BROUILLARD CEREBRAL
Dernière mise à jour : 29 août

BROUILLARD CÉRÉBRAL : LES TROUBLES COGNITIFS DANS LA FIBROMYALGIE
Oublier ce que l’on venait chercher dans une pièce, perdre le fil d’une conversation, devoir relire plusieurs fois la même phrase, chercher un mot pourtant familier ou avoir l’impression que son cerveau fonctionne « au ralenti »…
Ces difficultés sont fréquemment rapportées par les personnes atteintes de fibromyalgie.
Elles sont souvent regroupées sous l’expression « brouillard cérébral », ou fibro-fog.
Il ne s’agit pas d’un diagnostic distinct, mais d’un ensemble de difficultés cognitives qui font partie des manifestations reconnues de la fibromyalgie.
L’expertise collective de l’Inserm rapporte qu’au moins 75 % des personnes atteintes de fibromyalgie décrivent des difficultés de concentration et d’attention, des oublis ou d’autres troubles cognitifs.
(Inserm, Expertise collective Fibromyalgie, 2020)
Quelles difficultés peut-on rencontrer ?
Le brouillard cérébral peut se manifester de différentes manières :
difficultés à maintenir son attention ;
problèmes de concentration ;
oublis plus fréquents ;
difficulté à retenir une information récente ;
perte du fil d’une conversation ou d’une tâche ;
difficulté à trouver certains mots ;
ralentissement dans le traitement des informations ;
difficulté à effectuer plusieurs tâches en même temps ;
besoin de davantage de temps pour comprendre, organiser ou restituer une information.
Toutes les personnes atteintes de fibromyalgie ne présentent pas les mêmes difficultés, ni avec la même intensité.
Comme la douleur et la fatigue, elles peuvent également fluctuer selon les jours et les moments de la journée.
Ces difficultés sont-elles seulement ressenties ou peut-on les mesurer ?
Elles ne sont pas uniquement subjectives.
De nombreux travaux ont utilisé des tests neuropsychologiques afin d’évaluer les capacités cognitives des personnes atteintes de fibromyalgie.
L’expertise collective de l’Inserm analyse notamment plusieurs revues systématiques et méta-analyses consacrées à cette question.
Les résultats montrent, en moyenne, des performances moins bonnes que celles de personnes témoins dans plusieurs domaines :
attention et concentration ;
rapidité de traitement de l’information ;
mémoire à court et à long terme ;
mémoire de travail ;
certaines fonctions exécutives, notamment la capacité à inhiber une information inutile, à mettre à jour les informations gardées temporairement en mémoire ou à passer efficacement d’une tâche à une autre.
Une méta-analyse analysée par l’Inserm regroupait 37 études et 964 personnes atteintes de fibromyalgie. Elle retrouvait des différences dans l’ensemble des domaines cognitifs étudiés, généralement d’ampleur faible à modérée.
(Inserm, chapitre « Atteinte cognitive dans le syndrome fibromyalgique », 2020)
Ces données sont importantes : elles montrent que le « fibro-fog » ne peut pas être réduit à une simple impression ou à un manque d’attention volontaire.
Pourquoi ces difficultés apparaissent-elles ?
Il n’existe probablement pas une seule explication.
La douleur
La douleur persistante mobilise une partie des ressources attentionnelles.
L’Inserm souligne qu’il existe une relation étroite entre l’intensité de la douleur et la sévérité de certaines difficultés cognitives, notamment dans les domaines de l’attention, de la mémoire de travail et des fonctions exécutives.
Lorsque le cerveau doit continuellement traiter des informations liées à la douleur, certaines autres tâches peuvent donc demander davantage d’effort.
La fatigue
Les personnes atteintes de fibromyalgie rapportent également que la fatigue influence fortement leurs performances cognitives.
Lorsqu’une grande partie de l’énergie disponible est déjà mobilisée pour faire face à la douleur, se déplacer, travailler ou simplement tenir le rythme de la journée, se concentrer longtemps peut devenir beaucoup plus difficile.
Le sommeil
Un sommeil fragmenté ou non réparateur peut lui aussi affecter l’attention, la vigilance et la mémoire.
Comme les troubles du sommeil sont très fréquents dans la fibromyalgie, ils peuvent contribuer au brouillard cérébral chez certaines personnes.
D’autres facteurs peuvent intervenir
L’anxiété, les symptômes dépressifs, certains médicaments ou d’autres problèmes de santé peuvent également influencer la cognition.
Cela ne signifie pas que les troubles cognitifs de la fibromyalgie seraient « psychologiques ». Les recherches montrent plutôt qu’ils résultent probablement de plusieurs facteurs qui peuvent interagir entre eux.
Des conséquences très concrètes
Le brouillard cérébral peut avoir un retentissement important dans la vie quotidienne.
Il peut compliquer :
la lecture d’un document ;
une conversation longue ;
le suivi d’une réunion ;
l’apprentissage de nouvelles informations ;
les démarches administratives ;
l’organisation de plusieurs tâches ;
la conduite lorsque la fatigue et l’attention sont fortement altérées ;
certaines activités professionnelles.
Ces difficultés sont parfois interprétées par l’entourage comme de la distraction, du désintérêt, un manque d’organisation ou de motivation.
Or effectuer la même tâche peut simplement demander beaucoup plus d’attention et d’énergie qu’auparavant.
Quelques stratégies peuvent aider
Il n’existe pas de solution universelle, mais certaines adaptations peuvent faciliter le quotidien :
faire autant que possible une tâche à la fois ;
noter les rendez-vous et les informations importantes ;
utiliser des listes, un agenda ou des rappels sur le téléphone ;
demander des informations écrites lorsqu’il faut retenir plusieurs consignes ;
fractionner les tâches complexes ;
limiter les distractions lorsqu’une concentration importante est nécessaire ;
prévoir les activités intellectuellement exigeantes aux moments où l’énergie est généralement meilleure ;
faire des pauses avant d’atteindre un épuisement important.
Il ne s’agit pas de « compenser un manque d’effort », mais d’adapter son fonctionnement à des capacités qui peuvent varier avec la maladie.
Faut-il s’inquiéter ?
Le brouillard cérébral fait partie des manifestations fréquemment rencontrées dans la fibromyalgie.
Des oublis ou des difficultés de concentration ne signifient donc pas, à eux seuls, qu’une personne développe une maladie neurodégénérative.
En revanche, des troubles cognitifs nouveaux, rapidement progressifs ou très différents de ceux habituellement ressentis méritent d’être signalés à un médecin afin d’en rechercher la cause.
À retenir
Les troubles cognitifs font partie des manifestations reconnues de la fibromyalgie.
Ils peuvent concerner l’attention, la concentration, la mémoire, la vitesse de traitement des informations et certaines fonctions exécutives.
Ils ne sont pas seulement rapportés par les patients : des différences ont également été objectivées par des tests neuropsychologiques dans de nombreuses études.
Leur intensité varie cependant fortement d’une personne à l’autre et peut être influencée notamment par la douleur, la fatigue et la qualité du sommeil.
Sources
Inserm – Fibromyalgie, Expertise collective, 2020. Voir notamment le chapitre 1 « Sémiologie de la fibromyalgie » et le chapitre 11 « Atteinte cognitive dans le syndrome fibromyalgique ».
Gos L., Staquet C., Libbrecht D., Bonhomme V. – Fibromyalgie, où en est-on en 2023 ?, Revue Médicale de Liège, CHU de Liège / ULiège, 2023.
