RETOUR AU TRAVAIL
Dernière mise à jour : il y a 5 heures

MY FIBRO a participé à une visioconférence organisée dans le cadre d’un groupe de travail initié par la LUSS – Ligue des Usagers des Services de Santé, consacré au retour au travail des personnes atteintes de maladies de longue durée.
Cette rencontre a réuni plusieurs associations de patients afin de partager les réalités du terrain et d’alimenter les réflexions menées en Belgique autour du maintien et du retour à l’emploi.
Depuis cette réunion, la législation belge a encore évolué. Plusieurs nouvelles mesures sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026.
Il nous semblait donc important de faire le point.
Des patients souvent seuls face aux démarches
Un constat largement partagé lors de la réunion concernait le manque d’information et d’accompagnement dont disposent de nombreuses personnes malades.
Lorsqu’une incapacité se prolonge, plusieurs acteurs peuvent intervenir :
le médecin traitant ;
le médecin-conseil de la mutualité ;
le médecin du travail ;
le coordinateur Retour Au Travail de la mutualité ;
l’employeur ;
le Forem, Actiris ou le VDAB ;
éventuellement l’AVIQ en Wallonie ;
et parfois différents services sociaux ou professionnels.
Pour le patient, il n’est pas toujours facile de comprendre :
qui fait quoi ?
qui décide quoi ?
à quel moment ?
et quels sont ses droits et obligations ?
Cette complexité peut être particulièrement difficile à gérer lorsque la maladie provoque elle-même fatigue, douleurs ou difficultés cognitives.
Le retour au travail n’est pas une seule procédure
On parle souvent du « retour au travail » comme s’il existait un parcours unique.
En réalité, plusieurs dispositifs coexistent.
Il faut notamment distinguer :
la reprise progressive ou adaptée du travail pendant une incapacité ;
le trajet de réintégration chez l’employeur ;
le Trajet Retour Au Travail organisé avec la mutualité ;
l’accompagnement vers un autre emploi ou une formation ;
et la procédure de force majeure médicale, qui est encore autre chose.
Ces dispositifs ne répondent pas aux mêmes situations.
La reprise progressive
Une personne reconnue en incapacité de travail peut, dans certaines situations, reprendre une activité adaptée ou partielle tout en restant reconnue en incapacité.
Cette reprise nécessite notamment l’accord de l’employeur lorsque la personne a toujours un contrat de travail et l’autorisation du médecin-conseil de la mutualité.
Le contrat de travail initial reste alors en principe maintenu.
Cette possibilité peut permettre à certaines personnes de reprendre progressivement une activité sans devoir passer immédiatement d’une incapacité complète à un temps plein.
Mais elle doit évidemment rester compatible avec l’état de santé réel de la personne.
Le trajet de réintégration chez l’employeur
Le trajet de réintégration concerne les travailleurs qui ne peuvent plus, temporairement ou définitivement, exercer le travail prévu dans leur contrat.
Son objectif est de rechercher, lorsque cela est possible :
une adaptation du travail ;
une adaptation du poste ;
un autre travail chez le même employeur ;
ou une reprise progressive.
Le médecin du travail joue ici un rôle central.
Il évalue notamment les capacités du travailleur et les conditions auxquelles un travail adapté pourrait être envisagé.
L’employeur doit ensuite examiner sérieusement les possibilités concrètes de travail adapté ou d’un autre travail.
Ce qui a changé en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, de nouvelles règles sont entrées en vigueur en Belgique dans le cadre de ce que le SPF Emploi appelle Réintégration 3.0.
Parmi les changements importants :
Après quatre semaines d’incapacité
Le travailleur doit être informé des possibilités qui existent pour favoriser une éventuelle reprise :
conversation avec le médecin du travail ;
visite préalable à la reprise ;
trajet de réintégration.
Le SPF Emploi précise que cette prise de contact ne peut pas servir à contrôler si l’incapacité est médicalement justifiée.
Cette évaluation reste de la compétence du médecin traitant et du médecin-conseil de la mutualité.
Après huit semaines
Pour les incapacités ayant débuté à partir du 1er janvier 2026, une estimation du potentiel de travail peut être réalisée dans le cadre du service de prévention.
Pour les employeurs occupant au moins 20 travailleurs, cette étape peut conduire à l’obligation de démarrer un trajet de réintégration lorsque le travailleur présente un potentiel de travail.
Dans les six mois
Chez les employeurs occupant au moins 20 travailleurs, lorsqu’un potentiel de travail a été constaté chez une personne dont l’incapacité a commencé à partir du 1er janvier 2026, un trajet de réintégration doit être lancé au plus tard dans les six mois suivant le début de l’incapacité.
Il s’agit d’une évolution importante par rapport au système précédent.
Le « potentiel de travail »
Cette expression est désormais largement utilisée dans la réglementation.
Elle vise à évaluer les capacités physiques et psychiques dont une personne dispose éventuellement pour envisager un retour vers le travail.
Mais pour une maladie fluctuante comme la fibromyalgie, cette notion mérite d’être utilisée avec prudence.
Pouvoir effectuer une activité une fois ne signifie pas nécessairement pouvoir :
la répéter quotidiennement ;
maintenir un horaire ;
garantir une présence régulière ;
supporter les déplacements ;
ou récupérer suffisamment entre deux journées de travail.
Les capacités doivent donc être examinées dans la durée et dans les conditions réelles du travail.
C’est un point que MY FIBRO a régulièrement souligné dans les échanges consacrés à l’emploi.
Et la mutualité ?
Le système de l’assurance maladie-invalidité prévoit également un accompagnement au retour au travail.
Après environ dix semaines d’incapacité, la personne reçoit un questionnaire destiné à permettre au médecin-conseil ou à l’équipe multidisciplinaire d’évaluer son potentiel de travail.
Selon la situation, elle peut ensuite être orientée vers un Coordinateur Retour Au Travail de sa mutualité.
Celui-ci peut aider à réfléchir :
à une reprise chez l’employeur ;
à un travail adapté ;
à un autre emploi ;
à une formation ;
ou à une réorientation professionnelle.
Lorsqu’une reprise n’apparaît pas possible compte tenu de l’état de santé, le médecin-conseil peut conclure qu’un Trajet Retour Au Travail ne doit pas être démarré à ce moment-là.
Répondre aux convocations reste important
Les dispositifs de retour au travail comportent désormais certaines obligations administratives.
Le questionnaire reçu pendant l’incapacité doit notamment être complété dans les délais prévus.
En cas d’absence répétée et injustifiée à certains contacts obligatoires, une réduction des indemnités peut être appliquée.
Cela ne signifie pas qu’une personne est obligée de reprendre un emploi qu’elle n’est pas médicalement capable d’exercer.
Mais il est important de répondre aux courriers, questionnaires et convocations et, en cas de difficulté, de demander rapidement de l’aide à sa mutualité, son syndicat ou un service social.
Des maladies fluctuantes difficiles à faire entrer dans des parcours linéaires
C’est l’une des difficultés particulières de la fibromyalgie.
Les symptômes peuvent varier :
d’un jour à l’autre ;
au cours d’une même journée ;
selon l’activité réalisée ;
selon le sommeil ;
ou selon les périodes de la maladie.
Une reprise peut sembler possible pendant quelques jours puis devenir trop difficile.
À l’inverse, une personne très limitée à un moment donné peut retrouver ultérieurement certaines capacités.
Un retour au travail adapté devrait donc pouvoir tenir compte de cette évolution.
L’objectif ne devrait pas seulement être de reprendre rapidement, mais de rechercher, lorsque la reprise est possible, des conditions permettant qu’elle soit durable.
C’est également ce qu’a rappelé en août 2026 l’Observatoire des maladies chroniques, qui insiste sur la nécessité d’individualiser les parcours de retour au travail et de tenir compte de l’état de santé et de la situation réelle de la personne.
Les aménagements ont un rôle essentiel
Pour certaines personnes, quelques adaptations peuvent faire une différence importante :
horaire adapté ;
réduction ou réorganisation du temps de travail ;
pauses ;
télétravail lorsque la fonction le permet ;
adaptation ergonomique ;
modification de certaines tâches ;
limitation des déplacements ;
changement de poste.
Lorsqu’une situation relève du handicap au sens de la législation antidiscrimination, la question des aménagements raisonnables peut également se poser.
Mais encore faut-il que ces adaptations soient réellement compatibles avec le travail et acceptables pour la santé du travailleur.
Le rôle de l’AVIQ en Wallonie
L’AVIQ – Agence pour une Vie de Qualité peut intervenir dans le maintien ou le retour à l’emploi des personnes dont l’état de santé ou le handicap nécessite des adaptations.
Elle peut notamment mobiliser :
des jobcoaches ;
des ergonomes ;
des aides à l’adaptation du poste ;
différents dispositifs favorisant le maintien ou l’insertion professionnelle.
Cet accompagnement peut être utile lorsque la question n’est pas simplement :
« Peut-on reprendre ? »
mais plutôt :
« Dans quelles conditions cette reprise pourrait-elle réellement fonctionner ? »
Le travail peut être bénéfique… lorsqu’il est possible
Beaucoup de personnes atteintes de maladie chronique souhaitent continuer à travailler ou reprendre une activité.
Le travail peut apporter :
un revenu ;
des contacts sociaux ;
un sentiment d’utilité ;
une structure dans la journée ;
une identité professionnelle.
Mais cela ne signifie pas que toute personne malade est capable de travailler à tout moment.
Les situations sont très différentes.
Certaines personnes peuvent continuer à travailler avec quelques adaptations.
D’autres peuvent reprendre progressivement.
D’autres encore doivent changer de métier.
Et certaines présentent des limitations telles qu’une activité professionnelle durable n’est pas possible, temporairement ou définitivement.
Ces réalités doivent pouvoir coexister.
Ce que nous a appris l’enquête MY FIBRO
L’enquête menée par MY FIBRO auprès de 287 personnes vivant avec la fibromyalgie montre justement cette diversité.
Elle met en évidence :
des personnes qui travaillent toujours ;
des reprises partielles ;
des aménagements qui fonctionnent ;
mais aussi des reprises qui échouent ;
des difficultés à obtenir des adaptations ;
des conséquences financières ;
des expériences de discrimination ou d’incompréhension ;
et des situations où les limitations ne permettent plus une activité professionnelle durable.
Un constat ressort clairement :
vouloir travailler ne signifie pas toujours pouvoir travailler dans les conditions ordinaires du marché de l’emploi.
Et les jeunes ?
La question se pose également pour les jeunes atteints d’une maladie chronique.
Certains doivent réfléchir très tôt à une orientation professionnelle compatible avec leurs capacités.
D’autres entrent sur le marché du travail avec des limitations déjà présentes.
Être jeune ne protège malheureusement pas de la maladie.
L’accompagnement devrait donc permettre au jeune de construire un projet professionnel réaliste sans limiter inutilement ses ambitions ni nier ses difficultés.
Et la fin du contrat ?
Une incapacité de longue durée n’entraîne pas automatiquement la fin du contrat.
Il existe une procédure distincte de force majeure médicale, parfois appelée « C4 médical ».
Depuis le 1er janvier 2026, elle peut être entamée après six mois d’incapacité ininterrompue, sous certaines conditions.
Nous consacrons un article spécifique à cette procédure, car elle ne doit pas être confondue avec un trajet de réintégration.
MY FIBRO et la question du retour au travail
Lors des échanges avec la LUSS et d’autres associations, MY FIBRO a défendu plusieurs points issus des témoignages de patients :
mieux informer les personnes malades ;
mieux coordonner les différents intervenants ;
tenir compte du caractère fluctuant des maladies ;
favoriser de véritables adaptations du travail ;
éviter de réduire l’évaluation à une capacité théorique ;
prendre en compte les conséquences d’une reprise sur la santé dans la durée.
Ces préoccupations rejoignent également certaines recommandations formulées en 2026 par l’Observatoire des maladies chroniques.
À retenir
En Belgique, retour au travail peut désigner plusieurs dispositifs différents.
Depuis 2026, la politique de réintégration a été renforcée :
information précoce du travailleur ;
estimation du potentiel de travail ;
trajectoires de réintégration plus rapidement envisagées ;
rôle accru des employeurs, des médecins du travail et des mutualités.
Une reprise progressive reste possible lorsque l’état de santé le permet.
Mais une personne ne doit pas être réduite à un « potentiel de travail » abstrait.
Pour une maladie fluctuante comme la fibromyalgie, il faut aussi tenir compte :
de la régularité ;
de l’endurance ;
du temps de récupération ;
de la possibilité réelle de maintenir l’activité ;
et des adaptations disponibles.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement :
« Cette personne peut-elle reprendre ? »
mais aussi :
« Dans quelles conditions peut-elle reprendre sans compromettre sa santé et de manière durable ? »
Sources
SPF Emploi, Travail et Concertation sociale – Réintégration 3.0 et nouvelles règles applicables depuis le 1er janvier 2026.
INAMI – Trajets Retour Au Travail, rôle du médecin-conseil et du Coordinateur Retour Au Travail, reprise d’une activité pendant l’incapacité.
AVIQ – soutien au maintien et à la réintégration professionnelle en Wallonie.
Observatoire des maladies chroniques – avis 2026 sur l’incapacité de travail et la politique de retour au travail.
MY FIBRO – enquête “Travailler avec la fibromyalgie”, 287 répondants.
