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SE LAVER

6 déc. 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 août


Quand un geste ordinaire demande une énergie extraordinaire


Prendre une douche, se laver les cheveux, s’essuyer, se coiffer et s’habiller semblent être des gestes simples.


Pour certaines personnes atteintes de fibromyalgie, ils peuvent pourtant représenter une véritable activité à part entière, qui demande de l’énergie, de la mobilité, de l’équilibre et parfois un temps de récupération.


Ce n’est pas nécessairement le cas tous les jours.

Comme beaucoup de manifestations de la fibromyalgie, les difficultés peuvent varier :

  • d’une personne à l’autre ;

  • d’un jour à l’autre ;

  • selon l’intensité de la douleur et de la fatigue ;

  • selon la qualité du sommeil ;

  • ou pendant une poussée – un flare.


Une revue qualitative publiée en 2026 sur le vécu des personnes atteintes de fibromyalgie décrit d’ailleurs explicitement les adaptations mises en place pour les soins corporels : certaines personnes expliquent devoir récupérer après une douche, utiliser des aides à long manche, installer des barres d’appui ou modifier leur salle de bain.


Se laver peut donc constituer un bon exemple de ce que signifie vivre avec une maladie dont le handicap est largement invisible.


Pourquoi une douche peut-elle être si fatigante ?


Une douche mobilise en réalité de nombreuses capacités simultanément.

Il faut notamment :

  • rester debout ;

  • garder son équilibre ;

  • lever les bras ;

  • se pencher ;

  • tourner le tronc ;

  • atteindre différentes parties du corps ;

  • frotter et rincer ;

  • manipuler des produits ;

  • supporter la température et le contact de l’eau ;

  • puis s’essuyer, se coiffer et s’habiller.


Chez une personne présentant douleur diffuse, fatigue, raideur ou hypersensibilité, l’addition de tous ces petits efforts peut devenir importante.


Il ne s’agit donc pas de dire que « la douche provoque la fibromyalgie » ou qu’elle est dangereuse.

C’est simplement une activité quotidienne qui peut devenir beaucoup plus coûteuse lorsque les capacités sont réduites.


Rester debout


La station debout prolongée peut être difficile chez certaines personnes.

Elle peut augmenter :

  • la fatigue ;

  • la douleur ;

  • l’inconfort dans les jambes ou le dos.


Certaines personnes présentant également une intolérance orthostatique ou une dysautonomie peuvent ressentir :

  • vertiges ;

  • palpitations ;

  • faiblesse ;

  • sensation de malaise.


La chaleur de la douche peut parfois accentuer ces manifestations parce qu’elle favorise la dilatation des vaisseaux sanguins.

Cela ne concerne pas toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.

Pour d’autres, au contraire, une douche chaude peut être très agréable et diminuer temporairement la douleur ou la raideur.


L’adaptation doit donc toujours rester individuelle.


Lever les bras


Se laver ou sécher les cheveux oblige souvent à garder les bras en hauteur pendant plusieurs minutes.

Lorsque les épaules, la nuque ou les bras sont douloureux, cette position peut rapidement devenir inconfortable.


Il faut ensuite parfois :

  • sécher les cheveux ;

  • tenir un sèche-cheveux ;

  • les brosser ;

  • les coiffer.

La difficulté ne vient donc pas nécessairement d’un seul geste, mais de l’enchaînement des tâches.


Certaines personnes préfèrent dès lors :

  • laver leurs cheveux un autre jour ;

  • les laisser sécher naturellement ;

  • s’asseoir pour les coiffer ;

  • choisir une coiffure nécessitant moins d’entretien.


Ce ne sont pas des renoncements futiles.

Ce sont des stratégies d’économie d’énergie.


Se pencher et atteindre certaines parties du corps


Les douleurs, la raideur et une mobilité réduite peuvent rendre difficiles certains gestes :

  • atteindre le dos ;

  • se laver les pieds ;

  • se pencher ;

  • entrer ou sortir d’une baignoire ;

  • s’essuyer complètement.


Des aides simples peuvent parfois suffire :

  • éponge ou brosse à long manche ;

  • pommeau de douche à main ;

  • distributeurs faciles à utiliser ;

  • serviette ou peignoir absorbant ;

  • produits disposés à hauteur accessible.


Un ergothérapeute peut aider à identifier les adaptations réellement utiles en fonction des difficultés de la personne.


La baignoire peut devenir moins accessible


Entrer dans une baignoire demande :

  • d’enjamber un rebord ;

  • de transférer le poids du corps ;

  • de maintenir son équilibre.

Sortir d’un bain profond demande également suffisamment de force et de mobilité.

Pour une personne présentant des difficultés importantes, une baignoire peut donc devenir moins pratique ou moins sécurisante.


Selon la situation, différentes solutions existent :

  • planche de bain ;

  • siège adapté ;

  • barres d’appui ;

  • douche accessible ;

  • douche de plain-pied.

Il n’est évidemment pas nécessaire de transformer entièrement une salle de bain lorsque quelques adaptations simples suffisent.


L’hypersensibilité peut aussi intervenir


Dans la fibromyalgie, certaines personnes présentent une allodynie ou une hypersensibilité au toucher et à la température.


Le jet d’eau, le frottement d’une serviette ou certains produits peuvent alors être désagréables, voire douloureux.

Il peut être utile d’expérimenter :

  • une pression d’eau différente ;

  • une température plus confortable ;

  • des textiles plus doux ;

  • des gestes moins vigoureux ;

  • des produits mieux tolérés.

Là encore, il n’existe pas une solution universelle.


Et après la douche ?


C’est parfois la partie que l’entourage voit le moins.

La toilette peut être terminée, mais il reste encore à :

  • s’essuyer ;

  • appliquer éventuellement des soins ;

  • s’habiller ;

  • se coiffer ;

  • ranger la salle de bain.


Certaines personnes doivent ensuite s’asseoir ou se reposer quelques minutes avant de poursuivre leur journée.

La revue qualitative publiée en 2026 rapporte précisément ce type d’expérience, avec des personnes prévoyant un temps de récupération après les soins d’hygiène.

Ce repos n’est pas nécessairement le signe d’un malaise post-effort.

Dans la fibromyalgie, il peut simplement correspondre à la récupération nécessaire après une activité devenue coûteuse.


Adapter plutôt que renoncer


L’objectif n’est pas de transformer chaque douche en protocole médical.


Quelques adaptations peuvent parfois considérablement faciliter la tâche :

  • s’asseoir sous la douche ;

  • utiliser un pommeau de douche mobile ;

  • installer une barre d’appui ;

  • placer les produits à portée de main ;

  • utiliser des accessoires à long manche ;

  • préparer les vêtements avant la douche ;

  • dissocier lavage des cheveux et douche si nécessaire ;

  • choisir le moment de la journée où l’énergie est généralement meilleure ;

  • prévoir quelques minutes de récupération ensuite


Une adaptation est utile lorsqu’elle permet de préserver de l’énergie pour ce qui compte réellement dans la journée.


Ce n’est pas « céder à la maladie »


Certaines personnes hésitent à utiliser :

  • un siège de douche ;

  • une barre d’appui ;

  • une aide technique ;

  • ou l’aide d’un proche,

par peur de « devenir dépendantes ».


Pourtant, une aide technique peut au contraire préserver l’autonomie.

S’asseoir pour se laver ne signifie pas que l’on abandonne l’activité.

Cela peut permettre de continuer à la réaliser soi-même avec moins de douleur, de fatigue ou de risque de déséquilibre.


C’est précisément l’un des objectifs de l’ergothérapie : adapter l’environnement et les gestes afin que la personne puisse continuer à participer au maximum à sa vie quotidienne.


Des aides existent en Wallonie


En Wallonie, l’AVIQ intervient, sous certaines conditions, dans différentes aides individuelles destinées à favoriser l’autonomie des personnes en situation de handicap.


Les aides peuvent notamment concerner certains aménagements du logement et équipements tels que :

  • barres et poignées d’appui ;

  • adaptations de certaines pièces de vie ;

  • certains équipements destinés à faciliter l’autonomie.


La prise en charge dépend cependant :

  • de la situation individuelle ;

  • du type d’aide ;

  • des conditions prévues par la réglementation ;

  • et de l’accord de l’AVIQ.


Il est donc préférable de se renseigner avant d’acheter ou de réaliser des travaux, plutôt que de partir du principe qu’une dépense sera automatiquement remboursée.


Et à Bruxelles ?


Pour les nouvelles demandes, il ne faut plus renvoyer vers le service PHARE.

Depuis 2024, les aides matérielles individuelles à l’inclusion en Région de Bruxelles-Capitale relèvent d’Iriscare et des organismes assureurs bruxellois.


Elles peuvent notamment concerner :

  • certaines adaptations de salle de bain ;

  • des aménagements immobiliers ;

  • des barres ou équipements fixés au logement ;

  • différents matériels favorisant l’autonomie.

L’intervention dépend également de critères et d’une procédure précise.


Se laver compte aussi dans l’évaluation de l’autonomie


C’est une information particulièrement importante pour les personnes qui introduisent une demande auprès de la Direction générale Personnes handicapées.

Lors de l’évaluation de l’autonomie, six grands domaines de la vie quotidienne sont examinés.


L’un d’eux concerne explicitement la capacité à : faire sa toilette et s’habiller.

L’administration peut notamment s’intéresser à des questions très concrètes :

  • pouvez-vous prendre une douche seul ?

  • pouvez-vous prendre un bain seul ?

  • devez-vous vous asseoir pour faire votre toilette ?

  • votre salle de bain doit-elle être adaptée ?

  • avez-vous besoin d’aide pour vous habiller ou vous déshabiller ?


Selon le niveau de difficulté et l’aide nécessaire, des points peuvent être attribués.

Cela signifie qu’il est important de ne pas simplement répondre :

« oui, je sais me laver seule ».

Si, en réalité :

  • la douche prend beaucoup plus de temps ;

  • vous devez vous asseoir ;

  • quelqu’un doit vous aider ;

  • certaines parties du corps sont difficiles à atteindre ;

  • vous devez utiliser du matériel adapté ;

  • ou vous devez récupérer ensuite,

ces éléments décrivent l’impact fonctionnel réel de la maladie.

Ils méritent d’être expliqués.


Faire seul ne signifie pas faire sans difficulté


C’est une distinction essentielle pour toutes les activités quotidiennes.


Une personne peut réussir à prendre sa douche seule.

Mais si elle doit :

  • utiliser un siège ;

  • fractionner les gestes ;

  • prévoir beaucoup plus de temps ;

  • supporter une douleur importante ;

  • ou consacrer ensuite une partie de son énergie à récupérer,

son autonomie n’est pas identique à celle d’une personne qui réalise cette activité sans difficulté.


Le handicap ne se mesure pas uniquement à la question :

« Pouvez-vous le faire, oui ou non ? »

Il faut également regarder :

comment, avec quelle aide, au prix de quel effort et avec quelles conséquences sur le reste de la journée ?


À retenir


Se laver est un acte essentiel de la vie quotidienne.


Chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie, il peut devenir particulièrement exigeant en raison de la combinaison de :

  • douleur ;

  • fatigue ;

  • raideur ;

  • difficultés à rester debout ;

  • hypersensibilités ;

  • limitations des mouvements ;

  • éventuellement vertiges ou troubles de l’équilibre.


Cette difficulté peut être réduite grâce à :

  • des stratégies d’économie d’énergie ;

  • des aides techniques ;

  • une adaptation de la salle de bain ;

  • et, lorsque cela est utile, l’accompagnement d’un ergothérapeute.


En Belgique, les difficultés pour se laver et s’habiller font également partie des éléments pris en compte lors de certaines évaluations officielles de l’autonomie.


Parler de ces difficultés n’est donc pas exagérer sa maladie.

C’est décrire concrètement ce qu’elle change dans la vie quotidienne.


Ressources belges


  • AVIQ – Aides individuelles à l’intégration : aides matérielles et adaptations visant à favoriser l’autonomie en Wallonie.

  • Iriscare – Aides individuelles à l’inclusion : aides matérielles et adaptations en Région de Bruxelles-Capitale.

  • SPF Sécurité sociale – Direction générale Personnes handicapées – évaluation de l’autonomie et allocation d’intégration : la toilette et l’habillage font partie des six domaines évalués.


Sources scientifiques complémentaires


  • Perception and lived experience of movement in patients with fibromyalgia: a qualitative systematic review with meta-synthesis and meta-summary, Clinical Rheumatology, 2026.

  • The Occupational Profile of Women with Fibromyalgia Syndrome, 2015 – étude des difficultés rencontrées dans les activités de la vie quotidienne, notamment l’hygiène personnelle.

  • Poole J.L. et al. – travaux sur les interventions ergothérapeutiques et les activités quotidiennes chez les adultes atteints de fibromyalgie.

 
 
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