ONDES ALPHA
- 18 juil.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Que se passe-t-il dans le cerveau des personnes atteintes de fibromyalgie lorsque celui-ci passe d’un état de repos à un état où il doit traiter davantage d’informations ?
Plusieurs études utilisant l’électroencéphalogramme (EEG) montrent que l’activité cérébrale des personnes atteintes de fibromyalgie peut présenter certaines particularités, notamment au niveau des ondes alpha.
Ces modifications ne constituent pas un symptôme que le patient peut reconnaître lui-même.
Elles peuvent en revanche être considérées comme une caractéristique neurophysiologique observée dans plusieurs groupes de personnes atteintes de fibromyalgie.
Cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont présentes chez tous les patients ni qu’elles permettent aujourd’hui de diagnostiquer la maladie.
Que sont les ondes alpha ?
L’activité électrique du cerveau peut être enregistrée grâce à un électroencéphalogramme, ou EEG.
L’EEG mesure, à la surface du cuir chevelu, l’activité électrique produite par de très nombreux neurones.
Cette activité est répartie en différentes bandes de fréquences.
Les ondes alpha correspondent approximativement à des oscillations comprises entre 8 et 12 hertz.
Chez une personne éveillée et détendue, elles sont particulièrement présentes lorsque les yeux sont fermés.
Lorsque les yeux s’ouvrent et que le cerveau doit traiter davantage d’informations visuelles, l’activité alpha diminue généralement.
Le cerveau modifie donc en permanence son activité électrique en fonction de ce qu’il doit traiter.
Qu’appelle-t-on « réactivité alpha » ?
La réactivité alpha correspond à la variation de l’activité alpha entre différentes situations, par exemple entre :
les yeux fermés ;
et les yeux ouverts.
Cette variation permet aux chercheurs d’étudier la manière dont le cerveau s’adapte au passage d’un état de repos vers un état davantage sollicité par les informations sensorielles.
Une étude publiée en 2026 apporte de nouveaux éléments
Une étude publiée le 15 juillet 2026 dans la revue Clinical EEG and Neuroscience a comparé trois groupes :
19 personnes atteintes de fibromyalgie ;
21 personnes considérées comme présentant certains facteurs associés à un risque accru de douleurs chroniques diffuses ;
17 personnes en bonne santé.
Chaque participant a passé :
six minutes les yeux ouverts ;
puis six minutes les yeux fermés.
Les chercheurs ont ensuite comparé la réactivité des ondes alpha entre les trois groupes.
Ils ont observé une réactivité alpha significativement plus faible chez les personnes atteintes de fibromyalgie que dans les deux autres groupes.
Le groupe considéré « à risque » ressemblait davantage au groupe témoin qu’au groupe fibromyalgique.
Ce résultat allait d’ailleurs à l’encontre de l’hypothèse initiale des chercheurs, qui s’attendaient à observer chez les personnes à risque un profil déjà plus proche de celui des personnes atteintes de fibromyalgie.
(Begum et al., Clinical EEG and Neuroscience, 2026)
Que pourrait signifier cette différence ?
Les ondes alpha interviennent notamment dans la manière dont le cerveau organise, sélectionne et filtre certaines informations sensorielles.
Une réactivité alpha différente pourrait donc refléter une adaptation différente du cerveau lorsqu’il doit passer d’un état relativement calme à une situation où il reçoit davantage de stimulations.
Cette piste est particulièrement intéressante dans la fibromyalgie, où de nombreuses personnes présentent :
une hypersensibilité à la douleur ;
une allodynie ;
une hypersensibilité à la lumière ;
une sensibilité importante au bruit ;
ou une difficulté à tolérer plusieurs stimulations simultanées.
Mais il faut rester prudent.
L’étude ne démontre pas que la diminution de la réactivité alpha provoque ces hypersensibilités.
Elle montre une association neurophysiologique qui pourrait contribuer à mieux comprendre certains mécanismes de la maladie.
Cette observation est-elle retrouvée dans d’autres recherches ?
Oui.
L’étude de 2026 ne constitue pas une observation isolée.
Une revue systématique publiée en 2024 a analysé les travaux utilisant l’EEG quantitatif dans :
la fibromyalgie ;
l’EM/SFC ;
et le Covid long.
Parmi plus de 2 500 publications initialement identifiées, 17 études répondaient aux critères méthodologiques retenus.
Dans la fibromyalgie, les chercheurs retrouvaient globalement une tendance vers :
une diminution de l’activité dans certaines bandes de basse fréquence, notamment delta, thêta et alpha ;
et une augmentation relative de certaines activités de fréquence plus élevée, notamment bêta.
(Silva-Passadouro et al., Clinical Neurophysiology, 2024)
Ces résultats suggèrent donc qu’il existe des particularités récurrentes de l’activité cérébrale chez des groupes de personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais les méthodes utilisées varient beaucoup d’une étude à l’autre.
Il n’existe pas encore une « signature EEG » unique et suffisamment reproductible de la fibromyalgie.
Des travaux espagnols récents vont dans la même direction
En 2026, des chercheurs de l’Universidad Rey Juan Carlos de Madrid, avec des équipes de l’Université de Grenade et de l’Universidad Autónoma de Madrid, ont utilisé une méthode d’analyse informatique de l’EEG chez :
25 femmes atteintes de fibromyalgie ;
26 femmes témoins.
Les chercheurs ont étudié plusieurs bandes de fréquences cérébrales et utilisé des modèles statistiques capables de rechercher des combinaisons de signaux distinguant les deux groupes.
Ils ont observé des différences permettant à leurs modèles de distinguer les participantes fibromyalgiques des témoins avec une précision intéressante.
Certaines bandes de fréquences apparaissaient particulièrement informatives et la durée des symptômes semblait également influencer certains profils électriques.
(Soldic et al., European Journal of Neuroscience, 2026)
Ces résultats sont prometteurs.
Mais un modèle statistique capable de différencier deux petits groupes dans une étude ne constitue pas encore un test diagnostique utilisable chez un patient individuel.
Des différences également observées dans la connectivité cérébrale
Toujours en 2026, une équipe de l’Université d’Aalborg, au Danemark, a combiné :
stimulation magnétique transcrânienne (TMS) ;
et électroencéphalogramme.
Les chercheurs ont observé chez les personnes atteintes de fibromyalgie une synchronisation réduite dans la bande alpha dans certaines régions pariéto-occipitales, ainsi que des différences dans d’autres mesures de la complexité de l’activité cérébrale.
(Jakobsen et al., Clinical Neurophysiology, 2026)
Ces résultats suggèrent que les particularités observées dans les ondes alpha pourraient également concerner la manière dont différentes régions cérébrales communiquent entre elles.
Là encore, il s’agit d’une piste de recherche et non d’un examen utilisable actuellement pour confirmer une fibromyalgie.
Quel lien avec la sensibilisation du système nerveux ?
La fibromyalgie est aujourd’hui notamment associée à des modifications de la manière dont le système nerveux :
traite les informations sensorielles ;
module la douleur ;
filtre certains stimuli ;
et répond à des stimulations répétées.
Les différences observées dans l’activité alpha pourraient donc constituer l’une des manifestations neurophysiologiques de cette modification du traitement sensoriel.
Elles ne résument cependant pas à elles seules la fibromyalgie.
La maladie implique probablement plusieurs mécanismes :
centraux ;
périphériques ;
autonomes ;
immunitaires ;
et d’autres mécanismes encore étudiés.
Il serait donc trop simpliste d’affirmer que la fibromyalgie est « causée par un problème d’ondes alpha ».
Et le cortisol ?
Dans l’étude publiée en juillet 2026, les chercheurs ont également mesuré le cortisol salivaire du matin chez une partie des participants.
Chez seulement 14 personnes du groupe considéré à risque, ils ont observé une association entre le cortisol et la réactivité alpha dans une région frontale droite.
Les auteurs ont évoqué l’hypothèse que cette association pourrait être liée à certains mécanismes de résistance au développement de douleurs chroniques diffuses.
Mais ce résultat doit être considéré comme très exploratoire :
il concernait un très petit nombre de personnes ;
le cortisol et l’EEG n’ont pas été mesurés au même moment ;
et l’association n’était plus statistiquement significative après correction pour les comparaisons multiples.
Les chercheurs ont également exploré un éventuel lien entre le cortisol, une hormone notamment impliquée dans la réponse au stress, et la réactivité des ondes alpha. Une association a été observée dans un très petit sous-groupe, mais elle était trop fragile pour permettre une conclusion. Ces résultats constituent donc uniquement une piste de recherche sur les interactions entre régulation hormonale du stress et activité cérébrale.
Peut-on parler d’une « preuve biologique » de la fibromyalgie ?
Les études EEG apportent une information importante :
des différences mesurables du fonctionnement cérébral peuvent être observées chez des groupes de personnes atteintes de fibromyalgie.
Cela contribue à mieux comprendre la réalité neurophysiologique de la maladie.
Mais il faut distinguer :
une différence statistique entre deux groupes
et
un biomarqueur capable de diagnostiquer un individu.
Pour qu’une caractéristique EEG puisse devenir un biomarqueur diagnostique, il faudrait notamment :
reproduire les résultats sur des populations beaucoup plus importantes ;
obtenir des résultats similaires dans différents pays et laboratoires ;
vérifier que ces différences sont suffisamment spécifiques à la fibromyalgie ;
déterminer leur sensibilité et leur spécificité ;
établir des valeurs de référence ;
et démontrer qu’elles permettent de classer correctement une personne individuellement.
Nous n’en sommes pas encore là.
Peut-on diagnostiquer aujourd’hui la fibromyalgie par EEG ?
Non.
Il n’existe actuellement :
aucun profil d’ondes alpha ;
aucune analyse quantitative de l’EEG ;
aucun algorithme ;
ni aucune autre mesure électrophysiologique ;
permettant de confirmer ou d’exclure à elle seule une fibromyalgie dans la pratique médicale courante.
Le diagnostic reste clinique.
Les recherches EEG permettent surtout d’avancer dans la compréhension des mécanismes de la maladie.
Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie ont-elles les mêmes anomalies ?
Probablement pas.
La fibromyalgie est une maladie très hétérogène.
Deux personnes peuvent présenter :
des symptômes différents ;
des degrés de douleur très différents ;
davantage ou moins de fatigue ;
davantage ou moins d’hypersensibilités ;
des profils autonomes différents ;
ou encore des réponses différentes à l’effort.
Il est donc probable que les caractéristiques EEG observées dans les études ne soient pas exactement identiques chez tous les patients.
C’est une autre raison pour laquelle elles ne peuvent actuellement être utilisées comme test diagnostique.
À l’avenir, elles pourraient peut-être contribuer à identifier différents profils neurophysiologiques de fibromyalgie.
Ces découvertes pourraient-elles conduire à de nouveaux traitements ?
C’est une possibilité étudiée par la recherche.
Plusieurs techniques cherchent déjà à modifier ou influencer l’activité de certains réseaux cérébraux, notamment :
la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) ;
certaines formes de stimulation électrique non invasive ;
le neurofeedback.
Certaines de ces approches sont étudiées dans la douleur chronique et la fibromyalgie.
Mais l’étude sur la réactivité alpha publiée en 2026 n’a testé aucun traitement.
Elle ne permet donc pas de conclure qu’il faudrait :
« augmenter ses ondes alpha » ;
les « rééquilibrer » ;
ou utiliser automatiquement une technique de neurostimulation.
Une observation scientifique sur le fonctionnement du cerveau ne devient pas immédiatement une indication thérapeutique.
Attention aux promesses commerciales autour des « ondes cérébrales »
Les recherches sur l’EEG et les ondes cérébrales peuvent être utilisées dans certaines communications commerciales pour proposer :
des appareils censés « rééquilibrer le cerveau » ;
des programmes visant à « normaliser les ondes alpha » ;
des EEG quantitatifs présentés comme permettant de diagnostiquer la fibromyalgie ;
ou des traitements supposés corriger une anomalie cérébrale spécifique.
À l’heure actuelle, les connaissances scientifiques ne permettent pas de considérer ces promesses comme des traitements ou tests validés de la fibromyalgie.
Il est donc important de distinguer :
ce que la recherche observe
de
ce qu’une entreprise affirme pouvoir traiter.
Une caractéristique neurophysiologique intéressante
Les anomalies de l’activité alpha sont aujourd’hui intéressantes précisément parce qu’elles apparaissent dans plusieurs travaux indépendants.
Elles peuvent donc être considérées comme une caractéristique neurophysiologique associée à la fibromyalgie.
Mais le terme « caractéristique » ne signifie pas :
qu’elle est présente chez tous les patients ;
qu’elle est spécifique de la fibromyalgie ;
qu’elle permet de diagnostiquer la maladie ;
ou qu’elle constitue sa cause.
C’est une particularité observée statistiquement chez certains groupes de patients et qui contribue à mieux comprendre la façon dont le système nerveux traite et organise les informations dans la fibromyalgie.
À retenir
Des particularités de l’activité des ondes alpha sont retrouvées dans plusieurs études chez des personnes atteintes de fibromyalgie.
Une étude publiée en juillet 2026 a notamment observé une réactivité alpha réduite chez les personnes fibromyalgiques étudiées.
Une revue systématique publiée en 2024 et d’autres travaux récents menés notamment en Espagne et au Danemark confirment l’existence de différences mesurables dans l’activité électrique ou la connectivité cérébrale.
Les anomalies de l’activité alpha peuvent donc être considérées comme une caractéristique neurophysiologique intéressante de la fibromyalgie.
Mais elles ne sont actuellement :
ni constantes chez tous les patients ;
ni suffisamment spécifiques ;
ni suffisamment standardisées ;
pour devenir un biomarqueur diagnostique.
Elles permettent surtout de mieux comprendre que la fibromyalgie s’accompagne de modifications mesurables du fonctionnement du système nerveux, tout en rappelant que la maladie est complexe et ne peut être expliquée par un seul mécanisme.
Sources
Begum N. et al. – Lower Resting-State Alpha Reactivity in Chronic Widespread Pain Compared to At-Risk and Healthy Individuals, Clinical EEG and Neuroscience, publication en ligne le 15 juillet 2026. Université de Manchester.
Silva-Passadouro B. et al. – A systematic review of quantitative EEG findings in Fibromyalgia, Chronic Fatigue Syndrome and Long COVID, Clinical Neurophysiology, 2024.
Soldic D. et al. – Multivariate Pattern Analysis Identifies Potential Intertrial Resting-State EEG Biomarkers in Fibromyalgia, European Journal of Neuroscience, 2026. Universidad Rey Juan Carlos, Université de Grenade et Universidad Autónoma de Madrid, Espagne.
Jakobsen A. et al. – Reduced alpha-band phase coherence and cortical complexity in fibromyalgia: A TMS-EEG exploratory study, Clinical Neurophysiology, 2026. Aalborg University, Danemark.
