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SYLVOTHERAPIE

6 mai 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.


J’ai appris à aimer les arbres et à les reconnaître grâce à mon père, lors de nos balades dans le bois de la Houssière, sur la commune de Braine-le-Comte, lorsque j’étais petite, puis dans les différents bois autour de l’abbaye de Saint-Denis, près de Mons.


Aujourd’hui encore, les arbres restent de solides compagnons de mes promenades en solitaire.

J’aime leurs formes droites ou tortueuses, leur feuillage qui bruisse dans le vent, le craquement des branches, leurs odeurs, la rugosité de leur écorce lorsque je les étreins.


À leur côté, j’ai l’impression de m’enraciner davantage dans la vie, de retrouver quelque chose de plus solide.

J’entre parfois en forêt comme dans un temple et j’en ressors apaisée.


Mais ce bien-être que beaucoup d’entre nous ressentent au contact de la nature peut-il réellement avoir des effets sur notre santé ?


La sylvothérapie, qu’est-ce que c’est ?


La sylvothérapie désigne différentes pratiques qui utilisent le contact avec la forêt et les arbres dans un objectif de détente et de bien-être.

On parle aussi de bain de forêt, traduction du terme japonais shinrin-yoku.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s’agit évidemment pas de se baigner !


Le principe est plutôt de passer un moment dans un environnement forestier en ralentissant volontairement le rythme : marcher tranquillement, observer, écouter, respirer, sentir les odeurs, toucher éventuellement les écorces et porter davantage attention à ce qui nous entoure.


Il n’est d'ailleurs pas indispensable d'enlacer un arbre pour pratiquer la sylvothérapie.

Une simple promenade attentive dans un bois peut déjà constituer une forme de bain de forêt.


Être dans la nature peut réellement nous faire du bien


Les recherches menées ces dernières années suggèrent que l’exposition à des environnements naturels peut avoir des effets intéressants sur le bien-être physique et psychologique.


Les bains de forêt ont notamment été associés, dans certaines études, à une diminution du stress et de l’anxiété, à une amélioration de l’humeur et à certaines modifications de paramètres physiologiques comme la fréquence cardiaque.


Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2026 retrouve notamment une diminution à court terme de la fréquence cardiaque, de la tension-anxiété et de certains affects négatifs après des bains de forêt.


Mais les chercheurs restent prudents : les études sont très différentes les unes des autres et la qualité globale des preuves reste faible.

Autrement dit :

la forêt semble être un environnement favorable au bien-être, mais ce n’est pas un traitement médical.


Et pour la douleur ?


C'est particulièrement intéressant pour nous.


Une importante revue systématique publiée en 2025 a analysé 62 études réalisées dans 21 pays et portant sur plus de 4 400 personnes.

Globalement, l’exposition à la nature était associée à une diminution de la douleur ressentie.


L'effet observé était modeste à modéré et les études présentaient certaines limites, mais ces résultats renforcent l'intérêt de la nature comme approche complémentaire dans la gestion de la douleur.


Il ne s'agit donc pas de prétendre que « les arbres guérissent la douleur ».

Mais ils peuvent participer à un environnement dans lequel le corps et l'attention trouvent peut-être davantage de possibilités de relâchement.


Et spécifiquement dans la fibromyalgie ?


Une petite étude particulièrement intéressante a été publiée en 2025 par une équipe espagnole de l'Hospital Vall d'Hebron de Barcelone.

Elle concernait 44 personnes atteintes de fibromyalgie et/ou d'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique.


Les participants ont effectué un bain de forêt composé d'une promenade silencieuse guidée de trois kilomètres pendant environ trois heures.

Après la séance, les chercheurs ont observé des améliorations concernant notamment l'anxiété, l'humeur, les émotions négatives et, dans une moindre mesure, la fatigue.

En revanche, la douleur n'avait pas diminué de manière significative.


C'est une étude pilote, sans groupe témoin, réalisée sur un petit nombre de participants. Elle ne permet donc pas de conclure que les bains de forêt constituent un traitement de la fibromyalgie.


Mais elle est intéressante parce qu'elle étudie enfin directement ce que beaucoup de personnes décrivent intuitivement : le fait qu'un moment passé dans la nature puisse modifier la manière dont on se sent, même sans faire disparaître la douleur.


Est-ce grâce aux arbres eux-mêmes ?


C'est ici qu'il faut être prudent.


De nombreuses explications circulent autour de la sylvothérapie : phytoncides libérés par les arbres, ions négatifs, bactéries présentes dans le sol, énergie des arbres, « mise à la terre », stimulation du système immunitaire…


Certaines de ces hypothèses font l'objet de recherches scientifiques, notamment les phytoncides, substances volatiles produites par certaines plantes.

Mais nous ne savons pas aujourd'hui quelle part du bénéfice observé provient spécifiquement de ces substances.


Être en forêt réunit en réalité beaucoup de choses en même temps :

  • un environnement généralement plus calme ;

  • des sons naturels ;

  • une diminution des sollicitations quotidiennes ;

  • une stimulation agréable de plusieurs sens ;

  • une activité physique douce lorsque l'on marche ;

  • une attention portée au moment présent ;

  • parfois une diminution des écrans et des notifications ;

  • et tout simplement le plaisir que certaines personnes ressentent lorsqu'elles sont dans la nature.


Il est donc probablement réducteur de chercher une seule molécule, un seul arbre ou un mécanisme mystérieux qui expliquerait tous les bienfaits ressentis.


Faut-il enlacer les arbres ?


Si cela vous fait du bien… pourquoi pas ?

Personnellement, j'aime le faire.

Le contact de l'écorce, la taille d'un arbre centenaire, son odeur et la sensation de stabilité qu'il procure peuvent constituer une expérience sensorielle particulièrement agréable.


Mais rien ne démontre qu'un arbre transmettrait une énergie thérapeutique particulière lorsqu'on le prend dans ses bras.

On peut donc embrasser un arbre parce que cela nous apaise, nous amuse ou nous reconnecte à la nature…

sans avoir besoin de lui attribuer un pouvoir médical.


Une activité particulièrement accessible


La sylvothérapie possède aussi des avantages très concrets.


Elle peut être gratuite, adaptée à son propre rythme et combinée à une activité physique très douce.

Avec une fibromyalgie, il n'est évidemment pas nécessaire de parcourir dix kilomètres.

Quelques minutes sur un chemin forestier, une pause sur un banc, l'écoute des oiseaux ou simplement le fait de regarder les arbres peuvent déjà constituer un moment agréable.

Comme toujours, l'activité doit être adaptée à ses capacités et à son niveau de fatigue.


À retenir


La forêt ne guérit pas la fibromyalgie.


Mais passer du temps dans la nature peut favoriser la détente, améliorer l'humeur et le bien-être et pourrait également contribuer à diminuer la perception de la douleur chez certaines personnes.


Les premières recherches réalisées spécifiquement chez des personnes atteintes de fibromyalgie sont encourageantes, même si elles restent encore très limitées.


Et finalement, nous n'avons peut-être pas besoin de transformer chaque promenade en traitement.

Parfois, un arbre peut simplement être…

un arbre sous lequel on se sent bien.


Un petit cadeau


Je terminerai cet article par une poésie que j'avais écrite à 12 ans, en 1981 :


Mon ami l'arbre est mort, Avant de mourir, je l'ai vu pleurer.

Tous les arbres ont ce sort, Sur le moment, je n'ai pas pensé

Mais c'était mon ami Que c'était l'averse de midi

Et il est pour toujours parti. Qui coulait sur le corps de mon ami.


Violaine, « Ma musique des mots », éd. La Pensée Universelle.


Sources


  • Serrat M., Royuela-Colomer E., Alonso-Marsol S. et al. The Psychological Benefits of Forest Bathing in Individuals with Fibromyalgia and Chronic Fatigue Syndrome/Myalgic Encephalomyelitis: A Pilot Study. Healthcare, 2025. Étude pilote menée notamment par l’Unité d’expertise en syndromes de sensibilisation centrale de l’Hospital Vall d’Hebron à Barcelone, auprès de 44 personnes atteintes de fibromyalgie et/ou d’EM/SFC.

  • Steininger M. O., Nitschke J. P., White M. P., Lamm C. Nature exposure reduces self-reported pain: a systematic review and meta-analysis. Nature Mental Health, 2026. Revue de 62 études menées dans 21 pays, regroupant 4 439 participants ; l’exposition à la nature était associée à une diminution faible à modérée de la douleur autoévaluée, avec toutefois une hétérogénéité importante entre les études.

  • Andrade A. M., Durães S. F., Franco Netto L. C. R. et al. Short-term cardiovascular and mental health responses to Shinrin-Yoku (forest bathing): a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Psychology, 2026. Cette revue retrouve notamment des effets à court terme sur la fréquence cardiaque, la tension-anxiété et certains affects négatifs, tout en soulignant que le niveau de certitude des preuves reste très faible.


 
 
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