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VIOLENCES

6 mai 2024
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août


Les violences physiques, sexuelles, psychologiques, conjugales ou économiques peuvent avoir des conséquences durables sur la santé physique et mentale.


Plusieurs études montrent également que les antécédents de violences et de traumatismes sont plus fréquemment rapportés chez les personnes atteintes de fibromyalgie que dans certaines populations témoins.


Cette association mérite d’être connue.

Mais elle doit être interprétée avec beaucoup de prudence :

les violences ne sont pas « la cause » de la fibromyalgie.

De nombreuses personnes atteintes de fibromyalgie n’ont jamais subi de violence ou de traumatisme majeur.

Et la grande majorité des personnes ayant subi des violences ne développeront pas nécessairement une fibromyalgie.


Que montre la recherche ?


Une importante étude britannique a analysé les dossiers médicaux de :

  • 18 547 femmes ayant été exposées à des violences de la part d’un partenaire ;

  • et 74 188 femmes témoins du même âge.

Au cours du suivi, les femmes ayant subi des violences présentaient un risque plus élevé de recevoir ultérieurement un diagnostic de fibromyalgie.

Après prise en compte de plusieurs facteurs, le risque était environ 1,7 fois plus élevé que dans le groupe témoin.

(Chandan et al., Journal of Interpersonal Violence)


Cette étude montre une association statistique.

Elle ne démontre pas que les violences provoquent directement la fibromyalgie.


Que montrent les études portant sur différents traumatismes ?


Une méta-analyse regroupant 19 études s’est intéressée à différents événements stressants vécus au cours de la vie.


Les auteurs ont retrouvé des associations entre fibromyalgie et plusieurs formes d’adversité, notamment :

  • violences physiques ;

  • violences sexuelles ;

  • violences émotionnelles ;

  • autres événements traumatiques.

Les associations étaient particulièrement importantes pour les violences physiques et sexuelles.


Mais ces recherches présentent plusieurs limites :

  • nombre important d’études rétrospectives ;

  • souvenirs rapportés plusieurs années après les événements ;

  • populations parfois peu représentatives ;

  • définitions différentes des traumatismes ;

  • facteurs sociaux, psychologiques et médicaux difficiles à séparer.


Il faut donc distinguer clairement :

association

et

causalité.


Violences et douleur chronique


Des recherches plus récentes confirment également une association entre les violences subies et la douleur chronique.


Une revue systématique et méta-analyse de 37 études, publiée en 2024, a étudié les liens entre violences faites aux femmes et douleur chronique.


Globalement, les femmes ayant vécu des violences présentaient davantage de douleurs chroniques que celles qui n’en rapportaient pas.

Une association était également retrouvée lorsqu’on analysait spécifiquement la fibromyalgie.

Ces données renforcent l’hypothèse selon laquelle une exposition à des violences peut constituer, chez certaines personnes, un facteur de vulnérabilité à certaines douleurs chroniques.

Mais elles ne permettent toujours pas de dire que les violences sont nécessaires ou suffisantes pour provoquer une fibromyalgie.


Et le stress post-traumatique ?


Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est également étudié.


Une revue systématique publiée en 2025 a analysé les recherches consacrées aux liens entre fibromyalgie et TSPT.

Elle confirme une association entre les deux affections.

Certaines études suggèrent également qu’un TSPT associé pourrait être lié à des symptômes fibromyalgiques plus sévères.

Mais les auteurs soulignent plusieurs limites méthodologiques.

Fibromyalgie et TSPT doivent donc être considérés comme deux diagnostics distincts qui peuvent coexister.

Un TSPT n’est ni nécessaire ni suffisant pour développer une fibromyalgie.


Ce que dit l’expertise Inserm


L’expertise collective de l’Inserm consacrée à la fibromyalgie s’est également intéressée :

  • aux traumatismes psychiques ;

  • aux violences physiques et sexuelles ;

  • aux événements difficiles vécus pendant l’enfance ;

  • aux accidents ;

  • au stress chronique ;

  • et au stress post-traumatique.


Elle constate que ces événements sont plus fréquemment rapportés dans certaines études chez les personnes atteintes de fibromyalgie.

Mais les données disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude qu’ils provoquent la maladie.

La formulation la plus juste consiste donc à considérer certains événements traumatiques comme de possibles facteurs de vulnérabilité ou de déclenchement chez certaines personnes, en interaction avec d’autres mécanismes biologiques, environnementaux, psychologiques et sociaux.


Comment une expérience traumatique pourrait-elle influencer la douleur ?


Plusieurs mécanismes sont étudiés.

Un stress particulièrement intense, répété ou prolongé peut influencer différents systèmes impliqués dans :

  • la réponse au stress ;

  • le sommeil ;

  • le système nerveux autonome ;

  • les réponses immunitaires ;

  • l’attention portée aux sensations ;

  • et la modulation de la douleur.


Chez certaines personnes présentant déjà une vulnérabilité, ces modifications pourraient participer au développement ou au maintien d’une sensibilisation du système de la douleur.

Mais il ne s’agit pas d’un mécanisme simple :

violence → traumatisme → fibromyalgie.

La réalité est probablement beaucoup plus complexe.

Il ne faut surtout pas en conclure que « la fibro vient d’un traumatisme »

Cette idée peut être particulièrement culpabilisante ou blessante.

Une personne atteinte de fibromyalgie ne devrait pas avoir à rechercher dans son passé :

  • une violence ;

  • un abus ;

  • un conflit ;

  • un deuil ;

  • ou un traumatisme ;

pour trouver obligatoirement « l’explication » de sa maladie.


L’absence de traumatisme identifiable ne remet absolument pas en question le diagnostic de fibromyalgie.

Et lorsqu’un traumatisme existe, il ne doit pas devenir l’explication automatique de tous les symptômes physiques.

La fibromyalgie reste une maladie complexe, multifactorielle et hétérogène.


À l’inverse, un traumatisme mérite d’être pris en charge lorsqu’il existe


Refuser de réduire la fibromyalgie à un traumatisme ne signifie pas minimiser les conséquences des violences.


Une personne peut présenter simultanément :

  • une fibromyalgie ;

  • un TSPT ;

  • une dépression ;

  • de l’anxiété ;

  • des troubles du sommeil ;

  • ou d’autres conséquences physiques et psychologiques liées à ce qu’elle a vécu.

Lorsqu’un TSPT ou d’autres séquelles traumatiques sont présents, leur prise en charge peut améliorer la qualité de vie et certains facteurs susceptibles d’amplifier la douleur.


Cela ne signifie pas qu’une psychothérapie « guérit la fibromyalgie ».

Elle prend en charge une dimension particulière de la santé de cette personne, lorsqu’elle en a besoin et lorsqu’elle le souhaite.


Les soignants doivent-ils poser la question des violences ?


La question des violences peut être importante dans une consultation médicale.

Mais elle doit être abordée :

  • avec respect ;

  • sans jugement ;

  • sans insistance ;

  • dans un cadre confidentiel ;

  • en respectant le rythme de la personne ;

  • et avec la possibilité de l’orienter vers une aide adaptée si elle le souhaite.


Il ne s’agit surtout pas de rechercher chez chaque personne fibromyalgique un « traumatisme caché » qui expliquerait sa maladie.

Une approche sensible au traumatisme consiste avant tout à offrir :

  • sécurité ;

  • respect ;

  • écoute ;

  • choix ;

  • et contrôle à la personne sur ce qu’elle souhaite raconter.


Lorsque les violences sont encore présentes


Lorsqu’une personne vit actuellement une situation de violence, la priorité n’est évidemment pas de déterminer si celle-ci a ou non un lien avec sa fibromyalgie.

La priorité est sa sécurité et son accès à une aide adaptée.


En Belgique francophone, Écoute Violences Conjugales – 0800 30 030 propose une écoute gratuite et anonyme.


Les Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS) accueillent également les personnes victimes de violences sexuelles et proposent, en un même lieu, une prise en charge médicale, psychologique et médico-légale.


Brise Le Silence ASBL – 0488 800 626 : association basée dans la région de Mons, spécialisée dans l’accompagnement des personnes victimes de violences sexuelles, physiques et psychologiques. Elle propose notamment un soutien individuel et des groupes thérapeutiques, et accueille également les proches et les professionnels.


En cas de danger ou d’urgence nécessitant une intervention immédiate : 112.


À retenir


Les études montrent une association entre antécédents de violences, traumatismes, stress post-traumatique et fibromyalgie.


Des recherches récentes confirment également une association entre violences subies et douleurs chroniques.

Mais association ne signifie pas causalité.


Les violences ne sont :

  • ni nécessaires ;

  • ni suffisantes ;

  • ni présentes chez toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.


Elles peuvent constituer, chez certaines personnes, un facteur de vulnérabilité ou un événement susceptible d’interagir avec d’autres mécanismes impliqués dans le développement ou l’aggravation d’une douleur chronique.


La fibromyalgie ne doit donc être ni psychologisée, ni réduite à l’histoire traumatique d’une personne.

Et lorsqu’une violence a été vécue ou est encore présente, elle mérite d’être reconnue et prise en charge pour elle-même, avec respect et sans jugement.


Un texte personnel


Les données scientifiques permettent de parler d’associations, de facteurs de vulnérabilité et de mécanismes possibles.

Mais derrière ces mots, il y a parfois une histoire vécue.

Le texte qui suit a été écrit bien avant la création de MY FIBRO. Il parle de violence, d’emprise, de rupture et de reconstruction.

Il ne prétend pas expliquer l’apparition d’une fibromyalgie.

Il témoigne simplement de ce que la violence peut laisser comme traces et de ce que peut représenter le fait de reprendre possession de sa propre vie.


Exit

 

Ma vie rappée

N'est pas un je

Tu me tu

J'ai pas ma place

T'es pas mon il

Paradisiaque

Un mac à dame

Pas un Jardin

Je suis sans elle

Je me déplume

 

Je me déprime

Tu me supprimes

 

Il faut que je me casse

Avant que tu me casses

Il faut que je largue

Mes y en a marre

Et que mes maux

Ne soient plus que des mots

J'ai droit de citer

Ma véracité

Et de résister

Pour exister

 

Tu me déprimes

Je te supprime

 

Je veux exciser

Ma décadence

Je veux danser

Mon existence

Je veux être moi

Avoir mon toit

Y a pas de nous

Sur mes genoux

Y a pas de nous

Je me l'avoue

 

Pas décéder

Mais décider

 

Ne plus sous-vivre

Ne plus survivre

Simplement vivre

Revivre. Avide.

Emplie de moi

Sous vide de toi

Je suis debout

Je vois le bout

Libérée

Dé-chaînée

 

Je ne suis plus personne

Que moi.

 

V. 20.09.2014


Sources


  • Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020.

  • Chandan J.S. et al. – Intimate Partner Violence and the Risk of Developing Fibromyalgia and Chronic Fatigue Syndrome, Journal of Interpersonal Violence.

  • Kaleycheva N. et al. – The role of lifetime stressors in adult fibromyalgia: systematic review and meta-analysis of case-control studies, Psychological Medicine, 2021.

  • The association between violence against women and chronic pain: a systematic review and meta-analysis, 2024.

  • Aguirre de Cárcer Vidal A. et al. – Fibromyalgia and post-traumatic stress disorder: A systematic review, Psychiatry Research, 2025.


Ressources


  • Écoute Violences Conjugales – ressources et ligne d’aide en Belgique francophone.

  • Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS) – réseau belge de prise en charge des victimes de violences sexuelles.

  • Brise Le Silence ASBL – accompagnement des victimes de violences sexuelles, physiques et psychologiques, région de Mons.

 

 

 
 
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