EDMR
Dernière mise à jour : 4 sept.

EMDR : une thérapie du traumatisme qui intéresse aussi la recherche sur la douleur
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, généralement traduit par « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ») est une psychothérapie principalement connue pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Développée à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro, elle fait aujourd’hui partie des approches reconnues dans la prise en charge du psychotraumatisme. Son champ d’étude s’est progressivement élargi et des chercheurs s’intéressent également à son utilisation dans certaines situations de douleur chronique, dont la fibromyalgie.
Cette piste est particulièrement intéressante parce qu’elle permet d’aborder une dimension parfois présente chez certaines personnes atteintes de fibromyalgie — traumatisme, stress post-traumatique, souvenirs douloureux ou forte charge émotionnelle associée à certaines expériences — sans pour autant réduire la fibromyalgie à une origine psychologique.
Comment se déroule l’EMDR ?
L’EMDR ne consiste pas simplement à suivre des yeux les doigts d’un thérapeute.
Il s’agit d’une psychothérapie structurée au cours de laquelle la personne est amenée à porter son attention sur certains éléments d’une expérience difficile : souvenir, image, pensée, émotion ou sensation corporelle.
Pendant ce travail, le thérapeute utilise des stimulations bilatérales alternées. Il peut s’agir de mouvements des yeux de droite à gauche, mais également de stimulations tactiles ou auditives alternées.
L’objectif n’est pas d’effacer un souvenir.
Une expérience passée peut rester parfaitement présente dans la mémoire tout en devenant moins envahissante, moins douloureuse ou moins susceptible de provoquer une réaction émotionnelle ou corporelle intense.
Les premières séances servent également à comprendre la situation de la personne, déterminer les éléments sur lesquels elle souhaite travailler et mettre en place les ressources nécessaires avant d’aborder les souvenirs les plus difficiles.
L’Inserm décrit l’EMDR comme une approche associant le rappel mental du souvenir traumatique à des stimulations sensorielles bilatérales alternées. Son efficacité dans le trouble de stress post-traumatique est soutenue par de nombreux travaux scientifiques.
Comment cela fonctionne-t-il ?
Les mécanismes précis expliquant les effets de l’EMDR continuent à faire l’objet de recherches.
Plusieurs hypothèses sont proposées concernant le rôle de la mémoire de travail, de l’attention, du traitement émotionnel et de la reconsolidation des souvenirs.
Il est donc préférable d’éviter des expressions comme « reprogrammer le cerveau », qui donnent une image trop simple d’un processus probablement beaucoup plus complexe.
Ce que l’on observe cliniquement est que le souvenir peut progressivement perdre une partie de sa charge émotionnelle et être intégré différemment, sans être supprimé.
Quel rapport avec la fibromyalgie ?
C’est ici qu’une précision est essentielle.
Utiliser ou étudier l’EMDR chez une personne atteinte de fibromyalgie ne signifie pas que la fibromyalgie serait une maladie psychologique, ni qu’elle serait nécessairement provoquée par un traumatisme.
Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie n’ont d’ailleurs pas vécu d’événement traumatique et l’existence d’un traumatisme n’est pas un critère diagnostique de la maladie.
En revanche, une personne atteinte de fibromyalgie peut aussi présenter un trouble de stress post-traumatique, avoir vécu une agression, un accident, un deuil, des violences ou d’autres événements difficiles.
La maladie chronique elle-même peut également être accompagnée d’expériences éprouvantes : années d’errance diagnostique, perte d’emploi, incompréhension de l’entourage, expériences médicales difficiles, peur associée à certains épisodes douloureux…
Lorsque de telles expériences restent très présentes, travailler sur leur charge émotionnelle peut améliorer le bien-être et la qualité de vie.
Mais la recherche va aujourd’hui un peu plus loin : elle explore également la possibilité que l’EMDR puisse avoir un effet sur certaines dimensions de la douleur chronique elle-même.
Des résultats encourageants dans la fibromyalgie
Une étude randomisée contrôlée publiée en 2024 a spécifiquement évalué un protocole EMDR chez des personnes atteintes de fibromyalgie.
Soixante-dix-neuf participants ont initialement été répartis entre deux groupes : traitement habituel seul ou traitement habituel associé à l’EMDR. Soixante-quatre personnes ont finalement été incluses dans l’analyse.
Les chercheurs ont évalué plusieurs dimensions : intensité et étendue de la douleur, sévérité des symptômes de fibromyalgie, qualité du sommeil, symptômes dépressifs et stress traumatique.
Les personnes ayant bénéficié de l’EMDR ont présenté des améliorations sur plusieurs de ces paramètres par rapport au groupe contrôle. Certains bénéfices étaient encore observés lors du suivi effectué un et trois mois après les séances.
Ces résultats sont encourageants, d’autant plus qu’il s’agit d’un essai contrôlé spécifiquement consacré à la fibromyalgie.
Ils ne suffisent cependant pas encore à faire de l’EMDR un traitement de référence de la fibromyalgie. L’étude reste de taille limitée et d’autres recherches, idéalement indépendantes et portant sur davantage de participants, sont nécessaires pour confirmer les résultats et déterminer quels patients pourraient en bénéficier le plus.
Et pour la douleur chronique en général ?
L’intérêt de l’EMDR ne se limite pas à cette seule étude.
Une revue systématique publiée en 2025 a analysé neuf études consacrées à l’utilisation de l’EMDR dans différentes douleurs chroniques, dont sept essais randomisés.
Toutes rapportaient une amélioration de la douleur, même si l’importance des effets variait entre les études. Des améliorations étaient aussi souvent observées pour la détresse psychologique, l’anxiété ou la dépression.
Les auteurs concluent que l’EMDR apparaît comme une approche prometteuse dans la prise en charge de la douleur chronique, tout en soulignant l’hétérogénéité des études disponibles et la nécessité de poursuivre les recherches. L’EMDR n’est donc pas encore considéré comme une prise en charge antalgique de routine.
À qui l’EMDR pourrait-il particulièrement convenir ?
L’EMDR peut être une piste à discuter lorsqu’une personne atteinte de fibromyalgie présente également un traumatisme ou un trouble de stress post-traumatique, ressent qu’une expérience passée continue à provoquer des réactions émotionnelles ou corporelles importantes, ou souhaite travailler sur la dimension émotionnelle associée à sa douleur et à son parcours de maladie.
Elle peut également intéresser certaines personnes à la recherche d’une approche complémentaire non médicamenteuse.
Cela ne signifie pas qu’il faille avoir vécu un traumatisme pour souffrir de fibromyalgie, ni que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie devraient suivre une EMDR.
Comme pour les autres approches complémentaires, l’intérêt dépend de la situation, des attentes et du vécu de chacun.
L’EMDR peut prendre place à côté d’autres composantes de la prise en charge : activité physique adaptée, travail sur le sommeil, traitement de la douleur, accompagnement psychologique, médication lorsque celle-ci est utile ou autres approches complémentaires.
En Belgique : à qui s’adresser ?
La qualification du professionnel est particulièrement importante lorsqu’une thérapie implique de travailler sur des expériences traumatiques.
En Belgique, EMDR Belgium est l’association nationale affiliée à EMDR Europe. Elle encadre les critères de formation et d’accréditation et propose un répertoire de professionnels reconnus.
Le parcours permettant d’obtenir le titre « EMDR Europe Practitioner » comporte une formation spécifique, des heures de supervision, une évaluation finale et des exigences de formation continue. EMDR Belgium indique également les formations reconnues en Belgique, notamment celles organisées avec l’Université libre de Bruxelles (ULB) et la KU Leuven.
Pour une personne qui souhaite essayer cette approche, vérifier la formation du professionnel est donc une précaution utile.
Un intérêt qui dépasse le traumatisme ?
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants des recherches actuelles.
L’EMDR possède déjà une place bien établie dans le domaine du psychotraumatisme. Son utilisation dans la douleur chronique est beaucoup plus récente.
Les premières données suggèrent qu’elle pourrait agir non seulement sur la souffrance émotionnelle associée à certains événements, mais également sur certaines dimensions de la douleur et de son vécu.
Pour la fibromyalgie, cette perspective mérite d’être suivie sans extrapoler trop rapidement les résultats.
Elle illustre aussi une idée importante : une prise en charge peut agir sur une composante particulière de la maladie ou de ses conséquences sans prétendre traiter à elle seule l’ensemble de la fibromyalgie.
À retenir
L’EMDR est une psychothérapie principalement reconnue dans le traitement du stress post-traumatique.
Son utilisation dans la douleur chronique fait aujourd’hui l’objet de recherches et un essai randomisé publié en 2024 chez des personnes atteintes de fibromyalgie a obtenu des résultats encourageants sur plusieurs symptômes, notamment la douleur, le sommeil et certaines dimensions psychologiques.
Ces données doivent encore être confirmées, mais elles permettent de considérer l’EMDR comme une approche complémentaire intéressante pour certaines personnes.
S’intéresser à l’EMDR dans la fibromyalgie ne revient en aucun cas à considérer la maladie comme psychologique ou à affirmer qu’elle serait causée par un traumatisme.
Il s’agit plutôt d’ajouter un outil possible à une prise en charge individualisée, particulièrement lorsque le traumatisme, le stress post-traumatique ou une forte charge émotionnelle font également partie de l’histoire de la personne.
Sources
EMDR Belgium – Belgique. Informations sur l’EMDR, les critères de formation, l’accréditation « EMDR Europe Practitioner » et le répertoire belge des professionnels reconnus.
Inserm – France. L’EMDR permet-il de traiter le stress post-traumatique ? et dossier consacré aux troubles de stress post-traumatique.
Zat Çiftçi Z. et al., 2024. A randomized controlled trial of Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy in the treatment of fibromyalgia, Frontiers in Psychiatry.
Singla A. et al., 2025. Eye Movement Desensitization and Reprocessing for Chronic Pain: A Systematic Review, Journal of Integrative and Complementary Medicine.
