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RESILIENCE

7 mai 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 sept.


La résilience est, à l’origine, un terme de physique qui définit la capacité de résistance d’un corps ou d’un matériau à un choc ou à une déformation.


En psychologie, elle désigne la capacité à faire face à une épreuve, à s’y adapter et à poursuivre son chemin malgré ce qu’elle a bouleversé. Le terme a notamment été largement popularisé dans le monde francophone par Boris Cyrulnik et son livre Un merveilleux malheur.


La résilience n’est cependant ni une force que l’on posséderait une fois pour toutes, ni une qualité réservée à certaines personnes.

Elle se construit et évolue au fil de la vie, des expériences et des ressources dont nous disposons.


Ainsi, la résilience :

  • n’est jamais absolue, totale ou définitivement acquise ;

  • peut varier selon les circonstances, les épreuves et les périodes de notre vie ;

  • ne dépend pas uniquement de notre personnalité ou de notre volonté ;

  • peut aussi être soutenue par notre entourage, nos conditions de vie, les soins et l’aide auxquels nous avons accès.


Nous pouvons donc traverser une épreuve avec beaucoup de ressources à un moment de notre vie et nous sentir beaucoup plus fragiles face à une autre.


Peut-on devenir plus résilient ?


Il n’existe évidemment pas de recette permettant de « fabriquer » de la résilience.

Mais certaines attitudes ou ressources peuvent nous aider à mieux faire face aux difficultés.


Un concept intéressant est celui du locus de contrôle. Il décrit la manière dont nous percevons notre capacité à influencer ce qui nous arrive.


Avec un locus plutôt interne, nous avons tendance à considérer que certaines de nos actions peuvent influencer les événements ou leurs conséquences.

Avec un locus plutôt externe, nous attribuons davantage ce qui arrive à des éléments extérieurs : le hasard, les circonstances, les décisions des autres…

Il ne s’agit pas de considérer l’un comme « bon » et l’autre comme « mauvais ».


Avec une maladie chronique, de nombreuses choses échappent réellement à notre contrôle. Nous ne décidons ni de l’apparition de la fibromyalgie, ni de l’intensité d’une poussée, ni du regard des autres, ni de toutes les décisions médicales, professionnelles ou administratives qui peuvent nous concerner.


En revanche, identifier ce sur quoi nous pouvons encore agir peut nous aider à retrouver une certaine marge de manœuvre.


Quelques pistes pour soutenir sa résilience


Se fixer des objectifs réalistes et réalisables.

C’est quelque chose que j’apprends à mes élèves dans le cadre de la gestion de leur projet personnel.

Pour cela, on peut notamment utiliser la technique SMART : un objectif doit être spécifique, mesurable, accessible, réaliste et défini dans le temps.

Avec la fibromyalgie, cela implique aussi d’adapter nos objectifs à nos possibilités du moment.

Un petit objectif atteint peut parfois être plus bénéfique qu’un objectif trop ambitieux qui nous laisse avec le sentiment d’avoir échoué.


Cultiver une image de soi plus bienveillante.

Nous avons souvent tendance à être beaucoup plus durs avec nous-mêmes qu’avec les personnes que nous aimons.

Diriez-vous à un proche qu’il est nul parce qu’il n’a pas réussi à accomplir tout ce qu’il avait prévu ?

J’espère que non !

Alors pourquoi nous parler ainsi à nous-mêmes ?

Pratiquer l’auto-encouragement, reconnaître les efforts accomplis et prendre conscience de nos petites victoires peut nous aider à préserver la confiance que nous avons en nous.

Prendre quelques instants, le soir, pour identifier quelque chose que nous avons réussi, apprécié ou dont nous sommes fiers peut déjà être un début.


Mieux comprendre ses émotions.

Les émotions sont parfois complexes, surtout lorsque la douleur, la fatigue et les difficultés s’accumulent.

Il ne s’agit pas de les contrôler ou de faire disparaître celles que nous jugeons « négatives ».

La tristesse, la colère, la peur ou le découragement ont aussi leur raison d’être.

Mais essayer de comprendre ce qui les déclenche peut nous aider à prendre du recul et à choisir plus consciemment la manière dont nous souhaitons y réagir.

Pas toujours facile à faire — surtout quand on est très sensible ! — mais cela peut s’apprendre.


Adopter un dialogue plus doux avec soi-même.

Parler avec les autres est important. La manière dont nous nous parlons à nous-mêmes l’est aussi.

Essayer de se parler avec la même honnêteté, mais aussi la même bienveillance que celle que nous offririons à quelqu’un que nous aimons peut aider à traverser les moments difficiles.

En quelque sorte : devenir aussi son propre allié.


Apprendre à faire face aux problèmes… un à la fois.

Lorsque nous sommes confrontés à une difficulté, essayer d’identifier ce qui peut concrètement être fait permet parfois de retrouver un peu de contrôle.

Mais attention : il ne s’agit pas de transformer la vie avec la fibromyalgie en succession de défis à relever !

Certains problèmes ne peuvent pas être résolus immédiatement. D’autres nécessitent de l’aide. Et il existe aussi des situations que nous devons simplement traverser.

L’ascension d’une montagne commence par un premier pas… et parfois, il est aussi raisonnable de s’arrêter en chemin pour reprendre son souffle.


Maintenir des liens avec les autres.

La résilience ne se construit pas uniquement seul face à soi-même.

Nous avons parfois besoin de soutien, d’écoute, de reconnaissance ou simplement de la présence d’une autre personne.

Une famille, des amis, un professionnel, une association ou un groupe de parole peuvent constituer des ressources importantes.

Si vous vous sentez isolé, recréer progressivement du lien peut donc faire partie du chemin : participer à une activité, rejoindre un groupe, devenir bénévole… selon vos envies et vos possibilités.


Et avec une maladie chronique ?


Quand une maladie chronique entre dans notre vie, elle peut profondément bouleverser nos repères.


Il y a le diagnostic — parfois précédé d’une longue période d’errance —, les traitements, les limitations, les changements professionnels ou familiaux, le regard des autres… mais aussi tout ce que nous devons apprendre progressivement à réorganiser.


La vie ne sera peut-être plus exactement la même et nous devons apprendre à composer avec la maladie sans pour autant devenir uniquement un malade.


Ce processus peut prendre du temps.

Et nous ne le vivons pas tous de la même manière.


Pour certains patients, l’environnement médical apporte un sentiment de sécurité parce qu’ils s’y sentent entourés et pris en charge. Pour d’autres, il peut au contraire devenir source d’angoisse ou donner l’impression que toute leur vie tourne autour de la maladie.


De la même manière, nous ne trouvons pas tous notre soutien auprès des mêmes personnes.

Pour certains, ce sera un psychologue ou un autre professionnel. Pour d’autres, le compagnon ou la compagne, un ami, un membre de la famille ou une personne qui vit la même réalité.

Il n’y a pas de réponse absolue.


La résilience n’est pas une obligation


Il me semble surtout important de ne pas faire de la résilience une nouvelle injonction adressée aux personnes malades.


Une personne qui traverse une période de détresse, qui ne parvient plus à faire face ou qui a besoin d’aide n’est pas moins courageuse qu’une autre.


La résilience dépend aussi des ressources dont nous disposons : notre entourage, notre situation financière et professionnelle, l’accès aux soins, la reconnaissance de nos difficultés, le soutien que nous recevons…


Avec une maladie chronique, elle peut simplement consister à mobiliser progressivement ce qui peut nous aider à continuer : adapter certaines choses, préserver ce qui compte pour nous, chercher des solutions lorsque c’est possible et accepter aussi de demander de l’aide lorsque nous en avons besoin.


Certains jours, nous nous sentons capables d’affronter beaucoup de choses.

D’autres, beaucoup moins.

Cela aussi fait partie de la vie avec une maladie fluctuante.


Et affronter la maladie ensemble peut également nous aider à devenir plus résilients…

Parce que je crois que l’union fait la force : je ne suis pas Belge pour rien !


Sources


  • Carenity, La résilience : qu’est-ce que c’est et comment l’améliorer ? — source ayant servi de base à la première rédaction de cet article.

  • Inserm, Activité physique – Prévention et traitement des maladies chroniques, expertise collective, chapitre « Approche psychologique de la maladie chronique », 2019.

  • Delage M., Lejeune A., Delahaye A., Pratiques du soin et maladies chroniques graves – Approche systémique et résilience, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, 2017.

  • Casale R., Sarzi-Puttini P., Botto R. et al., « Fibromyalgia and the concept of resilience », Clinical and Experimental Rheumatology, 2019, 37 (Suppl. 116), 105-113.

  • Kinnie K.R., Vance D.E., Patrician P.A. et al., « Chronic Pain Resilience Across Clinical Populations: A Concept Analysis », Pain Management Nursing, 2024, 25(5), 442-450.

  • Cyrulnik B., Un merveilleux malheur, Odile Jacob.

 
 
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