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DECLENCHEURS

5 avr. 2025
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août


Les symptômes de la fibromyalgie ne restent pas nécessairement stables.


Douleur, fatigue, raideur, troubles du sommeil ou difficultés cognitives peuvent connaître des périodes d’aggravation, parfois appelées poussées, « crises » ou flares.

Certaines apparaissent sans raison évidente. D’autres semblent survenir après une période particulièrement exigeante physiquement ou émotionnellement, après plusieurs mauvaises nuits ou dans certaines circonstances bien identifiées par la personne.


On parle alors souvent de déclencheurs.

Mais le mot doit être utilisé avec prudence : un facteur associé à une aggravation des symptômes n’en est pas nécessairement la cause, et les déclencheurs ne sont pas les mêmes pour tout le monde.


Les poussées de fibromyalgie existent-elles vraiment ?


Oui.


Une équipe espagnole de l’Hospital Universitario Quirónsalud et de l’Universidad Politécnica de Madrid a suivi des personnes atteintes de fibromyalgie pendant plusieurs mois afin d’étudier spécifiquement leurs périodes d’exacerbation.


Les patients décrivaient de véritables périodes pendant lesquelles leurs symptômes habituels devenaient plus importants.


Parmi les facteurs les plus fréquemment rapportés avant ces poussées figuraient :

  • un stress prolongé ;

  • un stress intense ;

  • un effort ou une activité physique excessive par rapport aux capacités du moment ;

  • des modifications météorologiques ;

  • et des troubles du sommeil.

(Gómez-Argüelles et al., 2022 – Madrid, Espagne)


Ces résultats rejoignent les observations faites dans d’autres études, mais ils ne signifient pas qu’il existe une liste universelle de déclencheurs.


L’excès d’activité peut aggraver les symptômes


Une journée plus active que d’habitude, une succession de rendez-vous, un déplacement, des tâches ménagères importantes ou une activité professionnelle particulièrement exigeante peuvent parfois être suivis d’une aggravation.


Le ministère espagnol de la Santé cite d’ailleurs parmi les facteurs susceptibles d’aggraver les symptômes :

  • l’excès d’activité ;

  • mais également l’inactivité ;

  • le stress physique ;

  • le stress mental ;

  • et un mauvais sommeil.


L’objectif n’est donc pas d’éviter toute activité.

Au contraire, l’activité physique adaptée et régulière fait partie des approches recommandées dans la fibromyalgie.


L’enjeu est plutôt de trouver un niveau d’activité compatible avec ses capacités, en évitant autant que possible l’alternance entre périodes de suractivité et périodes d’épuisement complet.


Le sommeil peut jouer un rôle important


Fibromyalgie et sommeil entretiennent une relation étroite.


Une mauvaise nuit peut être suivie d’une augmentation :

  • de la douleur ;

  • de la fatigue ;

  • de la sensibilité ;

  • ou des difficultés cognitives.

Et, inversement, une augmentation de la douleur peut à son tour perturber le sommeil.


Il peut ainsi se créer un cercle d’aggravation entre sommeil insuffisant ou non réparateur et intensification des symptômes.


Plusieurs nuits difficiles successives peuvent donc constituer, chez certaines personnes, un contexte favorisant une poussée.


Et le stress ?


Le stress fait partie des facteurs aggravants fréquemment rapportés par les personnes atteintes de fibromyalgie.


Mais cela demande une précision essentielle :

dire que le stress peut moduler les symptômes ne signifie pas que la fibromyalgie est causée par le stress ni qu’elle est une maladie psychologique.


Le stress est une réponse biologique normale qui modifie notamment l’activité du système nerveux autonome, le sommeil, la tension musculaire, l’attention et différentes fonctions de l’organisme.


Lorsqu’il devient intense ou prolongé, il peut influencer la perception de la douleur et les ressources disponibles pour faire face à la maladie.


Et la relation fonctionne dans les deux sens : vivre avec une douleur chronique, de la fatigue, de l’incertitude et des difficultés sociales ou professionnelles constitue lui-même une source de stress.


Les recommandations de la Société espagnole de rhumatologie insistent ainsi sur une prise en charge globale de la fibromyalgie et sur l’importance pour les patients de comprendre les facteurs susceptibles de modifier leurs symptômes.


La météo est-elle réellement un déclencheur ?


Beaucoup de personnes atteintes de fibromyalgie rapportent une sensibilité :

  • au froid ;

  • à l’humidité ;

  • aux changements brusques de température ;

  • ou aux variations météorologiques.


L’étude espagnole sur les poussées retrouve également les changements météorologiques parmi les facteurs fréquemment rapportés.


Mais les études scientifiques sont beaucoup moins catégoriques lorsqu’on tente de mesurer objectivement cet effet.


Une revue systématique consacrée à la température et à la fibromyalgie a montré que la majorité des études météorologiques ne retrouvaient pas de relation uniforme entre température extérieure et douleur pour l’ensemble des patients.


En revanche, les études expérimentales montrent clairement que certaines personnes atteintes de fibromyalgie présentent une sensibilité anormale aux stimulations thermiques, notamment au froid.


Autrement dit :

certaines personnes peuvent réellement être très sensibles aux conditions météorologiques, sans que la météo ait le même effet chez toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.


D’autres facteurs sont parfois rapportés


Les personnes atteintes de fibromyalgie peuvent également observer des aggravations dans certaines circonstances, par exemple :

  • lors d’une infection ;

  • après un voyage ou une période particulièrement chargée ;

  • pendant certaines périodes hormonales ;

  • lors d’un changement important de rythme de vie.


Une revue publiée en 2024 par plusieurs équipes italiennes, notamment de Pise et Milan, s’est intéressée précisément aux facteurs environnementaux susceptibles d’influencer l’expression et l’intensité des symptômes de la fibromyalgie.

Elle souligne cependant la complexité des interactions entre environnement, caractéristiques individuelles et maladie.


Il faut donc éviter de transformer chaque association observée en relation de cause à effet.


Un déclencheur n’agit pas toujours de la même manière


Une même activité peut être bien tolérée un jour et provoquer une aggravation un autre jour.


Cela peut dépendre de nombreux éléments :

  • niveau de fatigue préalable ;

  • qualité du sommeil ;

  • intensité de la douleur avant l’activité ;

  • accumulation des activités précédentes ;

  • contexte émotionnel ;

  • autres problèmes de santé ;

  • ressources disponibles ce jour-là.


C’est une des raisons pour lesquelles la fibromyalgie est souvent vécue comme imprévisible.


Identifier un déclencheur ne signifie donc pas que l’on pourra toujours prévoir ou empêcher une poussée.


Faut-il noter ses déclencheurs ?


Cela peut être utile lorsqu’un même schéma semble se répéter.


Noter pendant quelque temps :

  • les activités importantes ;

  • la qualité du sommeil ;

  • les périodes d’aggravation ;

  • les événements inhabituels ;

  • et éventuellement le cycle menstruel ou certains facteurs environnementaux ;

peut permettre de repérer certaines associations personnelles.


Mais cette observation doit rester un outil, et non devenir une surveillance permanente du corps.


Chercher à éviter tout ce qui pourrait éventuellement provoquer des symptômes risque de conduire à réduire progressivement ses activités et sa vie sociale.


L’objectif est plutôt de mieux connaître ses propres limites et marges de manœuvre.


Une poussée n’est pas forcément un malaise post-effort


Une aggravation des symptômes après une activité physique ou intellectuelle peut survenir dans la fibromyalgie.


Le malaise post-effort (MPE) décrit cependant un phénomène particulier, caractéristique notamment de l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), avec une aggravation globale et souvent retardée des symptômes après un effort qui pouvait auparavant être toléré.


Fibromyalgie et EM/SFC peuvent coexister.

Une personne qui observe systématiquement ce type de réaction prolongée après un effort peut donc utilement en parler avec son médecin.


Que faire lorsqu’une poussée commence ?


Il n’existe pas une stratégie qui fonctionne pour tout le monde.


Selon la situation, il peut être utile de :

  • réduire temporairement les activités les plus exigeantes ;

  • répartir davantage les tâches ;

  • préserver le sommeil autant que possible ;

  • alterner activité et récupération ;

  • maintenir des mouvements doux lorsqu’ils restent tolérés ;

  • utiliser les stratégies de soulagement déjà identifiées comme utiles ;

  • reprendre progressivement les activités lorsque les symptômes diminuent.


Il ne s’agit ni de « forcer malgré tout », ni de rester systématiquement immobile.

L’adaptation doit tenir compte de la personne, du moment et de l’intensité de la poussée.


Et si les symptômes sont différents de d’habitude ?


Une aggravation n’est pas automatiquement une poussée de fibromyalgie.


Un symptôme nouveau, très différent de ce que la personne connaît habituellement, particulièrement intense ou persistant mérite d’être évalué.


Avoir une fibromyalgie n’empêche pas de contracter une infection, de développer une autre maladie ou de présenter un effet indésirable lié à un traitement.


À retenir


Les poussées de fibromyalgie et les facteurs susceptibles de les favoriser sont bien rapportés par les patients et étudiés par la recherche.


Stress prolongé, surcharge physique, sommeil insuffisant et parfois changements météorologiques figurent parmi les facteurs les plus souvent rapportés.


Mais :

  • aucun déclencheur n’est universel ;

  • une association temporelle ne prouve pas toujours une relation de cause à effet ;

  • une même situation peut être tolérée différemment selon les jours ;

  • et certaines poussées surviennent sans explication identifiable.


Identifier ses propres facteurs aggravants peut aider à mieux adapter son quotidien, sans chercher à tout contrôler ni à éviter toute activité.


Sources


  • Gómez-Argüelles J.M., Moreno-Zazo M., Maestu C. – Characterizing fibromyalgia flares: a prospective observational study, Reumatologia, 2022. Hospital Universitario Quirónsalud / Universidad Politécnica de Madrid, Espagne.

  • Ministerio de Sanidad, Espagne – Fibromialgia, document destiné aux professionnels de santé : évolution fluctuante et facteurs pouvant aggraver ou soulager les symptômes.

  • Sociedad Española de Reumatología (SER) – Recomendaciones sobre el manejo de los pacientes con fibromialgia, 2020-2022.

  • Bazzichi L. et al. – Environmental factors and fibromyalgia syndrome: a narrative review, Clinical and Experimental Rheumatology, 2024. Travaux impliquant notamment des équipes universitaires italiennes de Pise et Milan.

  • Berwick R.J. et al. – A Systematic Review Into the Influence of Temperature on Fibromyalgia Pain, Journal of Pain, 2021.

 
 
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