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EMONCTOIRES

23 mai 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.


Imaginons que le corps fonctionne comme une maison.


Chaque jour, son fonctionnement produit ou reçoit des substances qu’il doit transformer, utiliser, recycler ou éliminer. Dans cette image très simplifiée, on pourrait dire que le foie fait le tri et prépare les sacs poubelle, tandis que les reins et l’intestin participent à leur évacuation !


Les poumons et, dans une moindre mesure, la peau participent eux aussi à l’élimination de certaines substances.


C’est notamment à ces organes que fait référence la naturopathie lorsqu’elle parle d« émonctoires ».


Que sont les « émonctoires » ?


Le terme émonctoire est surtout utilisé en naturopathie et dans certaines approches traditionnelles pour désigner les organes qui participent à l’élimination de différentes substances produites ou absorbées par notre organisme.


On cite généralement le foie, les reins, les intestins, les poumons et la peau.


L’image est assez parlante : notre corps transforme en permanence ce que nous mangeons, buvons, respirons ou prenons comme médicaments. Ces transformations produisent également différentes substances qui devront être métabolisées, recyclées ou éliminées.


La médecine conventionnelle n’utilise pas réellement la notion d’« émonctoires » comme un système unique à stimuler ou à « drainer ». Elle décrit plutôt séparément les fonctions très complexes de chacun de ces organes.


Mais derrière le vocabulaire différent se trouve une réalité physiologique : notre organisme possède bien plusieurs voies naturelles de transformation et d’élimination.


Le foie : une véritable usine de transformation


Le foie joue un rôle majeur dans le métabolisme.


Il transforme de nombreuses substances provenant de l’alimentation, mais aussi des médicaments et certaines substances potentiellement toxiques. Il peut ensuite permettre leur élimination notamment par la bile ou, après transformation, par les reins.


Parler de « détoxification » du foie peut donc avoir un sens physiologique, à condition de ne pas imaginer qu’il s’agit simplement d’un filtre qu’il faudrait régulièrement « nettoyer ».


Chez une personne dont le foie fonctionne normalement, ce travail est réalisé en permanence.


Les reins : filtrer, mais aussi maintenir l’équilibre


Les reins filtrent le sang et éliminent dans les urines de nombreux déchets et substances hydrosolubles.


Mais leur rôle est beaucoup plus vaste : ils participent également au contrôle de l’eau, du sodium, du potassium, de l’équilibre acido-basique et de nombreux autres paramètres indispensables au fonctionnement de l’organisme. Les reins constituent notamment une voie importante d’élimination de nombreux médicaments.


Les intestins : bien plus qu’une voie de sortie


L’intestin permet naturellement l’évacuation dans les selles de ce qui n’a pas été absorbé, ainsi que de certaines substances excrétées par la bile.


Son rôle va cependant beaucoup plus loin : digestion, absorption des nutriments, microbiote, immunité, communication avec le système nerveux…


Un transit confortable peut avoir une importance particulière lorsqu’on vit avec la fibromyalgie. La constipation et les troubles digestifs peuvent en effet ajouter de l’inconfort à une situation déjà difficile.


Dans ce domaine, certaines approches alimentaires ou végétales peuvent être intéressantes.


Le psyllium, par exemple, contient des fibres solubles qui retiennent l’eau et augmentent le volume des selles. Son efficacité dans la constipation est bien établie. Les graines de lin peuvent également contribuer à augmenter les apports en fibres.


Et la peau et les poumons ?


Les poumons éliminent bien sûr principalement le dioxyde de carbone produit par notre métabolisme ainsi que certaines substances volatiles.


La peau participe, par la transpiration, à l’élimination d’eau, de sels et de petites quantités de certaines substances. Mais cette fonction reste secondaire par rapport au foie et aux reins pour l’élimination des médicaments et de nombreux produits du métabolisme.


Transpirer peut néanmoins être agréable : une activité physique adaptée, un bain chaud ou certaines pratiques de bien-être peuvent apporter détente et sensation de légèreté. Ce bénéfice ressenti n’a pas besoin d’être expliqué par l’évacuation massive de « toxines » pour être réel.


Faut-il « stimuler » ses émonctoires ?


C’est ici que les approches diffèrent.


En naturopathie, on parle parfois de soutenir, stimuler ou drainer les émonctoires, notamment à certaines périodes ou lorsque l’on ressent lourdeur digestive, constipation, fatigue ou sensation d’être « encombré ».


Certaines personnes apprécient ces périodes où elles prêtent davantage attention à leur alimentation, à leur hydratation, à leur transit et à leur hygiène de vie. Elles peuvent effectivement se sentir mieux.


Plusieurs éléments peuvent y contribuer : une alimentation plus légère et plus riche en végétaux, davantage de fibres, une meilleure hydratation, moins d’alcool, davantage de mouvement ou simplement le fait de prendre davantage soin de soi.


Il est donc intéressant de distinguer le bénéfice que peut apporter cette démarche globale de l’idée selon laquelle des toxines indéterminées seraient stockées dans le corps et devraient nécessairement être « chassées ».


Et les plantes ?


La phytothérapie est probablement l’un des outils les plus utilisés lorsqu’on parle d’émonctoires.


Certaines plantes sont traditionnellement associées au confort digestif, hépatique, intestinal ou urinaire. Elles peuvent être utilisées dans l’alimentation, en tisane, sous forme d’extraits ou dans des compléments alimentaires.


On retrouve par exemple :

  • l’artichaut, le romarin, le pissenlit ou le chardon-Marie, traditionnellement utilisés autour de la digestion et de la fonction hépatique ;

  • le psyllium et les graines de lin pour favoriser un transit régulier ;

  • le fenouil pour le confort digestif ;

  • le thym pour ses usages traditionnels au niveau respiratoire.


L’intérêt de ces plantes n’est pas identique et dépend beaucoup de l’objectif recherché, de la forme utilisée et de la dose.


Cela mérite donc d’être abordé plante par plante plutôt que sous l’étiquette très générale de « détox ».


Naturel ne veut pas dire sans effet


Les plantes peuvent contenir de véritables substances actives. C’est d’ailleurs ce qui les rend intéressantes.


Mais c’est aussi la raison pour laquelle elles peuvent présenter des contre-indications ou interagir avec certains médicaments.


En Belgique, le SPF Santé publique rappelle que certaines plantes utilisées dans les compléments alimentaires sont soumises à des conditions précises d’utilisation et que « naturel » ou « biologique » ne signifie pas automatiquement sans risque.


Il est donc préférable de demander conseil au médecin ou au pharmacien, particulièrement lorsqu’on prend plusieurs médicaments.


Cela concerne particulièrement les personnes atteintes de fibromyalgie, qui peuvent parfois associer traitements prescrits, antalgiques, médicaments agissant sur le sommeil et différents compléments alimentaires.


Le séné, par exemple, peut être efficace contre une constipation occasionnelle, mais il s’agit d'un laxatif stimulant destiné à un usage bref. Le psyllium se prête davantage à une utilisation visant à augmenter les fibres, avec suffisamment d’eau et en tenant compte des éventuelles interactions avec l’absorption de certains médicaments.


Quel lien avec la fibromyalgie ?


Certaines approches naturopathiques proposent qu’une surcharge des « émonctoires » puisse contribuer aux symptômes de diverses maladies chroniques.


À l’heure actuelle, il n’est pas démontré qu’une accumulation générale de toxines ou un mauvais fonctionnement des émonctoires soit une cause de la fibromyalgie.


Cela n’empêche pas qu’une démarche visant à améliorer l’alimentation, le transit, l’hydratation ou le bien-être général puisse être appréciée et apporter quelque chose à certaines personnes.


Quelques petites études ont d’ailleurs exploré des régimes d’élimination ou différentes interventions nutritionnelles dans la fibromyalgie et ont observé des améliorations chez certains participants. Les recherches restent cependant encore trop limitées et hétérogènes pour identifier aujourd’hui un régime « détox » ou d’élimination qui puisse être recommandé à toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.


Il est peut-être plus intéressant de se demander :

« Qu’est-ce qui, dans cette démarche, me fait du bien ? »


Est-ce le fait de manger davantage de légumes et de fibres ? De boire plus régulièrement ? D’avoir un meilleur transit ? De diminuer certains aliments qui me conviennent moins ? De préparer une tisane et de prendre un moment pour moi ?


Ces bénéfices peuvent être intéressants même si leur explication n’est pas nécessairement celle proposée à l’origine par la théorie des émonctoires.


Mon expérience


Cette notion m’avait personnellement interpellée parce que j’ai souffert d’eczéma dès mon plus jeune âge, mais aussi de constipation importante et d’une transpiration assez faible malgré l’activité physique.


J’ai longtemps cherché à comprendre si ces différents éléments pouvaient être liés.


Aujourd’hui, je serais plus prudente avant de les interpréter comme les signes d’« émonctoires encombrés ». Mais cela ne m’empêche pas de rester intéressée par ce qui peut aider notre organisme à fonctionner au mieux : alimentation, hydratation, mouvement, transit, phytothérapie lorsque celle-ci est appropriée…


Comme souvent avec les approches complémentaires, il n’est pas nécessaire de choisir entre tout croire et tout rejeter. On peut conserver ce qui nous aide, chercher à comprendre pourquoi cela nous aide et rester attentif aux connaissances scientifiques qui évoluent.


À retenir


La notion d’« émonctoires » appartient principalement aux approches naturopathiques, mais elle fait référence à de véritables fonctions de transformation et d’élimination assurées notamment par le foie, les reins, l’intestin et les poumons.


Prendre soin de son alimentation, de son hydratation et de son transit peut contribuer au bien-être. Certaines plantes peuvent également avoir leur intérêt, à condition de les choisir en fonction d’un objectif précis et de tenir compte de leurs effets et interactions.


En revanche, aucun mécanisme de « surcharge des émonctoires » n’est actuellement établi comme cause de la fibromyalgie.


L’approche la plus intéressante est donc peut-être celle qui associe curiosité, ressenti personnel et prudence, sans opposer systématiquement pratiques complémentaires et connaissances médicales.


Sources


SPF Santé publique – Belgique, informations sur les plantes présentes dans les compléments alimentaires et leur utilisation sûre.

Manuel MSD, fonctions du foie et mécanismes d’excrétion des substances et médicaments.

VIDAL, phytothérapie et prise en charge de la constipation : psyllium, graines de lin et plantes laxatives.

Restrictive Diets in Patients with Fibromyalgia: State of the Art, revue des études consacrées aux régimes restrictifs et d’élimination dans la fibromyalgie, 2024.

 
 
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