BOLS TIBETAINS
- 13 juin 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Un son profond qui se prolonge.
Des vibrations que l’on entend, mais que l’on peut parfois aussi ressentir dans le corps.
Un moment où l’attention se pose ailleurs.
Les bols chantants, souvent appelés « bols tibétains », sont utilisés aujourd’hui dans des pratiques de relaxation, de méditation, de sonothérapie et de bien-être.
Ils s’inscrivent dans une histoire liée aux traditions asiatiques et particulièrement à l’univers bouddhiste et himalayen, même si les pratiques thérapeutiques modernes qui se sont développées autour d’eux ont elles aussi évolué au fil du temps.
Pour certaines personnes, une séance est simplement très relaxante.
Pour d’autres, les sons et les vibrations sont vécus de manière beaucoup plus profonde.
Et lorsque l’on souffre de fibromyalgie, une approche qui permet au corps de se relâcher plutôt que de lutter peut naturellement susciter de l’intérêt.
Une expérience à la fois sonore et corporelle
Un bol chantant est frappé ou frotté à l’aide d’une mailloche.
Selon sa taille, sa composition et la manière dont il est utilisé, il produit différentes fréquences et de nombreuses harmoniques.
Lors d’une séance, les bols peuvent être disposés autour de la personne ou, selon les pratiques, placés sur certaines parties du corps.
On ne fait alors pas qu’écouter.
Il peut y avoir une véritable expérience vibratoire.
Certaines personnes décrivent :
une profonde détente ;
une sensation de relâchement ;
un apaisement mental ;
une modification de la perception du corps ;
parfois une sensation d’endormissement ou de flottement.
Cette expérience peut également être associée à la respiration, à la méditation ou simplement au fait de rester allongé dans un environnement calme.
Que commence à montrer la recherche ?
Les bols chantants ont longtemps été très peu étudiés scientifiquement.
Ce n’est plus tout à fait le cas.
Une revue systématique publiée en 2025 a identifié 19 études cliniques provenant de huit pays, dont neuf essais randomisés. Les résultats suggèrent des effets possibles sur plusieurs dimensions, notamment l’anxiété, certains symptômes psychologiques, le sommeil et le bien-être.
Une deuxième revue systématique publiée en 2025, consacrée plus particulièrement aux bols tibétains, a analysé 14 études quantitatives portant sur leurs effets psychologiques et physiologiques chez l’adulte. Elle retrouve elle aussi des signaux intéressants concernant notamment la relaxation, le stress et différentes réponses physiologiques.
La recherche reste encore jeune : les séances, les instruments, les durées et les populations étudiées varient beaucoup.
Mais il serait désormais excessif de présenter les bols chantants comme une pratique sur laquelle « il n’existe aucune donnée ».
Il existe des données.
Elles demandent simplement encore à être consolidées.
Et pour la douleur ?
C’est une question qui nous intéresse évidemment particulièrement.
Les données sont moins nombreuses que pour le stress ou la relaxation.
Une étude randomisée réalisée auprès de personnes souffrant de douleurs chroniques de la colonne vertébrale avait observé une diminution de la douleur après des séances avec des bols de cristal.
Le groupe recevant une intervention simulée s’améliorait cependant lui aussi, ce qui ne permettait pas de déterminer avec certitude quelle part de l’effet provenait spécifiquement des bols.
Cette observation n’enlève pas nécessairement son intérêt à l’expérience.
Dans la douleur chronique, le contexte, l’attention, la détente, les attentes, le toucher et l’environnement peuvent eux-mêmes influencer ce que nous ressentons.
Et la recherche plus large sur les interventions musicales montre aujourd’hui qu’elles peuvent avoir un effet sur certaines douleurs chroniques. Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur neuf essais randomisés et 787 personnes, retrouve notamment une diminution de la douleur après des interventions musicales.
Cela ne permet pas de transposer automatiquement ces résultats aux bols chantants, mais cela rend l’étude du son et de la douleur particulièrement intéressante.
Et dans la fibromyalgie ?
À ce jour, les grandes revues consacrées aux bols chantants ne permettent pas d’identifier suffisamment d’études spécifiques à la fibromyalgie pour savoir précisément quel effet ils pourraient avoir sur notre maladie.
Cela ne signifie pas que les personnes atteintes de fibromyalgie ne puissent en retirer aucun bénéfice.
Nous savons simplement encore mal :
quels symptômes pourraient être les plus sensibles à cette pratique ;
combien de séances seraient nécessaires ;
combien de temps les effets pourraient durer ;
et quelles personnes y répondraient le mieux.
Pour l’instant, leur intérêt semble donc surtout se situer dans la relaxation, le bien-être et éventuellement la manière dont certaines personnes vivent momentanément leur douleur.
Faut-il expliquer tous les effets par la médecine occidentale ?
Les pratiques traditionnelles ne se sont pas nécessairement construites à partir des mêmes représentations du corps que la biomédecine.
Selon les courants, les bols peuvent être associés à différentes conceptions de l’énergie, de l’équilibre, des vibrations ou de l’harmonie du corps.
Ces notions ne correspondent pas directement aux modèles physiologiques utilisés par la médecine occidentale.
Mais cela ne signifie pas qu’il faille choisir obligatoirement un camp.
La recherche peut étudier ce que produit une pratique, même lorsque les systèmes qui tentent d’en expliquer les effets sont différents.
C’est d’ailleurs l’orientation aujourd’hui encouragée par l’Organisation mondiale de la Santé pour les médecines traditionnelles, complémentaires et intégratives : mieux étudier leurs effets et leur sécurité, tout en respectant les savoirs et les contextes culturels dans lesquels elles se sont développées.
Nous pouvons donc rester curieux sans devoir prétendre avoir déjà toutes les réponses.
Le son peut aussi être… trop présent
Il existe cependant une particularité importante dans la fibromyalgie : certaines personnes présentent une hypersensibilité au bruit ou aux stimulations sensorielles.
Pour elles, un bol, un gong ou certaines vibrations puissantes peuvent être très agréables…
ou exactement l’inverse.
Un son profond qui apaise une personne peut devenir envahissant pour une autre.
Il est donc parfaitement légitime de demander :
un volume plus faible ;
davantage de distance avec les instruments ;
une séance plus courte ;
ou simplement d’arrêter.
Ici encore, la bonne expérience est celle qui respecte la personne qui la vit.
Pourquoi les essayer ?
Peut-être simplement parce que l’expérience nous attire.
Parce que nous aimons les sons.
Parce que les vibrations nous apaisent.
Parce que nous cherchons une autre façon de nous détendre.
Ou parce qu’après avoir passé une grande partie de la journée à subir les sensations de notre corps, nous avons envie d’en découvrir de plus agréables.
Toutes les approches complémentaires n’ont pas besoin d’être transformées en traitements médicaux pour avoir une place.
Si une séance permet de se détendre, de mieux dormir ce soir-là, de ressentir momentanément moins de tension ou simplement de passer une heure agréable…
ce bénéfice mérite déjà d’être reconnu.
À retenir
La recherche sur les bols chantants est encore récente, mais elle s’est développée et fait apparaître des résultats intéressants, notamment autour de la relaxation, du stress, du sommeil et du bien-être.
Nous manquons encore de données spécifiques à la fibromyalgie et les mécanismes proposés pour expliquer les effets des sons et des vibrations restent discutés.
Mais tout n’a pas besoin d’être parfaitement expliqué pour pouvoir être observé et étudié.
Si les sons et les vibrations nous apaisent, nous pouvons accueillir ce bien-être tout en laissant à la recherche le temps de mieux comprendre ce qui se passe.
Sources
Zhang Y. et al. (2025). Therapeutic effects of singing bowls: A systematic review of clinical studies. Integrative Medicine Research, 14(2), 101144. Revue de 19 études cliniques consacrées aux bols chantants.
Lin F.-W., Yang Y.-H., Wang J.-Y. (2025). Effects of Tibetan Singing Bowl Intervention on Psychological and Physiological Health in Adults: A Systematic Review. Healthcare, 13(16), 2002. Revue de 14 études quantitatives.
Stanhope J., Weinstein P. (2020). The human health effects of singing bowls: A systematic review. Complementary Therapies in Medicine, 51, 102412. Première revue systématique montrant à quel point la recherche était encore limitée à cette époque.
Chen S. et al. (2025). The effect of music therapy for patients with chronic pain: systematic review and meta-analysis. BMC Psychology, 13, 455. Neuf essais randomisés, 787 participants ; effet favorable sur la douleur chronique dans l’ensemble analysé.
