ART-THERAPIE
Dernière mise à jour : 4 sept.

Parce qu’il n’est pas toujours facile de mettre des mots sur la douleur, la fatigue, la peur, la colère ou tout ce que la fibromyalgie vient bouleverser dans une vie, il existe aussi d’autres façons de s’exprimer.
Dessiner. Peindre. Modeler. Coller. Écrire. Photographier. Créer.
L’art-thérapie utilise justement le processus créatif comme moyen d’expression et d’accompagnement.
Et il n’est absolument pas nécessaire d’être artiste.
Qu’est-ce que l’art-thérapie ?
L’art-thérapie utilise une pratique artistique dans un objectif d’accompagnement thérapeutique.
Elle peut faire appel au dessin, à la peinture, au collage, au modelage, à la photographie, à l’écriture ou à d’autres formes de création.
En Belgique, la Haute École de la Province de Liège (HEPL), qui propose notamment une formation continue en art-thérapie, la définit comme une pratique de soin fondée sur l’utilisation du processus créatif.
L’objectif n’est donc pas de réaliser une « belle œuvre ».
C’est le processus de création qui importe.
Une forme, une couleur, une matière ou une image peuvent parfois permettre d’exprimer quelque chose que l’on aurait beaucoup plus de difficulté à raconter avec des mots.
Créer pour donner une forme à ce que l’on ressent
La douleur chronique peut être particulièrement difficile à expliquer.
Comment montrer une douleur qui brûle, serre, pique, écrase ou voyage dans le corps ?
Comment représenter une fatigue qui n’a rien à voir avec le simple fait d’être fatigué ?
Certaines pratiques d’art-thérapie proposent par exemple de représenter la douleur sur une silhouette du corps, d’utiliser des couleurs pour traduire différentes sensations ou de créer une image de la manière dont on vit sa maladie.
Cela peut aider à extérioriser une expérience très intérieure.
La douleur reste présente, mais pendant un moment, elle devient aussi quelque chose que l’on peut observer, représenter ou transformer.
Une approche qui trouve aussi sa place dans la douleur chronique
L’art-thérapie n’est pas un traitement de la douleur au même titre qu’un médicament ou qu’une prise en charge de réadaptation.
Elle peut cependant s’inscrire dans une approche plus globale.
En Belgique, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) rappelle en 2026 que la douleur chronique est un phénomène complexe qui nécessite une prise en charge multimodale, combinant différentes dimensions biomédicales, psychologiques et sociales.
Le KCE ne recommande pas spécifiquement l’art-thérapie, mais ce modèle permet de comprendre pourquoi des approches complémentaires centrées sur les émotions, l’expression, l’activité ou la participation sociale peuvent trouver une place aux côtés des traitements médicaux.
L’art-thérapie est d’ailleurs déjà présente ponctuellement dans certaines structures de soins belges. La Clinique de la douleur du CHU Tivoli, à La Louvière, l’a par exemple intégrée parmi les approches non médicamenteuses présentées lors de symposiums consacrés à la douleur chronique.
En France : l’art entre aussi dans la recherche sur la douleur
En France, l’Inserm s’intéresse actuellement aux médiations artistiques dans la douleur chronique.
Le projet Algodanse, lancé à Lyon, étudie notamment la danse-thérapie, l’art-thérapie et le yoga chez des adolescentes souffrant de douleurs chroniques.
L’objectif est précisément de dépasser le simple ressenti de bien-être pour mesurer scientifiquement ce que ces pratiques peuvent apporter à la gestion de la douleur, au rapport au corps, à l’humeur ou encore à l’anxiété.
Les premiers résultats présentés par l’Inserm sont encourageants.
Il faut néanmoins préciser que ces recherches concernent la douleur chronique en général et des adolescentes, pas spécifiquement la fibromyalgie.
Et dans la fibromyalgie ?
Les recherches spécifiquement consacrées à l’art et à l’art-thérapie dans la fibromyalgie restent encore peu nombreuses.
Une étude italienne publiée en 2025 a toutefois suivi 109 personnes atteintes de fibromyalgie participant à différents ateliers artistiques en ligne.
Trois approches étaient proposées : revisiter son histoire et sa maladie à travers l’humour, s’exprimer par la poésie ou travailler autour d’œuvres d’art et de la narration.
Après les ateliers, les chercheurs ont notamment observé des améliorations concernant le sommeil, le bien-être et certains aspects de l’estime de soi ou du sentiment d’efficacité personnelle.
Ces résultats sont intéressants, mais il s’agissait d’une étude observationnelle, sans groupe témoin permettant d’affirmer que les améliorations étaient dues uniquement aux ateliers.
Elle ne démontre donc pas que l’art-thérapie « soigne » la fibromyalgie.
Elle montre plutôt qu’une démarche artistique peut constituer une piste intéressante pour travailler certaines dimensions du vécu de la maladie.
Que sait-on plus largement de l’art-thérapie ?
Une vaste revue systématique et méta-analyse publiée en 2024 a rassemblé 69 études, portant au total sur environ 4 200 participants atteints de problèmes de santé très divers.
Les résultats montrent des bénéfices pour certains critères, notamment psychologiques et de qualité de vie.
Mais ils appellent également à la prudence : dans la majorité des critères étudiés, aucune amélioration significative n’était démontrée et la qualité globale des recherches restait faible.
Une autre revue consacrée plus spécifiquement aux thérapies artistiques dans la douleur chronique arrive à une conclusion assez similaire : plusieurs études observent des effets intéressants sur la douleur, l’humeur, le stress ou la qualité de vie, mais les données restent trop limitées et hétérogènes pour tirer des conclusions définitives.
Nous sommes donc face à une approche prometteuse pour certaines personnes, mais pas à une thérapie dont l’efficacité serait solidement démontrée sur les symptômes de la fibromyalgie.
L’art-thérapie n’est pas simplement une activité artistique
Colorier un mandala chez soi, peindre, tricoter, dessiner, écrire ou bricoler peut évidemment faire beaucoup de bien.
Cela peut procurer du plaisir, favoriser la détente, détourner momentanément l’attention de la douleur ou permettre de retrouver une activité que la maladie avait mise de côté.
Mais toute activité créative n’est pas pour autant de l’art-thérapie.
Dans une démarche d’art-thérapie, la création s’inscrit dans un accompagnement et poursuit des objectifs thérapeutiques.
Cela n’enlève absolument rien à la valeur du simple fait de créer pour soi.
Parfois, faire quelque chose simplement parce que cela nous fait du bien est déjà une excellente raison.
En Belgique : bien choisir son praticien
Il existe en Belgique des formations en art-thérapie, notamment dans l’enseignement supérieur.
Il faut cependant savoir que le titre d’art-thérapeute n’est pas, à ce jour, une profession de santé réglementée et protégée en Belgique de la même manière que celles de médecin, kinésithérapeute ou psychologue clinicien.
Les formations et parcours professionnels peuvent donc être très différents d’un praticien à l’autre.
Si l’on souhaite entreprendre une véritable démarche thérapeutique, il peut être utile de se renseigner sur :
la formation initiale du praticien ;
sa formation spécifique en art-thérapie ;
son expérience auprès de personnes atteintes de maladies chroniques ou de douleur chronique ;
le cadre proposé ;
ses limites professionnelles ;
et, lorsque c’est nécessaire, sa collaboration avec les professionnels de santé qui nous accompagnent.
Comme pour toutes les approches complémentaires, un art-thérapeute sérieux ne devrait jamais promettre de guérir la fibromyalgie ni demander d’abandonner une prise en charge médicale.
Retrouver autre chose que la maladie
La fibromyalgie peut progressivement prendre énormément de place.
Les rendez-vous médicaux, les traitements, la fatigue, la douleur et les limites imposées au quotidien peuvent finir par occuper une grande partie de nos pensées et parfois même modifier l’image que nous avons de nous-mêmes.
Créer peut permettre de retrouver autre chose.
Une capacité.
Une curiosité.
Une envie.
Une identité qui ne se réduit pas à celle de « malade ».
Et même lorsque nos possibilités physiques sont devenues plus limitées, il existe de nombreuses façons d’adapter une activité artistique : formats plus petits, outils plus faciles à tenir, séances courtes, pauses, création numérique…
L’objectif n’est ni la performance ni la productivité.
Et si les mains font mal ?
C’est évidemment une réalité importante dans la fibromyalgie.
Peindre, écrire, découper ou modeler peut devenir fatigant ou douloureux lorsque les mains, les poignets, les bras ou les épaules sont sensibles.
On peut alors adapter l’activité : utiliser des crayons ou pinceaux plus épais, travailler moins longtemps, changer régulièrement de position, choisir des supports plus faciles à manipuler ou explorer des formes de création moins exigeantes physiquement.
Certains jours, quelques minutes suffiront.
D’autres jours, on n’en aura tout simplement pas envie.
Et c’est très bien ainsi.
À retenir
L’art-thérapie ne guérit pas la fibromyalgie et les recherches spécifiques restent encore limitées.
Elle peut néanmoins offrir un espace différent pour exprimer son vécu, ses émotions et son rapport à la douleur, tout en favorisant la créativité, le lien social et parfois un sentiment de mieux-être.
Les recherches menées actuellement en France sur la douleur chronique et les premières études spécifiques à la fibromyalgie sont intéressantes, mais elles doivent encore être confirmées.
Il n’est en revanche pas nécessaire d’attendre une preuve scientifique pour reconnaître quelque chose de beaucoup plus simple :
créer peut faire du bien.
Et dans une vie où la maladie nous impose si souvent ce que nous ne pouvons plus faire, retrouver quelque chose que nous pouvons encore imaginer, choisir et créer peut déjà avoir beaucoup de valeur.
Sources
Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE), Belgique. Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique. KCE Reports 414B, 2026. Rapport belge consacré à la nécessité d’une prise en charge multimodale de la douleur chronique. DOI : 10.57598/R414BS.
Haute École de la Province de Liège (HEPL), Belgique. Certificat en art-thérapie. Présentation de l’art-thérapie et de la formation continue proposée par la HEPL.
CHU Tivoli, La Louvière, Belgique. Quelques approches non médicamenteuses dans la douleur chronique. Symposium de la Clinique de la douleur intégrant notamment un atelier consacré à l’art-thérapie.
Inserm, France. Quand l’art soulage les douleurs, 2025 ; et Danser contre les douleurs chroniques, 2025. Présentation du projet de recherche lyonnais Algodanse étudiant notamment l’art-thérapie, la danse-thérapie et le yoga dans la douleur chronique.
Villani C. et al. Pharmakon or the healing art: experience of artistic-transformative transdisciplinary workshops in fibromyalgia syndrome. Clinical and Experimental Rheumatology, 2025;43(6):978-989. Étude italienne menée auprès de 109 personnes atteintes de fibromyalgie. PMID : 40556605. DOI : 10.55563/clinexprheumatol/yxhmcr.
Joschko R. et al. Active Visual Art Therapy and Health Outcomes: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Network Open, 2024;7(9). Revue systématique et méta-analyse de 69 études. PMID : 39264631. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2024.28709.
Raudenská J. et al. Arts Therapy and Its Implications in Chronic Pain Management: A Narrative Review. Pain and Therapy, 2023;12(6):1309-1337. Revue consacrée aux thérapies artistiques dans la prise en charge de la douleur chronique. PMID : 37733173. DOI : 10.1007/s40122-023-00542-w.
