RESOLUTION PARLEMENTAIRE
Dernière mise à jour : 16 sept.

En décembre 2025, une proposition de résolution consacrée spécifiquement à la fibromyalgie a été déposée à la Chambre des représentants.
Son objectif : demander au gouvernement fédéral de mieux reconnaître la fibromyalgie et de mettre en place un trajet de soins spécifique pour les personnes atteintes de cette maladie chronique.
Après plusieurs mois de travaux parlementaires, cette proposition a finalement été rejetée le 16 juillet 2026.
Que demandait-elle ? Que s’est-il passé ? Et que signifie réellement ce rejet ?
De quelle résolution parle-t-on ?
Il s’agit de la proposition de résolution DOC 56 1254/001, déposée le 19 décembre 2025 par le député François De Smet.
Son intitulé officiel était :
« Proposition de résolution visant à promouvoir une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie et à la mise en place d’un trajet de soins spécifique en faveur des personnes touchées par cette affection chronique. »
Elle a été prise en considération par la Chambre le 8 janvier 2026, ce qui a permis le début de son examen parlementaire.
Une résolution n’est pas une loi
Cette distinction est importante.
Une loi crée ou modifie des règles juridiques.
Une résolution parlementaire permet à la Chambre de demander officiellement au gouvernement de prendre certaines mesures.
Même si cette résolution avait été adoptée, un trajet de soins spécifique n’aurait donc pas été créé automatiquement le lendemain.
Il aurait encore fallu que le gouvernement, l’INAMI et les autres autorités compétentes traduisent les recommandations en mesures concrètes, prévoient leur financement et organisent leur mise en œuvre.
La résolution constituait donc avant tout une orientation politique adressée au gouvernement.
Que demandait-elle ?
La proposition partait du constat que, malgré la reconnaissance médicale de la fibromyalgie, les personnes concernées rencontrent toujours des difficultés dans leur parcours de soins et dans la reconnaissance des conséquences de la maladie.
Elle demandait notamment :
une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie comme maladie chronique douloureuse et handicap invisible lorsqu’elle entraîne des limitations importantes ;
la création d’un trajet de soins spécifique ;
une meilleure coordination entre médecins généralistes, spécialistes, kinésithérapeutes, psychologues, ergothérapeutes et autres professionnels concernés ;
une amélioration de l’accès aux centres et professionnels spécialisés ;
une meilleure formation des professionnels de santé ;
une sensibilisation des médecins-conseils et des organismes de sécurité sociale ;
une réflexion sur les remboursements nécessaires à une prise en charge réellement multidisciplinaire ;
une meilleure prise en compte des conséquences sociales et professionnelles ;
ainsi qu’une implication des associations de patients dans la conception et l’évaluation du futur parcours.
Pourquoi un trajet spécifique ?
La proposition considérait que la fibromyalgie devait rester identifiable comme maladie à part entière dans l’organisation des soins.
Un trajet spécifique devait notamment permettre de mieux définir :
qui pose le diagnostic ;
vers quels professionnels orienter le patient ;
quand une expertise spécialisée est nécessaire ;
quels soins sont proposés ;
comment les différents professionnels communiquent ;
et comment éviter que le patient doive lui-même coordonner l’ensemble de son parcours.
Cette question reste particulièrement importante lorsque les soins impliquent plusieurs disciplines.
MY FIBRO a participé au dossier
MY FIBRO s’est impliquée dans la réflexion ayant accompagné cette proposition.
L’association a notamment relayé les difficultés rencontrées par les personnes vivant avec la fibromyalgie et participé aux échanges avec les autres acteurs concernés.
Lorsque la Commission de la Santé a décidé de recueillir des avis écrits, MY FIBRO a également transmis sa contribution.
Cet avis abordait notamment :
l’errance diagnostique ;
l’organisation des soins ;
les limitations fonctionnelles ;
le handicap ;
l’incapacité et le travail ;
la situation des jeunes ;
les différences entre femmes et hommes ;
ainsi que la participation des patients aux décisions qui les concernent.
Pas d’auditions, mais des avis écrits
Dans une première version de cet article, nous indiquions que des auditions parlementaires devaient avoir lieu.
Ce n’est finalement pas ce qui s’est passé.
La Commission de la Santé et de l’Égalité des chances a décidé de demander des avis écrits dans le cadre de l’examen de la proposition.
Cette correction est importante : les associations et autres acteurs ont pu transmettre leur analyse, mais ils n’ont pas été auditionnés directement devant la commission dans le cadre de cette procédure.
Plusieurs mois de travail parlementaire
Le dossier a ensuite suivi son parcours à la Chambre.
La proposition a été examinée en Commission de la Santé les 20 janvier, 2 juin et 23 juin 2026.
Deux amendements ont été déposés :
un amendement de François De Smet le 2 juin 2026 ;
un amendement d’Irina De Knop le 24 juin 2026.
Le rapport parlementaire a été publié le 3 juillet 2026.
La Commission a proposé le rejet
Le 23 juin 2026, la Commission de la Santé et de l’Égalité des chances a décidé de proposer le rejet de la résolution.
La proposition n’était toutefois pas encore définitivement rejetée à ce moment-là.
Le règlement de la Chambre prévoit que lorsqu’une commission propose le rejet d’un texte, la séance plénière doit encore se prononcer sur cette proposition de rejet.
Le vote du 16 juillet 2026
La Chambre s’est finalement prononcée le 16 juillet 2026.
Attention à la manière de lire le résultat.
Les députés ne votaient pas directement « oui » ou « non » à la résolution.
Ils votaient sur la proposition de rejet formulée par la Commission de la Santé.
Résultat :
83 députés ont voté en faveur du rejet ;
54 ont voté contre le rejet ;
2 se sont abstenus.
La proposition de rejet ayant obtenu la majorité, la résolution DOC 56 1254/001 a donc été rejetée.
Cette nuance est importante : écrire simplement « la résolution a obtenu 83 voix » donnerait exactement l’impression inverse du résultat réel.
Que signifie ce rejet ?
Juridiquement et parlementairement, le dossier 56 1254 est terminé.
La proposition de résolution n’a pas été adoptée et le gouvernement n’est donc pas invité par ce texte à créer le trajet spécifique qui y était proposé. Le dossier officiel de la Chambre indique son statut comme « rejeté » au 16 juillet 2026.
Cela ne signifie cependant pas que la fibromyalgie disparaît des travaux concernant l’organisation des soins en Belgique.
D’autres démarches existent indépendamment de cette résolution, notamment les travaux menés dans le cadre de l’INAMI.
Il est important de ne pas les confondre.
Et le projet transversal P7 ?
La résolution et le projet transversal P7 de l’INAMI sont deux démarches différentes.
La résolution demandait une politique et un trajet spécifiquement consacrés à la fibromyalgie.
Le projet transversal cherche, lui, à organiser une prise en charge commune à plusieurs affections complexes partageant certaines difficultés fonctionnelles.
Le rejet de la résolution n’entraîne donc pas l’arrêt du projet P7.
De la même manière, le développement éventuel du P7 ne signifie pas que les questions soulevées par la résolution concernant les besoins propres à la fibromyalgie sont réglées.
Nous consacrons d’autres articles à cette différence.
La position de MY FIBRO
MY FIBRO avait soutenu cette résolution parce qu’elle considérait qu’elle permettait de maintenir la fibromyalgie elle-même au centre de la réflexion, avec un diagnostic, des mécanismes et des besoins qui lui sont propres. Cette position est également exposée dans les publications de l’association consacrées au projet P7 et à la résolution.
L’association défend notamment :
une expertise adaptée à la fibromyalgie ;
un diagnostic clinique correct et suffisamment précoce ;
une meilleure formation des professionnels ;
une prise en charge réellement multidisciplinaire ;
une meilleure accessibilité des soins ;
une prise en compte des limitations fonctionnelles ;
une attention aux conséquences sociales et professionnelles ;
le développement de la recherche ;
et une participation réelle des patients aux dispositifs qui les concernent.
Le rejet de la résolution ne change pas ces demandes.
Il modifie en revanche le cadre dans lequel elles devront désormais être poursuivies.
Une résolution avait déjà été adoptée par le passé
La proposition de 2025-2026 n’était pas la première initiative parlementaire consacrée à la fibromyalgie.
Une résolution avait déjà été adoptée en Belgique en 2011.
L’expérience des années suivantes avait cependant montré qu’une résolution parlementaire ne garantit pas, à elle seule, la mise en œuvre de toutes les mesures souhaitées.
C’était précisément l’un des enjeux de la nouvelle démarche : obtenir non seulement une reconnaissance politique, mais une traduction concrète dans l’organisation des soins.
Ce qu’il faut retenir
La proposition de résolution DOC 56 1254/001 a été déposée le 19 décembre 2025.
Elle demandait notamment une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie et la création d’un trajet de soins spécifique.
La Commission de la Santé a recueilli des avis écrits et a examiné le dossier au cours du premier semestre 2026.
Le 23 juin 2026, elle a proposé le rejet de la résolution.
Le 16 juillet 2026, la Chambre a adopté cette proposition de rejet par :
83 voix pour le rejet, 54 contre et 2 abstentions.
La résolution est donc définitivement rejetée.
Elle n’a créé ni nouveau droit, ni remboursement, ni trajet de soins.
Les travaux relatifs à la prise en charge de la fibromyalgie se poursuivent néanmoins dans d’autres cadres.
Sources
Chambre des représentants de Belgique – dossier parlementaire DOC 56 1254 : dépôt, calendrier, amendements, rapport et statut final de la proposition.
Chambre des représentants – séance plénière du 16 juillet 2026 : résultat officiel du vote sur la proposition de rejet.
Chambre des représentants – travaux de la Commission de la Santé : décision de demander des avis écrits.
MY FIBRO : contribution de l’association aux avis écrits et présentation de sa position sur la résolution et le projet P7.
