STRESS
Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Le stress est souvent cité par les personnes atteintes de fibromyalgie comme un facteur susceptible d’aggraver leurs symptômes.
Mais qu’est-ce réellement que le stress ? Que se passe-t-il dans notre organisme lorsqu’il apparaît ? Et surtout, que sait-on aujourd’hui de ses liens avec la fibromyalgie ?
Le stress, c’est quoi ?
Le mot « stress » est utilisé pour désigner beaucoup de choses : une situation difficile, la réaction qu’elle provoque ou encore l’état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous nous sentons sous pression.
En médecine, le concept de stress a notamment été développé à partir des travaux du médecin Hans Selye au XXe siècle.
Le stress correspond avant tout à une réponse d’adaptation de l’organisme face à une situation qu’il perçoit comme exigeante, menaçante ou inhabituelle.
Il ne s’agit donc pas uniquement de stress « psychologique ».
Notre organisme peut aussi être soumis à un stress physique :
une douleur ;
une infection ;
un accident ;
une opération ;
un manque de sommeil ;
un effort important ;
le froid ou la chaleur ;
une maladie.
Le stress est donc, à l’origine, un mécanisme normal et utile.
Il permet à notre organisme de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour faire face à une situation.
Le stress, un mécanisme de protection
Face à un danger ou à une contrainte, notre organisme se prépare à agir.
Le rythme cardiaque peut augmenter.
La respiration se modifier.
Les muscles se mettre en tension.
La vigilance augmente.
De l’énergie devient rapidement disponible.
Ces mécanismes ont permis à nos ancêtres de fuir un prédateur ou de réagir immédiatement à une menace.
Les dangers auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont souvent différents : problèmes financiers, surcharge de travail, conflit, maladie, examen, bruit, responsabilités familiales…
Mais notre organisme possède toujours ces anciens systèmes de réponse.
À court terme, ils sont donc utiles.
Que se passe-t-il dans notre cerveau ?
La réponse au stress fait intervenir plusieurs régions du cerveau.
Parmi elles :
l’amygdale, qui participe notamment à la détection et à l’évaluation des situations menaçantes ou importantes ;
l’hippocampe, impliqué notamment dans la mémoire et le contexte dans lequel une situation est vécue ;
le cortex préfrontal, qui intervient entre autres dans l’analyse, la prise de décision et la régulation de nos réactions.
Ces différentes régions communiquent avec d’autres structures du cerveau et participent à l’activation des systèmes qui préparent notre organisme à réagir.
Le stress n’est donc pas simplement une impression ou une émotion.
Il provoque de véritables réactions physiologiques.
La Fondation pour la Recherche sur le Cerveau décrit notamment ce rôle du cerveau, des neurotransmetteurs et des hormones dans la réponse au stress.
Le système nerveux autonome entre en action
L’un des systèmes impliqués est le système nerveux autonome.
Il est appelé « autonome » parce qu’il régule automatiquement de nombreuses fonctions de notre organisme sans que nous ayons besoin d’y penser :
le rythme cardiaque ;
la pression artérielle ;
la digestion ;
la transpiration ;
différentes fonctions respiratoires et métaboliques.
Une de ses branches, le système sympathique, participe à la mobilisation de l’organisme face à une situation exigeante.
L’adrénaline et la noradrénaline jouent notamment un rôle dans cette réponse.
Lorsque la situation stressante disparaît, le système parasympathique participe davantage au retour au calme, au repos et à la récupération.
Notre organisme fonctionne donc en permanence dans un équilibre entre mobilisation et récupération.
Et les hormones du stress ?
Un autre système intervient : l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, souvent appelé axe HPA.
Le nom est compliqué, mais le mécanisme peut être résumé simplement :
le cerveau détecte une situation → l’hypophyse transmet un signal → les glandes surrénales produisent notamment du cortisol.
Le cortisol est souvent surnommé « l’hormone du stress ».
Mais le cortisol n’est pas notre ennemi.
Il est indispensable et participe notamment :
au métabolisme ;
à la mise à disposition de l’énergie ;
à la régulation de la pression artérielle ;
au fonctionnement immunitaire ;
à l’adaptation de notre organisme aux contraintes.
Le problème n’est donc pas simplement d’avoir « trop » ou « pas assez » de cortisol.
Ce qui intéresse les chercheurs est surtout la manière dont les différents systèmes de régulation fonctionnent et s’adaptent.
Stress aigu et stress chronique
Il est utile de distinguer deux situations.
Le stress aigu
Le stress aigu correspond à une situation ponctuelle.
L’organisme se mobilise, puis revient progressivement à son état habituel lorsque la situation est terminée.
Il peut s’agir, par exemple, d’une frayeur, d’un examen, d’une confrontation ou d’un événement inattendu.
Le stress chronique
Lorsque les contraintes se répètent ou se prolongent et que les possibilités de récupération deviennent insuffisantes, l’organisme doit s’adapter pendant beaucoup plus longtemps.
Le stress chronique peut alors influencer de nombreux domaines :
le sommeil ;
l’humeur ;
les capacités de concentration ;
le fonctionnement cardiovasculaire ;
le métabolisme ;
l’immunité ;
la fatigue.
On trouve encore parfois l’idée selon laquelle les hormones du stress seraient produites continuellement jusqu’à « épuiser » complètement l’organisme ou les glandes surrénales.
Cette explication est trop simpliste.
Les mécanismes modernes du stress sont plutôt compris comme des modifications complexes de différents systèmes de régulation et de leur capacité à s’adapter.
Et dans la fibromyalgie ?
C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.
Les chercheurs étudient depuis longtemps les relations entre fibromyalgie, douleur et systèmes de réponse au stress.
Parmi les pistes explorées figurent notamment :
le système nerveux autonome ;
l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ;
le cortisol ;
la réponse sympathique ;
le sommeil ;
les mécanismes de modulation de la douleur.
L’Inserm considère d’ailleurs l’étude des interactions entre le stress physique, psychologique ou émotionnel et les perturbations de la perception de la douleur comme l’un des axes de recherche sur les mécanismes de la fibromyalgie. Il cite notamment le système sympathique autonome et l’axe hypothalamo-hypophysaire.
En Belgique, les spécialistes du Centre interdisciplinaire d’algologie du CHU de Liège rappellent également que la fibromyalgie est une maladie complexe dont les mécanismes ne peuvent être réduits à une seule explication.
Et le cortisol ?
C’est probablement l’un des sujets qui a généré le plus d’affirmations contradictoires.
On peut lire :
« Les personnes fibromyalgiques ont trop de cortisol. »
Ailleurs :
« Elles n’en produisent plus assez. »
Ou encore :
« Les glandes surrénales sont épuisées. »
Les données scientifiques ne permettent pas de présenter les choses de cette manière.
Des études ont effectivement observé des différences concernant certains marqueurs impliqués dans la réponse au stress.
Mais les résultats ne sont pas identiques d’une étude à l’autre.
Une revue systématique et méta-analyse consacrée aux biomarqueurs du stress dans la fibromyalgie a retrouvé certaines différences concernant notamment le cortisol salivaire ou urinaire et la noradrénaline. Mais elle souligne également l’importante hétérogénéité des résultats.
Il n’existe donc pas aujourd’hui un profil du cortisol propre à toutes les personnes atteintes de fibromyalgie permettant d’expliquer ou de diagnostiquer la maladie.
La recherche sur les systèmes de réponse au stress est intéressante.
Mais fibromyalgie = problème de cortisol serait un raccourci incorrect.
Le stress provoque-t-il la fibromyalgie ?
Nous ne pouvons pas l’affirmer.
Certaines personnes rapportent que leurs premiers symptômes sont apparus ou se sont fortement aggravés après :
une période de stress intense ;
un accident ;
une infection ;
une intervention chirurgicale ;
un deuil ;
un traumatisme physique ou psychologique ;
une période prolongée d’épuisement.
Ces observations sont étudiées.
Mais une association n’est pas automatiquement une relation de cause à effet.
L’expertise collective de l’Inserm, qui a analysé près de 1 600 publications scientifiques consacrées à la fibromyalgie, insiste sur la complexité et le caractère multifactoriel de la maladie. Les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux peuvent interagir, sans qu’un facteur unique puisse aujourd’hui être présenté comme « la cause » de la fibromyalgie.
Il est donc important de distinguer trois notions.
Cause, déclencheur ou facteur aggravant
Une cause
Une cause est un élément dont on peut établir qu’il provoque la maladie.
Nous ne connaissons actuellement aucune cause unique de la fibromyalgie.
Un facteur déclencheur
Un événement pourrait, chez certaines personnes et dans certaines circonstances, participer au déclenchement d'une maladie pour laquelle il existe déjà différentes vulnérabilités.
Cette possibilité fait encore l’objet de recherches.
Un facteur aggravant
Un facteur aggravant ne provoque pas la maladie, mais peut augmenter ses manifestations.
Et c’est à ce niveau que le rôle du stress est le plus clairement observable.
L’Inserm cite d’ailleurs le stress et les émotions parmi les facteurs susceptibles d’aggraver les symptômes de la fibromyalgie, tout comme certaines situations peuvent au contraire favoriser leur amélioration.
C’est une différence essentielle.
Dire que le stress peut aggraver la fibromyalgie ne signifie pas que le stress cause la fibromyalgie.
Comment le stress peut-il influencer les symptômes ?
Chez certaines personnes, une période de stress important peut s’accompagner d’une augmentation :
des douleurs ;
de la fatigue ;
des tensions musculaires ;
des troubles du sommeil ;
des difficultés de concentration ;
de certains troubles digestifs ;
des palpitations ;
ou de la sensation générale d’épuisement.
Plusieurs mécanismes peuvent interagir.
Le stress peut perturber le sommeil.
Le manque de sommeil peut accentuer la fatigue et modifier la perception de la douleur.
La douleur elle-même constitue une contrainte pour l’organisme.
La fatigue peut réduire les capacités d’adaptation.
Et l’ensemble peut contribuer à entretenir un cercle difficile à interrompre.
Mais la relation fonctionne aussi dans l’autre sens
On pose souvent la question :
« Le stress aggrave-t-il la fibromyalgie ? »
Mais il faudrait également demander :
« À quel point vivre avec une fibromyalgie est-il stressant ? »
Vivre avec une douleur chronique.
Dormir sans se sentir reposé.
Ne pas savoir dans quel état on se réveillera demain.
Ne plus pouvoir accomplir certaines activités comme auparavant.
Devoir parfois réduire ou arrêter son activité professionnelle.
Voir ses revenus diminuer.
Multiplier les rendez-vous médicaux.
Devoir accomplir des démarches administratives.
Être confronté à l’incompréhension.
Parfois ne pas être cru.
Tout cela constitue également du stress.
La relation peut donc fonctionner dans les deux sens :
douleur → stress → perturbation du sommeil → fatigue → diminution des capacités → davantage de difficultés → davantage de stress.
Cela correspond davantage à une interaction entre plusieurs mécanismes qu’à une relation simple de cause à effet.
Pourquoi agir sur le stress s’il n’est pas la cause ?
Parce qu’un élément n’a pas besoin d’être la cause d’une maladie pour qu’il soit utile d’agir dessus.
Si le stress augmente les symptômes d’une personne, réduire certaines sources de tension ou améliorer les capacités de récupération peut contribuer à améliorer son quotidien.
Cela peut passer, selon les personnes, par :
des exercices de respiration ;
la relaxation ;
la méditation ;
une activité physique adaptée ;
la marche ;
le yoga ou le tai-chi adaptés ;
la musique ;
une activité créative ;
le contact avec la nature ;
le maintien des liens sociaux ;
le pacing ;
un meilleur équilibre entre activité et récupération ;
un accompagnement psychologique lorsqu’il est souhaité ou nécessaire.
La Fondation pour la Recherche sur le Cerveau rappelle elle aussi l’intérêt de différentes formes de relaxation mentale et physique dans la régulation du stress.
Dans la fibromyalgie, ces outils doivent cependant toujours être adaptés aux capacités de la personne.
Gérer son stress ne signifie pas être responsable de sa maladie
Cette précision est fondamentale.
Conseiller à une personne de diminuer son stress peut rapidement devenir culpabilisant si cela sous-entend :
« Si vous êtes toujours malade, c’est que vous ne gérez pas correctement vos émotions. »
Ce n’est pas ce que disent les connaissances actuelles sur la fibromyalgie.
Une personne peut :
méditer,
respirer,
faire de l’activité physique,
suivre une psychothérapie,
adapter son rythme de vie,
prendre soin de son sommeil,
et continuer malgré tout à souffrir de fibromyalgie.
Elle n’a pas échoué.
La gestion du stress est un outil possible parmi d’autres. Elle n’est ni une explication globale de la maladie ni un traitement miracle.
Stress, anxiété et dépression : ne mélangeons pas tout
Le stress n’est pas non plus synonyme d’anxiété ou de dépression.
Une personne peut :
avoir une fibromyalgie sans souffrir de trouble anxieux ;
être momentanément stressée sans présenter de trouble psychologique ;
avoir une fibromyalgie et une dépression ;
avoir une fibromyalgie et un trouble anxieux.
Ces réalités peuvent parfois se rencontrer, mais elles ne sont pas interchangeables.
La fibromyalgie n’est pas une maladie psychiatrique.
L’Inserm rappelle d’ailleurs que l’évolution des connaissances a conduit à abandonner l’ancienne conception de la fibromyalgie comme maladie psychosomatique au profit d’une compréhension fondée notamment sur les mécanismes de la douleur nociplastique.
La recherche continue
Beaucoup de questions restent ouvertes.
Les chercheurs étudient actuellement les interactions entre :
système nerveux autonome ;
cerveau ;
systèmes de modulation de la douleur ;
sommeil ;
réponse au stress ;
système immunitaire ;
métabolisme ;
microbiote ;
facteurs génétiques ;
facteurs environnementaux.
Ces recherches montrent surtout une chose :
la fibromyalgie ne peut pas être expliquée par un seul mécanisme.
Les systèmes de réponse au stress constituent une pièce intéressante du puzzle.
Ils ne sont pas le puzzle entier.
À retenir
Le stress est avant tout une réponse normale d’adaptation de l’organisme.
Il n’est pas uniquement psychologique : une douleur, une infection, un manque de sommeil ou une maladie constituent également des contraintes pour l’organisme.
Le système nerveux autonome et l’axe hormonal du stress font partie des mécanismes étudiés dans la fibromyalgie.
Mais il n’existe pas aujourd’hui de dérèglement unique du stress ou du cortisol permettant d’expliquer la maladie.
Le stress peut aggraver les symptômes chez certaines personnes.
Cela ne signifie pas qu’il est la cause de la fibromyalgie.
Et la relation fonctionne également dans l’autre sens :
vivre avec la fibromyalgie peut être une source importante de stress.
Agir sur le stress peut donc faire partie d’une prise en charge globale.
Mais cela ne doit jamais servir à culpabiliser le patient ni à réduire la fibromyalgie à un problème psychologique.
Sources
Gos L., Staquet C., Libbrecht D. et coll. – Fibromyalgie, où en est-on en 2023 ?, Revue Médicale de Liège, CHU de Liège, 2023.
Inserm – Fibromyalgie, dossier réalisé en collaboration avec Didier Bouhassira, Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, Hôpital Ambroise-Paré.
Inserm – Fibromyalgie. Synthèse et recommandations, Expertise collective, 2020. Près de 1 600 publications scientifiques ont été analysées dans le cadre de cette expertise.
Fondation pour la Recherche sur le Cerveau – Le stress, rédaction Nathalie Sellier. Cette source, utilisée dans la première version de cet article, reste une ressource accessible pour comprendre les mécanismes généraux du stress.
Beiner E. et coll. – Stress biomarkers in individuals with fibromyalgia syndrome: a systematic review with meta-analysis, Pain, 2023.
