PRISE DE POIDS
Dernière mise à jour : 31 août

Vivre avec une fibromyalgie peut déjà donner l’impression que son corps ne nous obéit plus tout à fait.
Et parfois, la balance décide elle aussi de s’en mêler.
Certaines personnes constatent une prise de poids après l’apparition de la maladie. D’autres non.
Il faut donc commencer par une précision importante :
la prise de poids n’est pas un symptôme obligatoire de la fibromyalgie et la fibromyalgie ne fait pas automatiquement grossir.
En revanche, plusieurs facteurs liés directement ou indirectement à la vie avec une maladie chronique peuvent favoriser une modification du poids chez certaines personnes.
Et, comme souvent avec la fibromyalgie, il n’y a probablement pas un seul coupable à mettre sur la balance.
Fibromyalgie et poids : que montre la recherche ?
Le lien entre fibromyalgie, surpoids et obésité a fait l’objet de nombreuses études.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2021 a analysé 41 études.
Dans les populations étudiées, environ 35,7 % des personnes atteintes de fibromyalgie présentaient une obésité.
Les auteurs retrouvaient également, en moyenne, une association entre un indice de masse corporelle plus élevé et certains aspects plus sévères de la fibromyalgie :
davantage de douleur ;
davantage de fatigue ;
davantage de raideur ;
un fonctionnement physique plus limité ;
davantage de troubles du sommeil ;
et une qualité de vie moins bonne.
Mais il faut immédiatement ajouter deux nuances.
La force de ces associations était généralement faible, et la qualité méthodologique globale des études n’était pas excellente.
Surtout :
une association ne nous dit pas dans quel sens fonctionne la relation.
Est-ce le poids qui contribue à certaines difficultés ?
Est-ce la maladie qui favorise la prise de poids ?
Ou les deux sont-ils influencés par d’autres facteurs communs ?
La réponse est probablement différente selon les personnes.
Quand bouger devient plus compliqué
La douleur, la fatigue et les limitations peuvent modifier profondément le niveau d’activité.
On marche moins.
On abandonne parfois un sport.
On prend davantage la voiture.
Certaines journées sont consacrées essentiellement aux activités indispensables.
Et lorsqu’une activité demande déjà beaucoup d’énergie, ajouter trente minutes d’exercice « pour brûler des calories » peut sembler complètement irréaliste.
Une diminution de l’activité physique peut évidemment réduire les dépenses énergétiques et contribuer, chez certaines personnes, à une prise de poids.
Mais dire cela n’équivaut pas à dire :
« Vous avez grossi parce que vous ne bougez pas assez. »
Les mécanismes du poids sont beaucoup plus complexes.
Et surtout, une personne atteinte de fibromyalgie peut déjà fournir beaucoup d’efforts simplement pour assurer son quotidien.
Le sommeil peut aussi jouer les trouble-fête
Le sommeil est souvent perturbé dans la fibromyalgie.
Or le sommeil intervient dans de nombreux mécanismes qui participent notamment à la régulation de l’appétit, du métabolisme et des comportements alimentaires.
Lorsqu’on dort mal, on peut également être trop épuisé pour cuisiner, faire les courses ou pratiquer une activité physique.
Une mauvaise nuit peut donc influencer indirectement ce que l’on mange et ce que l’on est capable de faire le lendemain.
Mais là encore :
mal dormir ne condamne pas à prendre du poids.
C’est un facteur possible parmi beaucoup d’autres.
Et les médicaments ?
Certains médicaments peuvent favoriser une prise de poids chez certaines personnes.
Cela dépend :
de la molécule ;
de la dose ;
de la durée du traitement ;
et surtout de la réaction individuelle.
Si une prise de poids importante apparaît après le début ou la modification d’un traitement, il peut être utile d’en parler avec le médecin ou le pharmacien.
Il ne faut cependant pas arrêter soi-même un médicament pour cette raison.
Le professionnel pourra évaluer le bénéfice du traitement, ses effets indésirables et les alternatives éventuelles.
Le médicament utile à l’un ne sera pas nécessairement celui qui convient à l’autre.
Comme souvent avec la fibromyalgie, la taille unique est rarement en stock.
Non, la fibromyalgie n’est pas une maladie de “déficit hormonal”
Il faut être prudent avec certaines explications que l’on rencontre fréquemment sur internet.
On peut lire que les personnes atteintes de fibromyalgie présenteraient systématiquement des déficits en cortisol, hormones thyroïdiennes, sérotonine ou autres substances qui expliqueraient leur prise de poids.
Les connaissances actuelles ne permettent pas de présenter les choses ainsi.
Des recherches étudient effectivement différents systèmes neuroendocriniens et métaboliques dans la fibromyalgie, mais il n’existe pas un profil hormonal unique permettant d’expliquer la maladie ou la prise de poids de toutes les personnes concernées.
En revanche, une personne atteinte de fibromyalgie peut évidemment aussi présenter :
une maladie thyroïdienne ;
un diabète ;
une résistance à l’insuline ;
une ménopause ;
ou tout autre problème susceptible d’avoir un impact sur son poids.
Tout changement important ou inexpliqué mérite donc d’être discuté avec un médecin plutôt que d’être automatiquement attribué à la fibromyalgie.
Le poids peut-il aggraver les symptômes ?
Les études retrouvent assez régulièrement une association entre un poids plus élevé et une moins bonne qualité de vie physique chez les personnes atteintes de fibromyalgie.
L’expertise collective de l’Inserm arrive également à ce constat : un indice de masse corporelle plus élevé est associé, dans plusieurs études, à davantage de difficultés dans les dimensions physiques, la douleur et l’activité.
Cela ne signifie pas que le poids est la cause de la fibromyalgie.
Et certainement pas que :
« Si vous avez mal, c’est parce que vous êtes en surpoids. »
Des personnes minces présentent des fibromyalgies sévères.
Des personnes obèses peuvent présenter une fibromyalgie légère.
Le poids n’est donc qu’un facteur parmi beaucoup d’autres.
Perdre du poids peut-il améliorer la fibromyalgie ?
Quelques études suggèrent que, chez des personnes atteintes de fibromyalgie et présentant une obésité, une perte de poids peut s’accompagner d’une amélioration de certains symptômes ou de la qualité de vie.
Un petit essai randomisé publié en 2012 a comparé 83 personnes présentant à la fois fibromyalgie et obésité.
Après six mois, le groupe ayant suivi un programme de perte de poids présentait notamment une amélioration de la qualité de vie, du sommeil et de certains paramètres douloureux par rapport au groupe témoin.
Mais les données restent encore limitées.
La grande revue de 2021 conclut elle aussi que les résultats sont préliminaires et que davantage d’études sont nécessaires.
La perte de poids ne doit donc pas être présentée comme :
un traitement de la fibromyalgie
et encore moins comme :
une manière d’en guérir.
La balance ne mesure pas la valeur d’une personne
La question du poids peut être particulièrement sensible.
Lorsque l’on vit déjà avec une maladie invisible, entendre à chaque consultation :
« Vous devriez perdre du poids »
sans que les autres symptômes soient réellement explorés peut être vécu comme une nouvelle manière de ne pas être entendu.
Le poids peut être un élément important de santé.
Il mérite d’être abordé lorsqu’il est pertinent.
Mais il ne devrait jamais devenir une explication automatique à tout ce que vit une personne.
Une douleur nouvelle mérite d’être évaluée.
Une fatigue inhabituelle aussi.
Et la qualité d’une prise en charge ne devrait pas dépendre du chiffre affiché sur une balance.
En Belgique : une prise en charge globale
Sciensano rappelle que l’obésité est une maladie multifactorielle.
Le poids peut être influencé par de nombreux éléments :
alimentation ;
activité physique ;
facteurs génétiques ;
facteurs hormonaux ;
médicaments ;
santé psychologique ;
et autres problèmes de santé.
Lorsqu’une prise de poids devient préoccupante pour la santé ou difficile à gérer, la réponse ne devrait donc pas être simplement :
« Mangez moins et bougez plus. »
Sciensano recommande une prise en charge globale, personnalisée et inscrite dans la durée.
Le médecin généraliste peut aider à rechercher d’éventuels facteurs médicaux ou médicamenteux.
Un diététicien peut également accompagner la personne lorsque cela est utile, notamment pour trouver une alimentation adaptée à ses besoins réels sans multiplier les interdits.
Attention aux régimes “spécial fibromyalgie”
La prise de poids peut rendre particulièrement séduisants les programmes qui promettent à la fois :
de perdre des kilos
et
de faire disparaître la fibromyalgie.
Double promesse, double prudence.
À ce jour, aucun régime particulier n’a démontré qu’il guérissait la fibromyalgie.
Les recommandations françaises de la HAS publiées en 2025 précisent d’ailleurs que les régimes imposant des exclusions spécifiques — sans gluten, sans lactose, etc. — n’ont pas démontré d’intérêt dans la fibromyalgie en l’absence d’une indication médicale particulière ou d’une carence identifiée.
Une alimentation équilibrée peut contribuer à la santé générale.
Mais une assiette n’a pas à devenir un laboratoire permanent rempli d’interdits.
Et manger un morceau de gâteau n’annule pas tous les efforts faits le reste de la semaine.
Bouger pour sa santé, pas pour payer ce que l’on a mangé
L’activité physique adaptée occupe une place importante dans la prise en charge de la fibromyalgie.
Mais son objectif ne doit pas nécessairement être la perte de poids.
Bouger peut aussi servir à :
maintenir ou améliorer la condition physique ;
préserver la force musculaire ;
améliorer certaines capacités fonctionnelles ;
conserver de l’autonomie ;
et reprendre progressivement confiance dans son corps.
L’activité doit être adaptée aux capacités de la personne et augmentée progressivement.
Le mouvement n’est pas une punition pour avoir mangé.
Et il n’est pas nécessaire d’avoir perdu du poids pour que l’activité physique ait déjà des effets bénéfiques sur la santé.
À retenir
La prise de poids n’est ni systématique ni spécifique à la fibromyalgie.
Cependant, plusieurs facteurs peuvent favoriser des modifications du poids chez certaines personnes vivant avec la maladie :
réduction de l’activité ;
sommeil perturbé ;
certains médicaments ;
changements d’habitudes ;
âge et changements hormonaux ;
ou problèmes de santé associés.
Les études montrent également qu’un poids plus élevé est associé, en moyenne, à certains symptômes plus importants et à une qualité de vie physique moins bonne chez les personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais :
le poids ne cause pas à lui seul la fibromyalgie ;
perdre du poids ne la guérit pas ;
et
une personne ne doit jamais être réduite au chiffre affiché sur sa balance.
Lorsque le poids devient un enjeu de santé, l’objectif devrait être de chercher ce qui est réaliste, durable et bon pour la personne, plutôt qu’un chiffre idéal imposé de l’extérieur.
Parce qu’avec la fibromyalgie, il y a déjà suffisamment de choses lourdes à porter.
Inutile d’y ajouter le poids de la culpabilité.
Sources
D’Onghia M., Ciaffi J., Lisi L. et al. (2021). Fibromyalgia and obesity: A comprehensive systematic review and meta-analysis. Seminars in Arthritis and Rheumatism, 51(2), 409-424. DOI : 10.1016/j.semarthrit.2021.02.007. Revue systématique de 41 études sur la fréquence de l’obésité dans la fibromyalgie, ses liens avec les symptômes et les données disponibles concernant la perte de poids.
Inserm (2020). Fibromyalgie. Expertise collective. EDP Sciences. Le rapport examine notamment les liens observés entre indice de masse corporelle, qualité de vie, douleur et fonction physique, ainsi que les premières études sur la perte de poids chez les personnes atteintes de fibromyalgie et d’obésité.
Haute Autorité de Santé – France (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. La recommandation préconise d’évaluer et de prendre en charge les situations de surpoids et d’obésité, sans recommander de régimes d’exclusion spécifiques pour la fibromyalgie en dehors d’indications particulières.
Sciensano – Belgique. Obésité : causes et traitements. Informations belges rappelant le caractère multifactoriel de l’obésité et l’importance d’une prise en charge globale et personnalisée.
Senna M. K., Sallam R. A., Ashour H. S., Elarman M. (2012). Effect of weight reduction on the quality of life in obese patients with fibromyalgia syndrome: a randomized controlled trial. Clinical Rheumatology, 31(11), 1591-1597. DOI : 10.1007/s10067-012-2053-x. Petit essai contrôlé suggérant une amélioration de certains paramètres après perte de poids chez des personnes présentant à la fois fibromyalgie et obésité.
