IKIGAÏ
Dernière mise à jour : 2 sept.

Lorsque la fibromyalgie bouleverse des projets, des activités, le travail ou simplement la manière dont on imaginait sa vie, une question peut finir par s’imposer :
« Qu’est-ce qui compte encore vraiment pour moi ? »
L’ikigai est un concept japonais difficile à traduire par un seul mot. Il évoque notamment ce qui donne du sens à la vie, ce qui la rend digne d’être vécue, une raison de se lever le matin.
Cela peut être quelque chose de très important.
Mais aussi quelque chose de tout simple.
Une personne.
Une activité.
Un projet.
Prendre soin de quelqu’un.
Créer.
Apprendre.
Partager.
Voir grandir ses petits-enfants.
S’occuper de son jardin.
Attendre avec plaisir le café du matin.
L’ikigai n’a pas besoin d’être une grande “mission de vie”.
Et les fameux quatre cercles ?
On associe souvent l’ikigai à un diagramme composé de quatre cercles :
ce que j’aime ;
ce pour quoi je suis doué ;
ce dont le monde a besoin ;
ce pour quoi je peux être payé.
À leur intersection se trouverait notre « ikigai ».
Ce schéma peut être un outil intéressant pour réfléchir à ses envies, ses compétences ou sa vie professionnelle.
Mais il faut savoir qu’il ne vient pas de la tradition japonaise.
Le diagramme est une adaptation occidentale récente d’un schéma initialement consacré au « purpose », le but ou la raison d’être. Il a ensuite été associé au mot japonais ikigai et largement diffusé sur internet, dans le développement personnel et le coaching.
Il ne faut donc pas croire qu’au Japon, chacun cherche son ikigai en remplissant quatre cercles jusqu’à découvrir la profession parfaite au milieu !
Et surtout :
être payé pour quelque chose n’est absolument pas indispensable pour que cette chose donne du sens à notre vie.
Quand la maladie oblige à revoir la carte
La fibromyalgie peut rendre certaines activités difficiles ou impossibles.
Un métier que l’on aimait peut devenir trop exigeant.
Une passion peut devoir être adaptée.
Certains projets peuvent être reportés, modifiés… ou abandonnés.
Et cela peut provoquer un véritable sentiment de perte.
Dans ces moments-là, rechercher ce qui donne encore du sens ne consiste pas à prétendre que la maladie est une chance ou qu’il suffirait de « penser positif ».
Il peut d’abord être nécessaire de faire le deuil de certaines choses.
Puis, parfois, d’en découvrir d’autres.
La question n’est donc pas forcément :
« Comment retrouver exactement la vie que j’avais avant ? »
Elle peut progressivement devenir :
« Qu’est-ce qui peut encore avoir de la valeur pour moi aujourd’hui ? »
Le sens de la vie… et la maladie chronique
Cette question n’est pas seulement philosophique.
Des chercheurs de la KU Leuven, en Belgique, ont étudié le sentiment de sens dans la vie chez 481 personnes vivant avec une maladie chronique.
Les personnes qui percevaient davantage leur vie comme significative, porteuse d’un but et de valeur présentaient également, en moyenne, davantage de bien-être et d’acceptation de leur situation.
Cela ne signifie évidemment pas que trouver du sens soigne la maladie.
L’étude montre une association, pas une relation de cause à effet.
Mais elle souligne combien la maladie chronique ne touche pas seulement le corps : elle peut aussi bouleverser les projets, les rôles, l’identité et la manière de se projeter dans l’avenir.
Chercher sans se mettre une pression supplémentaire
Le développement personnel transforme parfois l’ikigai en nouvelle injonction :
« Trouvez votre mission ! »« Réinventez-vous ! »« Transformez l’épreuve en opportunité ! »
Attention.
Une personne épuisée par la douleur n’a pas nécessairement besoin qu’on lui demande en plus de découvrir sa grande raison d’être.
Certaines périodes sont consacrées à tenir.
À se soigner.
À récupérer.
À accepter progressivement ce qui a changé.
Et cela suffit.
L’ikigai peut évoluer au cours de la vie. Il peut aussi être composé de plusieurs petites choses plutôt que d’un immense projet.
Il n’y a donc aucun examen à réussir.
Rechercher ce qui compte encore
Plutôt que de chercher immédiatement « son ikigai », on peut simplement se poser quelques questions :
Qu’est-ce qui me procure encore du plaisir ?
Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ?
Quelles activités me donnent le sentiment d’être vivant ?
Qu’est-ce que j’aimerais préserver malgré la maladie ?
Qu’est-ce que je pourrais faire autrement ?
Quelles personnes ou quels liens sont importants pour moi ?
Y a-t-il quelque chose que j’aimerais découvrir ?
Les réponses peuvent être modestes.
Et elles peuvent changer.
Ce qui donne du sens aujourd’hui ne sera pas nécessairement ce qui en donnera demain.
À retenir
L’ikigai est un concept japonais associé au sentiment que la vie a du sens et vaut la peine d’être vécue.
Il ne s’agit ni d’un traitement de la fibromyalgie, ni d’une recette de bonheur, ni obligatoirement de trouver une activité réunissant quatre critères dans un joli diagramme.
Pour une personne vivant avec une maladie chronique, cette notion peut simplement inviter à se demander :
« Malgré ce que la maladie a changé, qu’est-ce qui compte encore pour moi ? »
Parfois, la réponse sera un nouveau projet.
Parfois, une personne.
Parfois, une activité adaptée.
Et parfois, quelque chose de beaucoup plus petit.
Car donner du sens à sa vie ne signifie pas nécessairement faire de grandes choses.
Cela peut aussi commencer par continuer à faire une petite place…
à ce qui nous donne envie de vivre la nôtre.
Sources
Dezutter J. et al. – KU Leuven, Belgique (2013). Meaning in life: an important factor for the psychological well-being of chronically ill patients? Rehabilitation Psychology, 58(4), 334-341. Étude auprès de 481 personnes vivant avec une maladie chronique, retrouvant une association entre présence de sens dans la vie, bien-être et acceptation.
Sartore M., Buisine S., Ocnarescu I., Joly L.-R. (2023). An Integrated Cognitive-Motivational Model of Ikigai (Purpose in Life) in the Workplace. Europe's Journal of Psychology, 19(4), 387-400. Analyse notamment de l’origine occidentale du célèbre diagramme des quatre cercles.
Okuzono S.S. et al. (2022). Ikigai and subsequent health and wellbeing among Japanese older adults: Longitudinal outcome-wide analysis. The Lancet Regional Health – Western Pacific, 21, 100391. Étude longitudinale japonaise montrant des associations entre présence d’un ikigai et plusieurs dimensions du bien-être et du fonctionnement.
Ebinuma H. et al. (2003). Pursuit of psychological well-being (ikigai) and the evolution of self-understanding in the context of caregiving in Japan. Étude qualitative illustrant l’ikigai comme expérience donnant à la vie sens et valeur.
