HOMEOPATHIE
- 6 mai 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

L’homéopathie fait partie des approches complémentaires les plus connues.
Certains y sont très attachés, d’autres n’y croient absolument pas… et le débat devient parfois tellement passionné qu’il devient difficile de comprendre ce que l’on sait réellement.
Pourtant, lorsqu’on vit avec une fibromyalgie et que les traitements disponibles ne soulagent pas toujours suffisamment, il est compréhensible de chercher d’autres moyens d’améliorer son quotidien.
Alors, que propose réellement l’homéopathie ? Et qu’en disent les études, notamment dans la fibromyalgie ?
Qu’est-ce que l’homéopathie ?
Le mot vient du grec homoios, « semblable », et pathos, « maladie ».
L’homéopathie a été développée à la fin du XVIIIᵉ siècle par le médecin allemand Samuel Hahnemann.
Elle repose principalement sur trois grands principes.
Le principe de similitude
Selon l’homéopathie, une substance susceptible de provoquer certains symptômes chez une personne en bonne santé pourrait, lorsqu’elle est administrée sous forme homéopathique, aider une personne présentant des symptômes semblables.
C’est le fameux principe :
« le semblable soigne le semblable ».
L’individualisation
L’un des aspects auxquels les patients sont souvent sensibles est que l’homéopathie ne cherche pas uniquement à associer un produit à une maladie.
Le praticien s’intéresse généralement à l’ensemble de la personne : ses symptômes, mais aussi la façon dont elle les ressent, son sommeil, sa fatigue, ses réactions au chaud ou au froid, son état émotionnel, son histoire…
Deux personnes atteintes de fibromyalgie peuvent donc recevoir des préparations homéopathiques différentes.
Cette consultation souvent longue et individualisée peut également donner au patient le sentiment d’être davantage écouté dans la globalité de son vécu — une dimension particulièrement appréciable lorsque l’on vit avec une maladie chronique complexe.
Les dilutions et la « dynamisation »
Les préparations homéopathiques sont obtenues à partir de substances d’origine végétale, minérale, animale ou chimique qui font l’objet de dilutions successives.
Une dilution 1 CH, par exemple, correspond à une dilution au centième. Une partie de la substance est mélangée à 99 parties de solvant. Une dilution 2 CH reprend une partie de cette première dilution, à nouveau diluée dans 99 parties de solvant, et ainsi de suite. (sante.gouv.fr)
Entre chaque étape, la préparation est agitée selon un procédé appelé dynamisation.
Aux dilutions les plus élevées, il peut ne plus rester de quantité mesurable de la substance de départ.
Pour l’homéopathie, le processus de dilution et de dynamisation conserverait néanmoins une activité thérapeutique.
Le mécanisme biologique qui permettrait d’expliquer cet effet aux très hautes dilutions n’est actuellement pas démontré scientifiquement.
Cela n’empêche pas d’étudier ce qui se passe réellement chez les patients lorsqu’ils utilisent l’homéopathie.
Homéopathie et phytothérapie : ce n’est pas la même chose
La confusion est fréquente.
Un médicament à base de plantes contient des substances végétales dont certaines peuvent avoir une activité pharmacologique mesurable.
Un produit homéopathique repose sur le principe homéopathique de dilution et de préparation.
Un même nom de plante peut parfois apparaître dans les deux univers, mais cela ne signifie pas qu’il s’agit du même produit ni du même mécanisme.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque l’on parle d’efficacité, d’effets indésirables ou d’interactions avec les médicaments.
En Belgique, les médicaments homéopathiques sont encadrés
L’homéopathie dispose d’un cadre réglementaire spécifique en Belgique.
L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) prévoit différentes procédures pour les médicaments homéopathiques. Elle dispose notamment d’une Commission pour les médicaments homéopathiques chargée de l’évaluation des dossiers d’enregistrement ou d’autorisation. (afmps.be)
Une nuance est cependant importante pour comprendre ce que signifie cet enregistrement.
Pour certaines préparations homéopathiques très diluées destinées à la voie orale ou externe, une procédure simplifiée d’enregistrement existe. Pour bénéficier de cette procédure, aucune indication thérapeutique spécifique ne peut figurer sur le produit et le degré de dilution doit notamment être suffisamment élevé pour garantir son innocuité. (afmps.be)
Autrement dit :
le fait qu’un médicament homéopathique soit enregistré en Belgique garantit qu’il répond aux exigences réglementaires correspondant à cette procédure ; cela ne signifie pas nécessairement que son efficacité contre une maladie déterminée a été démontrée par des essais cliniques.
C’est une distinction utile à connaître.
Pourquoi certaines personnes apprécient-elles l’homéopathie ?
Les témoignages positifs sont nombreux.
Certaines personnes disent constater une amélioration de symptômes comme le sommeil, la fatigue, les douleurs, le stress ou différents petits troubles du quotidien.
D’autres apprécient surtout :
l’approche individualisée ;
le temps accordé à la consultation ;
la possibilité de parler de plusieurs symptômes ensemble ;
la recherche d’une solution complémentaire lorsque les traitements habituels sont insuffisants ou mal tolérés ;
la sensation de participer davantage aux décisions concernant leur santé.
Ces dimensions ne sont pas négligeables.
Dans une maladie comme la fibromyalgie, où les symptômes sont multiples et où le sentiment de ne pas être suffisamment entendu reste malheureusement fréquent, la qualité de la relation thérapeutique peut elle-même avoir beaucoup d’importance.
Et l’effet placebo ?
Le mot « placebo » est parfois vécu comme une façon de dire :
« C’est dans votre tête. »
Ce n’est pas ce qu’il signifie.
Nos attentes, le contexte dans lequel nous recevons un soin, la confiance envers le professionnel, la relation thérapeutique et l’expérience passée peuvent réellement modifier la manière dont nous percevons certains symptômes, particulièrement la douleur.
Ce sont des phénomènes étudiés en médecine.
Un bénéfice lié en partie à ces effets contextuels n’est donc pas nécessairement un bénéfice imaginaire.
La question scientifique est différente : lorsqu’on compare un produit homéopathique à un placebo dans un essai correctement réalisé, observe-t-on un bénéfice supplémentaire attribuable spécifiquement au produit ?
Et sur ce point, les données sont beaucoup moins claires.
Qu’en est-il dans la fibromyalgie ?
Il existe bien des études consacrées spécifiquement à l’homéopathie dans la fibromyalgie.
C’est important à préciser, car on lit parfois qu’elle n’aurait jamais été étudiée.
Des petites études avec des résultats positifs
Plusieurs essais cliniques ont rapporté des améliorations.
Dans un essai randomisé contre placebo portant sur des personnes atteintes de fibromyalgie, les participants recevant un traitement homéopathique individualisé ont notamment présenté une amélioration plus importante de la sensibilité des points douloureux, de la qualité de vie et de l’état de santé global que ceux recevant un placebo.
Une autre petite étude randomisée a comparé les soins habituels seuls aux soins habituels associés à une prise en charge par un homéopathe. Elle a observé des améliorations de plusieurs paramètres, notamment le retentissement de la fibromyalgie, la fatigue et certains scores de douleur. Les auteurs soulignaient toutefois qu’il s’agissait d’une étude pilote, ne permettant notamment pas de déterminer quelle part du bénéfice provenait des préparations homéopathiques elles-mêmes et quelle part pouvait être liée à l’accompagnement proposé.
Une méta-analyse plutôt encourageante… mais à interpréter avec prudence
Une revue et méta-analyse publiée en 2014 a retrouvé quatre essais randomisés ainsi que plusieurs études observationnelles et rapports de cas consacrés à l’homéopathie dans la fibromyalgie.
L’analyse des essais contrôlés retrouvait des résultats favorables concernant notamment :
l’intensité de la douleur ;
la fatigue ;
le nombre de points douloureux.
Les auteurs considéraient qu’il existait suffisamment de résultats positifs pour continuer à étudier cette piste, mais insistaient sur le fait que les conclusions restaient préliminaires, compte tenu du petit nombre d’études et de leur qualité méthodologique limitée.
Une autre revue systématique avait également constaté que les essais disponibles avaient tendance à favoriser l’homéopathie, tout en estimant que leurs limites méthodologiques empêchaient de conclure à une efficacité démontrée.
La position belge est plus réservée
Le KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé a réalisé une importante évaluation de l’homéopathie en Belgique.
Dans son analyse, qui incluait notamment la fibromyalgie parmi les indications examinées, le KCE n’avait pas trouvé de preuve convaincante permettant d’établir une efficacité propre de l’homéopathie. Il soulignait cependant également la satisfaction exprimée par de nombreux utilisateurs et l’importance potentielle de l’effet contextuel de la prise en charge.
Cette évaluation belge date de 2011 et ne comprend donc pas nécessairement l’ensemble des travaux publiés ultérieurement.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a réalisé en 2019 une vaste évaluation des médicaments homéopathiques. Après analyse de la littérature disponible, elle a considéré que leur efficacité n’était pas suffisamment démontrée pour justifier leur remboursement par l’Assurance maladie française.
Alors, que peut-on réellement en conclure ?
La situation est plus nuancée qu’un simple « ça marche » ou « ça ne marche pas ».
Dans la fibromyalgie :
il existe des études positives, et elles justifient qu’on ne balaie pas cette question sans l’examiner ;
mais elles sont peu nombreuses, anciennes pour la plupart et portent sur de petits groupes de patients ;
et nous ne disposons pas aujourd’hui de données suffisamment solides et reproduites pour considérer l’homéopathie comme un traitement dont l’efficacité spécifique sur la fibromyalgie serait démontrée.
Cela laisse parfaitement la place au bénéfice individuel ressenti.
Une personne peut estimer que l’homéopathie lui apporte quelque chose sans que son expérience personnelle suffise, à elle seule, à établir son efficacité pour l’ensemble des personnes atteintes de fibromyalgie.
Et inversement, l’absence actuelle de preuve solide ne permet pas d’affirmer que chaque personne qui rapporte un mieux-être se trompe sur ce qu’elle ressent.
Peut-elle être utilisée en complément ?
Pour une personne qui souhaite essayer l’homéopathie et qui en retire un bénéfice, elle peut être envisagée comme une approche complémentaire, à condition qu’elle ne conduise pas à abandonner ou retarder une prise en charge nécessaire.
C’est particulièrement important lorsqu’un nouveau symptôme apparaît : il ne faut pas automatiquement l’attribuer à la fibromyalgie sans qu’il soit correctement évalué.
L’un des principaux risques associés aux médecines complémentaires n’est pas toujours le produit lui-même, mais le fait qu’elles puissent parfois retarder un diagnostic ou remplacer un traitement dont l’efficacité est établie. Le KCE et la HAS attirent tous deux l’attention sur ce point.
Dans l’idéal, les différentes approches ne devraient donc pas s’opposer.
Un patient devrait pouvoir parler librement à son médecin ou à son pharmacien de tout ce qu’il utilise — médicaments, compléments, plantes, homéopathie ou autres approches — sans craindre d’être jugé.
Mon expérience
Personnellement, j’ai utilisé l’homéopathie pendant de nombreuses années, pour moi-même mais aussi avec mes enfants, et j’en garde une expérience positive.
La vie a fait que j’ai ensuite arrêté de l’utiliser et je ne l’ai pas réellement reprise depuis.
Ce vécu reste le mien. Je ne peux évidemment pas en déduire que l’homéopathie fonctionnerait de la même manière pour toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.
Mais je ne souhaite pas non plus effacer une expérience qui, à l’époque, m’avait apporté satisfaction.
C’est aussi l’esprit dans lequel je préfère aborder les méthodes complémentaires pour MY FIBRO : rester curieux, regarder ce que la recherche nous apprend, reconnaître ses limites et laisser une place au ressenti de chacun.
À retenir
L’homéopathie est une approche thérapeutique ancienne fondée sur les principes de similitude, d’individualisation et de dilution.
Elle est encadrée en Belgique, où les médicaments homéopathiques font l’objet de procédures spécifiques auprès de l’AFMPS.
Dans la fibromyalgie, quelques essais cliniques ont rapporté des résultats favorables et une méta-analyse a retrouvé des améliorations de la douleur et de la fatigue. Ces résultats sont intéressants, mais les études restent trop peu nombreuses et trop limitées pour considérer aujourd’hui l’efficacité spécifique de l’homéopathie comme démontrée.
Cela n’empêche pas certaines personnes d’en retirer un bénéfice individuel ou un mieux-être.
Lorsqu’elle est choisie, l’homéopathie peut donc trouver sa place comme approche complémentaire, sans remplacer les soins nécessaires et en gardant un dialogue ouvert avec les professionnels qui accompagnent le patient.
Sources
AFMPS – Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, Belgique. Médicaments homéopathiques : procédures d’enregistrement et d’autorisation en Belgique.
KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé, Belgique. Évaluation de l’homéopathie et des pratiques homéopathiques en Belgique.
Haute Autorité de Santé – France. Évaluation scientifique des médicaments homéopathiques, 2019.
Ostermann T. et al., 2014. Homeopathy in the treatment of fibromyalgia — A comprehensive literature-review and meta-analysis.
Perry R., Terry R., Ernst E., 2010. A systematic review of homoeopathy for the treatment of fibromyalgia. Clinical Rheumatology.
