L'ALIMENTATION
Dernière mise à jour : il y a 1 jour

La question revient régulièrement lorsqu’on vit avec une fibromyalgie :
Existe-t-il une alimentation qui pourrait diminuer les douleurs ou la fatigue ?
Sur internet, les propositions ne manquent pas.
Sans gluten. Sans lactose. Sans sucre. Régime « anti-inflammatoire ». Régime méditerranéen. Végétarien. Pauvre en FODMAP. Jeûne. Détox. Probiotiques…
Et les témoignages peuvent être très convaincants.
Certaines personnes expliquent effectivement se sentir beaucoup mieux depuis qu’elles ont modifié leur alimentation.
Mais que sait-on réellement aujourd’hui ?
Existe-t-il un régime contre la fibromyalgie ?
À ce jour, aucun régime alimentaire spécifique n’a suffisamment démontré son efficacité pour pouvoir être recommandé comme traitement de la fibromyalgie.
C’est notamment la conclusion de la Haute Autorité de santé (HAS) française dans ses recommandations de 2025 consacrées à la fibromyalgie.
De nombreuses approches ont pourtant été étudiées : alimentation méditerranéenne, végétarienne ou végétalienne, sans gluten, sans lactose, pauvre en FODMAP, enrichie en fibres ou en huile d’olive, régimes d’exclusion…
Certaines petites études rapportent des améliorations.
Mais elles portent souvent sur peu de participants, utilisent des méthodes très différentes et ne permettent pas de déterminer avec suffisamment de certitude si l’amélioration provient réellement du régime étudié.
Cela ne signifie pas que l’alimentation n’a aucune importance.
Cela signifie simplement qu’il n’existe pas aujourd’hui de « régime fibromyalgie » validé scientifiquement.
Alors, que manger ?
Plutôt que de chercher une alimentation très restrictive, les recommandations actuelles privilégient une alimentation variée, équilibrée et durable.
En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé a actualisé en 2025 ses recommandations alimentaires pour la population adulte.
On y retrouve notamment l’importance de consommer suffisamment de légumes, fruits, céréales complètes et légumineuses, de privilégier les fruits à coque non salés, les huiles végétales riches en acides gras insaturés et le poisson, tout en limitant notamment les viandes transformées, les boissons sucrées, les aliments riches en sucres ajoutés et le sel.
Rien de spécifiquement « anti-fibromyalgie » dans tout cela.
Mais ce sont des habitudes favorables à la santé générale et à la prévention de nombreuses maladies chroniques.
Et le régime méditerranéen ?
C’est probablement l’une des pistes actuellement les plus intéressantes.
L’alimentation méditerranéenne privilégie notamment les légumes et les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, l’huile d’olive, les fruits à coque et le poisson, avec une consommation plus modérée de viande rouge et d’aliments très transformés.
Une étude italienne publiée en 2024 a comparé une alimentation méditerranéenne personnalisée à une alimentation équilibrée classique chez des personnes atteintes de fibromyalgie pendant huit semaines.
Des améliorations ont été observées dans plusieurs dimensions, notamment la fatigue, l’anxiété et l’impact de la maladie.
Une revue systématique publiée en 2025 rassemble également plusieurs résultats encourageants concernant l’alimentation méditerranéenne.
Ces données sont intéressantes
Mais elles ne permettent pas encore d’affirmer que ce régime constitue un traitement spécifique de la fibromyalgie.
La HAS considère d’ailleurs actuellement qu’il n’existe pas suffisamment d’arguments pour recommander ou déconseiller spécifiquement une alimentation méditerranéenne dans la fibromyalgie.
Cela ne veut évidemment pas dire qu’elle est sans intérêt.
Elle présente surtout l’avantage de reposer sur la qualité et la diversité de l’alimentation plutôt que sur une longue liste d’interdits.
Faut-il supprimer le gluten ?
Pas systématiquement.
Un régime sans gluten est indispensable lorsque l’on souffre d’une maladie cœliaque.
Certaines personnes peuvent également présenter des troubles digestifs particuliers nécessitant des adaptations alimentaires.
Mais en dehors de ces situations, supprimer le gluten n’a pas démontré son intérêt comme traitement de la fibromyalgie.
Une revue réalisée en 2024 par une équipe de l’Hospital Vall d’Hebron de Barcelone a précisément étudié les régimes restrictifs chez les personnes fibromyalgiques.
Les auteurs constatent que certains résultats sont encourageants, mais soulignent la faible qualité des preuves, les petits effectifs et les nombreux facteurs pouvant expliquer les améliorations constatées.
Ils concluent qu’il n’existe pas suffisamment de données pour recommander systématiquement ces régimes aux personnes atteintes de fibromyalgie.
Supprimer inutilement une catégorie importante d’aliments peut aussi compliquer l’alimentation, augmenter son coût et parfois entraîner des déséquilibres.
Si l’on soupçonne réellement un problème lié à certains aliments, mieux vaut en parler à un médecin ou à un diététicien.
Et les produits laitiers ?
Même principe.
Il n’existe actuellement aucune raison de supprimer systématiquement le lait ou les produits laitiers parce que l’on souffre de fibromyalgie.
Une éviction peut être justifiée dans certaines situations particulières, par exemple en présence d’une allergie ou d’un trouble digestif identifié.
Mais le régime sans lactose n’a pas démontré son intérêt comme traitement général de la fibromyalgie.
Aspartame, glutamate et autres additifs ?
Quelques études ont suggéré que la suppression du glutamate monosodique ou de l’aspartame pourrait améliorer les symptômes chez certaines personnes.
Les résultats disponibles ne permettent cependant pas d’en faire une recommandation générale.
Il n’est donc pas nécessaire de traquer systématiquement chaque additif sur les étiquettes.
En revanche, limiter la place des aliments très transformés peut être intéressant pour une raison beaucoup plus simple : ils sont souvent riches en sel, en sucres ajoutés ou en graisses de moindre qualité et peuvent prendre la place d’aliments plus intéressants sur le plan nutritionnel.
Et le sucre ?
Le sucre ne « nourrit » pas la fibromyalgie et supprimer complètement les glucides n’est pas un traitement démontré.
En revanche, les recommandations belges destinées à l’ensemble de la population conseillent de limiter les boissons sucrées et les aliments riches en sucres ajoutés.
Il est donc important de distinguer deux choses :
limiter les excès de sucre pour prendre soin de sa santé n’est pas la même chose que supprimer le sucre pour prétendre traiter la fibromyalgie.
Le microbiote : une piste intéressante… mais encore en recherche
Le microbiote intestinal fait actuellement l’objet de nombreuses recherches, y compris dans la fibromyalgie.
Des différences dans sa composition ont été observées chez certains groupes de personnes atteintes de fibromyalgie et les interactions entre intestin, métabolisme, système immunitaire et système nerveux constituent aujourd’hui un domaine de recherche particulièrement intéressant.
Mais nous n’en sommes pas encore au stade où l’on pourrait déterminer un « mauvais microbiote » responsable de la fibromyalgie et proposer ensuite une alimentation ou un probiotique capable de le corriger.
La HAS considère actuellement que les probiotiques et prébiotiques n’ont pas d’efficacité démontrée sur la fibromyalgie.
Cela n’empêche évidemment pas de consommer des aliments fermentés lorsqu’on les apprécie et qu’on les tolère.
Mais un pot de kéfir ou une gélule de probiotiques ne constitue pas, à ce jour, un traitement démontré de la maladie.
Les troubles digestifs peuvent changer la donne
De nombreuses personnes atteintes de fibromyalgie présentent également des troubles digestifs.
Dans ce cas, individualiser l’alimentation peut devenir particulièrement utile.
Une personne souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable, d’une maladie cœliaque, d’une intolérance ou d’une autre affection digestive n’aura évidemment pas les mêmes besoins qu’une personne qui ne rencontre aucun de ces problèmes.
Certains régimes, comme l’alimentation pauvre en FODMAP, peuvent être proposés dans des situations digestives bien précises.
Mais il s’agit alors de prendre en charge le problème digestif associé, et non de traiter la fibromyalgie par une liste d’aliments interdits.
Et ce type de régime restrictif ne devrait pas être poursuivi durablement sans accompagnement professionnel.
En Belgique, vers qui se tourner ?
Lorsqu’une modification importante de l’alimentation est envisagée, notamment en présence de troubles digestifs, de carences, d’un problème de poids ou de plusieurs maladies associées, un accompagnement personnalisé peut être utile.
En Belgique, le diététicien est un professionnel paramédical réglementé.
Pour exercer, il doit disposer d’un agrément délivré par la Communauté compétente et d’un visa du SPF Santé publique. Sa formation supérieure doit répondre aux conditions fixées pour la profession.
L’Union Professionnelle des Diététiciens de Langue Française (UPDLF) représente les diététiciens francophones de Belgique. Elle a notamment pour missions de promouvoir la qualité des soins nutritionnels et de diffuser des informations scientifiques fiables. Elle propose également un annuaire permettant de rechercher un diététicien.
C’est un repère intéressant lorsque l’on souhaite être accompagné et éviter les conseils nutritionnels provenant de personnes dont on ne connaît pas réellement la formation.
La nutrition a aussi sa place dans certaines prises en charge belges de la fibromyalgie
À Gosselies, la Clinique Notre-Dame de Grâce dispose par exemple d’un programme spécifiquement consacré à la fibromyalgie.
Son équipe pluridisciplinaire d’orientation comprend notamment des professionnels de la nutrition, aux côtés de médecins et de psychologues.
C’est intéressant, car cela illustre bien la place que l’alimentation peut occuper dans la fibromyalgie :
pas comme traitement miracle, mais comme l’un des éléments pouvant être évalués dans une prise en charge individualisée et globale.
Et les compléments alimentaires ?
Vitamines, magnésium, vitamine D, oméga-3, coenzyme Q10…
Nous leur consacrons un article spécifique sur le site de MY FIBRO.
Il faut surtout retenir qu’un complément peut avoir un intérêt lorsqu’il existe une carence ou une indication particulière.
Mais prendre davantage de vitamines ou de minéraux ne signifie pas nécessairement aller mieux.
La HAS recommande d’ailleurs de ne pas proposer systématiquement vitamines, minéraux, probiotiques, prébiotiques ou autres compléments alimentaires dans la fibromyalgie en l’absence de carence ou de situation médicale particulière.
Le poids : attention à la culpabilisation
Lorsque l’on parle d’alimentation, la question du poids arrive souvent très vite.
Et avec elle, parfois, la culpabilité.
Pourtant, vivre avec une fibromyalgie peut considérablement modifier le quotidien.
La douleur peut rendre l’activité physique plus difficile.
La fatigue peut compliquer les courses et la préparation des repas.
Le manque de sommeil peut également influencer les habitudes alimentaires et certains médicaments peuvent favoriser des modifications du poids.
Dire simplement à quelqu’un de « manger moins et bouger plus » ne tient donc absolument pas compte de cette réalité.
Lorsqu’un changement de poids est souhaitable pour des raisons de santé, l’objectif devrait être un accompagnement réaliste, progressif et durable.
Et quand cuisiner devient épuisant ?
C’est peut-être l’un des aspects les plus importants pour les personnes atteintes de fibromyalgie.
Sur le papier, préparer chaque jour des légumes frais, cuisiner des légumineuses et réaliser tous ses repas soi-même semble idéal.
Dans la réalité, certains jours, éplucher trois carottes peut déjà représenter beaucoup.
Il existe heureusement des moyens de se faciliter la vie :
utiliser des légumes surgelés déjà découpés ;
choisir des légumineuses en conserve et les rincer ;
cuisiner davantage les jours où l’énergie est meilleure et congeler des portions ;
utiliser certains aliments prêts à l’emploi correctement choisis ;
préparer certains aliments assis ;
simplifier les recettes ;
avoir quelques repas très faciles disponibles pour les mauvais jours.
Bien manger ne signifie pas devoir tout préparer soi-même à partir de produits frais.
Une alimentation adaptée à la fibromyalgie doit aussi être adaptée à l’énergie dont nous disposons réellement.
Manger doit rester un plaisir
C’est probablement l’un des messages les plus importants.
Quand on commence à lire tout ce qu’il faudrait supprimer pour lutter contre « l’inflammation », on peut rapidement se retrouver avec une alimentation dominée par les interdictions.
Plus de gluten.
Plus de lait.
Plus de sucre.
Plus de café.
Plus de viande.
Plus d’additifs.
Et parfois…
plus beaucoup de plaisir non plus.
Cette accumulation de restrictions n’est pas anodine.
Une alimentation favorable à la santé doit pouvoir être maintenue dans la durée et rester compatible avec la vie familiale, sociale, financière et avec le plaisir de manger.
Une alimentation qui nous ressemble
Il peut être très intéressant d’observer comment nous mangeons et comment nous nous sentons.
Certaines personnes constatent qu’un repas très copieux les fatigue davantage.
D’autres remarquent qu’elles digèrent mal certains aliments.
Certaines se sentent mieux en modifiant la répartition de leurs repas ou en cuisinant davantage.
Ces observations personnelles ont de la valeur.
Mais elles ne doivent pas être transformées en règle universelle :
ce qui fait du bien à une personne atteinte de fibromyalgie ne fera pas nécessairement du bien à une autre.
C’est aussi pour cette raison que MY FIBRO propose ponctuellement des activités autour de l’alimentation avec des professionnels.
Notre objectif n’est pas de proposer « le régime de la fibromyalgie ».
Il est plutôt d’aider chacun à trouver une alimentation équilibrée, agréable, réalisable et adaptée à sa propre situation.
À retenir
Il n’existe actuellement aucun régime alimentaire ayant démontré qu’il traite la fibromyalgie.
Les régimes sans gluten, sans lactose, pauvres en FODMAP, végétariens, végétaliens ou fondés sur différentes exclusions ont fait l’objet d’études, mais les preuves restent insuffisantes pour en recommander un à toutes les personnes atteintes.
L’alimentation méditerranéenne constitue une piste intéressante et les recherches récentes sont encourageantes, mais elle ne peut pas encore être présentée comme un traitement spécifique.
En présence de troubles digestifs ou lorsqu’une modification importante de l’alimentation est envisagée, un accompagnement par un diététicien agréé peut être particulièrement utile.
La meilleure base reste donc une alimentation variée et équilibrée, adaptée à nos éventuelles maladies associées, à nos goûts, à nos moyens…
et surtout à la réalité de notre quotidien avec la fibromyalgie.
Sources
Conseil Supérieur de la Santé (CSS), Belgique. Recommandations alimentaires pour la population belge (2025). Avis 9805-9807, publié le 17 juin 2025. Recommandations officielles belges pour une alimentation favorable à la santé et à la prévention des maladies chroniques.
Union Professionnelle des Diététiciens de Langue Française (UPDLF), Belgique. Organisation professionnelle représentant les diététiciens francophones de Belgique. Elle promeut notamment la qualité des soins nutritionnels, l’information scientifique et la formation continue et propose un annuaire de diététiciens.
SPF Santé publique, Belgique. Diététicien. Informations officielles sur la profession : formation, agrément, visa et conditions d’exercice en Belgique.
Clinique Notre-Dame de Grâce (CNDG), Gosselies, Belgique. Programme Fibromyalgies. Programme belge dans lequel l’équipe pluridisciplinaire d’orientation comprend notamment des professionnels de la nutrition.
Haute Autorité de santé (HAS), France. Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. Recommandation de bonne pratique, juin 2025. La HAS précise qu’une alimentation équilibrée et variée couvre généralement les besoins et qu’aucune alimentation spécifique — sans gluten, sans lactose, pauvre en FODMAP, végétarienne, végétalienne, méditerranéenne, probiotiques ou prébiotiques — n’a actuellement d’intérêt démontré dans la fibromyalgie en dehors de situations médicales particulières.
Almirall M., Musté M., Serrat M. et al. Restrictive Diets in Patients with Fibromyalgia: State of the Art. Biomedicines, 2024;12(3):629. Revue systématique de l’Hospital Vall d’Hebron de Barcelone consacrée aux régimes restrictifs dans la fibromyalgie. Les résultats restent insuffisants pour recommander systématiquement ces régimes. DOI : 10.3390/biomedicines12030629. PMID : 38540241.
Casini I., Ladisa V., Clemente L. et al. A Personalized Mediterranean Diet Improves Pain and Quality of Life in Patients with Fibromyalgia. Pain and Therapy, 2024;13(3):609-620. Étude italienne comparant pendant huit semaines une alimentation méditerranéenne personnalisée à une alimentation équilibrée générale. DOI : 10.1007/s40122-024-00598-2. PMID : 38683449.
Miller E.E. et al. Mediterranean diet and its low-antigenic and anti-inflammatory properties on fibromyalgia: a systematic review. Clinical and Experimental Rheumatology, 2025;43(6):970-977. Revue systématique récente consacrée à l’alimentation méditerranéenne et à la fibromyalgie ; résultats encourageants, mais encore insuffisants pour en faire un traitement établi. DOI : 10.55563/clinexprheumatol/2usk4p. PMID : 40576703.
Lowry E., Marley J., McVeigh J.G. et al. Dietary Interventions in the Management of Fibromyalgia: A Systematic Review and Best-Evidence Synthesis. Nutrients, 2020;12(9):2664. Revue de 22 études et 17 interventions nutritionnelles différentes ; les auteurs concluent à l’insuffisance des preuves pour recommander une intervention alimentaire particulière dans la fibromyalgie. DOI : 10.3390/nu12092664. PMID : 32878326.
