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VICTIME DE MEDUSE ?

1 mai 2024
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 sept.


Il m’arrive parfois de dire que je vais finir par me transformer en statue, tellement j’ai l’impression que la raideur pétrifie mon corps, comme si j’avais croisé le regard de Méduse.


Méduse est ce personnage mythique de l’Antiquité grecque, une Gorgone à la chevelure de serpents dont le regard pétrifiait ceux qui le croisaient. Contrairement aux deux autres Gorgones, elle était mortelle et Persée finit par la vaincre.

Personnellement, j’appellerais bien ce héros pour qu’il me débarrasse d’un autre monstre : celui de la fibromyalgie !


Cette sensation de corps « pétrifié » existe vraiment


La raideur est très fréquemment rapportée par les personnes atteintes de fibromyalgie.


L’expertise collective de l’Inserm indique que, selon les études, une sensation de raideur anormale a été rapportée par 72 à 95 % des personnes atteintes de fibromyalgie.


Elle est particulièrement présente :

  • le matin au réveil ;

  • après une période d’inactivité ;

  • après être resté longtemps assis ou debout ;

  • après avoir maintenu une même position pendant un certain temps.


Cela correspond assez bien à ce que beaucoup d’entre nous décrivent : après une période sans bouger, il faut parfois quelques minutes pour « remettre la machine en route ».


Ce n’est pas seulement une impression


C’est ici que nous avons même une recherche… belge.


Des chercheurs de l’UCLouvain, dont le Pr Étienne Masquelier, ont étudié la raideur musculo-articulaire chez des femmes atteintes de fibromyalgie.


Ils ont comparé 60 patientes fibromyalgiques à 52 femmes sans fibromyalgie et mesuré de manière objective la résistance passive de la cheville au mouvement.

Les résultats ont montré une augmentation de certaines composantes de la raideur passive chez les participantes atteintes de fibromyalgie.

Cette étude ne signifie évidemment pas que tous nos muscles deviennent réellement « durs comme de la pierre », ni que la raideur est identique chez toutes les personnes atteintes.


Mais elle est intéressante parce qu’elle montre que la sensation de raideur décrite par les patients ne doit pas simplement être balayée comme une impression subjective.


Dans la vie quotidienne, cela donne quoi ?


La raideur peut devenir particulièrement gênante dans des situations pourtant banales :

  • faire la file à la caisse d’un magasin ;

  • rester longtemps assis lors d’une réunion, d’un spectacle ou d’un trajet ;

  • suivre plusieurs heures de cours ou de formation ;

  • rester debout dans les transports en commun ;

  • conduire longtemps ;

  • travailler devant un ordinateur sans changer régulièrement de position ;

  • maintenir les bras en l’air ;

  • rester dans la même position pour bricoler, cuisiner ou jardiner.


Et parfois, le plus difficile n’est même pas de maintenir la position…

C’est de recommencer à bouger après !


Vous connaissez cette démarche un peu particulière des premières secondes, quand notre corps semble avoir oublié comment fonctionner normalement ?

Méduse est passée par là…


Faut-il rester immobile parce qu’on est raide ?


C’est tentant.


Lorsque bouger fait mal et que le corps paraît raide, notre premier réflexe peut être d’éviter le mouvement.


Pourtant, une immobilité prolongée peut elle-même accentuer cette sensation de raideur.


Dans la fibromyalgie, l’activité physique adaptée fait partie des piliers de la prise en charge. Cela ne signifie pas qu’il faut « se forcer » ou suivre un programme sportif intensif.


L’objectif est plutôt de maintenir du mouvement régulièrement, progressivement et en fonction de ses capacités.


Les travaux belges menés autour de la fibromyalgie insistent d’ailleurs sur l’importance d’adapter l’activité au rythme de la personne et d’éviter l’alternance entre suractivité et effondrement.


Bouger, oui.

Mais pas à n’importe quel prix.


Quelques pistes pour apprivoiser la raideur


Selon les personnes, différentes choses peuvent aider à retrouver plus facilement du mouvement :

  • changer régulièrement de position ;

  • effectuer quelques mouvements doux après une période d’immobilité ;

  • se remettre en mouvement progressivement au réveil ;

  • fractionner les activités ;

  • éviter, lorsque c’est possible, les positions statiques prolongées ;

  • pratiquer une activité physique adaptée à ses possibilités ;

  • utiliser la chaleur lorsque celle-ci apporte du confort ;

  • travailler la mobilité et la souplesse avec l’aide d’un kinésithérapeute lorsque cela est nécessaire.


Les étirements sont souvent proposés, mais les données scientifiques concernant leur efficacité spécifique dans la fibromyalgie restent limitées. Ils doivent donc être adaptés à chacun et ne pas devenir une nouvelle source de douleur.


L’eau chaude et l’exercice en piscine peuvent également être intéressants pour certaines personnes. Nous en parlons plus en détail dans notre article consacré à l’hydrothérapie.


Tout n’est pas nécessairement la fibromyalgie


La raideur peut avoir de nombreuses autres causes.


Une raideur qui apparaît brutalement, devient très différente de ce que l’on connaît habituellement ou s’accompagne par exemple d’une articulation gonflée, rouge ou chaude, d’une perte importante de force ou d’autres nouveaux symptômes mérite d’être discutée avec un médecin.


Comme toujours :

avoir une fibromyalgie ne signifie pas que tous les nouveaux symptômes sont automatiquement dus à la fibromyalgie.


À retenir


La raideur est un symptôme très fréquemment rapporté dans la fibromyalgie, particulièrement au réveil et après une période d’immobilité ou une position prolongée.


Et ce qui est particulièrement intéressant pour nous, en Belgique, c’est que des chercheurs de l’UCLouvain ont même pu objectiver une augmentation de certaines composantes de la raideur musculo-articulaire chez des patientes atteintes de fibromyalgie.


Alors non, nous n’avons probablement pas réellement croisé Méduse.

Mais certains matins…

on pourrait presque le croire.


Sources


  • Dierick F., Detrembleur C., Trintignac G., Masquelier E. — Nature of passive musculoarticular stiffness increase of ankle in female subjects with fibromyalgia syndrome, European Journal of Applied Physiology, 2011. Recherche menée notamment à l’UCLouvain et aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

  • UCLouvain – DIAL — Évaluation de la raideur musculaire dans la fibromyalgie, Dierick F., Detrembleur C., Masquelier E., Séminaire de médecine physique, Cliniques universitaires Saint-Luc, Bruxelles.

  • Inserm — Fibromyalgie, Expertise collective, 2020. Chapitre consacré aux caractéristiques cliniques et notamment à la raideur.

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