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PAUPERISATION

16 sept. 2025
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 oct.


Paupérisation : quand la maladie fragilise aussi l’accès aux soins et aux droits


La fibromyalgie ne condamne pas à la pauvreté. Mais lorsqu’une maladie chronique réduit durablement la capacité à travailler, augmente certaines dépenses et complique l’accès aux soins, elle peut fragiliser sérieusement l’équilibre financier d’une personne ou d’une famille.


Et lorsque les revenus diminuent, un autre mécanisme peut apparaître : il devient parfois plus difficile de continuer à se soigner correctement.


Quand la maladie bouleverse aussi la vie professionnelle


Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie ne vivent pas la même situation.


Certaines poursuivent leur activité professionnelle, parfois avec des aménagements. D’autres doivent réduire leur temps de travail, changer de fonction ou interrompre temporairement leur activité. Pour certaines enfin, maintenir une activité professionnelle régulière devient très difficile, voire impossible.


La douleur, la fatigue, les troubles du sommeil, les difficultés cognitives ou encore le caractère fluctuant des symptômes peuvent rendre particulièrement compliquée la régularité attendue dans le monde du travail.


Cette diminution de la capacité de travail peut avoir des conséquences financières : baisse de revenus, périodes d’incapacité, travail à temps partiel, changement de métier, perte d’emploi…


Mais la précarisation ne se résume pas au montant qui arrive chaque mois sur le compte bancaire.


Se soigner a aussi un coût


Vivre avec une maladie chronique implique souvent des dépenses supplémentaires ou répétées :

  • consultations médicales ;

  • séances de kinésithérapie ou autres prises en charge ;

  • médicaments ;

  • déplacements vers les professionnels ou les hôpitaux ;

  • activité physique adaptée ;

  • aides matérielles ;

  • parfois soutien psychologique, ergothérapie ou autres accompagnements.


Même lorsqu’une partie de ces soins est remboursée, les restes à charge peuvent s’accumuler.


À cela peuvent s’ajouter les frais ordinaires de la vie quotidienne, alors même que les revenus ont parfois diminué.


C’est ici qu’un véritable cercle vicieux peut commencer :

maladie chronique → capacité de travail réduite → revenus fragilisés → difficultés à financer certains soins ou déplacements → renoncements → santé et autonomie davantage fragilisées.


En Wallonie, l’accès aux soins dépend aussi des moyens financiers


En 2026, la revue Éducation Santé a consacré un article aux travaux de l’IWEPS — l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique — sur l’accès aux droits fondamentaux dans les 252 communes francophones de Wallonie.


L’outil développé par l’IWEPS, appelé ISADF – Indicateur synthétique d’accès aux droits fondamentaux, ne s’intéresse pas uniquement au revenu.

Il examine 13 grands droits, parmi lesquels la santé, la sécurité sociale, le logement, la mobilité, le travail, l’alimentation, le numérique ou encore l’épanouissement social et culturel.

Et les résultats montrent à quel point ces dimensions sont liées.


Un service médical peut par exemple exister à proximité sans être réellement accessible à une personne qui n’a pas les moyens de payer certains soins, qui ne dispose pas d’un moyen de transport adapté ou qui rencontre des difficultés pour effectuer ses démarches.


Un chiffre interpelle particulièrement : dans l’enquête utilisée pour l’ISADF 2025, 22,04 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà manqué d’argent pour payer des soins.


Ce chiffre concerne la population interrogée en Wallonie et pas spécifiquement les personnes atteintes de fibromyalgie. Il montre néanmoins combien la situation financière peut directement influencer l’accès à la santé.


Des droits existent… mais encore faut-il pouvoir y accéder


La Belgique dispose d’un système de sécurité sociale important : assurance maladie-invalidité, chômage, aides sociales, intervention majorée, dispositifs liés au handicap, aides régionales…


Mais pour les personnes malades, l’existence d'un droit sur le papier ne garantit pas toujours un accès simple à ce droit.


Il faut connaître les dispositifs, identifier le bon interlocuteur, remplir les conditions, fournir des documents, respecter des délais et parfois contester une décision.


Or les personnes atteintes de fibromyalgie peuvent précisément être confrontées à de la fatigue, des douleurs et des difficultés de concentration qui compliquent ces démarches.


La complexité administrative peut donc elle-même devenir un obstacle.


C’est aussi pour cette raison qu’il est important de ne pas rester seul face aux démarches et de se faire accompagner lorsque cela devient nécessaire : mutualité, service social, CPAS, syndicat, médecin-conseil, service compétent en matière de handicap ou association de patients peuvent, selon la situation, orienter la personne.


Et la réforme du chômage ?


Depuis le 1er mars 2026, la réglementation belge du chômage a profondément changé.


Pour les nouveaux droits, les allocations de chômage complet sont désormais limitées à maximum 24 mois : une période de base de 12 mois à laquelle peuvent s’ajouter jusqu’à 12 mois supplémentaires selon le passé professionnel.


Des règles transitoires, des exceptions et des situations particulières existent cependant. La Cour constitutionnelle a par ailleurs annulé en septembre 2026 une partie du régime transitoire.


Il est donc important de ne pas tirer de conclusion générale à partir d’une situation individuelle et de vérifier son propre dossier auprès de l’ONEM ou de son organisme de paiement.


Pour les personnes vivant avec une maladie chronique et dont la capacité professionnelle est devenue fragile, ces évolutions renforcent néanmoins l’importance d’une information claire et d’un accompagnement adapté.


La précarité est aussi une question de santé


C’est probablement l’un des enseignements essentiels du travail de l’IWEPS.


On ne peut pas séparer totalement la santé du revenu, de la mobilité, du logement, de l’alimentation, de l’accès au numérique ou de la possibilité de participer à la vie sociale.


Pour une personne atteinte de fibromyalgie, préserver la santé ne signifie donc pas seulement trouver le bon traitement.


Cela signifie aussi pouvoir se rendre à ses rendez-vous, financer les soins nécessaires, conserver autant que possible une activité professionnelle compatible avec son état de santé, comprendre ses droits et pouvoir les exercer.


La lutte contre la précarisation des malades chroniques fait ainsi pleinement partie des enjeux de santé.


À retenir


La fibromyalgie ne conduit pas automatiquement à la précarité.


Mais lorsqu’elle entraîne une réduction durable de la capacité de travail, une diminution des revenus et des dépenses de santé supplémentaires, elle peut fragiliser fortement l’équilibre d’une personne.


Et lorsque les difficultés financières commencent à limiter l’accès aux soins, à la mobilité ou aux droits sociaux, la précarité risque à son tour d’aggraver les conséquences de la maladie.


Rompre ce cercle passe par une meilleure reconnaissance des limitations liées aux maladies chroniques, mais aussi par des droits accessibles, des démarches compréhensibles et un accompagnement adapté.


Sources


  • IWEPS, Analyses endogènes et spatiales de l’ISADF 2025, Rapport de recherche n°69, juillet 2026.

  • IWEPS, Indicateur synthétique d’accès aux droits fondamentaux (ISADF 2025) et outil cartographique interactif.

  • Éducation Santé, Carine Maillard, Droits fondamentaux et santé, le poids de la précarité, octobre 2026.

  • ONEM, Réforme de la réglementation du chômage – réglementation applicable depuis le 1er mars 2026.


 
 
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