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PLASTICITE CEREBRALE

12 oct. 2024
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 sept.


Notre cerveau n’est pas figé.


Tout au long de la vie, le système nerveux peut modifier certaines connexions, renforcer ou affaiblir certains circuits et adapter son fonctionnement en fonction de ce que nous apprenons, vivons ou répétons.


C’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale, ou neuroplasticité.

Cette capacité est indispensable pour apprendre, mémoriser, récupérer certaines fonctions après une lésion…

Mais elle intervient aussi dans la douleur chronique.


La plasticité n’est ni bonne ni mauvaise


On parle parfois de neuroplasticité comme s’il s’agissait forcément d’une bonne nouvelle :

« Le cerveau peut changer, donc on peut le reprogrammer. »


La réalité est plus nuancée.

La plasticité est simplement la capacité du système nerveux à se modifier.


Ces changements peuvent être utiles.

Mais certains peuvent aussi participer à l’installation ou au maintien d’une hypersensibilité.


Dans la douleur chronique, des stimulations répétées et différents mécanismes biologiques peuvent modifier progressivement la manière dont le système nerveux traite et module les informations douloureuses.

Dans la fibromyalgie, cela participe notamment à la réflexion autour de la douleur nociplastique et de la sensibilisation centrale.


Que voit-on dans le cerveau des personnes atteintes de fibromyalgie ?


Les études de neuro-imagerie ont observé, en moyenne, différentes particularités dans des régions et des réseaux impliqués dans :

  • le traitement de la douleur ;

  • sa modulation ;

  • l’attention ;

  • les émotions ;

  • et le traitement des informations sensorielles.

Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence.


Une grande revue systématique publiée en 2026, regroupant 91 études de neuro-imagerie, montre que certains résultats se répètent, notamment une réponse accrue de certains réseaux lors de stimulations douloureuses et des modifications des systèmes qui participent normalement à freiner la douleur.

D’autres résultats sont beaucoup plus variables ou contradictoires.


Il n’existe donc pas une image type du “cerveau fibromyalgique”.

Et une IRM cérébrale ne permet pas de diagnostiquer la fibromyalgie.

Les différences observées concernent des groupes de patients et ne permettent pas de dire exactement ce qui se passe chez une personne donnée.


Peut-on aller dans l’autre sens ?


C’est probablement l’aspect le plus intéressant de la neuroplasticité.

Si le système nerveux peut se modifier avec la douleur chronique, il peut également continuer à se modifier lorsque nos expériences changent.


Une revue systématique publiée en 2025 a examiné 17 études, portant sur 416 personnes atteintes de fibromyalgie, qui avaient évalué le cerveau avant et après différentes interventions de revalidation.

Parmi celles-ci figuraient notamment :

  • l’exercice ;

  • certaines interventions psychologiques ;

  • la neurostimulation ;

  • la stimulation nerveuse ;

  • le neurofeedback.


Les chercheurs ont observé des modifications du fonctionnement cérébral après certaines interventions, parfois associées à une amélioration des symptômes ou de la qualité de vie.

Ces résultats sont intéressants.

Mais ils ne permettent pas de conclure qu’une méthode particulière « reprogramme le cerveau » ou efface les mécanismes de la fibromyalgie.

Ils montrent surtout que le cerveau reste capable de s’adapter.


En Belgique aussi, la plasticité de la douleur est étudiée


À l’UCLouvain, plusieurs équipes de neurosciences étudient précisément les mécanismes cérébraux de la douleur et les changements plastiques qui peuvent survenir dans les voies nociceptives lorsque la douleur ou les stimulations se prolongent.


Le laboratoire NOCIONS travaille notamment sur les modifications des voies de la douleur qui peuvent participer à la sensibilisation périphérique et centrale.


Le SpacePain Lab étudie également comment des facteurs cognitifs peuvent modifier la perception de la douleur et la plasticité des réseaux qui y participent, notamment chez des personnes atteintes de fibromyalgie.


Ces recherches illustrent bien une chose :

la douleur n’est pas un simple message qui voyage du corps jusqu’au cerveau.

Elle résulte d’un système complexe capable de moduler, amplifier ou inhiber les informations.


Et la revalidation dans tout cela ?


La neuroplasticité ne constitue pas une thérapie en elle-même.

Elle aide plutôt à comprendre pourquoi la répétition et l’apprentissage comptent.


Reprendre progressivement une activité.

Apprendre un mouvement.

Modifier certaines habitudes.

Travailler l’équilibre.

Utiliser une stratégie de relaxation.

Ou répéter un exercice.

Toutes ces expériences donnent au système nerveux de nouvelles informations.


Cela ne signifie pas qu’il suffit de « penser autrement » ou de se forcer à bouger pour faire disparaître la douleur.

La fibromyalgie reste une maladie complexe impliquant plusieurs mécanismes biologiques.


Mais le fait que le système nerveux conserve une capacité d’adaptation constitue l’une des raisons pour lesquelles une revalidation progressive, répétée et individualisée peut avoir du sens.


Attention au mot « reprogrammation »


On rencontre de plus en plus de méthodes promettant de :

« reprogrammer le cerveau »,

« effacer la mémoire de la douleur »

ou « désapprendre la fibromyalgie ».

Ces formulations sont beaucoup plus fortes que ce que les recherches permettent d’affirmer.


Oui, le cerveau est plastique.

Oui, certaines interventions peuvent modifier son fonctionnement.

Mais cela ne signifie pas que la fibromyalgie résulte simplement d’un mauvais apprentissage, ni que la personne pourrait la faire disparaître en apprenant les bonnes pensées ou les bons mouvements.

La neuroplasticité ouvre des possibilités.

Elle ne transforme pas le patient en responsable de sa guérison.


À retenir


La plasticité cérébrale est la capacité du système nerveux à se modifier au cours de la vie.

Elle peut participer aux changements associés à la douleur chronique, mais elle permet également au cerveau de continuer à apprendre et à s’adapter.

Dans la fibromyalgie, les recherches montrent des particularités dans certains réseaux cérébraux et suggèrent que plusieurs interventions de revalidation peuvent également modifier leur fonctionnement.

Mais nous sommes loin d’un bouton permettant de « réinitialiser » le cerveau.

La neuroplasticité nous rappelle simplement quelque chose d’important :

ce qui change peut parfois encore changer.

Sans miracle.

Sans culpabilité.

Et généralement… petit à petit.


Sources


  • UCLouvain – Belgique. NOCIONS – Pain Research Lab et SpacePain Lab. Recherches consacrées aux mécanismes de la douleur, à sa modulation et aux changements plastiques des voies nociceptives.

  • Masquelier E. – UCLouvain (2023). La douleur nociplastique. Louvain Médical, 142, 9-16. Présentation des mécanismes de sensibilisation centrale, d’amplification et d’altération de la modulation de la douleur.

  • Nguyen Thanh Nhu et al. (2025). Brain modulatory effects of rehabilitation interventions in fibromyalgia: a systematic review of magnetic resonance imaging studies. Neurological Sciences, 46, 2041-2054. Revue de 17 études et 416 participants montrant des modifications fonctionnelles cérébrales après différentes interventions de revalidation.

  • Structural and Functional Neuroimaging Findings in Fibromyalgia: A Systematic Review (2026). European Journal of Pain. Revue de 91 études montrant des résultats compatibles avec une amplification nociceptive et une altération de la modulation descendante, tout en soulignant l’hétérogénéité des données et l’absence de biomarqueur cérébral unique.

 
 
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