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SOPHROLOGIE

6 mai 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 sept.


La sophrologie est une pratique psychocorporelle qui associe le corps et l’esprit à travers différentes techniques de respiration, de relaxation, de mouvements doux, d’attention aux sensations et d’évocation mentale.


Elle a été créée dans les années 1960 par le neuropsychiatre Alfonso Caycedo, qui s’est inspiré de plusieurs approches occidentales de relaxation, mais aussi, au fil de son parcours, du yoga, du bouddhisme tibétain et du zen japonais.


Son objectif n’est pas simplement de « se détendre ».

La sophrologie cherche plutôt à apprendre à la personne à mieux percevoir son corps, ses sensations et ses réactions, à retrouver plus facilement un état d’apaisement et à acquérir des techniques qu’elle pourra ensuite réutiliser seule dans son quotidien.


Que fait-on concrètement en sophrologie ?


Une séance peut comporter plusieurs types d’exercices.


La respiration contrôlée

Le sophrologue peut proposer de porter davantage attention à la respiration, de la ralentir ou de l’associer à certains mouvements.

Ces exercices sont généralement utilisés pour favoriser le relâchement et ramener l’attention vers le moment présent.


La détente corporelle

La personne est invitée à prendre conscience des différentes parties de son corps et à observer les tensions présentes, sans forcément chercher à les faire disparaître à tout prix.

Selon les exercices, la pratique peut avoir lieu assis, debout ou parfois allongé.


La relaxation dynamique

Contrairement à l’image d’une méthode uniquement statique, une partie de la sophrologie comporte des mouvements doux associés à la respiration et à l’attention corporelle.

Il peut par exemple s’agir de mouvements des épaules, des bras ou du corps, de contractions suivies de relâchements ou d’exercices réalisés debout.

Ils ne constituent pas une activité physique au sens d'un entraînement musculaire ou cardiovasculaire. Leur objectif est plutôt d'associer mouvement, respiration et perception du corps.


L’évocation ou la visualisation mentale

Certaines séances utilisent l’imagination : se représenter un lieu agréable, évoquer une expérience positive, anticiper mentalement une situation à venir ou se concentrer sur une sensation agréable.

Cette visualisation n’« active » toutefois pas un mécanisme d’auto-guérison et ne répare pas les organes.

Elle peut simplement constituer un support pour la relaxation, la préparation mentale ou le déplacement de l’attention.


Il existe plusieurs formes de sophrologie


Le mot « sophrologie » recouvre aujourd’hui des pratiques qui ne sont pas toutes identiques.


L’Inserm distingue notamment deux grands courants.


La sophrologie caycédienne

Elle se réclame directement de l’évolution de la méthode développée par Alfonso Caycedo et est aujourd’hui appelée Méthode Caycedo.

Elle repose notamment sur la Relaxation Dynamique de Caycedo, organisée en plusieurs degrés progressifs. La méthode complète en comprend douze, répartis en différents cycles.

Les premiers degrés sont ceux que l’on rencontre le plus souvent dans une pratique destinée au grand public : attention au corps, respiration, mouvements, perception des sensations et exercices d’évocation.

Dans ce courant, la sophrologie est généralement présentée davantage comme une méthode d’accompagnement et d'apprentissage que comme une thérapie destinée à traiter une maladie.


La sophrologie généraliste

D’autres écoles se sont développées à partir des bases historiques de la sophrologie, mais en s’éloignant plus ou moins de la méthode Caycedo.

Le contenu des séances, les techniques enseignées et les formations peuvent donc varier fortement d’un praticien à l’autre.

Certaines approches mettent davantage l’accent sur la relaxation, d’autres sur la visualisation, la gestion du stress, le sommeil ou encore la préparation à certains événements.

C’est pourquoi parler de « la sophrologie » comme s’il s’agissait d’une technique parfaitement standardisée peut être trompeur.


En individuel ou en groupe


La sophrologie peut également se pratiquer de différentes manières.


En séance individuelle, le sophrologue peut adapter davantage les exercices à la demande de la personne : stress, sommeil, préparation à une situation, vécu de la douleur…


Les séances collectives proposent généralement des exercices utilisables par l’ensemble du groupe. Elles peuvent aussi permettre de découvrir la méthode à un coût plus accessible.


Dans les deux cas, l’un des intérêts recherchés est normalement l’autonomie : apprendre quelques techniques simples pour pouvoir ensuite les reproduire chez soi sans dépendre constamment du praticien.


Sophrologie, relaxation, méditation ou hypnose ?


Les frontières ne sont pas toujours évidentes car ces pratiques peuvent utiliser des outils proches.


La relaxation vise principalement à obtenir un relâchement physique et mental.

La méditation de pleine conscience entraîne plutôt à observer ce qui se présente dans l’instant, sans chercher nécessairement à produire un état agréable.

L’hypnose utilise un état modifié de conscience et des suggestions dans un cadre différent.

La sophrologie combine quant à elle plusieurs éléments : respiration, relaxation, mouvements, conscience corporelle et évocations mentales.

Ces distinctions restent néanmoins à nuancer car les pratiques réelles peuvent se chevaucher.


Et dans la fibromyalgie ?


La sophrologie peut sembler particulièrement attractive lorsque l’on vit avec des douleurs chroniques, de la fatigue, des tensions corporelles ou des troubles du sommeil.


Certaines personnes peuvent apprécier :

  • les exercices de respiration ;

  • les moments de relâchement ;

  • les mouvements très doux ;

  • le fait de porter temporairement son attention ailleurs que sur la douleur ;

  • l’apprentissage d’outils utilisables lors d’un moment de stress ou de tension ;

  • une meilleure observation de ses sensations corporelles ;

  • le sentiment de disposer d’un outil supplémentaire pour traverser certaines périodes difficiles.


Il faut toutefois distinguer ce qu’une personne peut ressentir individuellement de ce qui est démontré comme traitement de la fibromyalgie.


Que disent les études ?


La Haute Autorité de Santé s’est penchée spécifiquement sur la sophrologie lors de l’élaboration de ses recommandations 2025 sur la fibromyalgie.


Elle souligne que la recherche est encore très limitée : elle n’a retrouvé qu’une seule étude comparative portant spécifiquement sur la sophrologie dans la fibromyalgie.

Cette étude a concerné 60 femmes réparties entre un programme de sophrologie et un programme d’exercices musculaires, deux fois par semaine pendant douze semaines.


Une diminution de la douleur a été observée au fil du temps dans les deux groupes. Il n’y avait pas de différence significative entre les deux approches concernant la douleur, tandis que l’exercice physique obtenait de meilleurs résultats pour certaines capacités fonctionnelles et pour la force musculaire.


Cela ne permet donc pas de conclure que la sophrologie est inefficace.

Mais cela ne permet pas non plus de considérer son efficacité comme démontrée dans la fibromyalgie.


Plus largement, le rapport d’expertise de l’Inserm consacré à la sophrologie souligne le faible nombre d’études de bonne qualité, l’hétérogénéité importante des pratiques et des formations et le manque de données permettant d’établir clairement son efficacité pour les nombreuses indications qui lui sont attribuées.


Quelle place lui donner ?


Les recommandations 2025 de la HAS placent l’activité physique adaptée aux capacités de la personne au premier plan de la prise en charge de la fibromyalgie.

Elles considèrent néanmoins que des approches comme la relaxation, la méditation ou l’hypnose peuvent être explorées lorsqu’elles s’intègrent dans un projet de soins global.


Le principe proposé est finalement assez simple : si une approche sans risque vous apporte un bénéfice réel, elle peut être poursuivie. Si elle ne vous apporte rien, il n’y a aucune raison de persévérer.


La sophrologie peut donc être envisagée dans le même esprit : comme un outil complémentaire de mieux-être ou d’autogestion, et non comme un traitement de la cause de la fibromyalgie.


Elle ne remplace ni l’activité physique, ni les soins médicaux, ni les autres interventions utiles lorsque celles-ci sont nécessaires.


Choisir son sophrologue


Puisqu’il existe plusieurs courants et des formations très différentes, il peut être utile de demander au praticien :

  • quelle formation il a suivie ;

  • depuis combien de temps il exerce ;

  • quel type de sophrologie il pratique ;

  • s’il connaît la douleur chronique et la fibromyalgie ;

  • comment il adapte les exercices aux capacités de la personne.


Un praticien sérieux doit également connaître les limites de son intervention.

Mieux vaut rester prudent face à quelqu’un qui promettrait de guérir la fibromyalgie, de supprimer durablement les douleurs ou d’agir directement sur les organes grâce à la visualisation ou à une supposée « énergie vitale ».


À retenir


La sophrologie n’est donc pas une technique unique mais un ensemble de pratiques psychocorporelles qui associent principalement respiration, relaxation, mouvements doux, attention au corps et évocation mentale.


Certaines personnes atteintes de fibromyalgie peuvent y trouver un véritable moment d’apaisement ou des exercices utiles à reproduire au quotidien.

D’autres n’y trouveront aucun intérêt.

Et les données scientifiques restent actuellement trop limitées pour présenter la sophrologie comme un traitement démontré de la fibromyalgie.


Comme pour beaucoup d’approches complémentaires, la bonne question n’est peut-être pas seulement :

« Est-ce que la sophrologie fonctionne ? »

mais aussi :

« Est-ce que cette pratique m’apporte quelque chose, sans risque, sans me ruiner et sans remplacer ce qui est réellement nécessaire à ma santé ? »


Sources


  • Haute Autorité de Santé (HAS), Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, recommandations et argumentaire scientifique, 2025.

  • Inserm, Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de la sophrologie, rapport d’expertise réalisé à la demande de la Direction générale de la Santé, 2020, publié en 2021.

  • Silva H.J.A. et al., « Sophrology versus resistance training for treatment of women with fibromyalgia: A randomized controlled trial », Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2019, 23(2), 382-389.

  • Sofrocay – Académie internationale de Sophrologie Caycédienne, présentation de la Méthode Caycedo et des Relaxations Dynamiques de Caycedo — source utilisée pour décrire la sophrologie caycédienne et son organisation ; il s’agit d’une source émanant de l’organisme qui enseigne la méthode et non d’une source indépendante d’évaluation de son efficacité.

  • Patricia Marchal, La sophrologie et fibromyalgie — source utilisée lors de la rédaction initiale de cet article ; présentation professionnelle de la pratique, à distinguer des sources scientifiques évaluant son efficacité.

 
 
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