DOULEUR CERVICALE
Dernière mise à jour : 29 août

Douleur dans la nuque, raideur, tensions au niveau des épaules, difficulté à tourner la tête, sensation de poids dans le haut du dos…
La région cervicale peut tout à fait faire partie des zones douloureuses chez une personne atteinte de fibromyalgie.
La douleur fibromyalgique est diffuse et peut concerner différentes régions du corps. Le cou, les épaules et le haut du dos font fréquemment partie des zones décrites comme sensibles ou douloureuses.
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les douleurs cervicales ont exactement le même mécanisme.
Comment la douleur cervicale peut-elle se manifester ?
Elle peut prendre différentes formes :
douleur diffuse dans la nuque ;
sensation de raideur ;
muscles sensibles ou tendus ;
douleur qui s’étend vers les épaules ou le haut du dos ;
gêne lors de certains mouvements ;
fatigue musculaire lorsque la tête reste longtemps dans une même position ;
parfois association avec des maux de tête.
L’intensité peut varier d’un jour à l’autre, comme les autres manifestations de la fibromyalgie.
Est-ce « simplement » une mauvaise posture ?
Non.
Une position maintenue longtemps peut évidemment devenir inconfortable, surtout lorsque la sensibilité douloureuse est élevée.
Mais les connaissances actuelles ne permettent pas d’expliquer les cervicalgies chroniques par une simple « mauvaise posture » ou par un défaut d’alignement qu’il faudrait absolument corriger.
En 2025, une équipe de l’Université et du CHU de Liège a publié des recommandations sur l’évaluation et la rééducation des cervicalgies non spécifiques.
Les auteurs insistent sur une approche individualisée et biopsychosociale, plutôt que sur la recherche systématique d’une anomalie posturale unique.
(Grosdent et al., Revue Médicale de Liège, 2025)
La posture peut donc influencer le confort, mais il n’existe pas une position « parfaite » que chacun devrait maintenir toute la journée.
Souvent, varier les positions et bouger régulièrement est plus utile que chercher à rester parfaitement droit.
Les muscles du cou sont-ils anormaux dans la fibromyalgie ?
Pas nécessairement.
Une équipe espagnole des Universités Camilo José Cela et Rey Juan Carlos de Madrid a étudié les muscles multifides cervicaux chez des femmes atteintes de fibromyalgie.
Les chercheurs n’ont pas trouvé d’association entre la morphologie ou la qualité de ces muscles et les principales variables cliniques étudiées.
(Valera-Calero et al., Pain Medicine, 2022)
Cette étude ne répond évidemment pas à toutes les questions, mais elle rappelle une chose importante :
l’intensité de la douleur cervicale ne peut pas être simplement déduite de l’apparence ou de la structure d’un muscle.
Dans la fibromyalgie, les mécanismes de sensibilisation et de modulation de la douleur jouent également un rôle important.
Et les « points trigger » ?
Il faut distinguer plusieurs notions.
Les anciens critères diagnostiques de la fibromyalgie utilisaient des points sensibles à la pression (tender points).
Ces points ne sont plus nécessaires pour poser le diagnostic selon les critères actuels.
Les points trigger myofasciaux correspondent quant à eux à un concept différent, utilisé dans certaines douleurs musculaires.
Il vaut donc mieux éviter d’expliquer systématiquement les douleurs cervicales de la fibromyalgie par des « trigger points ».
Une zone musculaire peut être très sensible chez une personne fibromyalgique sans qu’un point trigger soit nécessairement la cause de la douleur.
Pourquoi rester longtemps dans la même position peut-il faire mal ?
Travailler longtemps sur ordinateur, conduire, lire, regarder son téléphone ou rester longtemps assis peut augmenter l’inconfort cervical.
Mais cela ne signifie pas nécessairement que la position a « abîmé » le cou.
Dans la fibromyalgie, une position statique prolongée peut devenir difficile à tolérer en raison notamment :
de l’hypersensibilité douloureuse ;
de la raideur ;
de la fatigue ;
de la diminution de la tolérance à une position prolongée.
Le plus utile peut alors être de changer régulièrement de position, de bouger doucement et d’adapter l’environnement lorsque cela facilite les activités.
Et l’oreiller ?
Il n’existe pas un oreiller idéal pour toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.
Un oreiller trop inconfortable peut évidemment perturber le sommeil ou accentuer les douleurs chez une personne donnée, mais aucune forme ou matière particulière ne peut être recommandée universellement.
Le bon choix est surtout celui qui permet à la personne de dormir le plus confortablement possible.
Que peut proposer la kinésithérapie ?
Pour les cervicalgies persistantes, les recommandations belges récentes privilégient une prise en charge conservatrice associant notamment :
information et éducation ;
exercices adaptés ;
maintien ou reprise progressive du mouvement ;
éventuellement certaines techniques manuelles en complément ;
objectifs définis avec le patient.
(Grosdent et al., Revue Médicale de Liège, 2025)
Chez une personne atteinte de fibromyalgie, cette approche doit évidemment tenir compte de la sensibilité, de la fatigue et de la tolérance individuelle à l’effort.
Les exercices n’ont pas besoin d’être intenses pour être utiles.
L’objectif n’est pas de « remettre le cou en place », mais de favoriser progressivement :
la mobilité ;
la confiance dans le mouvement ;
la capacité fonctionnelle ;
et une meilleure tolérance aux activités quotidiennes.
L’exercice peut-il réellement aider ?
Oui, lorsqu’il est adapté à la personne.
Une étude italienne réalisée par des équipes des universités de Palerme, Catane et Vérone s’est spécifiquement intéressée à des patients atteints de fibromyalgie présentant des cervicalgies et confirme l’intérêt clinique porté aux exercices dans ce contexte.
Plus largement, les recommandations actuelles concernant la fibromyalgie privilégient l’activité physique et les exercices individualisés parmi les approches non médicamenteuses.
Cela ne signifie pas qu’il faille forcer à travers une douleur importante.
L’intensité, la durée et la progression doivent être adaptées à la tolérance de chacun.
Faut-il rechercher une anomalie sur une radiographie ou une IRM ?
Pas systématiquement.
Comme dans la population générale, des modifications liées à l’âge peuvent être visibles sur une radiographie ou une IRM cervicale sans nécessairement expliquer toute la douleur ressentie.
Inversement, une douleur importante peut exister sans anomalie structurale majeure.
L’imagerie doit donc être décidée en fonction de l’histoire clinique et de l’examen, et non uniquement de l’intensité de la douleur.
Douleur cervicale et fibromyalgie peuvent aussi coexister avec autre chose
Reconnaître que la nuque peut être douloureuse dans la fibromyalgie ne signifie pas qu’il faille attribuer automatiquement toute douleur cervicale à celle-ci.
Une cervicalgie apparue après un traumatisme, une douleur très différente des symptômes habituels ou l’apparition de signes neurologiques nouveaux — par exemple une véritable perte de force — mérite une évaluation médicale.
Le but n’est pas de remettre en question la fibromyalgie, mais simplement de se rappeler qu’une personne fibromyalgique peut aussi présenter une autre affection cervicale.
À retenir
Les douleurs et la raideur de la région cervicale peuvent pleinement faire partie du tableau douloureux de la fibromyalgie.
Elles ne s’expliquent cependant pas nécessairement par une mauvaise posture, un mauvais alignement ou des muscles « anormaux ».
Les connaissances actuelles invitent plutôt à considérer ensemble :
la sensibilité accrue du système de la douleur ;
la mobilité ;
la tolérance aux positions prolongées ;
la fatigue ;
le contexte global de la personne.
Lorsqu’une prise en charge est nécessaire, l’éducation, le mouvement et les exercices adaptés et progressifs occupent une place importante.
Sources
Grosdent S., Vanderthommen M., Kaux J.-F., Tomasella M., Demoulin C. – Évaluation et rééducation des patients souffrant de cervicalgie non spécifique, Revue Médicale de Liège, Université de Liège / CHU de Liège, 2025.
Valera-Calero J.A. et al. – Cervical Multifidus Morphology and Quality Are Not Associated with Clinical Variables in Women with Fibromyalgia, Pain Medicine, 2022. Universidad Camilo José Cela / Universidad Rey Juan Carlos, Madrid, Espagne.
Scaturro D. et al. – Neck Pain in Fibromyalgia: Treatment with Exercise and Mesotherapy, Biomedicines, 2023. Universités de Palerme, Catane et Vérone, Italie.
Di Carlo M. et al. – Fibromyalgia: one year in review 2024, Clinical and Experimental Rheumatology, 2024. Équipes universitaires et hospitalières italiennes.
