiles à distinguer de ceux du groupe contrôle.
En Italie, une étude pilote consacrée à l’écoute musicale thérapeutique personnalisée a également obtenu des résultats encourageants concernant certains aspects de la douleur, du bien-être et de la qualité de vie.
Des travaux continuent d’ailleurs à être publiés.
Mais il faut rester prudent : les études spécifiquement consacrées à la fibromyalgie sont encore peu nombreuses, portent souvent sur de petits groupes et utilisent des méthodes très différentes.
Nous ne pouvons donc pas affirmer que la musicothérapie constitue un traitement antalgique dont l’efficacité serait démontrée pour toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.
Elle peut en revanche constituer un outil complémentaire intéressant.
Faut-il écouter une musique particulière ?
Il n’existe probablement pas de playlist universelle contre la fibromyalgie.
Musique classique, jazz, musique instrumentale, sons de la nature, chansons familières…
Ce qui détend une personne peut parfaitement agacer une autre.
Le choix personnel semble donc important.
Une musique associée à un souvenir agréable peut procurer beaucoup de bien-être. À l’inverse, une chanson pourtant considérée comme « relaxante » peut réveiller une émotion difficile.
L’objectif n’est pas non plus nécessairement de s’endormir.
Selon les moments, la musique peut servir à se détendre, à bouger, à détourner son attention de la douleur, à accompagner une séance d’exercices ou simplement à se faire plaisir.
Et si l’on est sensible au bruit ?
C’est une question particulièrement importante dans la fibromyalgie.
Certaines personnes présentent une hypersensibilité aux sons ou supportent difficilement certains volumes, certaines fréquences ou une accumulation de stimulations sensorielles.
Dans ce cas, la musique peut devenir désagréable plutôt qu’apaisante.
Il n’y a aucune obligation à « se soigner par la musique ».
Le silence peut lui aussi être précieux.
Comme toujours avec la fibromyalgie, il faut partir de ce qui convient à chacun.
Une expérience très personnelle
Personnellement, la musique classique me détend.
Lorsque j’étais enceinte de chacun de mes enfants, j’ai beaucoup écouté les Nocturnes de Chopin. J’ai eu des enfants plutôt calmes… mais je me garderai bien d’y voir un lien de cause à effet !
Avec mon mari, j’ai découvert davantage le jazz et nous apprécions aussi les sons de la nature lorsque nous nous détendons.
La musique possède également cet incroyable pouvoir de nous ramener instantanément à certaines périodes de notre vie. Quelques notes peuvent parfois faire ressurgir un lieu, une personne ou une émotion que l’on croyait oubliée.
Je dois pourtant l’avouer : je ne suis pas vraiment mélomane et je n’ai absolument pas l’oreille musicale.
Et même si j’apprécie les bienfaits que peut m’apporter la musique…
j’ai souvent une très grande préférence pour le silence.
Finalement, c’est peut-être aussi cela qui importe : trouver l’environnement sonore dans lequel notre corps et notre esprit se sentent le mieux.
À retenir
La musicothérapie ne guérit pas la fibromyalgie.
Des études suggèrent néanmoins que la musique et certaines interventions de musicothérapie peuvent contribuer à diminuer la douleur ou l’anxiété et à améliorer le bien-être chez certaines personnes.
Les preuves spécifiquement consacrées à la fibromyalgie restent encore limitées et ne permettent pas de garantir un effet.
Mais la musique possède un avantage appréciable : elle est relativement accessible, adaptable aux goûts et aux capacités de chacun et peut facilement trouver une petite place dans notre quotidien.
À condition, bien sûr, que nous ayons envie de l’écouter.
Sources
Beroepsvereniging van Muziektherapeuten (BMT vzw) – Association professionnelle belge des musicothérapeutes. Présentation et définition de la musicothérapie en Belgique.
Raglio A. et al. Feasibility of therapeutic music listening in fibromyalgia: a randomised controlled pilot study. Neurological Sciences, 2022. Étude pilote italienne consacrée spécifiquement à l’écoute musicale thérapeutique chez des personnes atteintes de fibromyalgie. PMID : 36334181.
Alparslan G.B. et al. Effects of music on pain in patients with fibromyalgia. Clinical Rheumatology, 2016;35(5):1317-1321. Essai clinique randomisé étudiant l’effet de l’écoute musicale sur la douleur dans la fibromyalgie. DOI : 10.1007/s10067-015-3046-3.
Torres E., Pedersen I.N., Pérez-Fernández J.I. Randomized Trial of a Group Music and Imagery Method (GrpMI) for Women with Fibromyalgia. Journal of Music Therapy, 2018;55(2):186-220. Étude espagnole évaluant une intervention associant musique et imagination guidée chez des femmes atteintes de fibromyalgie. DOI : 10.1093/jmt/thy005.
Guétin S. et al. The effects of music intervention in the management of chronic pain: a single-blind, randomized, controlled trial. The Clinical Journal of Pain, 2012;28(4):329-337. Étude française portant sur des personnes souffrant de différentes douleurs chroniques, dont la fibromyalgie. DOI : 10.1097/AJP.0b013e31822be973.
